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Chronique de la Question Nationale en Mauritanie – à travers les Mémoires de Ould Daddah,” la Mauritanie contre vents et marrées ” par Bara Ba
J’ai lu les mémoires de Ould Daddah – ” La Mauritanie contre vents et marrées” .
Je voudrais partager avec vous,chers lecteurs ,son temoignage sur juste un aspect de ces mémoires touchant la question culturelle . Mon intention est de montrer combien cette question fut récurrente et chargée . Combien également les gouvernements arabo-berbères louvoyérent , à chaque fois qu’elle se posât avec accuité, voire avec passion le plus souvent, trainant les pieds de report en report , pour qu’enfin on l’enterra , pour de bon .
J’aimerais aussi montrer comment par glissement, volontairement choisi , on est passé de la dimension politique –Question nationale à la dimension culturelle –question de langues-, pour ne retenir , en définitive, que cette dernière ; et cela même présentement chez la plupart de nos leaders politiques arabo-berbères !
A ceux qui s’obstinent à penser que le problème nègre a été ou demeure juste un problème culturel , les faits retracés par Ould Daddah les controdisent formellement en soutenant le contraire à travers les confessions qu’il nous fait , ici même dans ces pages .
Cette question est d’essence politique , fondamentalement .
Dans ce témoignage que je rapporte ici , le plus fidélement autant que possible , je ne manque pas, de temps à autre , de faire ici et là, mes propres commentaires , à certains propos . Vous saurez faire la différence .
Ecoutons plutôt Mokhtar Ould Daddah .
Le Congrès d’Aleg 1959 , Congrès – départ de la dérive , et à partir duquel Ould Daddah remonte .
“ Pendant ce Congrès un débat houleux , voire passionné s’était engagé sur la Question nationale . Le groupe Négro- Africain proposait la solution fédéraliste , à défaut exigeait des garanties constitutionnelles; le Groupe recommandait en outre l’adhésion de la Mauritanie à la Fédération du Mali , position sur laquelle ils étaient même soutenus par le groupe des maure de l’Est .
La Question n’ayant pas trouvé de solution fut donc suspendue , en raison de son acccuité pour être confiée , au groupe parlementaire , au sortir du Congrès.
Il était question , nous confie Daddah qui rapporte les choses , de procéder à une révision constitutionnelle qui serait favorable à la minorité ( entendez Négro-Africains ) suite à leurs inquiétudes exprimées à propos de l’évolution du pays.
“Les Noirs disaient , nous rapporte Daddah , que si la régle démocratique selon laquelle la majorité numérique impose sa loi à la minorité était appliquée telle quelle chez -nous , la majorité maure pourrait dans certains domaines importants , imposer des mesures qui léseraient la minorité. Pour prémunir cette dernière contre de telles éventualités, des garde-fous , des garanties devaient être prévues dans la constitution”.
Il ajoute plus loin , que puisque ” le Président de la République serait toujours maure , théoriquement , il fallait instituer une vice -présidence dont le titulaire serait issu de la vallée “.
Il fallait donc réviser la constitution dans le sens d’un exécutif bi-céphale.
Le groupe parlementaire se mit donc au travail , et après d’âpres discussions , se mit d’accord , pour l’essentiel , sur la proposition. Il fallait passer à exécution .
Mais Ould Daddah , en fait secrétement hostile à l’idée , saborda la proposition le 8 Mai 1959, pour la raison qu’il révéle ici lui même :” les rivalités entre les candidats potentiels à la vice-Présidence empêchaient tout accord sur une personnalité acceptable par tous les représentants de la Vallée “, disait-il .
Puisqu’il y’avait rivalité entre différents postulants , il fallait enterrer l’idée , soutient apparemment Daddah . Raison fallacieuse , s’il en fut , qui cachait mal un cynisme et une hypocrisie manifeste, en vérité ! car Daddah ignorait délibéremment les recommandations des Négro-Africains et les principes arrêtés par le groupe parlementaire , stipulant « que le candidat Négro-Africain issu de la Vallée devrait être élu , au même titre que le Président de la République , pour bénéficier d’une plus grande légitimité ».
Pourquoi exigea –t-il un consensus autour d’un candidat pour ressortissants de la vallée qui n’avait pas de raison d’être, logiquement parlant, alors que ce critére n’avait pas été retenu par le groupe parlementaire chargé de la question ?
Pourquoi n’avoir pas imaginé plutôt, organiser des primaires entre les candidats, ou simplement les laisser compétir , et que le meilleur gagne ?
Non ! la vraie réponse est qu’en fait Ould Daddah ne souhaitait pas résoudre ce problème , et cette apparente dissension au sein des Nègres fut un prétexte , une aubaine …pour enterrer l’idée .
