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Mohamed Ould Abdel Aziz, l’Azawad et la sous-région par Ciré Ba et Boubacar Diagana
Le 22 mars 2012 des mutins de l’armée malienne, basés à Kati dans les environs de Bamako, montent au palais de Koulouba et prennent le pouvoir pour, disent ils, « mettre fin à l’incompétence (entendez incapacité) » du Président Amadou Toumani Touré (ATT) à lutter contre la rébellion Touareg qui non seulement a pris les villes du nord (Aguelhok, Tessalit) mais en plus aurait été coupable d’atrocités sur leurs camarades désarmés. Ces mutins entendaient montrer aux femmes, en l’occurrence les mères et les épouses de soldats tués, qu’ils n’étaient pas des Bilakoro.
Le 08 avril 2012, sous la pression de la communauté internationale conjuguée à l’avancée fulgurante de la rébellion indépendantiste Touareg du Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA) – alliée à Al Qaeda pour le Maghreb Islamique (AQMI) – qui occupe désormais le nord et le centre du pays (jusqu’à Tombouctou et Gao) qu’elle considère comme le berceau naturel du peuple Touareg, l’Azawad, les mutins rendent le pouvoir aux civils. Dioncounda Traoré, président de l’Assemblée Nationale est chargé, pendant une période transitoire d’assurer la continuité de l’État Malien, d’organiser les échéances électorales et surtout de pacifier le Nord dont l’occupation s’est rapidement faite entre le 17 janvier et le 04 avril 2012. Sur le terrain le MNLA ne semble plus maître du jeu, il serait doublé par AQMI et sa fraction ouest africaine, le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO). On parle de plus en plus de la présence sur le terrain d’éléments nigérians de Boko Haram qui auraient participé à l’enlèvement des diplomates algériens.
Comment le Mali est arrivé à cette situation ?
La responsabilité du Président ATT est pleine et entière car tout laisse à penser qu’il aurait voulu terminer son deuxième mandat sans vague et laisser la patate chaude au futur Président élu. Des informations croisées font état de corruption généralisée au sein de l’armée malienne et surtout au niveau de son commandement. Mieux ATT aurait fermé les yeux sur les activités criminelles de toutes sortes dans la partie nord de son pays.
Pour le Forum pour un Autre Mali (FORAM), un regroupement d’intellectuels, l’expérience démocratique malienne assistée et encensée par la communauté internationale a accouché d’une souris dans un contexte de corruption généralisée d’un régime dont la règle non écrite du jeu politique est « Enrichissez vous et taisez vous ». Les auteurs de cette chronique d’une recolonisation du Mali datée du 04 avril 2012, n’épargnent ni les partis politiques jugés sans base électorale, ni la société civile, encore moins l’administration qualifiée de corrompue.
Le refus d’ATT de s’engager dans la lutte contre l’AQMI et son soutien à Kadhafi ont fini par rendre son pouvoir moribond. Il paye cash.
Le double jeu de Mohamed Ould Abdel Aziz ?
Vu de Bamako, le soutien d’Ould Abdel Aziz à la rébellion Touareg ne fait l’ombre d’aucun doute. Outre le fait d’héberger des éléments du MNLA, il utiliserait ses deux généraux, passés dans l’art de la répression à l’intérieur et de la déstabilisation à l’extérieur, pour conseiller, aider et manipuler cette rébellion dont des responsables auraient pignon sur rue à Nouakchott. On cite les généraux mauritaniens Hadi et Meguette. Un journal de Bamako, dans sa livraison du 07 mars rapporte des propos jugés belliqueux du ministre mauritanien des Affaires Étrangères, Hamadi Ould Hamadi, qui aurait déclaré sur les ondes de RFI que « les Touareg sont une communauté ethnique…, …. (ils) n’ont jamais attaqué un pays étranger… ».
Quoi qu’il en soit, depuis 2010, Mohamed Ould Abdel AZIZ a fait de la lutte contre Al Qaeda au Sahel un objectif presque obsessionnel. A plusieurs reprises, des éléments de l’armée mauritanienne ont conduit des opérations sur le territoire malien au motif de lutter contre la nébuleuse Al Qaeda et des éléments affiliés à l’AQMI, disséminés dans cette partie du Sahel.
