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Dr Hamath Ba, L´Homme de tous les combats par Dr Ba Mamadou Alassane
Bonjour chers frères,
Alors que les coeurs sont foujours pincés de la nouvelle du décès du Doyen Mamoudou Samboly BA, nous avons la tristesse de vous annoncer la disparution d’une autre grande figure du patriotisme africain et de la communauté : Dr Hamat BA, Président d’Honneur du Tabital Pulaagu Sénégal. Il s’est éteint le vendredi 13 janvier à Dakar. La levée du corps a eu lieu au Zaouia d’El Hadj Omar El Foutiyou. Il a été inhumé au cimetière musulman de Yoff, à Dakar. Une foule nombreuse d’anonymes et des sommités de l’Etat sénégalais ont assisté à l’oraison funébre prononcée par Thierno Madaani Muntaga Aamadu Muntaga Sayku Umar Taal.
L’Homme a été de tous les combats des peuples de la sous-région : militant anticolonialiste et panafricaniste convaincu, il est resté, sa vie durant, fidèle à ses convictions patriotiques et progressistes, Grand Humaniste, il a soutenu la lutte de tous les peuples en quête de liberté et de dignité : la lutte du peuple palestinien et la lutte du peuple Négro – Africain en Mauritanie. Il a soutenu ouvertement et fermement la lutte des peuples de l’Afrique australe ; soutenu la lutte du PAIGC en G. Bissau. Homme de principe il a refusé toute compromission avec les régimes qui se sont succédés au Sénégal, de Senghor, qui l’avait mis en prison, au pouvoir actuel, dont il avait contribué à l’avènement, en passant par celui d’Abdou Diouf.
A quelques membres de sa famille, venus lui reprocher son refus d’un poste ministériel que Senghor lui avait proposé, il dira :” Travaillez et gagnez honnêtement votre vis pour garder votre dignité!”. (C’est lui même qui m’a raconté cette histoire).
Il est parti en homme digne et respecté de tous, même par ceux-là qui n’étaient de son bord politique.
A sa grande famille éplorée, à toute la communauté, surtout à tous les patriotes africains, davantage encore, ses anciens compagnons de lutte, dont le nombre se rétrécit dramatiquement, nous présentons, avant de revenir sur l’itinéraire de ce Grand Homme, nos condoléances sincères et attristées, au nom l’ensemble de notre communauté.
Dr Mamadou Alassane BA
Président de l’Association pour la Renaissance du Pulaar/Tabital Pulaagu Senegaal
(ARP/TPS)
Nécrologie: Un grand militant nous quitte! Docteur Hamath Ba 1921-2012
Nous venons d´apprendre avec une grande tristesse le décès d´un des doyens de la lutte, un des pionniers, un homme de refus, un homme juste, un grand militant Docteur Hamath Ba décès survenu à Dakar. Docteur Hamath Ba est membre-fondateur de L’Union Générale des Originaires de la Vallée du Fleuve (U.G.O.VA.F) affiliée à la SFIO, créée fin 1946 à Dakar, Docteur Hamath ancien médecin à Aleg sera d´ailleurs le candidat de cette association aux élections législatives de 1951 face à Sidi El Moctar N´Diaye de l´UPM et Horma Ould Babana de l´Entente mauritanienne. Parmi les membres de ce mouvement de la vallée on peut citer Thierno Saïdou Nourou Tall, Samba Gandega, Aly Bocar Kane, Mamoudou Samba Boli Ba, Moustapha Toure, Ismail Sy, Demba Labbo Dioum, Aly Ciré Ba, Boubou SalL, Dr Moussa Sao, Abdoul Aziz Ba, Racine Touré, Dr Bocar Alpha Ba; Après l´échec du Congrès d´Aleg du 2-5 mai 1958 il est resté au Sénégal tout en étant mauritanien dans l´âme et soutien aux mouvements d´émancipation des Négro-mauritaniens.