Ould Daddah évacua donc ainsi la Question , de maniére cavaliére.
Cette question politique , comme on le verra , allait toutefois ressurgir de manière récurrente , mais déviée… ou rebaptisée “ question culturelle “ , à travers l’Arabisation .
Alors que la Communauté de la vallée du fleuve n’avait pas fini de s’inquiéter sur son avenir , le second Congrès de 1961 – congrès de l’unité- adopta le principe de l’officialisation de la langue Arabe , attisant le feu comme par provocation . Ce qui naturellement accrut l’inquiétude nègre, et suscita une atmosphére encore plus tendue .
Ould Daddah le confirme en page 294 , décrivant l‘atmosphére du Congrès : ” d’un côté , les maures dans leur écrasante majorité voulant l’officialisation et l’application immmédiate de cette mesure . Quant aux noirs de la vallée , ils ne voulaient pas l’entendre évoquer “.
Ce fut là le point de départ de l’appelation “probléme culturel” occultant la dimension politique fondamentale initiale .
Manière subtile de faire oublier aux Négro-Africains, (par diversion ?) la dimension politique de la problématique négre ? Sans nul doute !
Cette question , à son tour , – officialisation de la langue Arabe – fut différée au cours des assises , comme du reste celle de la suppression de la chefferie traditionnelle , pour avoir suscité de vives controverses , une tension élevée , par l’ambiance surchauffée pendant les assises du Congrès .
Les seuls points de “convergence” au cours de ce Congrès furent : l’admission du principe de « prédominance du Parti sur l’Etat », l’adoption du régime présidentiel_ c’est à dire la suppression du Régime parlementaire_ ( début de la dérive autocratique), et la révision des accords avec la France .
Le Bureau Politique National (BPN) élu fut chargé , au sortir du Congrès , de trouver des solutions à la question culturelle , laissée en suspens , pour l’horizon du Congrès 1962 .
Ainsi le BPN , à son tour, mit en place une commission chargée d’étudier les question qui s’étaient posées au Congrès . Cette commission était composée de Youssouf Koita, Ahmed Baba Ould Ahmed Miske, Dr Racine Toure , Mohamed Ould Cheikh.
Pas de solution pendant toute l’année 1962 où la question des garanties constitutionnelles fut resoulevée de nouveau, simultanément à l’officialisation de la langue Arabe.
Le BPN -nous relate Ould Daddah- y consacra , aprés le retour des travaux de la commission , plusieurs réunions dont la plus longue dura une semaine du 27 juill au 2 Août 1962). Les discussions achoppérent , toutes “.
Nouvelle commission mise sur pied-encore- en juillet 1962, chargée de “la mise en forme des garanties constitutionneles accordées à chaque Ethnie ( notez la filouterie …comme si l’inquiétude, ou le besoin de garantie existait de part et d’autre !) , de l’officialisation de la langue arabe, l’institutionalisation d’une vice Présidence de la république dont le titulaire n’appartiendrait pas à la même Ethnie que le chef de l’Etat, mais serait élu dans les mêmes conditions que lui ; l’identification de critéres légaux pour l’équité au recrutement aux fonctions publiques , l’Organisme paritaire veillant au respect des garanties “ , fin de citation .Tel fut l’exposé de motifs du travail confié à la commission .
On croirait entendre les FLAM !
Les quatre membres précédents de la commission antérieure sont renforcés par Dah Ould Sidi Heiba , Kane Tidjane , Kane Elimane , Mohamed Mamoune , pour constituer une nouvelle commission.
Celle-ci à son tour crée une Sous-commmission technique ; laquelle sous commission technique adopte les propositions suivantes : Rejet du bilinguisme Arabe peu viable par manque de cadres , rejet de l‘unilinguisme français ,vu les différences sociales et politiques et la mutilation culturelle qu’il entraine , formation de maîtres bilingues , perspective d’une réforme du Secondaire .
Notez encore la filouterie , par cette maniére de louvoyer !
Ces propositions sont soumises au BPN pour adoption ; mais discussions, longues , âpres et passions exacerbées empêchent tout accord . Nouveau report…encore.
La question ( en suspens ) est reportée donc , pour le Congrès de 1963 . Aucune solution, à la fin des travaux de celui-ci ; elle alors reconfiée au BPN ( nouveau ) qui charge sa commmission d’orientation de la tâche .
