Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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Devoir de mémoire et refus de l´oubli: 9 Juin 1989 – 9juin 2010 : 21 ans d’errance déjà ! par Mamadou Touré dit Docteur

altPar un bel après midi de ce vendredi 9 juin 1989, j’étais avec mon groupe de travail entrain de faire les dernières révisions pour la préparation de l’examen du baccalauréat qui était prévu le 17 Juin 1989, quand nous fûmes interrompus par mes deux jeunes frères qui vinrent me dire de revenir vite, car il y avait des policiers à la maison. Je pris congé du groupe en promettant de revenir rapidement, question d’aller voir ce qui se passait (sans savoir que ma préparation du bac allait s’arrêter là !). Arrivé à la maison, on me dit que mon père venait d’être convoqué par le directeur de la sûreté. Au commissariat, on le questionna sur sa nationalité, celle de ses enfants et de son épouse, comme si les policiers n’étaient pas convaincus, ils décidèrent, d’aller avec mon père à la maison chercher nos pièces d’état-civil. Il se retrouva de nouveau face aux trois flics pour la suite de l’interrogatoire. Des questions dont ses interrogateurs connaissaient déjà les réponses lui furent posées : Combien de maisons avez-vous à Kaédi ?, Avez-vous des biens (verger, troupeaux, une voiture etc…) ? Avez-vous des frères et sœurs au Sénégal ?, Quelles étaient vos fonctions avant la retraite ? Connaissez-vous untel ? etc… Après avoir répondu à tous ces semblants de questions, ils lui dirent : ‘’Nous allons soumettre votre dossier ainsi constitué au directeur de la sûreté, c’est lui qui a le dernier mot’’. Ils revinrent cinq minutes après pour lui dire ‘’Mr Touré, le directeur de la sûreté a décidé que vous devez être expulsé… et nous devons retourner avec vous pour aller chercher votre famille…’’. Quelle était la vraie raison de cette décision ? Pourtant nos pièces d’état-civils prouvaient bel et bien notre mauritanité (mon père, mes frères et sœurs et moi sommes nés à Kaédi, ma mère à Aleg). Mon père arriva ainsi vers 23h à la maison accompagné des policiers, et nous lança cette phrase ‘’On y va !’’. Nous eûmes juste le temps de porter nos chaussures, et nous quittâmes la maison sous les pleurs de certains voisins qui étaient là. Juste au moment d’embarquer dans la camionnette de la police, je me rappelle qu’il y avait un ancien élève et grand ami à mon père, feu Ousmane Karfa NDiaye qui passait, mon père lui dit ‘’Ousmane , Adieu !’’, il nous regarda bouche-bée et tourna le dos et on l’a plus jamais revu.

Nous fûmes conduits au commissariat, et là le directeur de la sûreté dit à ma mère ‘’`Ton mari et les enfants sont sénégalais, ils seront expulsés, toi tu es mauritanienne, tu resteras’’, ma mère lui rétorqua ‘’si mon mari et mes enfants doivent quitter ce pays, ils me laisseront pas ici, je m’en vais avec eux !’’. On fouilla mon père, puis on nous embarqua, direction le fleuve. Un passeur que nous attendîmes pendant plus d’une demi-heure arriva, il était presque 1h du matin, il y avait un fort vent, et ma mère dit aux policiers en hassaniya ‘’il fait tard, il vente, nous sommes avec des enfants, ne pourriez-vous pas attendre le lever du soleil pour nous faire traverser ?’’ Ils n’eurent même pas la politesse de lui répondre. Pendant que nous traversions, je me rappelle de cette question du passeur (qui était un aveugle) à mon père en pulaar ‘’Holmo tatchinanmi kadi ?’’ (Qui je suis entrain de faire traverser ENCORE ?’), mon père lui répondit ‘’c’est moi Abdoul Touré !’’, et le passeur de rajouter ‘’Dhoum dey boni hankati’’ (là maintenant, c’est devenu sérieux !’’). Nous traversâmes ainsi cet endroit du fleuve sans nom, sans baluchon comme des pestiférés à la merci du hasard. Une fois débarqués sur l’autre rive, nous trouvâmes d’autres familles qui avaient été expulsées avant nous. Nous passâmes ainsi notre première nuit d’apatride sous un hangar de fortune avec une quarantaine d’autres personnes. Durant le reste de la nuit, mon père avait le regard tourné en permanence vers Kaédi, la tête lourde de pensée. À quoi pouvait-il songer ? Peut être à ses parents qu’il avait enterrés dans cette ville et qu’il n’a plus jamais voulu quitter, à ce pays qui l’a vu naître grandir, et qu’il a servi jusqu’à sa retraite, à ces centaines et centaines de cadres qu’il a formés et qui n’ont trouvé que cette façon de lui rendre la monnaie ?