Rappelons aussi qu´il est à la base du comité de suivi créé en 1988 sous la bénédiction de nos honorables chefs religieux Abdoul Aziz Sy Malick dit Dabakh et Thierno Mountagha Tall pour dénoncer les expropriations des terres de la vallée mais surtout en 1989 pour accueillir et soutenir les déportés négro-mauritaniens. Dr Hamath était aussi un conseiller avisé du président des FLAM et présent à tous les appels pour soutenir cette juste et noble cause.
Le BEN des FLAM et à travers lui tous nos militants et sympathisants envoie ses condoléances les plus attristées à la famille du Docteur et à tout le Fouta. Qu´Allah le tout puissant l´acueille en son Saint paradis et que la terre lui soit légère. Amine!
Le dernier fondateur : Mamoudou Samba Boly BA (1920-2012)
Le dernier fondateur s’en est allé. Longtemps opposant, il fera partie de l’équipe des fondateurs puis sera une victime collatérale des événements de 1966, avant de se retirer de la vie politique. Nous avons eu le privilège de le côtoyer, de travailler avec lui en coulisse et de recueillir ses confidences pour nos recherches et sa biographie. Mais au fond, que sait-on de cet homme qui fut grand témoin de l’histoire de notre pays ?
Né en réalité le 8 janvier 1920, Mamoudou Samba Boly Ba a effectué sa scolarité à l’école élémentaire de Kaédi avant de rejoindre l’école supérieure Blanchot à Saint-Louis pour des études secondaires puis l’École Normale des Instituteurs de Sébikotane au Sénégal.
Il n’eut guère le temps d’exercer cette fonction, car il fut aussitôt enrôlé dans l’armée coloniale avec son ami de toujours le Professeur Assane Seck (Ministre à plusieurs reprises sous le régime socialiste) jusqu’en 1946. Une amitié qui remonte à leur scolarité à l’école Blanchot. L’homme s’est donc forgé dans le vrai sens du terme et son itinéraire présageait un avenir politique significatif pour son pays d’origine.
À la fin de la grande guerre, il rejoint Dakar, siège du gouvernement de l’Afrique de l’Ouest, entre dans l’administration coloniale en qualité de cadre au cabinet du Haut Commissaire, puis à la Mairie de Dakar, avant d’être affecté à la direction des Finances à Saint-Louis. Cette affectation prend l’allure d’une « sanction » que seule l’analyse historique nous permettra de démêler. Elle mérite d’être étudiée pour mieux comprendre les enjeux et les fondements des décisions que l’homme allait prendre par la suite. En attendant déclinons quelques éléments d’appréciation de son engagement politique.
Opposant, il choisira sa vraie patrie : 1948-1957
Son retour coïncide avec un moment où se joue le destin du futur territoire la Mauritanie : l’élection en 1946 à l’Assemblée nationale française du futur représentant de la Mauritanie. Il intègre dans cette perspective une association d’anciens élèves des écoles coloniales, sortants pour la plupart de William Ponty, tous originaires de la vallée, deux rives confondues pour « créer un climat familial ». C’est le point de départ de son engagement politique qui le situera d’entrée dans l’opposition.
En effet, membre de l’Union Générale des Originaires de la Vallée du Fleuve (UGOVAF), il contribuera avec d’autres à faire évoluer à partir de 1947 cette organisation vers la défense des intérêts de la communauté noire en territoire de Mauritanie. C’est ainsi que lors du renouvellement de ses instances en 1948, se dégageront deux tendances, dont une incarnée par les « futurs mauritaniens » qui finiront par la quitter pour créer l’Entente Mauritanienne. C’est en compagnie de Samba Gandéga, avec qui il vient de quitter l’UGOVAF, qu’il rejoindra un groupe de Mauritaniens (NDiawar Sarr, Diéri Sidibé, Dey Ould Sidi Baba…) pour fonder en 1950 l’Entente Mauritanienne, présidée par Horma Ould Babana. Ce parti, qui n’avait pas les faveurs de l’administration coloniale, participera aux élections législatives de juin 1951 et janvier 1956 contre l’Union Progressiste Mauritanienne (UPM) de Sidi El Mokhtar NDiaye puis de Mokhtar Ould Daddah qui en prendra les commandes avec la bénédiction de la puissance coloniale. L’Entente perdra, bien sûr, ces élections.