Octobre 1965 … le problème refait surface mais de maniére plus aigue; L´assemblée nationale désormais inféodée à Ould Daddah vote une loi en 1965 réorganisant L´Enseignement secondaire , entendez rendant obligatoire l ´Enseignement de l´Arabe à partir de la 6éme , à côté du Français . La suite vous la connaissez ;… Manifeste des 19 , émeutes à Kaëdi , Boghé . Discours musclé et plein de menace de Ould Daddah face à l’agitation Négro-africaine ; discours Daddah dirigé contre les 31 cadres Noirs soutenant la gréve scolaire de 1966, et les 19 signataires du Manifeste.
Désapprobation à ce discours côté Négre , et en réaction … démission du Président de l’assemblée nationale ( Mamoudou Samboly Ba ) et des membres Noirs du Gouvernement. Daddah refusera ces démissions sur le coup, par stratégie , mais sanctionnera de maniére humiliante plus tard Mamoudou Samboly, et Elimane Kane .
Sanction, à pas de course , des 19 cadres signataires du Manifeste qui soutenaient l’action des Eléves Noirs .
Il faut dire que Ould Daddah tenta d’abord de faire prendre la mesure de sanction contre les 19 par le BPN ; « ce fut un échec , du fait d’un profond désaccord tranché entre la tendance maure et Négro- africaine, nettement divisée sur la question en deux blocs , à l’exception de un ou deux maures qui soutenaient le clan négre_ » c’est toujours Ould Daddah qui parle .
Ayant échoué au niveau de cette plus haute instance , Ould Daddah fait prendre la mesure en Conseil de Ministres, plus inféodé .
Le Pays est en pleine crise . La tension ne baisse pas .
Nouvelle Commission nationale en juin 1966, choisie par le BPN, au sortir du Congrès d’Aioun , dont l’objectif était ,disait- on “de maximiser tous les aspects de relation entre les deux communautés nationales, en faisant le point de la situation et en dégageant les perspectives d’avenir “, de réaliser en même temps “un bilinguisme plaçant l’Arabe au même pied que le Français .” sous le couvert de la “repersonnalisation dépouillée de tout chauvinisme et de toute xénophobie “. Fin de citation.
Nouvelle sous-commission (encore !) chargée de traduire ces idées en terme de réforme.
Seck Mame N´diack, Mohameden Ould Babbah, Baro Ali, Mohamed El Moctar O/ Bah , Ahmed Ben Amar , Baro Abdoulaye , Abdellahi O/ Maouloud O/ Daddah , en seront les membres designés.
Remise des travaux trois mois plus tard au BPN ; désaccord ?, insatisfaction ? Daddah n’en dit rien dans son livre. En tout état de cause rebelotte ; le BPN décide d’en reconfier l’étude approfondie à une sous-commission technique…encore une autre !
Babacar Fall, Mohameden O/ Babbah, Elimane Kane , Ba Alassane , Mohamed El Moctar O/ Bah, Sidi Mohamed O/ Deyine, Abdoulaye Baro, Salem Fall , Ely O/ Alaf, en seront les membres . Cette sous-commission fait les recommandations suivantes :
Accent mis « sur la recherche de l’efficacité et de la justice , repersonnalisation dépouillée de tout chauvinisme , renforcement et consolidation de l’unité nationale , ne pas couper l’enfant de son milieu ». Sur la base de ces recommandations , nait la réforme de 1968 instituant la 1ére année du primaire entiérement arabisée, puis celle de 1973 , où les 2 éres années seront entiérement arabisées ; pour le cours élémentaire et cours moyen, l’horaire sera moitieé Arabe , moitié- Français .
Cette réforme consacra , en 1978 , l’échec le plus massif des écoliers Négro-africains.
Vous aurez compris que si cette question culturelle n’a cessé de rebondir , sans trouver de solution c’est bien parceque Ould Daddah n’y tenait pas , en réalité . Son projet de reéquilibrage ethnique au sein de l’Administration – les maures étaient lésés par le fait colonial- la repersonnalisation de l’homme mauritanien , entendez maure-arabe , lui tenait trop à coeur .
Ce fut pourquoi également , je me permets ici une digression , il jugea et sanctionna différemment les personnalités qui, disait -il, avaient été impliquées dans les émeutes de 1966 . Ainsi, faisant semblant d’être à égale distance de ces leaders en cause, que sont Mohamed Ould Mohamed Salah (appelé ministre des Maures par la vox populis ) et Mohamed Ould Cheikh ( appelé ministre des Noirs) tous deux têtes de pont de son régime ,Ould Daddah opta , en fait , pour un parti pris manifeste en faveur…de la réaction.
