Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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Il ne faut pas brûler les livres ! Biram s’enflamme

altOn peut critiquer les idées que véhicule un livre, s’inscrire en faux par rapport à la pensée qu’il prône mais on ne doit jamais le brûler. Brûler un livre, c’est croire que l’on tire un bénéfice de cet acte, et c’est tout le contraire. Expression d’une religion, d’une culture ou d’une science, le brûler c’est porter atteinte à la civilisation universelle. Nul n’a le droit de brûler un livre parce que ce livre contredit ses opinions ou sa pensée car cet acte est l’expression d’une défaite intellectuelle et morale de celui qui le brûle. Car à défaut de pouvoir aligner face au livre décrié, un autre livre de même valeur annihilant par la même sa portée, le brûler c’est affirmer sa faiblesse de pensée et de convictions.

L’autodafé, qui est le terme consacré à la destruction des livres par les flammes, a toujours été à travers l’histoire, une volonté de détruire les consciences, les idées, de confisquer les libertés et d’emprisonner le libre-arbitre.

L’autodafé est  un acte de destruction de la pensée humaine, de démolissement des civilisations et du vouloir d’enterrer la conscience de l’homme ou les traces des civilisations.

Lorsque le dernier royaume Andalou s’effondra en 1499, l’archevêque Gonzalo Jiménez de Cisneros ordonna de brûler toutes les œuvres andalouses, jetant ainsi au feu l’inestimable production littéraire, philosophique, scientifique de l’Andalousie islamique. Des bibliothèques entières de plus de sept siècles de civilisation partirent en fumée. Un autodafé pour faire oublier, sinon tuer toute une civilisation. Le livre était à la base de cette civilisation du savoir qui a rayonné sur toute l’Europe.

L’empereur Qin Shi Huangdi, plusieurs siècles auparavant brûla les livres des adeptes de Confucius, portés contre sa politique. Et des siècles plus tard on brûla les livres du patrimoine culturel chinois sous « la révolution culturelle ».

Biram, n’aurait pas dû brûler les livres des jurisconsultes et savants malékites. Ce n’est là ni un symbole, ni un mot d’ordre qui sied dans une société musulmane…malékite.

Décrier la manière dont ils traitent la question de l’esclavage en Islam est une chose, brûler leurs œuvres est une mauvaise stratégie. Et du point de vue des valeurs et de la morale elle est répréhensible. Car se voulant faire un geste politique, Biram a porté atteinte à la conscience et à la conviction religieuse de toute un société.

Biram n’a-t-il pas compris que les livres du rite malékite n’appartiennent à aucune politique, ni majorité, ni opposition, ni blanc ni noir mais appartiennent à une conscience religieuse collective et qu’il n’est pas en droit d’y toucher sinon par un argumentaire religieux de même nature et non point par la destruction des livres de ses guides spirituels.

Que Biram comprenne qu’en brûlant les “œuvres”de droit ou de faits de tous les jurisconsultes musulmans, en commençant par le fondateur du rite Enes ibnou Malek ,en passant par ceux de l’Imam Sahnoun, Ibn Abî Zayd Al-Qayrawânî, Asad ibn al Furat, Abû Bakr Ibn At Tayyib Al Bâqillânî, Al-Qâdhî ‘Iyâdh, Ash Shâtibî etc…etc…, il ne fait pas de la politique, il commet un acte antiproductif, répréhensible et, pire encore, dangereux.

On le sait depuis belle lurette: tous les autodafés de l’histoire sont en fait l’expression de l’acte de brûler l’auteur à travers son livre. Et comme, le soulignent bien des écrits historiques, l’autodafé, n’est que le prélude au massacre des personnes.

« Là où on brûle des livres, on finit par brûler des hommes »

« Ce n’était qu’un prélude : là où l’on brûle les livres, on finit par brûler les hommes. » (« Das war ein Vorspiel nur, dort wo man Bücher Verbrennt, verbrennt man auch am Ende Menschen. ») avait dit le poète et journaliste allemand Christian Johann Heinrich Heine, à la suite de l’autodafé  de dizaines de milliers de livres par les nazis 1.

L’empereur Qin Shi Huangdi fit, en même temps qu’il brûla leurs livres, enterrer vivants 460 lettrés. On sait aussi ce qui arriva au Cambodge des khmers rouges pour les intellectuels, dont les œuvres furent abolies et dont les auteurs périrent dans les champs. Ce qui advint de même aux intellectuels durant la « Révolution culturelle » chinoise 2.

Quand on cherche à détruire, une image, une idée, un pensée, un courant idéel une philosophie, on brûle son contenant (le livre), puis ne pouvant bruler son contenu (la pensée) car insaisissable, on finit par brûler son auteur. L’autodafé n’est que l’antichambre du bûcher.

Telle était aussi le but du Pasteur Américain Terry Jones en voulant brûler le saint Coran, des soldats américains spoliant le saint Coran, au Pakistan…etc.

Biram en brûlant les livres des jurisconsultes malékites, ne pourra pas détruire leur contenu. Et il ne pourra pas non plus mettre leurs auteurs sur le bûcher. Reste alors tout le peuple malékite!