Le lendemain matin, nous prîmes une voiture pour continuer notre exil forcé, et pendant que nous roulions, je me suis retourné, et j’apercevais encore l’abattoir frigorifique, ainsi que le grand silo de Kaédi, des endroits qui me rappelaient mon enfance, là où je jouais, chassais avec des amis…et ce fut un moment de grande émotion. Je me suis retourné une deuxième fois, et là mon Kaédi natal avait disparu de l’horizon ! là c’était officiel, nous étions devenus apatrides, nous sommes partis, mais pour combien de temps ? 1 mois , 2 ans , 10 ans ou pour de bon ? Dieu seul sait….

 

Mamadou Touré ”Docteur”

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Sit in et lettre de Touche pas à ma nationalité au Secrétaire Général de L´ONU.

altLa Mauritanie est un pays de l’Afrique de l’ouest qui partage ses frontières avec le Sénégal au sud,le Mali à l’est et au sud-est ,l’Algérie au nord est, le Maroc au nord-ouest et l’océan Atlantique constitue une limite naturelle à l’ouest. La population du pays est constituée majoritairement de noirs (Peuls, Soninkés, Wolofs, Bamaras et Haratines) et d’une minorité arabe (Bidhans ou maures blancs). 

Depuis le 28 novembre 1960, date qui marque l’indépendance de la Mauritanie, des évènements graves ont secoué le pays hypothéquant son unité nationale. De 1960 à nos jours , avec tous les régimes qui se sont succédés les noirs ont toujours été victimes d’exclusion, de marginalisation et d’ injustice fondées sur le racisme et l’esclavagisme dont une partie de la population, en particulier les haratines (composante noire mais de langue hassaniyya)  est toujours victime. Au moment où le monde s’apprête à célébrer le 63 ème anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme, les noirs de Mauritanie luttent qui contre le déni de citoyenneté, qui contre le déni d’humanité . Pendant que nous, négro mauritaniens, luttons pour que nous soyons considérés et reconnus comme étant des mauritaniens à part entière dans ce pays, les harratines eux sont victimes du déni d’humanité.

  Dans tous les domaines les noirs sont exclus au profit de la seule communauté arabe.

Le pouvoir exécutif est injustement confisqué par la minorité arabe, le pouvoir législatif contrôlé par la même minorité favorisé par un découpage électoral mal fait.la même communauté contrôle le pouvoir judiciaire.

  sur le plan militaire, la ségrégation est flagrante, le recrutement des noirs se fait sur la base de quotas injustifiés, ce constat est valable pour les forces de sécurité. Sur le plan culturel , tout est fait pour étouffer nos valeurs , ce qui constitue une négation de nos droits culturels. Nos langues sont reléguées au second plan.

Toute l’économie est entre les mains d’une minorité alors que la majorité noire vit dans la misère.

  Depuis 1986 les négro-Mauritaniens ont subi des exactions , arrestations arbitraires, tortures et exécutions extra-judiciaires. Les noirs ont été victimes de déportations massives en 1989. Ces problèmes sont loin d’être résolus , les criminels n’ont jamais été inquiétés , ils sont protégés par une scélérate loi d’amnistie votée en 1993. Dans la vallée ,les terres des noirs sont spoliées,vendues ou louées à des hommes d’affaires arabes.