Mohamed Ould Cheikh qu’il dépeignait comme généreux et progressiste fut sacrifié au profit de Mohamed Ould Mohamed Salah qu’il dépeignait comme traditionnaliste et conservateur . Il limogea tous les partisans de Mohamed Ould Cheikh , tel Yahya Ould Menkhouss et Bamba Ould Yazid , sans toucher à ceux de Mohamed Ould Mohamed Salah…Qu’il réhabilitera du reste plus tard au congrés d’Aioun…
Des hommes justes , progressistes et généreux – dépeints par lui- même comme tels-furent limogés parcequ’ils avaient eu le courage de leurs idées face au problème nègre, et pensé comme le groupe nègre dans la gestion de cette question politico-culturelle, Ould Daddah choisit donc de liquider le clan progressiste au profit du clan réactionnaire et raciste … le tout sous le couvert de l’équité …quelle filouterie !
Je me suis permis cette digression pour mieux vous éclairer sur le penchant et les motivations sécrétes du marabout, lecteur ,… mais revenons à nos moutons .
De 1958 à 1978 , cette question culturelle sera donc balottée de commissions en sous-commissions ; Daddah avait lu Clémenceau.
Elle continuera de l’être de 1978 à 2000 .
Sous la pression sociale des Négro-Africains , le systéme à filiére ( Arabe /Francais ) est institué sous Ould Haidalla . Léger changement , légére concession .
Mais là également , au fil des années et des manigances de maitres d’Ecole partisans d’une Mauritanie Arabe, la filiére française se retrécira comme une peau de chagrin dans les Ecoles du Sud, que l’on arabisera un peu plus , chaque année après l’autre , en dépit de la liberté de choix proclamé .
Ould Taya , le plus grand despote de tous les temps arrive entre-temps , radicalise l’Enseignement de l’Arabe ; 90% des Ecoles mauritaniennes sont arabisées , les 10% restant ont toutes les peines du monde à dispenser les quelques cours de Français encore existant , de 1984 à 1999.
Au bout de son oeuvre , l’impasse et un gâchis énorme pour des générations d’écoliers sacrifiés .
Suite à ce constat d’échec Ould Taya entreprend une nouvelle réforme …celle de 2000, sous prétexte ‘’ d’unifier le système’’; Il fera supprimer l’Institut des langues, qui pourtant réussissait,…on ne supprime pas quelque chose qui reussit à moins de….… .
Mais , comme toujours l´idéologie de la Mauritanie Arabe- permanent soubassement des politiques racistes – prend le pas sur la raison ; L’unification se fait à nouveau au détriment des Ecoliers Négro- Africains .
En effet, dans cette nouvelle réforme l’Enseignement des matiéres définies comme « matiéres culturelles » comme la philosophie , la langue , l’histoire , la géographie , l’instruction civique , la morale et la religion , sera dispensé en Arabe. Les 2 premiéres années du primaire _ comme ce fut pour la réforme de 1978 _ sont entiérement arabisées . Les Ecoliers engagés dans cette réforme sont aujourd’hui ,en 6 éme année , leur niveau plus bas que jamais . Encore des sacrifiés de la vie …des sacrifés à vie !
Il ressort de ce témoignage , pour conclure , que manifestement Ould Daddah lui-même reconnaissait l’existence du problème nègre –comme problème politique qui se posait en termes de garanties constitutionnelles , voir de partage du pouvoir. Ce fut progressivement que l’aspect culturel prit le pas sur l’aspect politique , comme certaines forces l’avaient conçu , pour conduire à l’appelation « probléme culturel ». Ce glissement ne se fit par hasard . Il et ne fut ni gratuit ni innocent , nous l’avons dit !
A entendre encore aujourd’hui beaucoup de leaders politiques , comme Mohamed Ould Maouloud de l’UFP (cfrt récente déclaration )… comme Conscience et Résistance qui ne retient de notre problématique que l’aspect culturel et humanitaire (déportés,)… comme Ould Daddah Junior dont le mutisme de carpe sur ces questions est encore plus révélateur, nous sommes frappés par la continuité de pensée !
Cette dimension politique que nos leaders politiques s’évertuent à nier ou à gommer , Ould Daddah lui même , à travers ses Mémoires , la reconnaît pourtant . Seul CHBIH Ould Cheikh Malainine osa, par honnêteté, faire entendre une voix discordante. La fuite en avant n’a jamais réglé les problèmes … Elle contribue plutôt à toujours les aggraver , en les faisant durer.
Depuis 1958 il en fut ainsi ; même idéologie de domination , même négation de l’autre personnalité de la Mauritanie , même obstination absurde à vouloir assimiler les Négro- Africains …mais également , même résistance timide, timorée et velléitaire du Négro- mauritanien . Hélas !
Sommes-nous suffisamment indignés par notre Condition dans ce pays ?
A chacun d’en faire l’examen de conscience.
La lutte continue !