C’est autant dire, que vouloir dénoncer une injustice c’est d’abord la combattre par l’idée et la pensée et non en détruisant le support physique de la pensée de son contradicteur. Biram veut faire de son geste un symbole de la réaction antiesclavagiste, ce geste ne sera que ce que les Malékites y percevront : une atteinte à leur conscience religieuse.

Biram a confondu entre la symbolique de son combat d’ici-bas (lutte contre l’esclavage) et la symbolique du salut de l’au-delà (la conviction religieuse). Et l’autodafé est pour les livres, ce que le bûcher est pour l’humain. Œuvrons pour que jamais le second n’arrive et pour que le premier ne puisse être un « prélude » au second.

La Mauritanie a besoin de sa religion dans l’unité et la tolérance. Le spirituel doit être préservé de la symbolique politique. Le contraire, n’engendre que l’imprévisible.

Pr ELY Mustapha

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La justice nulle part : C’est comme ça la Mauritanie !

altLes actions du mouvement l’Initiative pour la Résurgence Abolitionniste (IRA) viennent de prendre une nouvelle tournure. Le président Birame Dah Abeid était déjà connu par sa hargne, la radicalité de son discours et surtout sa détermination dans son combat contre l’esclavage des harratines en Mauritanie. Ce qui lui a valu un séjour en prison en décembre 2010 suite à un procès dans une affaire d’atteinte à l’intégrité et à la sureté de l’Etat. Au sortir de la prison, l’abolitionniste avait déclaré depuis l’Italie qu’il se battra pour la cause des harratines et des droits de l’homme en Mauritanie jusqu’à la dernière goutte du sang. Depuis, ses activités se multiplient avec notamment des découvertes des cas d’exploitation de filles mineurs dans les quartiers périphériques de la capitale et à l’intérieur du pays. Il fut également l’instigateur du mémorable pèlerinage à Inal pour rendre un hommage aux 28 officiers halpularens pendus dans les années 90 par les autorités militaires mauritaniennes.

Au delà de ses actions, son discours agace plus d’un dignitaire et notable de certaines tribus maures anciennement propriétaires des harratines . D’autre part, Birame est toujours en ligne de mire contre les Ulémas du pays. Pour lui ces derniers consacrent et approuvent l’esclavage. Il a maintes fois fustigé leur « silence complice ».

Il vient d’être au cœur d’une regrettable polémique. Vendredi dernier, le leader harratin a boycotté les mosquées Nouakchottoises pour s’ériger le rôle d’un imam des abolitionnistes dans son quartier. Selon certaines sources, plusieurs lettres dans lesquelles le mouvement explique et justifie cet acte de boycott auraient été envoyées aux autorités et personnalités religieuses. Les principales motivations du mouvement consistent à s’indigner contre le rite Malikite largement répandu et pratiqué dans la sous-région. Selon le leader abolitionniste, le rite malikite légitime la pratique de l’esclavage. D’où l’ordre donné par ce dernier à ses militants d’incendier des célèbres livres comme le « Al-Mouwatta » : il s’agit d’un ouvrage compilant des éléments de la Sounna ainsi que certaines opinions juridiques émises par les nobles compagnons, les Successeurs et autres savants parmi les pieux prédécesseurs. En incendiant ces livres sacrés, Birame touche la sensibilité religieuse en heurtant les consciences des croyants. C’est un acte grave et condamnable. L’IRA vient de transgresser des limites car comme le disait Imam ach-Châfi’i:« l’ouvrage le plus authentique après le Livre de Dieu est le Mouwatta de Mâlik ». Birame n’a pas seulement incendié « ses livres» mais des références en matière de jurisprudence islamique. Il est plus judicieux de répliquer par la science et la sagesse devant la haine et le déni des oppresseurs.

Les instances dirigeantes du mouvement l’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste en Mauritanie pouvaient convoquer dans un colloque ou une conférence, des jurisconsultes des autres rites pour réfléchir sur la question de l’esclavage et son interdiction en Islam, en imposant la considération des recommandations issues de leurs réflexions car le figh doit prendre en charge le contexte. De ce fait pousser à un moratoire sur la question de l’esclavage.

Ils peuvent aussi s’approcher des savants du texte et du contexte prônant la réforme radicale dans les sociétés contemporaines majoritairement musulmanes dont certains travaux ont été entamés en Europe par des grands réformistes. 

Pour contester les propos de certains savants, L’Ira pouvait aussi organiser des sit-in devant le centre de formations des ulémas dont le Président est le grand érudit Cheikh Mahamed Hassan Dedew, devant la grande mosquée de la capitale et devant la maison des muftis .Tenir et organiser en effet des actions légitimes et pacifiques. Le respect de la culture oblige à faire l’économie de certaines pratiques.

Avec cet acte, ils signent une double défaite. Primo, ils perdent toute crédibilité aux yeux de l’opinion publique nationale considérant cet acte comme une profanation (ce qui est en soi une transgression). En effet les livres expliquent et contiennent la parole d’Allah et de son Prophète (paix et salut sur lui). Secundo, les savants malikites du pays peuvent faire un bloc et multiplier des pressions sur les autorités pour déstabiliser et faire éclater leur mouvement. Alors, chose qui n’a pas tardé. La manifestation qui a été organisée partant de la grande mosquée jusqu’au palais présidentiel condamnant « cette dérive d’Ira » illustre de ce que nous venons d’avancer.