Après sa défaite de janvier 1956, Horma Ould Babana s’en va de l’Entente, rejoint le Maroc et s’aligne sur les positions du parti marocain de l’Istiqlal puis officielles du Maroc qui avait des visées territoriales sur la Mauritanie. Mamoudou Samba Boly Ba pour sa part, quitte l’Entente et fonde le Bloc Démocratique du Gorgol (BDG) à Kaédi en 1956.
Ce petit parti, sensible aux idées fédéralistes de Senghor, serait-il un des ancêtres de la mouvance négro–africaine actuelle ? Toujours est-il que, son fondateur ne sera que toléré dans la mouvance gouvernementale.
Expérience gouvernementale et parlementaire : 1959-1966
Fort de ses expériences successives à l’UGOVAF et à l’Entente puis de son ancrage au BDG, c’est en poids lourd qu’il arrive au Congrès d’Aleg, tenu du 2 au 5 mai 1958. Mokhtar Ould Daddah l’a bien compris, qui l’invita au dépassement des clivages pour la mise en place d’un regroupement des forces politiques au sein du Parti du Regroupement Mauritanien (PRM). Le PRM deviendra le Parti du Peuple Mauritanien (PPM – parti unique) qui dirigera notre pays jusqu’au coup d’État militaire du 10 juillet 1978.
À l’issue de ce congrès, la Mauritanie s’est dotée d’une Constitution dite du 22 mars 1959 et d’un deuxième gouvernement (de dix membres) dans lequel il fera son entrée pur occuper le portefeuille de l’Urbanisme et l’Habitat aux côtés d’Amadou Diadié Samba Diom Ba, seul Noir membre du premier Conseil de Gouvernement (qui en comptait cinq) et qui l’a parrainé : La cooptation et l’entrée de Dey Ould Sidi Baba, transfuge lui aussi de l’Entente Mauritanienne, dans le Conseil de Gouvernement furent ainsi compensées. Dey Ould Sidi Baba finit malgré tout par rejoindre Horma ould Babana au Maroc. Il deviendra Président de l’Assemblée Nationale Chérifienne.
Le 29 septembre 1961, avec la mise en place du troisième gouvernement (onze membres) qui a vu l’entrée du Docteur Bocar Alpha Ba comme Ministre de la Santé, Mamoudou Samba Boly est nommé Ministre des Finances. Il deviendra plus tard Président de l’Assemblée Nationale.
Parenthèse brutale d’une carrière politique : 1966
La création du PRM n’a pas dissipé pour autant les revendications des Noirs. Celles-ci passeront même de la représentativité proportionnelle à la remise en cause de la cohabitation.
Ainsi, en 1963, des dizaines de cadres Noirs, déçus de la suite réservée aux résolutions du Congrès d’Aleg et regroupés au sein de l’Union Générale des Originaires de la Mauritanie du Sud (UGOMS) expriment ceci, dans un document remis à Mokhtar Ould Daddah, Chef de l’Etat : « Nous ressortissants de la Mauritanie noire, adjurons le Congrès, le Parlement et le Chef de l’Etat de réviser immédiatement les structures de l’Etat, dans un sens Fédéral pour répondre à la volonté du pays ».
Dans le sillage de l’UGOMS, en février 1966, 19 cadres noirs (dont ses proches par la parenté) rédigent et publient le Manifeste dit des 19 dans lequel, ils dénoncent comme l’UGOMS la place réservée à leur communauté, tirent la sonnette d’alarme et demandent une meilleure répartition des pouvoirs. La sortie de ce Manifeste provoqua une guerre civile.
Mamoudou Samba Boly Ba prit sur lui l’initiative d’aller voir Mokhtar Ould Daddah pour lui demander que les inquiétudes exprimées par les jeunes cadres puissent être entendues et prises en charge. Mais, Mokhtar Ould Daddah, qui le soupçonnait d’être en intelligence avec certains auteurs de ce Manifeste et qui n’a rien oublié à la fois de son passé d’opposant et de son penchant pour la création d’un État Fédéral, le démit de sa fonction de Président de l’Assemblée Nationale et le muta à Chinguetti comme Chef de Subdivision, sous les ordres de quelqu’un qu’il est amené à former.