BARA BA
Dakar- Sénégal
Sources : FLAMNET-ARCHIVES- mars2007
Entre temps Ould Daddah est balayé par la premiére junte militaire .
Sénégal : Y-a-t-il eu un vote ethnique lors du scrutin du 26 février ?
Lors de la campagne électorale, Maitre Abdoulaye Wade en meeting à Matam, avait indiqué que le candidat de la coalition ‘Macky 2012’ exhortait ses parents Haal Pulaar à voter pour lui ; l’accusant d’ethnicisme. “Si j’avais demandé aux wolofs de voter pour moi, uniquement pour moi et que les Diolas en fassent de même, où est-ce que cela nous mènerait? C’est irresponsable. Ce genre de discours ethiniciste ne doit pas passer car pour gagner une présidentielle, il faut avoir un programme” avait indiqué le chef de l’Etat.
Faisant écho à ces propos et voulant expliquer sa défaite et celle de sa coalition Fal 2012 dans la grande banlieue dakaroise le ministre de la Solidarité Aminata Lo Dieng invoqua elle aussi le vote ethnique accusant Macky Sall d’avoir bénéficié du vote ethnique Haal Pulaar.
Hier c’était le tour de Penda Mbow porte parole de la coalition Benno Siggil Séneéal d’emprunter la même rengaine « qu’on le veuille ou non Macky Sall a bénéficié du vote identitaire »
Ces propos aux relents ethnicistes dénotent d’une profonde méconnaissance des réalités historiques et sociologiques du Sénégal, ou le combat politique a toujours transcendé le fait ethnique.
Durant des siècles au Sénégal ,le parti maraboutique opposé aux pouvoir ceddo lié à la traite atlantique était composé aussi bien de thiernos foutankés que de serignes wolof. A la fin du XVIII eme siècle l’Almamy Abdou Khadr Kane avait comme alliés principaux les marabouts wolofs du Ndiambour dirigés par Malamine Sarr, lors de la guerre qui l’opposa au Damel Amary Ngoné Ndella Fall.
Notons aussi que c’est à l’université islamique de Pire au cœur du Cayor, que pendant des siècles, toute cette classe maraboutique d’origine ethnique diverse fit ses études. Les musulmans sénégalais ont toujours suivi les enseignements de leurs marabouts d’origine hal poular portant des patronymes comme Lo, Dia , Mbacké, Wéllé , Ba , Sy et Bousso. Cheikh Amadou Bamba Mbacke et ElHadj Malick Sy fondateurs des deux plus grandes confréries du Sénégal sont tous le deux d’origine Haal poular des villages du Fouta de Soueima et de Golléré.
En superposant la carte ethnique du Sénégal avec les résultats du scrutin du 26 février ,on voit bien que les suffrages accordés aux candidats Wade et Macky Sall ne correspondent point à un vote identitaire comme en Guinée ou lors des dernières élections présidentielles, le candidat peul Celou Diallo a obtenu 90% des suffrages au Fouta Djalon et seulement 10% en pays mandingue ou par contre le professeur Alfa Condé a recueilli plus de 90 % .Au Sénégal on est loin de ce vote guinéen qui n’a fait qu’épouser les clivages ethniques entre peuls et mandingues.
Pour preuve, le candidat Wade est arrivé en tête dans les départements de Kolda, une région à majorité Peul, à Médina Yoro Foula, Ranérou et Vélingara. Abdoulaye Wade occupe aussi la première place dans le département de Podor avec 32 229 voix contre 30 906 voix pour Macky Sall arrivé en deuxième position. Dans tous les pays du monde tous les candidats sont d’office vainqueur dans leurs fiefs, leurs terroirs d’origine , Bush dans le Texas, Mit Romney en pays mormon, Chirac au Corrèze. Certes Macky Sall a gagné dans la région de Matam ,mais autant on ne parlera pas de vote saloum saloum pour Moustapha Niasse à Nioro ,ni de vote sérère pour Tanor dans le département de Mbour.