Mais il y a là un grand paradoxe qui dévoile au vu et au su de tout le monde l’hypocrisie de nos dirigeants.

A Nouakchott, pour une dizaine de manifestants, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz promet de faire le nécessaire pour que des mesures soient prises pour punir Biram Dah Abeid Président de l’Ira pour avoir incendié des livres du rite malikite. Et le même soir, une centaine de policiers délogent Birame à son domicile sans aucun mandat d’arrêt. C’est comme ça la Mauritanie. On punit quand certains s’attaquent à certaines valeurs au même moment où l’Etat continue de protéger bec et ongle des criminels des actes barbares commis à l’égard des « négros-mauritaniens » en 1989. C’est comme ça la Mauritanie. L’Etat punit pour un mécontentement des fanatiques, mais épargne de véritables transgresseurs des règles d’Allah : ceux qui ont tué des hommes et violé des femmes. C’est comme ça la Mauritanie. L’Etat reste indifférent à l’impunité des crimes contre l’humanité mais cède facilement à l’émotivité des esclavagistes. C’est une sorte d’hypocrisie nationale que de recevoir des gens déchainés à l’heure de la grande répression aveugle des étudiants et de la marginalisation des franges des composantes nationales.

C’est comme ça la Mauritanie, bientôt on verra le procès de l’affaire des livres alors que le meurtrier de Lamine Magane circule tranquillement à Rosso. Tout comme Arby Ould Jidein siége chaque matin du haut de son perchoir à l’Hémicycle. Aziz promet la justice et oublie la communauté « négro-africaine » qui attend toujours la traduction des bourreaux de leurs fils militaires, agriculteurs et citoyens ordinaires. Quelle Mauritanie? Quelle hypocrisie? La justice n’est donc nulle part de ce pays ou s’applique-t-elle qu’à une frange? C’est comme ça la Mauritanie. On punit les innocents et on honore les coupables…

Bâ Sileye

Sileye87@gmail.com

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Visites présidentielles dans la vallée : De l’interdiction d’exprimer son mécontentement sur des pancartes

altLe Président de la République se rendra dans le Brakna et le Gorgol. Des visites qui viennent à point nommé. Elles interviennent au même moment où beaucoup de questions nationales réapparaissent sur la scène politique. Des questions qui mobilisent des citoyens de plus en remontés et plus particulièrement les populations de la région de la vallée du fleuve. Selon le site Alakhbarinfo, l’Etat a débloqué pour ce déplacement présidentiel une somme faramineuse estimée à 1/4 de milliard d’ouguiyas. Les autorités régionales ont été invitées à mettre la main dans la poche… Et sans parler des cadres de ces deux régions… Somme toute de l’argent du contribuable sera mis au service de la propagande à l’heure où famine et la sécheresse font des ravages. Le président a-t-il oublié qu’il s’était arrogé d’être « le messie des pauvres ». Nous lui rappelons que ces deux régions font parties des poches de la pauvreté selon les organismes humanitaires tels que le Programme Alimentaire Mondial (PAM).

Ces visites seront-elles pour lui l’occasion de renouer avec ces citoyens qu’il ne cesse de blesser par sa politique et ses discours ? Les cadres négros-mauritaniens du parti pour la République (UPR) réussiront-ils à sauver ce qui peut l’être pour reconquérir un terrain propice. Lui qui voit sa popularité s’envoler dans la vallée à cause du recensement jugé discriminatoire et raciste par le mouvement « Ne touche pas à ma Nationalité » ? Son discours pourra t-il rassurer les 24 272 rapatriés qui se trouvent dans des conditions sociales misérables et déplorables depuis bientôt 5 ans ? Son gouvernement va-t-il présenter de nouveaux programmes d’insertion et d’intégration aux familles rapatriées dans les deux régions ? Le président va-t-il enfin réagir par rapport aux polémiques relatives à la confiscation des terres des populations de la région de Boghé et de Bababé ? Le président se rendra-t-il à Magham chez la famille de l’adolescent Lamine Mangane abattu par un gendarme lors d’une manifestation contre l’enrôlement ? Autant des questions qui font l’objet des discussions. En effet, le président doit apporter des réponses. Elles seront la garantie de la réconciliation avec son électorat dans ces deux régions. Ce serait une grave erreur politique que d’esquiver toutes ces questions. Le faire serait synonyme d’un déclin politique dans la vallée en sachant que son aura est entachée par tout ce qui a été enregistré depuis le déclenchement de l’opération d’enrôlement et de ses propos sur le dossier du passif humanitaire.