La répétition de ces opérations pose questions :
– Quelle légitimité fonde cette action ?
– Comment une armée étrangère (la mauritanienne) peut-elle pénétrer dans un territoire souverain (le Mali) sans l’aval des autorités de ce pays ?
– ATT aurait il sous-traité la sécurité dans le nord de son pays ?
Faute de pouvoir apporter une réponse à ces interrogations, la deuxième nous donne une idée de l’état de déliquescence dans lequel se trouve peut-être depuis longtemps l’armée malienne.
Quel que soit le résultat de ces opérations, elles apparaissent comme un signalement, voire un coup d’envoi pour les forces rebelles qui n’attendaient qu’à en découdre avec le régime de Bamako.
La situation qui prévaut actuellement au Mali est préoccupante et constitue un facteur de tension majeure dans notre pays car il n’y a aucune frontière humaine entre nos deux pays. Nous sommes donc interpellés à plusieurs niveaux :
– L’expérience démocratique, qui a un enracinement vieux de plus de vingt ans dans ce pays, s’en trouve tout d’un coup battue en brèche.
– AQMI opère désormais à visage découvert sur plus de 800 km le long de notre frontière Est, commune avec le Mali.
– Les effets évidents, mais aujourd’hui incalculables, de cette situation sur l’échiquier politique national, notamment au regard des mauritaniens noirs
Alors, le régime de Ould Abdel Aziz a beau rejeter la reconnaissance de la proclamation de l’indépendance de l’Azawad, ou condamner l’enlèvement des autorités consulaires algériennes, sa responsabilité directe ou indirecte semble engagée dans cette affaire.
La France soutient elle la rébellion ?
A croire le MNLA, il bénéficierait du soutien de la France. Le Président de son bureau politique, Mahmoud Ag Aghaly, s’est en effet fendu d’un communiqué depuis Ménaka le 08 février 2012, dans lequel on peut lire : « le MNLA exprime ses vifs remerciements aux Autorités Françaises pour l’intérêt qu’elles accordent à la révolution du peuple de l’Azawad. Le bureau politique exécutif, salue l’initiative de la France, telle exprimée par son Ministre des Affaires Etrangères, son Excellence Alain Juppé face au Sénat Français ce mardi 07/02/2012, soutenant que la question de la révolution du peuple de l’Azawad, mérite d’être traitée au fond pour une issue définitive, étant donné que militairement, le Mali a échoué face aux combattants du MNLA. (…..) Le MNLA se déclare ouvert à un dialogue sincère sur le principe et de la reconnaissance du droit à l’autodétermination au peuple de l’Azawad. Le MNLA accueille ouvertement le soutien de la France pour la recherche d’une solution durable et définitive de cette crise ».
S’agit-il d’une intox ?
Au Mali, l’opinion est convaincue de ce soutien. le FORAM, pourtant pas tendre avec le régime d’ATT, souligne que « …la France espère obtenir de la future République laïque et démocratique de l’Azawad ce que le Président malien Amadou Toumani Touré n’a pas su ou pas voulu lui accorder : La base de Tessalit hautement stratégique au plan économique et militaire ; de la fermeté dans la lutte contre l’émigration clandestine et Al Qaeda au Maghreb ».
Le commerce des otages :
Dans le nord du Mali, les ravisseurs des otages européens sont maîtres du jeu depuis plusieurs années. Ces cinq dernières années, le commerce des otages aurait rapporté plus de 180 millions à ces auteurs.
A titre indicatif, la somme exigée par l’AQMI pour libérer l’ensemble des otages encore détenus, entre 90 millions et 100 millions de dollars, correspondrait à la moitié du budget malien de Défense.
Les inquiétudes des mauritaniens
Outre, les risques de contagion en termes de sécurité et de déstabilisation, Mohamed Ould Abdel Aziz apparait désormais comme l’homme fort de la sous-région et un bon ami de Paris. Ce qui pourrait entrainer un musèlement de l’opposition et expédier aux calendes grecques nos préoccupations premières. On sait qu’un pouvoir en « guerre » mobilise facilement autour de la fibre nationaliste. Les arrestations en cours à Nouakchott et à Nouadhibou soi disant pour des raisons de sécurité, et les expulsions vers le Sénégal de plusieurs centaines de migrants Ouest-africains ou supposés tels, rappellent 1989. Elles s’annoncent comme un bizutage et un cadeau empoisonné à l’endroit du tout nouveau Président élu du Sénégal, Macky SALL. Se laissera-t-il impressionner comme ses prédécesseurs WADE et DIOUF?