  Aujourd’hui, avec le régime d’Ould Abdel Aziz, l’exclusion des noirs continue de plus belle . Depuis le mois de Mai 2011, des opérations d’enrôlement des populations visent à exclure les noirs qui sont rejetés sans raison par des commissions composées d’agents zélés motivés par l’idéologie Nassero-baathiste.

C’est dans ces conditions que le mouvement “Touche pas à ma nationalité” est né pour dénoncer ces recensements racistes et discriminatoires dont le seul but est de priver une importante partie des noirs de leur nationalité. La contestation initiée par le mouvement se traduit par des marches toujours réprimées à Nouakchott et dans certaines localités du Sud. Plusieurs de nos militants ont connu des arrestations, d’autres ont été grièvement blessés par grenades , à maghama, un militant de 16 ans a été tué par balle par des éléments de la gendarmerie nationale et les coupables restent libres.

  A l’occasion de l’anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme, nous vous adressons cette lettre en tant que Secrétaire général des Nations-unies pour vous expliquer que les graves violations des droits de l’homme et les discriminations doivent mériter l’attention des institutions internationales. Nous vous demandons d’agir pour éviter à la Mauritanie une instabilité dont les conséquences sont imprévisibles.

Nouakchott le 10 decembre 2011

Le Mouvement TPMN

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Abdoul Birane Wane : « Nous n’avons jamais été associé au projet du voyage d’Inal»

alt(Essirage.net)Le mouvement “TOUCHE PAS A MA NATIONALITE   a annoncé samedi 3 décembre 2011au cours d’une conférence de presse, qu’il n’a jamais été associé ni informé d’une façon officielle au projet du voyage pour un  recueillement à Inal, organisé par Biram Dah Ould Abeïd, Président du Mouvement de Lutte Contre l’Esclavage en Mauritanie (IRA). « En tant que coordinateur du mouvement « touche pas  à ma nationalité », et sous le contrôle de mes camarades ici présents, membres tous de la coordination, nous disons que nous n’avons jamais été associés au projet d’aller à d’Inal et nous n’avons jamais été informés ». A affirmé Abdoul Birane Wane.

Il a par ailleurs, ajouté : « L’histoire nous condamne à dire la vérité, nous sommes des citoyens mauritaniens, nous combattons pour la liberté, l’égalité et la justice. Quand on ne dit pas la vérité on sera rattrapé par l’histoire ».Toutefois, le coordinateur du mouvement « touche pas  à ma nationalité », Monsieur Abdoul Birane Wane trouve que c’est une  bonne initiative qui a été prise par les organisateurs en allant à Inal rendre hommage à ses martyr afin de rappeler ce qui s’est passé. « Une manière de montrer à ses bourreaux, qu’ils seront traqués comme des bêtes sauvages. Que les gens n’oublient pas, que les gens ne baissent pas les bras à les poursuivre jusqu’au bout » dira-t-il.

Monsieur Abdoul Birane a rappelé que leur mouvement a organisé des activités similaires partout sur l’étendue du territoire Mauritanien pour dénoncer et rappeler ce qui s’est passé en ce 28 novembre 1990 à Inal, en exigeant la condamnation des génocidaires et des criminelles. « Quels que soient les mouvements qui ont organisé ces cérémonies ou manifestions dans le cadre de la commémoration, nous visons tous un ennemi. Ces ennemis se sont les bourreaux, qui continuent encore de diriger se pays » ajoutera-t-il.

Evoquant la  manifestation du 28 novembre à Nouakchott, Monsieur Wane a souligné que l’objectif était de remettre une lettre de doléance au président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz ; lettre dont l’objet était de faire la lumière sur ce qui s’est passé entre la période de 1990 et 1991. A savoir qui a tué, qui a donné l’ordre et pourquoi ils ont été tués.  Ainsi que l’abrogation de la loi de 93 qui a amnistié  les bourreaux responsables du génocide.