Au-delà de cette gabegie et ce pillage des nos deniers, les observateurs jugent très curieux la décision prise par les pouvoirs publics d’interdire des slogans hostiles à la politique du gouvernement. Comprenez par là que toutes pancartes contre Aziz sont bannies lors de cette tournée. Les citoyens de cette région n’ont pas le droit d’exprimer leur mécontentement et leur désarroi à l’égard de la politique du gouvernement. C’est le musèlement total du citoyen et une privation grave de la liberté d’expression et de l’opinion. Ceci laisse croire qu’ Aziz n’ira pas pour consulter les conditions de vie déplorables mais pour imposer une dictature. Donc un message clairement adressé à la COD et aux islamistes engagés dans une guerre de tranchées avec l’actuel régime. Et surtout un avertissement aux islamistes ayant réussi à s’infiltrer en brandissant des slogans hostiles à sa politique lors de ses derniers meetings à Nouadhibou et à Rosso.

Mais cette interdiction vise particulièrement les militants de TPMN. Les autorités savent que le mouvement dispose d’une bonne assise dans ces deux régions depuis le début des actions militantes. En même temps, à travers leurs tournées de sensibilisation sur le danger de l’enrôlement, les leaders du mouvement ont réussi à instaurer une proximité avec la population. L’Etat a donc pris une bonne avance sur les actions prévues par les militants du TPMN. Ce mouvement ne s’inscrit pas encore dans une posture anarchiste. Les responsables ont toujours défini leur mouvement de pacifiste. Les ripostes des mouvements comme celui du TPMN évoluent en fonction des réactions coercitives de l’Etat. Ils se radicalisent selon la portée de la violence contre ces militants. De leur marginalisation aussi. Si les slogans dérangent, l’Etat ferait mieux d’approcher ces derniers tant que les actions sont encore modérées.

Bâ Sileye
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Pourquoi avons-nous peur de nos langues nationales?

altCette réflexion s’inscrit dans la logique de notre article intitulé «Plaidoyer pour l’introduction de l’égyptologie dans l’enseignement supérieur en Mauritanie » paru il y’a quelques jours sur plusieurs sites mauritaniens. Ce plaidoyer était juste un aspect d’un projet plus large, celui qui consiste à appeler les autorités mauritaniennes à une réflexion beaucoup plus approfondie sur notre système éducatif, ses failles et les moyens de le réinventer. Notre espoir est qu’une telle discussion puisse déboucher sur une refonte du moule éducatif mauritanien et la mise sur place d’un cadre apte à rendre notre éducation beaucoup plus compétitive sur l’échelle du continent et du monde mais surtout à faire du système éducatif le moule d’une conscience historique commune, des aspirations communes ; bref le moule d’une Nation. Nelson Mandela aime rappeler cette verité absolue: «Education is the most powerful weapon which you can use to change the world». Quel rôle nos langues nationales peuvent-elles jouer dans ce combat?

Le 16 mai 2007, l’Assemblée Générale des Nations Unies, dans sa résolution 61-266, a demandé aux États Membres et au Secrétariat «…d’encourager la conservation et la défense de toutes les langues parlées par les peuples du monde entier ». L’année suivante, 2008, est alors proclamée Année internationale des langues. L’objectif visé ici est bien sûr de «… favoriser l’unité dans la diversité et l’entente internationale grâce au multilinguisme et au multiculturalisme ».L’ONU reste convaincue que : « Les langues constituent les instruments les plus puissants pour préserver et développer notre patrimoine matériel et immatériel. Tout ce qui est fait pour promouvoir la diffusion des langues maternelles sert non seulement à encourager la diversité linguistique et l’éducation multilingue mais aussi à sensibiliser davantage aux traditions linguistiques et culturelles du monde entier et à inspirer une solidarité fondée sur la compréhension, la tolérance et le dialogue ». Ce besoin de dialogue culturel comme base pour construire nos nations, nous le rappelions récemment lors de la conférence tenue à Montgomery College dans l’état de Maryland et intitulée « Realizing the Power of Multicultural Education ».

En 2008, l’Assemblée Générale de l’Etat de Maryland ou nous vivons a voté une loi, Senate Bill 506 et House Bill 610, qui établissait pour la première dans l’histoire des Etats-Unis, un Task Force appelé Task Force for the Preservation of Heritage Language Skills in Marylanddont le but était d’étudier le rôle des langues « ethniques » et d’explorer les voies et moyens par lesquels ces langues peuvent être préservées et utilisées par l’état de Maryland. Le choix de Maryland pourrait être le résultat du fait que « Maryland is home to an unusually diverse and well-educated immigrant population ».

Une année plus tard, le Task Force dépose son rapport et ses recommandations sur le bureau du Gouverneur Martin O’Malley pour un suivi immédiat. Il faut souligner ici que par l’expression “Heritage languages”, le Task Force fait allusion à toutes les langues en usage dans l’univers marylandais avant l’immersion dans l’univers linguistique Anglophone. Donc il s’agit de l’Espagnol, le Français, l’Arabe mais aussi «… several African languages and dialects (p. 4 du rapport) ».

Plus récemment, lors de la Journée internationale de la langue maternelle du 21 février 2012, Irina Bokova la Directrice générale de l’UNESCO dira : « La langue de nos pensées et de nos émotions est notre bien le plus précieux. Le multilinguisme est notre allié pour assurer l’éducation de qualité pour tous, favoriser l’inclusion et lutter contre les discriminations».