Un communiqué laconique du Bureau Politique National (BPN) du parti unique, à l’issue de sa réunion du 21 février 1966, tente de maquiller cette éviction en ces termes : « le BNP constate la démission en blanc de Ba Mamoudou Samba Boly qui, n’étant plus Député, cesse d’être Président de l’Assemblée Nationale ». Quelques semaines plus tard, il sera mis fin à la fonction ministérielle (Développement) d’Elimane Kane. C’est la fin d’une carrière politique et le début d’une autre : les affaires. Mais la politique n’était jamais loin pour ce symbole respecté.
Avec son benjamin Bocar Alpha Ba, il a repris avec succès les établissements Lacombe et a créé la Société Mauritanienne du Bâtiment (Somabat) offrant ainsi des emplois à des dizaines de personnes. La gestion très sociale de ces entreprises a permis à de nombreuses familles de vivre dignement et à des jeunes d’avoir un métier.
Mythe et mérite
Le nom et l’image de Mamoudou Samba Boly Ba restent associés à la fondation de la Mauritanie et au Congrès d’Aleg. L’opinion publique Fuutanke, noire de façon générale traumatisée et qui avait besoin de fabriquer des héros historiques ou de trouver un bouc émissaire, parle de lui comme l’homme qui a refusé d’assumer la fonction de Président de la République qui lui était tout naturellement accessible, ouverte, donc comme responsable de la « souffrance de sa communauté ». En réalité, il n’en est rien.
Il est indispensable d’interroger l’histoire pour mieux saisir toutes les subtilités qui alimentent cette mise à l’écart et les supputations qui en découlent. Les enjeux et les intrigues, qu’elles alimentent pour les positionnements dans une Mauritanie encore fragile, en sont pour quelque chose. En tout cas ce qui est sûr c’est que Mamoudou Samboly Ba ne peut être soupçonné de manque de patriotisme car quand le bruit de la défection de Horma Ould Babana commença à circuler, il n’hésita pas à dire à son désormais ex-camarade qu’il leur était impossible de continuer à le soutenir si son option pour rejoindre le Maroc au détriment de l’indépendance de la Mauritanie s’avère. Il est d’ailleurs aberrant de continuer à penser à cette éventualité dans la mesure où déjà dans les années 1950 quand Mamoudou Samboly Ba rencontre Mokhtar Ould Daddah, sur la demande de ce dernier, à Saint-Louis, le destin du «père de la nation» était déjà scellé. Dans son témoignage d’autres éléments permettront d’apprécier à sa juste valeur ce qui s’est passé au moment de sa mise à l’écart. De toute façon, l’administration coloniale avait choisi son homme, Mokhtar ould Daddah, et le pouvoir devait échoir à ce dernier comme si c’était naturel.
La longévité de Mamoudou Samba Boly et son silence ont fini par créer un mythe. Dès 1985, nous avions engagé un travail d’approche, poursuivi sous une autre forme une fois en exil. L’un des coauteurs de ce témoignage, Abderrahmane Ngaïdé « Bassel », sur la demande pressante de notre Professeur Abdoulaye Bathily, avait entrepris des entretiens avec l’homme en juin 2008. Des circonstances particulières ont stoppé ces entretiens et d’autres en retardent la production. Notre grand témoin rompra le silence une nouvelle fois en 2010, lors de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance nationale. Cette «confession» consignée sera publiée très prochainement dans un cadre scientifique. Il prend sur lui l’engagement ferme de réaliser ce début de travail historique que la génération d’historiens d’aujourd’hui doit entreprendre de manière impérative. L’objectif est de réaliser un livre d’entretiens avec le premier président de l’Assemblée Nationale mauritanienne.