Mais une fois arrivé à la zone de la poste, les manifestants  ont trouvé devant eux un imposant dispositif policier qui leur a barré le passage les empêchant ainsi d’arrivé à leur destination en usant des grenades lacrymogènes, alors que la marche était autorisée par les autorités mauritaniens jusqu’à la direction du SOCOgim à coté du SENAT.

Dressant le bilan de la manifestation où pas moins de 2000 personnes ont assisté, le coordinateur du mouvement a souligné qu’il y’a eu un militant du nom de Abou Fall, qui a été gravement blessé avec une main déchiqueté par une grenade et qu’il est toujours à l’hôpital.

« Les autorités ont fait savoir que c’et lui-même qui a cherchait à ramasser la grenade pour la rejeter aux policiers. Nous étions tous prêt de lui et nous disons que c’est tout à fait faux. La grenade l’a atteint à la main  et s’est la police qui doit endosser sa responsabilité » dixit abdoul biran wane.

Toujours dans le cadre du bilan le coordinateur a évoquer le cas jeune Daouda Ndongo, qui a été pris au cours de la manifestation et amené au commissariat. Et au bout d 48 heures, il a été déféré au parquet avant d’être libéré.

La coordination du mouvement “TOUCHE PAS A MA NATIONALITE   a dénoncé  la violence que la police exerce contre leurs militants et contre tous les défenseurs des droits de l’Homme.

« Nous voulons  transmettre un message à ces autorités qu’avec tous ce qu’ils vont utiliser comme violence nous ne reculerons jamais. Nous tenons à mener nos revendications jusqu’au bout, nous continuerons à occuper la rue tant que nos revendication ne seront pas satisfaite » conclura-t-il

Soulignons  que le  beaucoup de militants de ce mouvement ont répondu à la conférence de presse dont le jeune Bakary bathily, qui pendant un mois a perdu l’usage de la parole. Il avait été pris et torturé par la police à Kaédi, lors des négociations entre les délégués du mouvement et les notables de la ville.

ESSIRAGE

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Témoignage : Hommage aux victimes des événements de 1989-91

altChers compatriotes,
Chers frères et sœurs,
Chers amis,

Il ya vingt et un ans exactement, par une nuit comme celle-ci, s’est déroulé l’événement le plus tragique et le plus sombre que la Mauritanie aura jamais vécu.

Dans la nuit du 27 au 28 novembre 1990, dans la garnison d’Inal, 28 militaires, officiers, sous-officiers, marins et soldats de l’armée mauritanienne, furent froidement assassinés, par la méthode ignoble de la pendaison, par d’autres officiers et hommes de troupes.

Les 28 victimes de cette nuit de l’horreur et de la honte avaient pour noms :

1 -Adjudant-chef Abdoulaye DJIGO 

2 -1ère classe Samba Baba NDIAYE 

3 -1ère classe Samba Oumar NDIAYE 

4 -1ère classe Ibrahima DIALLO 

5 -1ère classe Mamadou Hamadi SY 

6 -Sergent Mbodj Abdel Kader SY 

7 -2ème classe Samba Demba Coulibaly 

8 -2ème classe Demba DIALLO 

9 -1ère classe Amadou Saïdou THIAM 

10 -1ère classe Mamadou Oumar SY 

11 -1ère classe Abdarahmane DIALLO 

12 -1ère classe Mamadou Ousmane LY 

13 -Caporal Mamadou Demba SY 

14 -Soldat Alassane Yéro SARR 

15 -Caporal Amadou Mamadou BAH 

16 -Sergent-chef Lam Toro CAMARA 

17 -Sergent chef Souleymane Moussa BAH 

18 -2ème classe Oumar Kalidou BAH 

19 -Sergent Amadou Mamadou THIAM 

20 -Sergent Samba SALL 

21 -2ème classe Abdoulaye Boye DIALLO 

22 -1ère classe Cheikh Tidiane DIA 

23 -2ème classe Samba Bocar SOUMARE 

24 -1ère classe Moussa NGAÏDE 

25 -1ère classe Siradio LÔ 

26 -1ère classe Demba Oumar SY 

27 -Sergent Adama Yero LY 

28 -Caporal Djibril Samba BAH 

Ils n’avaient commis aucun crime, pas même la moindre infraction. Aucun tribunal, militaire ou civil, ne les avait jugé et condamné. Leurs assassins n’étaient ni une bande de terroristes sanguinaires, ni une foule hystérique et aveugle.