Toutes ces initiatives sont à saluer ; le monde semble se rattraper un tout petit peu. Mais faut-il rappeler qu’en 1954, bien avant les Indépendances et toutes ces déclarations et initiatives, Cheikh Anta Diop avait averti les Africains et souligné dans Nations nègres et Culture, T.II, 1979, p.415 qu’: « il est plus efficace de développer une langue nationale que de cultiver artificiellement une langue étrangère; un enseignement qui serait donné dans une langue maternelle permettrait d’éviter des années de retard dans l’acquisition de la connaissance ». Malheureusement nos dirigeants n’étaient pas à l’écoute ; le partage des postes avait éclipsé la raison et le bon sens.

Cheikh Anta ajoutera aussi, pour montrer la difficulté majeure qui guette les jeunes Africains en quête de connaissance, que : « Le jour même où le jeune Africain entre à l’école, il a suffisamment de sens logique pour saisir le brin de réalité contenu dans l’expression: un point qui se déplace engendre une ligne. Cependant, puisqu’on a choisi de lui enseigner cette réalité dans une langue étrangère, il lui faudra attendre un minimum de 4 à 6 ans, au bout desquels il aura appris assez de vocabulaire et de grammaire, reçu, en un mot, un instrument d’acquisition de la connaissance, pour qu’on puisse lui enseigner cette parcelle de réalité ».

De ce fait, si vous prenez un enfant Africain qui généralement entre à l’école à l’âge de 7 ans pour commencer l’étape d’acquisition de l’instrument de la connaissance, il lui faudra attendre l’âge de 11 à 13 ans avant qu’il ne soit prêt pour une apprendre la réalité de la connaissance. Ces 4 à 6 ans passés à étudier l’Anglais, le Français, l’Arabe etc… constitue en effet 4 à 6 de retard dans la marche vers l’acquisition de la connaissance. Donc comparé à l’enfant Français, Arabe ou Américain, l’enfant Africain qui amorce l’étape d’acquisition de l’instrument de connaissance traine un déficit énorme, déficit qui pourrait déterminer sa place dans la société de demain, fossiliser son avenir et poser les jalons d’une discrimination certaine dans le futur. La langue doit être perçue comme le moteur ou véhicule de la connaissance ; elle ne doit jamais constituer un obstacle, un rideau de fer à la connaissance. La langue doit faciliter la marche vers l’acquisition de la connaissance au lieu de l’enfreindre comme tel est le cas dans nos systèmes éducatifs africains.


Les neuroscientifiques américains ont pu démontrer qu’au-delà de 6 ans, ce qu’ils appellent « Window of opportunity », ou intervalle de temps durant lequel l’acquisition d’une langue étrangère est plus facile, commence à se fermer progressivement. Cela veut dire que l’enfant apprend les langues étrangères avec plus de difficultés. Ce qui va surement retarder l’acquisition de la connaissance chez l’enfant africain. L’enfant africain perd ainsi doublement : il passe un temps énorme à apprendre l’outil de communication et non la connaissance il le fait au moment où la fenêtre des facultés d’acquisition de cette langue est neurologiquement en train de se fermer.

Voilà pourquoi beaucoup d’Africains sont obligés de quitter les bancs de l’école parce que l’étape d’acquisition de la langue est tellement difficile qu’elle a fait perdre à l’enfant le gout de l’étape d’acquisition de la réalité de la connaissance. Pour vérifier cela, regarder combien de vos amis ont abandonné l’école durant cette étape.

L’aptitude naturelle d’apprendre une langue étrangère ne disparaît pas après 6 ans, mais diminue, l’acquisition de la syntaxe et de la correcte prononciation disparaissent alors que l’acquisition d’un nouveau vocabulaire croit avec le temps.

L’expérience renforce le vocabulaire et il en est de même de la lecture. Voilà qui justifie l’assertion de Dr. Bruce Perry de la faculté de Médecine de Baylor College en Houston dans l’état de Texas: « Experience is the chief architect of the brain ».Par expérience, Dr. Perry entend un permanant contact avec l’environnement ou la réalité extérieure.

Ces études neuroscientifiques montrent l’ampleur du mal en Afrique de manière globale. En d’autres termes, pourquoi demander à un enfant qui a déjà les prédispositions pour accéder à la connaissance de faire un détour linguistique de quelques années avant d’arriver à la réalité de la connaissance ? L’enfant maîtrise déjà l’instrument de connaissance et est prêt pour la connaissance.

Entendons-nous bien, par langue étrangère, nous faisons allusion à toute langue autre que celle parlée dans l’univers immédiat où évolue l’enfant. Pour être plus explicite, disons que le Pulaar est une langue étrangère chez l’enfant Soninke et vice-versa. Cela dit, si on prenait un enfant de Mbagne et un autre d’Atar et qu’on les introduit au système éducatif mauritanien tel qu’il est, l’enfant d’Atar est 4 à 6 ans en avance dans l’apprentissage de la langue étudiée à l’école par rapport à l’enfant de Mbagne, le village de mon ami Feu Samba Sarr. Alors que l’enfant d’Atar a un instrument d’acquisition de connaissance, celui de Mbagne ou de Jeol, le village de mon ami Kaaw, se bat pour la maîtrise de l’instrument d’acquisition de la réalité de la connaissance.