Notre armée, même si elle a renforcé ses capacités de frappes au sol et aérienne avec la commande de nouveaux avions, peut elle faire face a un adversaire mobile, déterminé et fanatisé ? Elle risque un embourbement. Qui paiera la facture, forcément lourde, de cette guerre alors que la famine menace une fois de plus des milliers de nos concitoyens ? La communauté noire de Mauritanie est très inquiète, une partie de son intelligentsia est en droit de penser que l’Azawad risque d’être un prolongement de la Mauritanie « arabe » si chère aux milieux pan arabistes.
Si la situation actuelle se maintenait, ce qui constitue aujourd’hui une frontière entre nos deux pays, pourrait ne plus l’être. La nouvelle géopolitique pourrait avoir des conséquences multiformes. La base de la revendication indépendantiste étant identitaire (Touareg), que deviendraient les milliers de Songhaï, Arabes, Fulbé, Bamanan et autres minorités enracinées depuis des siècles dans cette partie du territoire malien ? Plus généralement, la porosité de nos frontières Est et Nord et le développement d’activités de trafics de tous genres dont cette partie est jusque-là le théâtre constituent une source d’instabilité sérieuse pour les populations des Hodhs et de l’Assaba, ainsi que pour leurs activités productives d’agriculture et d’élevage.
L’enseignement ultime à tirer de cette situation pour nous Mauritaniens, est que dans un pays multiracial, il faut prendre en compte les revendications légitimes des différentes composantes au risque de les voir ressurgir plusieurs dizaines d’années plus tard. Pour le cas malien comme pour la Mauritanie, la prise en compte des intérêts de l’ensemble des populations à travers une véritable politique qui mette en valeur les ressources et les spécificités de chacune des parties semble être le meilleur rempart. Cette situation rappelle la nécessité impérieuse d’une véritable décentralisation dont l’objectif recherché est le développement des collectivités territoriales, accordant une large place à la gouvernance locale.
Ciré BA et Boubacar DIAGANA
Avril 2012
Plaidoyer pour l’introduction de l’égyptologie dans l’enseignement supérieur en Mauritanie
Dans l’Apport de Cheikh Anta Diop à l’Histoire africaine, UCAD,1998, nous rappelions qu’interrogé sur les matières qu’il fallait enseigner aux Africains, un théoricien de la doctrine coloniale avait répondu :”Tout sauf l’Histoire“. Pourquoi un tel avertissement? Eh bien pour répondre à cette question, il faudra comprendre deux choses essentielles: la nature du projet colonial et le rôle de l’histoire dans la marche des peuples.
Le projet colonial, au delà des déclarations, avait pour véritable objectif de refaçonner l’Africain afin d’en faire un prolongement naturel de sa mission économique aux apparences humanitaires et au relent religieux. Pour cela, le système colonial avait besoin d’un appui interne; le système cherchait á modeler ce que j’appelle son moule éducatif pour perpétuer sa domination et en même temps créer une administration indigène chargée de jouer ce rôle de chaînon manquant entre les populations colonisées et l’administration coloniale.
Or l’Histoire, de par son rôle de ciment des différents fragments de la société, entrait en direct conflit avec ce projet. La logique est simple si on suit l’analyse de Cheikh Anta Diop. En effet, l’homme de Caytu dira que : “Le rôle de l’Histoire dans l’existence d’un peuple est vital [parce que l’Histoire est] un des facteurs qui permettent la cohésion des différents éléments d’une collectivité”. (“Civilisation africaine”,in Horizon(Revue de la Paix),Juillet/Août,1957,p.85). Le mot clef ici est “Cohésion”.Le projet colonial est anti-cohésion et ne pouvait réussir que si et seulement si la cohésion de la collectivité est détruite et est remplacée par des querelles internes, querelles que le pouvoir colonial pouvait exploiter pour s’imposer; voilà ce que les Romains avaient appelé divide Ut regnes.