Leur seul crime était la couleur de leur peau. Ils étaient Noirs dans une armée et un Etat, tout entier acquis au mythe de l’arabité exclusive de la Mauritanie, et engagés depuis deux ans dans une entreprise de « dénégrification » du pays.

Leurs assassins étaient des officiers et des hommes de troupes qu’ils appelaient encore, peu de jours auparavant, leurs frères d’armes, exécutant plan ourdi au plus haut niveau de l’armée et de l’Etat.

Le dessein de ces bourreaux était, semble-t-il, de célébrer le trentième anniversaire de l’indépendance, par l’immolation de 28 victimes innocentes sur l’autel d’un nationalisme perverti et d’une mystique raciste. De fait, ils n’auront pas seulement torturé et assassiné des compatriotes et des collègues ; ils auront souillé à jamais le symbole même de l’indépendance de la nation.

Cet acte innommable était l’ultime abomination d’une sanglante et interminable liste de massacres et de crimes odieux.

Entre le mois d’octobre 1990 et le mois de février 1991, toutes les garnisons militaires du pays ont été transformées en camps de concentration dans lesquels, selon des estimations partielles, plus de 500 militaires noirs ont été tués dans d’atroces conditions : torturés, électrocutés, enterrés vivants, traînés sur la pierraille par des véhicules, battus à mort. Les camps militaires de Jreïda, d’Azlat, de N’Beïka et d’Inal auront été les principaux centres de supplice. Plus de la moitié des victimes ont trouvé la mort au camp d’Inal.

Ces événements s’inscrivaient dans une vaste tragédie, à l’échelle de tout un pays. Les premiers actes de cette tragédie furent les pogroms anti sénégalais d’avril 89, qui se muèrent en quelque jours en une politique systématique d’épuration ethnique visant les populations négro-africaines, et qui révélait au grand jour les motivations profondes du « conflit sénégalo-mauritanien ».

Le gouvernement de Ould Taya, l’armée et les forces de sécurité furent les concepteurs et les exécutants d’un plan qui faisait de la Mauritanie à la fois un territoire d’exclusion et un camp de concentration.

Dans les villes, des milliers de fonctionnaires, d’ouvriers et d’employés furent arrêtés sur leur lieu travail où à leur domicile, dépouillés de leurs biens et de leurs pièces d’état civil. Dans les campagnes, des dizaines de milliers de paysans (des éleveurs peuls, en particulier) furent dépossédés de leur bétail et arrachés de leur village ou de leur terre. Tous furent expulsés de force de leur patrie et déportés au Sénégal et au Mali.

Pour les populations négro-africains qui ne subirent pas les affres de la déportation, la Mauritanie devint un immense camp de concentration, un champ clos de l’arbitraire où le prétexte du conflit avec le Sénégal laissait libre cours au déchaînement du délire et des actes racistes d’une administration et de forces armées et de sécurité entièrement acquises à l’objectif de dénégrification : humiliations, arrestations, tortures, exécutions sommaires.

Les souvenirs des survivants, ainsi que fosses communes et les charniers découverts à Sori Malee, à Wocci et dans d’autres localités témoignent de l’atrocité des années 1989-1991.

Il faudra attendre plus de quinze ans, et la chute du régime de Ould Taya, pour que se lève un léger vent d’espoir. Le 29 juillet 2007, dans une intervention radiotélévisée, le président Sidi Ould Cheikh Abdallah, élu à l’issue de la phase de transition, reconnaît la responsabilité de l’Etat dans le passif humanitaire et dans les déportations, et s’engage à œuvrer pour que justice soient rendue aux victimes et à leurs ayant droits.