Pire, l’enfant de Mbagne est introduit à l’instrument d’apprentissage au moment où il a dépassé« The window of opportunity »,intervalle de temps durant lequel cet apprentissage aurait été plus facile. Deux ou trois ans plu tard, l’enfant de Mbagne voit un autre obstacle se dresser puisqu’il doit ajouter le Français en plus du Hassaniya étudié à l’école.

Bref l’enfant de Mbagne fait face à une série difficultés : 1) Il a dépassé «The window of opportunity » ; 2) Il doit maîtriser 2 instruments d’acquisition de connaissance en un temps record ; 3) Il doit étudier la langue et non la connaissance ; 4) Son cerveau doit modeler très vite des espaces d’enregistrement pour ces langues ; 5) Il doit apprendre 2 langues dont il ne fait pas l’usage à la maison. Voilà une montagne d’injustice créée par notre système éducatif.

L’enfant Beydan fait face à une difficulté pareille lorsqu’il s’agit d’apprendre le Français ou s’il aurait eu à apprendre la langue d’Ilo Yaladi, Kocc Barma ou Jaabi Sise. Il aura à transcender les mêmes difficultés que l’enfant de M’bagne ou de Diowol. En effet, voilà une langue qui lui est étrangère et dont il ne fait l’usage qu’à l’école. Donc l’usage du Français, n’en déplaise mes amis Francophiles, constitue un obstacle dans l’acquisition de la réalité de la connaissance chez cet enfant.

La différence entre l’enfant de M’bagne et l’enfant d’Atar se situe cependant dans le soutien qu’ils reçoivent de l’Etat mauritanien. Pour le premier, ce soutien est zéro alors que pour le second, le soutien s’appelle le system éducatif mauritanien et son volet le plus controversé, l’arabisation.


Il faut souligner ici que les Négro-africains de la Mauritanie ne rejettent pas l’Arabe en tant que langue, mais plutôt son usage comme arme politico-culturelle darwinienne. Ici apparaît la discrimination. Il faut comprendre cette logique pour comprendre les dangers de la politique d’arabisation initiée par les autorités. Elle est une réponse calibrée et sélective pour seulement une portion de la jeunesse mauritanienne ; elle adresse uniquement le challenge que les enfants maures vont rencontrer s’ils doivent étudier la langue de Molière. L’arabisation est de ce fait une réponse politique et discriminatoire dès lors qu’elle résout le problème d’une catégorie sociale et maintien l’autre défavorisée. Vue sous cet angle, l’arabisation est un crime politique et un élan génocidaire culturel et linguistique.

Et bien sûr nous ne disons pas qu’il ne faut pas apprendre les autres langues ; bien au contraire. La langue fait de la diplomatie mieux et plus que les meilleurs diplomates. Mais ce que nous pensons c’est que les connaissances de base peuvent et doivent être enseignées en langues nationales, parallèlement à l’acquisition des autres langues. L’erreur à éviter, a notre avis, c’est de faire de la langue étrangère une condition primaire à l’acquisition de la connaissance.

Notre peur de l’enseignement de nos langues nationales est une conséquence directe du poison culturel colonial dont Cheikh Anta Diop parlait et contre lequel il nous avertissait; elle n’est pas fondée sur une expérience empirique de leur application ou de la logique du cerveau humain. La neurologie et la logique linguistique nous dictent leur enseignement. Nos populations et l’Etat mauritanien doivent comprendre que l’enseignement des langues nationales, et de toutes nos langues nationales, est la voie la plus sure pour sortir de la situation actuelle et pour finalement enseigner à nos enfants la réalité de la connaissance. Il faut comprendre que si la culture est le grenier des sociétés humaines, la langue constitue la clef pour y accéder et le cadenas pour préserver ces cultures. Nous avons déjà perdu 50 ans; nous pensons que cela est assez.

Nous demeurons en effet convaincu que toute réflexion sur le système éducatif en Mauritanie et dans le reste de l’Afrique doit passer forcement par la valorisation des langues nationales, de toutes les langues nationales. Nos langues constituent la voie la plus sure pour accéder à la connaissance. Nos ancêtres de l’Egypte ancienne l’avaient compris et ceci a amplement justifié leur domination sur le reste du monde. Et des millénaires plus tard, l’Asie est en train de le prouver une fois de plus.

Dr. Mamadou Ibra Sy, égyptologue

Baltimore, Maryland-USA

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Mohamed Ould Abdel Aziz, l’Azawad et la sous-région par Ciré Ba et Boubacar Diagana

altLe 22 mars 2012 des mutins de l’armée malienne, basés à Kati dans les environs de Bamako, montent au palais de Koulouba et prennent le pouvoir pour, disent ils, « mettre fin à l’incompétence (entendez incapacité) » du Président Amadou Toumani Touré (ATT) à lutter contre la rébellion Touareg qui non seulement a pris les villes du nord (Aguelhok, Tessalit) mais en plus aurait été coupable d’atrocités sur leurs camarades désarmés. Ces mutins entendaient montrer aux femmes, en l’occurrence les mères et les épouses de soldats tués, qu’ils n’étaient pas des Bilakoro.