Cet inlassable combattant, lutta de toutes ses forces pour empêcher la déportation en 1989 de nombreuses familles. Il a permis la restitution des biens confisqués de plusieurs autres. Ces évènements l’ont meurtri au point qu’il n’a pas hésité la même année, à sillonner avec d’autres, dont feux Aboubakry Kalidou Ba et Baba Gallé Wone la sous-région ouest africaine pour tenter de mettre fin à ce qui représentait à ses yeux une véritable catastrophe. Ils eurent la sagesse de nous y associer, ainsi que certains de nos camarades en exil forcé. C’est donc un des derniers témoins de la construction de notre pays, au parcours atypique qui disparait. Sa mémoire – comme celles de tous les fondateurs – mérite d’être partagée, sauvegardée. Il importe pour cela que la jeunesse s’intéresse à ceux encore vivants qui peuvent témoigner sur le parcours d’hommes qui, par leur position et leur courage, ont vécu sous l’ombre de l’anonymat. Mamoudou Samboly Ba fait partie de ces hommes. Il est parti après avoir traversé presque un siècle, emportant avec lui des souvenirs inestimables. Aujourd’hui, les enregistrements en possession d’Abderrahmane Ngaïdé seront exploités, dans les limites qu’exige la déontologie du chercheur, pour commémorer ce patriote que l’histoire mauritanienne doit célébrer.
Sur un plan symbolique, il serait presque exigé du patron de la Communauté Urbaine de Nouakchott, associé aux autorités centrales, de lui consacrer une artère à son nom, à l’instar de son alter égo Mokhtar Ould Daddah. Ce serait un hommage bien mérité pour un grand patriote, membre fondateur de la nation mauritanienne.
Réhabiliter toutes les figures historiques nationales, serait non seulement reconnaître leur mérite, mais inscrire dans notre mémoire collective le souvenir d’hommes et de femmes qui ont participé à la proclamation de notre souveraineté nationale à un moment crucial de notre histoire.
Que son âme repose en paix dans cette terre qui l’a vu naître et pour laquelle il s’est tant dépensé. Amine.
Boubacar DIAGANA, Ciré BA & Abderrahmane NGAÏDÉ
AFMAF à Inal, le compte-rendu de la présidente Mariame Kane
L’Association des Femmes Mauritaniennes du Fleuve (AFMAF), soucieuse du respect des droits humains, a toujours combattu avec fermeté et détermination toute forme d’injustice et d’exclusion. Notre participation matérielle et physique à l’organisation et au déroulement du pèlerinage d’INAL, qui restera à jamais inscrit dans les annales de l’histoire de la Mauritanie, s’inscrit dans ce cadre. L’AFMAF a été représentée à Inal par sa Présidente Mme KANE Mariame et l’infatigable veuve Mme Diarra Toumbo. Nos premiers remerciements vont naturellement à Biram Dah et à son organisation IRA qui ont eu l’heureuse l’initiative de proposer l’organisation du voyage à Inal, une première depuis 21 ans, qui a ému tout un chacun. Le site d’Inal sera désormais un lieu de pèlerinage, de mémoire et de recueillement pour que plus jamais aucun crime ne reste impuni en Mauritanie.
Les autorités, qui se reprochent certainement ces crimes qui s’apparentent à un génocide, ont tout mis en œuvre pour que ce pèlerinage n’ait pas lieu. Je vous propose le film de notre voyage pour vous édifier :
– Le 27 novembre tous les participants se sont donnés rendez vous à 5 heures du matin devant la Case pour un départ prévu à 6 heures mais malheureusement certaines voitures étaient en retard, ce qui nous a retardé de 2 heures. Certains commençaient à s’impatienter et ont préféré attendre à la sortie de Nouakchott pour ne pas attirer la curiosité des passants ou des autorités.
– A 7 heures 45, le cortège était au complet et ce fut magnifique de voir tout ce monde prêt à tout et déterminé à atteindre son objectif : Se recueillir à Inal. A notre grande surprise la police “Zèbre” (on les appelle comme ça à Nouakchott ou la police d’Ould Abdel Aziz) nous arrête pour vérification de pièces d’Identité. C’est à cet instant que notre périple va commencer entre 35 Km de Nouakchott et l’auberge de Bouamatou.
– Après le zèle des “Zèbres” d’Ould Abdel Aziz, de 9 h environ à 16 heures, nous avons tous décidé de continuer notre voyage quitte à affronter le système raciste et esclavagiste qui a mis tout en œuvre pour empêcher notre convoi d’atteindre Inal car pour rien au monde nous leur donnerons satisfaction.