Les journées de concertation organisées au mois de novembre de la même année n’aboutissent pas à des conclusions faisant la lumière sur les exactions et crimes commis et sur la sanction des responsables, mais permettent des avancées sur le retour des déportés. Le retour partiel de ces derniers, en dépit de nombreuses insuffisances et difficultés, a été amorcé début 2008.

La suite est peu encourageante et prête plutôt au pessimisme.

– Les conditions de réinstallation des déportés restent aléatoires ;

– Un nombre significatif de déportés au Sénégal n’est pas encore revenu

– Le sort des déportés résidant au Mali continue à être ignoré du gouvernement.

Mais surtout, le pouvoir du général Ould Abdel Aziz, issu du coup d’Etat d’août 2008, en dépit de ses déclarations de bonnes intentions, s’active à réduire la solution du passif humanitaire à un simple versement d’allocations aux veuves et aux orphelins des militaires assassinés.

La convention signée entre le pouvoir et une organisation de rescapés (COVIRE), précise que les familles d’officiers recevront une indemnisation égale à 2 000. 000 UM, que les ayant droits des sous officiers et soldats percevront une somme de 1 800. 000 UM, et que des terrains à usage d’habitation seront octroyés à certains.

Il est tout à fait légitime que les veuves et les orphelins des militaires exécutés reçoivent des indemnisations. Ce qui est honteux et indigne c’est que ces indemnisations soient assorties de conditions qui les assimilent à un chantage,  au de la renonciation à toute forme d’exigence de justice.  

L’article 2 de la convention entre le pouvoir et COVIRE, stipule, sans honte :  « Cette allocation constitue une réparation définitive du préjudice subi par les ayants droits, qui déclarent solennellement l’accepter et renoncer ainsi à toute réclamation, toute plainte, quelle que soit leur nature et à toute action individuelle ou collective qu’ils ont pu intenter, soit directement ou par l’intermédiaire de mandataires devant toutes les instances nationales et internationales.

La contrepartie des indemnisations octroyées par le gouvernement de Ould Abdel Aziz, c’est l’amnésie volontaire, l’effacement de nos mémoires du martyre subi par ceux qui nous étaient chers, dont la vie a été anéantie du fait de la politique raciste de l’Etat mauritanien et des ses exécutants zélés.

Cela ne peut se faire. Le règlement du passif humanitaire exige que se soient réalisés dans les faits les principes de vérité et de justice et le devoir de mémoire qui, en jetant la lumière sur les pages sombres de notre histoire, contribueront à éclairer l’avenir de la Mauritanie. 

C’est à cette seule condition qu’un jour, des charniers d’Inal, d’Azlat, de J’Reïda et des tombes anonymes des milliers d’innocentes  victimes de la haine raciste se lèveront des matins de justice et de fraternité.

 

Je vous remercie.

Aissata Niang dite Thilo du Collectif des veuves.

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Déclaration des veuves, des rescapés et le Fonadh

alt28 Novembre 2011, la Mauritanie célèbre le 51eme anniversaire de son indépendance.  Une manière singulière de célébrer une fête nationale désormais souillée du sang des innocents des nôtres. Une date qui restera à jamais marquée par 21 ans de souffrance et de larmes pour les familles des martyrs sauvagement assassinés à INNAL par le régime chauvin et raciste de Maouyaa.

Ils étaient 28 enfants de la Patrie. Ils s’étaient engagés sur l’Honneur à défendre cette Partie qui leur était chère, ainsi que la Fraternité et la Justice auxquelles ils croyaient.

 Ils étaient 28 enfants de mères qui les ont portés, les ont bercés aux harmonies mélodieuses de cette Patrie, de cette terre aimée. 28 mères qui comptaient s’appuyer sur leurs épaules généreuses. Ils étaient 28 maris magnanimes de femmes aimantes, dévouées, généreuses porteuses de leurs futurs qu’ils s’attachaient à préparer lumineux.