Donc l’Histoire établit des filiations explicatives et par ce biais aboutit à la coulée temporelle grâce à laquelle émerge une véritable conscience historique. Cette conscience historique est la rampe de lancement de toute collectivité humaine. De ce fait, si l’Histoire est une coulée temporelle, la priver de son pan le plus essentiel c’est simplement s’opposer à la logique de cette coulée; c’est évidement altérer voire détruire sa logique et la cohésion qu’elle formait.
Voilà pourquoi étudier l’Histoire africaine et du monde sans son pan égyptien, équivaudrait àconstruire une immense bibliothèque et emprisonner tous les bibliothécaires qui devaient y servir ou plus mécaniquement c’est comme avoir une superbe bibliothèque sans la clef pour y accéder.
L’Egypte ancienne est la plus grande réussite culturelle de l’humanité historique; elle est la source de l’Histoire africaine et du monde. Comment peut-on alors prétendre enseigner l’Histoire et former des Historiens alors que l’enseignement de l’égyptologie est absente du cursus universitaire de nos Historiens?
L’Histoire africaine ne commence pas avec la colonisation ou la Première Guerre Mondiale. Et bien sur l’histoire de cette parcelle de terre qui aujourd’hui porte le nom de la Mauritanie ne commence pas non plus avec la percée de l’Islam, les Almoravides ou l’Almamat du Fuuta. Il faut souligner ici que l’espace Saharien a joué un rôle essentiel dans l’éclosion de la civilisation de la vallée du Nil. N’oublions pas, et beaucoup d’égyptologues africains sont d’accord sur ce point, qu’avec l’avancée de la désertification vers 7000 av. J. C. , les populations du Sahara avaient adopté trois réponses: regroupement autour des derniers lacs, descente vers le sud et vagues migratoires vers l’est, la vallee du Nil.
Ces vagues humaines parties du Sahara se sont installées dans la vallée du Nil pour, avec d’autres populations africaines, y édifier la civilisation du peuple nilotique. D’ailleurs certaine divinités égyptiennes telles qu’Amon, Bes, Taweret ont trouvé des affinités dans le Sahara (Voir nos travaux mais aussi ceux de notre Maître Aboubacry Moussa Lam de l’UCAD). Voila pourquoi, confrontées avec la menace perse, les populations africaines sont retournées dans cet espace ouest-africain avant d’amorcer d’autres vagues migratoires en direction de l’est, le Nigeria, Cameroun etc…
L’introduction de l’égyptologie dans l’enseignement supérieur en Mauritanie est indispensable pour plusieurs raisons. D’abord elle permettra de former des égyptologues capables de dépoussiérer notre passé, déterrer notre portion de cette coulée temporelle et rétablir ainsi la coulée temporelle de l’Histoire africaine. Elle permettra aussi d’établir l’unité culturelle de nos peuples, unité qui pourra servir de base essentielle à l’édification d’un espace de tolérance, d’acceptation et d’intégration des différents pans de notre société; un préambule à l’édification d’une vision politique commune et les bases d’une nation. Cette introduction donnera aussi aux générations et leaders à venir une vision plus complète de notre Histoire, l’Histoire qui nous unit. Mais si nous choisissons d’ignorer cette nécessité historique et ce conseil de Cheikh Anta Diop que “Sans conscience historique, les peuples ne peuvent être appelés á de grandes destinées“, notre pays, notre people, le people mauritanien, risque de rater la marche de ce siècle; et ce serait dommage.
Dr. Mamadou Ibra Sy, égyptologue
Baltimore, Maryland- USA
« Péril pulaar » : thèses et…foutaises ! par Barka Ba -directeur de l´information de la TFM
Un mauvais vent souffle sur le Sénégal. Faire ce constat n’a rien d’alarmiste, au regard de certaines déclarations d’hommes et de femmes politiques, après les résultats du premier tour qui ont vu Macky Sall contraindre le président Wade à un second tour. Après que l’ancien Premier ministre eut battu son ex-mentor à Pikine, la responsable libérale de cette localité et néanmoins ministre de la République, avec tout le fiel qu’elle était capable de sécréter, a expliqué la défaite de la coalition Fal 2012par un « vote ethnique » en faveur de Macky Sall. Elle faisait ainsi écho au chef de l’Etat qui lui-même, au cours de la campagne, face à la démonstration de force de son ancien collaborateur, a commis une embardée verbale qui fait froid dans le dos : «Si j’avais demandé aux Wolofs de voter pour moi, uniquement pour moi et que les Diolas en fassent de même, où est-ce que cela nous mènerait? C’est irresponsable. Ce genre de discours ethniciste ne doit pas passer car pour gagner une présidentielle, il faut avoir un programme».