Mais parler de vote identitaire c’est méconnaitre, l’ampleur du brassage ethnique et linguistique au Sénégal. Il n’y a pas de frontière sociale fixe entre les groupes ethniques, parce qu’il y a eu une interaction, une interpénétration entre eux depuis des siècles . Ainsi savoir qui est réellement wolof ou hal poular ou sérère ou diola ou mandingue est une gageure. Macky Sall est le prototype de ce sénégalais issu de ce melting pot .Originaire de la vallée du fleuve Sénégal plus précisément du Tekrur actuellement Fouta qui a toujours été peuplé de Poulars, mais aussi de Wolofs, de Soninkés, et de Sérères. Ces derniers le peuple sérèer la plus ancienne population de la vallée du Sénégal fuyant la sécheresse, mais surtout l’islamisation à l’époque de l’empire du Ghana, vers le XIe-XIIe siècle , s’installérent définitivement dans les régions du centre-ouest du Sénégal, au sud de la région de Dakar jusqu’à la frontière gambienne où ils ont créé les deux royaumes sérères, le Sine et le Saloum. Plusieurs siècles après, Macky Sall le Hal poular a suivi le même chemin de migration de l’axe nord est centre ouest que ses cousins sérères,
Y a il plus sénégalais que cet homme pétri de poulagu, né et vivant en pays sérère et parlant la langue wolof, principal idiome véhiculaire du Sénégal dont l’épouse sérère est la cousine à plaisanterie des diolas ? Le Président Macky Sall sera le dénominateur commun de tous les sénégalais, le sénégalais par excellence, car rien de ce qui est sénégalais ne lui est inconnu. Ses meilleurs scores électoraux le candidat Macky Sall les a obtenus au niveau de l’électorat « sénégalais » détribalisé de la banlieue des départements de Dakar ,Guediewaye et de Pikine. Au soir de sa victoire, le 25 mars 2012 Le Président Macky Sall pourra autant savourer le Nguel, les Sabar que le Yela.
Amadou Bakhaw DIAW- Responsable Politique du Walo
Ce que je pense de ce qui se passe par Kissima Diagana
Mardi 21 février 2012, il a été décidé au parquet que les étudiants Kebé souleymane, Illo Idrissa Sow,Boubacar Diallo, Moustapha Aliou Thiam, Boubou Thiam et Abdarrahmane Kamara dit Papisse comparaitront devant la cour criminelle pour « attroupement illégal et destruction de biens publics ».
Plus de vingt autres étudiants, dont des filles, venaient d’être libérés après avoir été entendu par le procureur dans le cadre des troubles survenus à l’université il y a quelques semaines…Ces troubles sont survenus sur fond de revendications de généralisation et d’augmentation de bourses ainsi que de meilleures conditions d’études.
Mercredi 22 février 2012, à Nouakchott, la police disperse dans la violence des manifestations de colère estudiantine. Des blessés graves ont été déplorés dans les rangs des étudiants de l’institut supérieur des études et recherches islamiques. Une quinzaine d’autres seront arrêtés puis libérés quelques heures après. Ces étudiants, protestaient contre une décision de fermeture de leur institut au profit d’une université des sciences islamiques ouverte à Aioun dans l’est du pays, à environ 800 kilomètres de Nouakchott. Et ce alors même que le ministre des affaires islamiques avait déclaré la veille que «la fermeture de l’ISERI ne fut jamais envisagée et qu’il était question de préparer cette structure à ne recevoir à partir de l’année universitaire 2012-2013 que des sortants des « Mahadras » ou écoles coraniques d’enseignement traditionnel.
Voilà donc deux situations que les autorités ne parviennent pas à gérer avec la sagesse qui devait être la leur. Deux situations qui sont en train de prendre des proportions dangereuses alors qu’elles existent pratiquement depuis le début de l’année. Deux situations qui parmi tant d’autres sont l’expression de frustrations accumulées par les mauritaniens…
La frustration procède de l’impossibilité à recevoir un enseignement de qualité à cause d’enseignants trop souvent en voyage pour des occupations personnelles et très rarement disponibles pour suivre les étudiants qu’ils décident d’encadrer pour la préparation de leurs diplômes…
Cette frustration procède également d’un faible niveau de vie dû à une insuffisance ou à une absence de bourse…
Le manque de niveau face aux contenus des enseignements programmés du fait d’une arrivée au supérieur sans le bagage nécessaire censé les rendre autonomes en matière de recherches. Cela aussi est frustrant pour ces étudiants qu’une pauvreté partagée a fait atterrir dans les facultés de Nouakchott au moment où les enfants des dirigeants se sont envolés pour l’étranger ou à défaut ont pris un ticket pour des instituts privés avec une garantie de débouchés.
Ces étudiants sont choqués parce qu’ils sont le produit d’un système éducatif qui les a discriminés à la base. Discriminés car n’ayant pas fréquenté les écoles privées que seuls les enfants des riches ont eu la chance de fréquenter. Ecoles le plus souvent tenues par des étrangers et ne dispensant même pas le programme national…
Autre point d’offuscation : ces étudiants en colère savent qu’à leur sortie, ils ne seront pas intégrés dans certains secteurs, publics ou privés, pour la bonne et simple raison qu’ils ont été formés dans une langue qui les rend inaptes à servir…
Et l’Etat, responsable de toute cette frustration a envie de juger ces étudiants pour « attroupement illégal et destruction de biens publics. »
Et puis, les étudiants ne sont pas les seuls frustrés de lé République. en une année deux personnes se sont immolées par le feu à côté de la présidence de la République.