Le 08 avril 2012, sous la pression de la communauté internationale conjuguée à l’avancée fulgurante de la rébellion indépendantiste Touareg du Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA) – alliée à Al Qaeda pour le Maghreb Islamique (AQMI) – qui occupe désormais le nord et le centre du pays (jusqu’à Tombouctou et Gao) qu’elle considère comme le berceau naturel du peuple Touareg, l’Azawad, les mutins rendent le pouvoir aux civils. Dioncounda Traoré, président de l’Assemblée Nationale est chargé, pendant une période transitoire d’assurer la continuité de l’État Malien, d’organiser les échéances électorales et surtout de pacifier le Nord dont l’occupation s’est rapidement faite entre le 17 janvier et le 04 avril 2012. Sur le terrain le MNLA ne semble plus maître du jeu, il serait doublé par AQMI et sa fraction ouest africaine, le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO). On parle de plus en plus de la présence sur le terrain d’éléments nigérians de Boko Haram qui auraient participé à l’enlèvement des diplomates algériens.

Comment le Mali est arrivé à cette situation ?

La responsabilité du Président ATT est pleine et entière car tout laisse à penser qu’il aurait voulu terminer son deuxième mandat sans vague et laisser la patate chaude au futur Président  élu. Des informations croisées font état de corruption généralisée au sein de l’armée malienne et surtout au niveau de son commandement. Mieux ATT aurait fermé les yeux sur les activités criminelles de toutes sortes dans la partie nord de son pays.

Pour le Forum pour un Autre Mali (FORAM), un regroupement d’intellectuels, l’expérience démocratique malienne assistée et encensée par la communauté internationale a accouché d’une souris dans un contexte de corruption généralisée d’un régime dont la règle non écrite du jeu politique est « Enrichissez vous et taisez vous ». Les auteurs de cette chronique d’une recolonisation du Mali datée du 04 avril 2012, n’épargnent ni les partis politiques jugés sans base électorale, ni la société civile, encore moins l’administration qualifiée de corrompue.

Le  refus d’ATT de s’engager dans la lutte contre l’AQMI et son soutien à Kadhafi ont fini par rendre son pouvoir moribond. Il paye cash.

Le double jeu de Mohamed Ould Abdel Aziz ?

Vu de Bamako, le soutien d’Ould Abdel Aziz à la rébellion Touareg ne fait l’ombre d’aucun doute. Outre le fait d’héberger des éléments du MNLA, il utiliserait ses deux généraux, passés dans l’art de la répression à l’intérieur et de la déstabilisation à l’extérieur, pour conseiller, aider et manipuler cette rébellion dont des responsables auraient pignon sur rue à Nouakchott. On cite les généraux mauritaniens Hadi et Meguette. Un journal de Bamako, dans sa livraison du 07 mars rapporte des  propos jugés belliqueux du ministre mauritanien des Affaires Étrangères, Hamadi Ould Hamadi, qui aurait déclaré sur les ondes de RFI que « les Touareg sont une communauté ethnique…, …. (ils)  n’ont jamais attaqué un pays étranger… ».

Quoi qu’il en soit, depuis 2010, Mohamed Ould Abdel AZIZ a fait de la lutte contre Al Qaeda au Sahel un objectif presque obsessionnel. A plusieurs reprises, des éléments de l’armée mauritanienne ont conduit des opérations sur le territoire malien au motif de lutter contre la nébuleuse Al Qaeda et des éléments affiliés à l’AQMI, disséminés dans cette partie du Sahel.

 La répétition de ces opérations pose  questions :

–       Quelle légitimité fonde cette action ?

–       Comment une armée étrangère (la mauritanienne) peut-elle pénétrer dans un territoire souverain (le Mali)  sans l’aval des autorités de ce pays ?

–       ATT aurait il sous-traité la sécurité dans le nord de son pays ?

Faute de pouvoir apporter une réponse à ces interrogations, la deuxième nous donne une idée de l’état de déliquescence dans lequel se trouve peut-être depuis longtemps l’armée malienne.

Quel que soit le résultat de ces opérations, elles apparaissent comme un signalement, voire un coup d’envoi pour les forces rebelles qui n’attendaient qu’à en découdre avec le régime de Bamako.

La situation qui prévaut actuellement au Mali est préoccupante et constitue un facteur de tension majeure dans notre pays car il n’y a aucune frontière humaine entre nos deux pays. Nous sommes donc interpellés  à plusieurs niveaux :

–       L’expérience démocratique, qui a un enracinement vieux de plus de vingt ans dans ce pays, s’en trouve tout d’un coup battue en brèche.

–       AQMI opère désormais à visage découvert sur plus de 800 km le long de notre frontière Est, commune avec le Mali.

–       Les effets évidents, mais aujourd’hui incalculables, de cette situation sur l’échiquier politique national, notamment au regard des mauritaniens noirs

Alors, le régime de Ould Abdel Aziz a beau rejeter la reconnaissance de la proclamation de l’indépendance de l’Azawad, ou condamner l’enlèvement des autorités consulaires algériennes, sa responsabilité directe ou indirecte semble engagée dans cette affaire.