– Vers 18 heures, à 35 km de Nouakchott, après le déjeuner, nous avons repris notre voyage avec une certitude de rencontrer un autre barrage.
– A 120 km de Nouakchott, cette fois, ce sont des gendarmes encore plus zélés mais plus discrets que les “Zèbres”, qui nous attendaient fermement pour nous décourager une fois de plus en se servant des pauvres voyageurs sur Nouadhibou qui n’ont rien à avoir avec nous. Les gendarmes ont pris tout leur temps pour fouiller les passagers comme des terroristes et je pèse mes mots, c’était choquant et humiliant la façon dont se déroulait cette fouille des bagages et des passagers. Ils nous laissent finalement passer vers 1 h 15. Nous étions fatigués mais toujours déterminés.
-Vers 3 heures du matin, arrivent de nouveaux gendarmes mais cette fois -ci différents des autres. Ils nous ordonnent de faire demi-tour mais grâce l’efficacité d’Outhouma Soumaré (à qui nous rendons hommage pour sa détermination et sa patience avec les autorités routières) nous avons pu continuer notre périple vers Inal en restant plus déterminés d’atteindre notre objectif même s’il faut faire 2 ou 3 jours de route (Merci Outhouma)
– Nous avons dormi dans nos voitures, cette fois sans barrage jusqu’à l’auberge de Bouamatou pour nous reposer et prier, il était 5 heures du matin. Nous sommes restés jusqu’à 7 heures pour prendre du carburant et des provisions dans l’alimentation “Gare du Nord” qui n’ouvrait ses portes qu’à 7 heures.
– Nous sommes le 28 Novembre, nous reprenons la route, il était presque 8 heures, à notre grande surprise jusqu’à Inal, nous n’avons plus rencontré de gendarmes. Je crois que les autorités avaient compris qu’il était plus sage de laisser le convoi partir puisque l’opinion était déjà au courant d’empêchements de toute sorte faits par les forces de sécurité aux ordres du Général Aziz pour arrêter notre voyage. Nous n’avons plus vu personne sur le restant du parcours.
-Nous sommes donc arrivés à Inal vers midi (Alhamdoulillah), c’était impressionnant et émouvant, la foule qui criait “Allah Akbar”, les veuves et orphelins qui pleuraient, ce fut très dur pour nous tous, jamais nous n’oublierons cet instant inexplicable, il faut le vivre.
– Les gendarmes locaux sont venus à notre rencontre pour une nouvelle identification des pèlerins et des voitures. Cette identification a duré toute l’après midi, à la fin certains d’entre nous se moquaient de leur lenteur que nous avons du reste ignorée. Nous avions un programme que nous devrions finir avant 18 heures au lieu de nous attarder à relever la lenteur de cette énième identification ridicule et inutilement vexatoire.
-L’arrivée de SY Mahamadou de l’OCVIDH, rescapé du camp et auteur de l’enfer d’Inal, fut une grande surprise pour certains et un soulagement pour d’autres. C’est grâce à lui que les sites de pendaisons, tortures et tombes ont pu être identifiés (hommage à Sy Mahamadou, RESPECT). Son livre a permis à tous les mauritaniens de connaitre ce qui s’est passé réellement à Inal, Ce livre restera dans l’histoire la plus dramatique que la Mauritanie n’ait jamais connue et servira de pièce à conviction pour le jugement de Taya et ses complices, et ce jour viendra, j’en suis persuadée si nous restons unis.
– Après les identifications par Mahamadou, Biram a été saisi par la presse (MBC, Alakhbar, nouvelle expression etc….). Il les informe de l’identification formelle des sites. Par la suite, nous avons accompli les cérémonies de prière et de recueillement.
-Pendant les recueillements à notre grande surprise et stupéfaction, nous constatons que le système raciste et esclavagiste a tout détruit (lieu de pendaison, tortures et exécutions).
-Le lieu de pendaison est aménagé en terrain de football.