Allons donc savoir si cet état, qui a vu ses citoyens s’immoler au feu sans avoir pu compatir avec leurs familles, osera emprisonner nos enfants par ce que tout simplement ils se sont révoltés contre un système qui les a poussés à bout !
KISSIMA DIAGANA-JOURNALISTE
Le procureur dira-t-il aux étudiants : “je ne veux plus vous voir devant moi !” ?
En réaction à ce qui se passe entre les autorités et les étudiants, négro africains pour la plupart d’entre eux, le Forum des Organisations Nationales des Droits de l’Homme a écrit ce qui suit dans une déclaration rendue publique dimanche 19 février 2012 :
« Le 14 février 2012, lors d’une manifestation pacifique organisée par les étudiants pour exiger la libération de leurs camarades détenus dans les différents commissariats de la ville, dix étudiants ont été arrêtés manu militari et gardés au commissariat central de police (parmi eux figuraient le journaliste Dialtabé Diop – qui a été insulté et brutalisé, son matériel saisi malgré qu’il ait présenté sa carte de presse – avec huit militants de l’IRA qui ont été par la suite libérés).
Une vingtaine d’étudiants dont sept (7) filles sont restés aux mains de la police, éparpillée dans les divers commissariats de la ville. Certains ont été libérés le 18 février dont : Tidiane Yeli Ball dite Mariem Bal, Ami Dieng, Kadiata Bocar Bâ ; mais d’autres ont également été arrêtés le même jour.
Aujourd’hui, dimanche 19 février 2012, à notre connaissance, vingt (20) étudiants restent arrêtés :- Six (6 ) filles : Kardiata NGaïdé, Fatimata Diop, Anthita Diagana, Haby Sow, Khadijétou Kébé, Fatimata Konté :- Quatorze (14) : Bouyagui Sall, Kébé Souleymane, Abdarahmane Camara, Lô Idrissa Sow, Boubou Diam, Oumar Harouna Camara, Djiby Sall, Badi Sall, Hassane Lô, Ahmedou Ould Boudaha, Mountaga Thiam, El Ketoum Sedigh, Abdallahi Ould M’Ballé, Oumar M’Baye. »
Les faits sont flagrants : les filles retenues dans les commissariats et interdites de visites de leurs parents sont toutes issues de la communauté négro-africaine. Même chose pratiquement pour les garçons. Les organisations de droits de l’homme ont dénoncé des arrestations sélectives. Les faits sont d’autant plus flagrants que pour avoir revendiqué des augmentations de bourses et de meilleures conditions académiques, ces pauvres étudiants noirs se sont vu assaillir par des hordes de policiers antiémeutes et extraire violemment de leur campus pour être conduits dans des commissariats.
Il y a quelques semaines d’ailleurs, alors qu’elles cherchaient le jeune Bakary Batchily, un étudiant que les forces de l’ordre s’étaient donné du plaisir à brutaliser presque mortellement à Kaédi quelques mois plus tôt, les autorités ont interpellé le leader de Touche Pas à Ma Nationalité. Wane Abdoul Birane se verra mettre dans le même sac que les étudiants et se fera soupçonner d’intelligence avec ces jeunes étudiants que la police a pris le soin d’accuser d’outrages à des symboles de l’Etat (drapeau et monnaie nationale)…Il se verra ensuite conduire devant le procureure qui lui dira tout bonnement : « cherchez une autorisation pour votre mouvement! Je ne veux plus vous voir devant moi ».
Eh bien c’est exactement peut-être la même chose que le procureur doit dire aux pauvres étudiants qui sont restés plusieurs jours dans les commissariats et qui vont passer devant lui ce mardi ou un autre jour. C’est en effet d’un simple revers de la main que notre cher procureur doit évacuer cette drôle d’affaire. On le voit mal décider d’envoyer en prison les enfants de ces pauvres mauritaniens et mauritaniennes qui n’ont pas eu la possibilité d’envoyer leur filles et leurs fils dans les universités à l’étranger, ni de les inscrire dans les instituts et facultés privées d’ici…Alors condamner ces jeunes serait la pire des injustices. Surtout qu’ils ont subi les coups de poings, de matraques et de lacrymogènes assénés par la police avant d’aller grelotter dans les cachots sombres des commissariats souvent très peu propres. On ne parle même pas des conditions dans lesquelles ils ont dû s’efforcer de manger les nourritures envoyées par les parents mais qui passaient sous des mains contrôleuses pour être remuées de la façon la plus dégueulasse !