 Ils étaient 28 enfants de la Patrie qui ont servi leur pays avec Honneur, Fraternité et Justice. Ils étaient 28 de nos frères, de nos amis, accueillants, désintéressés, toujours prêts à servir leur pays. 

 Et ce 28 novembre 1990, certains de leurs « frères d’armes », nourris à l’idéologie haineuse du chauvinisme nationaliste arabe, infiltrés à tous les niveaux des forces armées et de sécurité, décidèrent de les sacrifier pour assouvir leur haine et celle de leurs supérieurs.

 Ces 28 frères d’armes, décrétés traitres parce négro-africains par les chauvins haineux, payaient ainsi pour avoir survécu sur divers fronts (Sahara et contingents de Nations Unies) dans leurs héroïques combats pour défendre l’Honneur de la Patrie, la Fraternité et la Justice. Dans les autres casernes, plusieurs militaires négro-africains séquestrés, atrocement torturés, dont plus de 500 succombent à une véritable épuration ethnique.

Depuis cette barbarie, le 28 novembre est devenue une journée de larmes pour des milliers de mauritaniens et une faille dans l’unité nationale. Il ne faut surtout pas se laisser tromper par la « Prière de l’absent » de Kaédi et les autres mesures d’accompagnement de ce Pardon télécommandé par le Général-Président et de  quelques lieutenants négro-africains qui ont accompagné cette manipulation.

 Cette fête de l‘indépendance rappelle plutôt des souvenirs douloureux et des frustrations accumulées. C’est pourquoi, en cette journée  de réjouissances pour certains, mais de souvenirs pénibles accumulés pour d’autres, nous réitérons nos revendications pour la vérité, la justice et le rétablissement des droits indéfectibles de toutes les victimes de cette répression barbare aussi bien les militaires que et les civils.

 Nous, Mouvement des Veuves et Rescapés Unis pour la Dignité Humaine et  le Forum des Organisations Nationales de Droits de l’Homme (FONADH),  appelons tous les mauritaniennes et mauritaniens, les associations de la société civile et  les partis politiques mauritaniens patriotiques et démocratiques de poursuivre le combat de ces 21 dernières années pour que triomphent la Justice et la Fraternité dans  notre peuple.

 Nous lançons le même appel pressant aux Institutions internationales, aux associations humanitaires et de défense des droits de l’Homme internationales pour que triomphent en Mauritanie  la Vérité, la Justice et la Réconciliation.

 

Le M V R U D U                                                              Le FONADH

Abdoulaye Diop                                                 Mamadou Moctar Sarr

Houlèye Sall    

 

Nouakchott le 27 novembre 2011

 

Liste des sous-officiers et soldats pendus le 28 novembre 1990 à Inal

 1. Adjudant chef Djigo Abdoulaye 2. 1ere classe Samba Baba Ndiaye 3. 1ere classe Ndiaye Samba Oumar 4. 1ere classe Diallo Ibrahima 5. 1ere classe Sy Mamadou Hamadi 6. Sergent Mbodj Abdel Kader 7. 2ème classe Samba Coulibaly 8. 2ème classe Diallo Demba 9. 1ere classe Thiam Amadou Saïdou 10. 1ere classe Sy Mamadou Oumar 11. 1ere classe Diallo Abderrahmane 12. 1ere classe Ly Mamadou Ousmane 13. Soldat Sarr Alassane Yéro 14. Caporal Bâ Amadou Mamadou 15. Sergent Lam Toro Camara 16. Sergent Bâ Souleymane Moussa 17. Sergent chef Bâ Oumar Kalidou 18. Sergent Thiam Amadou Mamadou 19. Sergent Sall Samba 20. 2ème classe Diallo Abdoullaye Boye 21. 1ere classe Dia Cheikh Tidiane 22. 2ème classe Soumaré Demba Bocar 23. 1ere classe Ngaïdé Moussa 24. 1ere classe Sy Demba Oumar 25. 1ere classe Lô Ciradio 26. Sergent  Ly Adama Yéro 27. Caporal Bâ Djibril Samba 28. Caporal Sy Mamadou Demba

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