-Les hangars sont devenus une digue (c’est atroce et inhumain)
Je vous laisse imaginer notre douleur face à cette folie digne des NAZIS
– Après cette découverte, tous les pèlerins et les représentants de presse étaient choqués et anéantis devant de telles horreurs. Nous avons eu un moment de faiblesse (c’est humain)
– C’est en ce moment que le grand Sy Mahamadou, entouré des journalistes et pèlerins, déclare qu’il n’avait de haine, il demande que justice soit faite, que l’on sache les auteurs de ces crimes (bravo Mahamadou, tu resteras à tout jamais un exemple avec tout ce que tu as enduré, tu acceptes de passer à autre chose).
De ce pèlerinage, nous revenons avec la certitude que tout est réalisable avec la détermination, qu’il est possible de déplacer des montagnes :
– Si nous mettons nos différends de coté, si nous continuons à travailler avec ceux qui combattent sur le terrain comme TPMN et IRA et d’autres qui mettent leurs vies en danger pour la justice et l’égalité en Mauritanie, contre l’impunité. Les assassins seront traduits devant la justice.
– Inal restera un lieu de Pèlerinage n’en déplaise à nos détracteurs. Avec tout ce que nous subissons depuis l’indépendance, je me répète encore, nous devrons unir nos forces face à ces barbares qui n’ont aucun respect pour l’être humain ni pour le peuple Mauritanien dans son ensemble pour que toutes ses composantes puissent vivre en paix, pour cela il faudrait chasser les militaires qui sont les ennemis de la Mauritanie.
– Ba Ciré a toujours qualifié le passif humanitaire de Génocide et Ould Abdel Aziz de présumé génocidaire, je suis parfaitement d’accord avec lui. Suite à notre périple du 27 au 28 Novembre 2011 et suite aux barrages créés par le système raciste et esclavagiste qui protège les assassins et tortionnaires, Ould Abdel Aziz et son entourage deviennent complices donc ils seront jugés au même pied que les autres assassins répertoriés.
– Enfin je rends Hommage à Touche pas Ma Nationalité à Nouakchott, constitué de jeunes braves et déterminés qui ont pu réunir toute la diaspora et permis l’organisation de manifestations monstres à Paris et ailleurs dans le monde, qu’aucune organisation n’a pu réaliser depuis les années 91.
Restons mobilisés, ne baissons pas les bras, l’heure est très grave, nous continuons toujours d’être privés d’enrôlement et donc « déchus » de notre nationalité, en conséquence nous devenons apatrides dans notre pays. Rien n’a changé les camarades.
-YO ALLAH YURMO YAAFO MAYBEMEN, YO ALLAH HUUDU WARBEBE SUKAABE MEN , WORBE MEN, INCHALLAH, LA JUSTICE TRIOMPHERA
Mme KANE MARIAME
PRESIDENTE AFMAF
Devoir de mémoire et refus de l´oubli: 9 Juin 1989 – 9juin 2010 : 21 ans d’errance déjà ! par Mamadou Touré dit Docteur
Par un bel après midi de ce vendredi 9 juin 1989, j’étais avec mon groupe de travail entrain de faire les dernières révisions pour la préparation de l’examen du baccalauréat qui était prévu le 17 Juin 1989, quand nous fûmes interrompus par mes deux jeunes frères qui vinrent me dire de revenir vite, car il y avait des policiers à la maison. Je pris congé du groupe en promettant de revenir rapidement, question d’aller voir ce qui se passait (sans savoir que ma préparation du bac allait s’arrêter là !). Arrivé à la maison, on me dit que mon père venait d’être convoqué par le directeur de la sûreté. Au commissariat, on le questionna sur sa nationalité, celle de ses enfants et de son épouse, comme si les policiers n’étaient pas convaincus, ils décidèrent, d’aller avec mon père à la maison chercher nos pièces d’état-civil. Il se retrouva de nouveau face aux trois flics pour la suite de l’interrogatoire. Des questions dont ses interrogateurs connaissaient déjà les réponses lui furent posées : Combien de maisons avez-vous à Kaédi ?, Avez-vous des