La France soutient elle la rébellion ?

A croire le MNLA, il bénéficierait du soutien de la France. Le Président de son bureau politique, Mahmoud Ag Aghaly, s’est en effet fendu d’un communiqué depuis Ménaka le 08 février 2012, dans lequel on peut lire : « le MNLA exprime ses vifs remerciements aux Autorités Françaises pour l’intérêt qu’elles accordent à la révolution du peuple de l’Azawad. Le bureau politique exécutif, salue l’initiative de la France, telle exprimée par son Ministre des Affaires Etrangères, son Excellence Alain Juppé face au Sénat Français ce mardi 07/02/2012, soutenant que la question de la révolution du peuple de l’Azawad, mérite d’être traitée au fond pour une issue définitive, étant donné que militairement, le Mali a échoué face aux combattants du MNLA. (…..) Le MNLA se déclare ouvert à un dialogue sincère sur le principe et de la reconnaissance du droit à l’autodétermination au peuple de l’Azawad. Le MNLA accueille ouvertement le soutien de la France pour la recherche d’une solution durable et définitive de cette crise ».

S’agit-il d’une intox ?

Au Mali, l’opinion est convaincue de ce soutien. le FORAM, pourtant pas tendre avec le régime d’ATT, souligne que « …la France espère obtenir de la future République laïque et démocratique de l’Azawad ce que le Président malien Amadou Toumani Touré n’a pas su ou pas voulu lui accorder : La base de Tessalit hautement stratégique au plan économique et militaire ; de la fermeté dans la lutte contre l’émigration clandestine et Al Qaeda au Maghreb ».

Le commerce des otages :

Dans le nord du Mali, les ravisseurs des otages européens sont maîtres du jeu depuis plusieurs années.  Ces cinq dernières années, le commerce des otages aurait rapporté plus de 180 millions à ces auteurs.

A titre indicatif, la somme exigée par l’AQMI pour libérer l’ensemble des otages encore détenus, entre 90 millions et 100 millions de dollars, correspondrait à la moitié du budget malien de Défense.

Les inquiétudes des mauritaniens

altOutre, les risques de contagion en termes de sécurité et de déstabilisation, Mohamed Ould Abdel Aziz apparait désormais comme l’homme fort de la sous-région et un bon ami de Paris. Ce qui pourrait entrainer un musèlement de l’opposition et expédier aux calendes grecques nos préoccupations premières. On sait qu’un pouvoir en « guerre » mobilise facilement autour de la fibre nationaliste. Les arrestations en cours à Nouakchott et à Nouadhibou soi disant pour des raisons de sécurité,  et les expulsions vers le Sénégal de plusieurs centaines de migrants Ouest-africains ou supposés tels, rappellent 1989. Elles s’annoncent comme un bizutage et un cadeau empoisonné à l’endroit du tout nouveau Président élu du Sénégal, Macky SALL. Se laissera-t-il impressionner comme ses prédécesseurs  WADE et DIOUF?

Notre armée, même si elle a renforcé ses capacités de frappes au sol et aérienne avec la commande de nouveaux avions, peut elle faire face a un adversaire mobile, déterminé et fanatisé ? Elle risque un embourbement. Qui paiera la facture, forcément lourde, de cette guerre alors que la famine menace une fois de plus des milliers de nos concitoyens ? La communauté noire de Mauritanie est très inquiète, une partie de son intelligentsia est en droit de penser que l’Azawad risque d’être un prolongement de la Mauritanie « arabe » si chère aux milieux pan arabistes.

Si la situation actuelle se maintenait, ce qui constitue aujourd’hui une frontière entre nos deux pays, pourrait ne plus l’être. La nouvelle géopolitique pourrait avoir des conséquences multiformes. La base de la revendication indépendantiste étant identitaire (Touareg), que deviendraient les milliers de Songhaï, Arabes, Fulbé, Bamanan et autres minorités enracinées depuis des siècles dans cette partie du territoire malien ? Plus généralement, la porosité de nos frontières Est et Nord et le développement d’activités de trafics de tous genres dont cette partie est jusque-là le théâtre constituent une source d’instabilité sérieuse pour les populations des Hodhs et de l’Assaba, ainsi que pour leurs activités productives d’agriculture et d’élevage.

L’enseignement ultime à tirer de cette situation pour nous Mauritaniens, est que dans un pays multiracial, il faut prendre en compte les revendications légitimes des différentes composantes au risque de les voir ressurgir plusieurs dizaines d’années plus tard. Pour le cas malien comme pour la Mauritanie, la prise en compte des intérêts de l’ensemble des populations à travers une véritable politique qui mette en valeur les ressources et les spécificités de chacune des parties semble être le meilleur rempart. Cette situation rappelle la nécessité impérieuse d’une véritable décentralisation dont l’objectif recherché est le développement des collectivités territoriales, accordant une large place à la gouvernance locale.

Ciré BA et Boubacar DIAGANA

Avril 2012

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