Alors pour ne pas être taxé de racisme, il vaut mieux monsieur le procureur laisser ces pauvres étudiantes et leurs frères rentrer à la maison. Car il serait aberrant qu’ils puissent être reconnus coupables d’avoir « brûlé un drapeau ou des bus. » Ce serait une ineptie de les croire capables de déchirer un billet de banque ! Ils ne faisaient que demander une petite augmentation de bourse. Laissez les rentrer à la maison, ils sont incapables de faire du mal à une mouche. Ils ne se promènent avec aucune arme pour ça.
Kissima Diagana-Journaliste.
In memoriam-Un combattant hors pair et un patriote s’en est allé : Le Docteur Amath Bâ n’ est plus
J´ai appris avec quelques semaines de retard, le décès de notre vieil ami et compagnon, de lutte. La dernière visite que je lui ai rendue avec Abdoul Ismaila Bâ à son domicile au quartier « Sacré Cœur » date d’environ une année.Il était déjà, très éprouvé. Son épouse qui connaissait notre vieille amitié a fondu en larmes quand, je me suis installé dans son salon en attendant qui il se lève de sa longue sieste. Durant son parcours, tant en Mauritanie, en France, qu’au Sénégal, il était toujours à l’avant-garde des luttes politiques et syndicales. Durant son séjour mémorable à Boghé, il s’est présenté en 1952 aux élections territoriales en candidat allié au parti mauritanien de l’Entente de Horma Ould Babane. Dès la création du conseil de la jeunesse Africaine, Ali Amadi Kane s’est lancé dans la lutte anticolonialiste Puis il se rendit en France pour poursuivre ses études de Médecine comme beaucoup de jeunes médecins africains de sa génération comme Bâ Bocar Alpha, Racine Touré, Sy Amadou Aly, Jacques Baronni … Au cours de ses études, il adhéra au parti africain de l’indépendance, puis à la fameuse Fédération des étudiants d’ Afrique Noire en France (FEANF), au sein desquels il militait au premiers rang, prenant toujours les risques et payant le prix s’il le fallait . On a l’habitude de dire que les peuples mauritanien et sénégalais sont un même peuple dans deux états :Dr Amath Bâ était quant à lui militant d’ ici et de là-bas . Après son retour au Sénégal pour exercer son métier de médecin en qualité de chef du centre médico-social à Dakar-plateau, il continua à recevoir et à soigner les nombreux malades venant de Mauritanie, que l’on orientait volontiers vers lui. Par ailleurs, il continuait à entretenir d’étroites relation militantes et fraternelles, tant avec les politiques qu’avec les syndicalistes mauritaniens.
Les péripéties du combat révolutionnaire m’ont personnellement mis en contant avec le docteur Amath Bâ au mois de mars 1966 à Dakar, à l’occasion d’une de mes missions clandestines au titre du parti africain de l’indépendance à un moment où ses cadres sénégalais étaient souris à une traque infernale, arrêtés et emprisonnés sans procès ; le bras armé du régime étant en ancien dirigeant du parti même, Ousmane Camara devenu un Directeur de la sureté du régime. Je venais d’Algérie et de France où la direction du parti avait trouvé asile. Or en cette même période la Mauritanie vivait une crise aigue, suite à la publication de la lettre des 19 cadres nègro-africains de février, qui avaient été embastillés à Nbeyka au Tagant. A l’issue de ma mission au Sénégal, j’ai pris contact ; en infraction aux directives de ma mission ; avec les compatriotes mauritaniens dont Sy Alassane Goral, professeur de physique nucléaire à l’université de Dakar. Nous avons décidé de la tenue d’une réunion de concertation à domicile du docteur Amath, qui habitait à l’époque au quartier Fann. Il a été décidé que je devais poursuivre ma mission à Nouakchott avec un arrêt à Rosso, pour contacter des amis . A mon retour en France, nous devions constituer des avocats pour les compatriotes emprisonnés avec l’ aide de la fédération internationale des juristes Démocrates dont le secrétaire général était maître Joe Nordmann. Docteur Amath nous a non seulement reçu chez lui, mais après la réunion, il m’a habillé et m’a prodigué en tête-à-tête des conseils que je n’oublierai jamais. Les amis mauritaniens, de plusieurs générations, qui l’ont connu et apprécié son attachement au peuple Mauritanien, qu’ il a connu mieux que quiconque, qui ont partagé son combat progressiste, présentent par ma voix, leurs condoléance attristées à sa famille et à tous nos amis communs .Que la terre du Sénégal lui soit légère et qu’Allah l’ accueille en son Saint Paradis.
We Inna lillahi We Inna Ileyhi Rajioun
Nouakchott, le 7 février 2012
Ladji Traoré