biens (verger, troupeaux, une voiture etc…) ? Avez-vous des frères et sœurs au Sénégal ?, Quelles étaient vos fonctions avant la retraite ? Connaissez-vous untel ? etc… Après avoir répondu à tous ces semblants de questions, ils lui dirent : ‘’Nous allons soumettre votre dossier ainsi constitué au directeur de la sûreté, c’est lui qui a le dernier mot’’. Ils revinrent cinq minutes après pour lui dire ‘’Mr Touré, le directeur de la sûreté a décidé que vous devez être expulsé… et nous devons retourner avec vous pour aller chercher votre famille…’’. Quelle était la vraie raison de cette décision ? Pourtant nos pièces d’état-civils prouvaient bel et bien notre mauritanité (mon père, mes frères et sœurs et moi sommes nés à Kaédi, ma mère à Aleg). Mon père arriva ainsi vers 23h à la maison accompagné des policiers, et nous lança cette phrase ‘’On y va !’’. Nous eûmes juste le temps de porter nos chaussures, et nous quittâmes la maison sous les pleurs de certains voisins qui étaient là. Juste au moment d’embarquer dans la camionnette de la police, je me rappelle qu’il y avait un ancien élève et grand ami à mon père, feu Ousmane Karfa NDiaye qui passait, mon père lui dit ‘’Ousmane , Adieu !’’, il nous regarda bouche-bée et tourna le dos et on l’a plus jamais revu.
Nous fûmes conduits au commissariat, et là le directeur de la sûreté dit à ma mère ‘’`Ton mari et les enfants sont sénégalais, ils seront expulsés, toi tu es mauritanienne, tu resteras’’, ma mère lui rétorqua ‘’si mon mari et mes enfants doivent quitter ce pays, ils me laisseront pas ici, je m’en vais avec eux !’’. On fouilla mon père, puis on nous embarqua, direction le fleuve. Un passeur que nous attendîmes pendant plus d’une demi-heure arriva, il était presque 1h du matin, il y avait un fort vent, et ma mère dit aux policiers en hassaniya ‘’il fait tard, il vente, nous sommes avec des enfants, ne pourriez-vous pas attendre le lever du soleil pour nous faire traverser ?’’ Ils n’eurent même pas la politesse de lui répondre. Pendant que nous traversions, je me rappelle de cette question du passeur (qui était un aveugle) à mon père en pulaar ‘’Holmo tatchinanmi kadi ?’’ (Qui je suis entrain de faire traverser ENCORE ?’), mon père lui répondit ‘’c’est moi Abdoul Touré !’’, et le passeur de rajouter ‘’Dhoum dey boni hankati’’ (là maintenant, c’est devenu sérieux !’’). Nous traversâmes ainsi cet endroit du fleuve sans nom, sans baluchon comme des pestiférés à la merci du hasard. Une fois débarqués sur l’autre rive, nous trouvâmes d’autres familles qui avaient été expulsées avant nous. Nous passâmes ainsi notre première nuit d’apatride sous un hangar de fortune avec une quarantaine d’autres personnes. Durant le reste de la nuit, mon père avait le regard tourné en permanence vers Kaédi, la tête lourde de pensée. À quoi pouvait-il songer ? Peut être à ses parents qu’il avait enterrés dans cette ville et qu’il n’a plus jamais voulu quitter, à ce pays qui l’a vu naître grandir, et qu’il a servi jusqu’à sa retraite, à ces centaines et centaines de cadres qu’il a formés et qui n’ont trouvé que cette façon de lui rendre la monnaie ?
Le lendemain matin, nous prîmes une voiture pour continuer notre exil forcé, et pendant que nous roulions, je me suis retourné, et j’apercevais encore l’abattoir frigorifique, ainsi que le grand silo de Kaédi, des endroits qui me rappelaient mon enfance, là où je jouais, chassais avec des amis…et ce fut un moment de grande émotion. Je me suis retourné une deuxième fois, et là mon Kaédi natal avait disparu de l’horizon ! là c’était officiel, nous étions devenus apatrides, nous sommes partis, mais pour combien de temps ? 1 mois , 2 ans , 10 ans ou pour de bon ? Dieu seul sait….
Mamadou Touré ”Docteur”
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