Qu’un président de la République, censé incarner l’unité de la nation, puisse soutenir de telles calembredaines, en toute impunité, renseigne sur la régression mentale qui s’est emparée de certains de nos dirigeants. Une parole de haine, longtemps enfouie, s’est subitement libérée, et on assiste à une sorte de compétition de la part d’apprentis sorciers : c’est à qui sortira la petite phrase la plus nauséabonde sur la communauté Hal pulaar. Par désir de ne pas répondre à une provocation malsaine et refusant le piège des « identités meurtrières », pour reprendre Amine Maalouf, les intellectuels issus de cette communauté ont jusque-là évité de polémiquer avec des idéologues de sous-préfecture. Mais l’on aurait tort de prendre leur silence assourdissant pour de la faiblesse. Au nom de quoi se permet-on de stigmatiser toute une ethnie, là où l’on rampe à plat ventre devant d’autres communautés ? Quand Idrissa Seck gagne à Thiès, Abdoulaye Wade à Kébémer et Moustapha Niasse à Kaolack, c’est « normal». Mais il suffit que Macky Sall gagne au Fouta, même en perdant symboliquement à Nguidjilone, d’où est originaire sa mère, pour qu’on entende des cris d’orfraie et qu’on agite l’épouvantail du« péril peul » avec une fixation malsaine et incompréhensible sur cette ethnie. Que l’on nous comprenne bien : prétendant à la magistrature suprême, Macky Sall s’expose naturellement, de la part de ses compatriotes, à des critiques légitimes, y compris sur sa capacité à prendre en charge les destinées du Sénégal. C’est un exercice salutaire pour la démocratie. Mais les suspicions et les sommations interpellatives sur son appartenance communautaire sont inacceptables. Au nom de quoi un Joola, un Hal pulaar, un Soninké ou un Badiaranké, devraient-ils donner des gages pour occuper le palais de Roume ? Comme si le fait d’appartenir à ces communautés était un vice rédhibitoire incompatible avec les charges de la République ! A notre humble avis, qu’un « allochtone » comme le candidat Sall puisse faire ses plus gros scores chez ses cousins à plaisanterie Sérères devrait réjouir et rassurer tous les républicains de ce pays. Comme c’était l’honneur du Sénégal de voir le musulman Foutanké Seydou Nourou Tall, l’un des marabouts les plus influents de son époque, choisir le camp du catholique Sérère Senghor contre le « Toucouleur » Mamadou Dia pendant les évènements de 1962. Passe encore que des politiciens irresponsables entrent dans ce genre de considérations honteuses et franchement rétrogrades. Mais qu’un intellectuel de haute facture comme Babacar Justin Ndiaye, dans une émission télévisée, puisse évoquer les dangers d’une « république toucouleur » (sic), et ratiociner, au moyen d’une prospective fantaisiste, sur un soutien automatique aux Flam mauritaniens, en victoire de Macky Sall, est profondément déplorable. Curieusement, on n’a pas souvenance d’avoir entendu notre ami Justin évoquer une« république Wolof » dans un pays où le président de la République, le Président du Sénat, le président de l’Assemblée nationale, le président du Conseil économique et social, le médiateur de la République, le chef d’Etat-major général des armées, sont tous issus de cette communauté. Par peur de réveiller les vieux démons, personne ne s’est offusqué de ce déséquilibre pourtant patent à la tête de la quasi totalité des institutions du Sénégal. Pis, l’éminent politologue, ne craignant pas des raccourcis non seulement erronés mais dangereux, a longuement insisté sur le cas de la Guinée. Pays où effectivement, pour barrer la route au candidat Cellou Dalein Diallo arrivé premier au premier tour de la présidentielle, les partisans d’Alpha Condé avaient agité la menace du « péril peul » avec une trouvaille qui fait frémir: l’ « ethno-stratégie », autrement dit l’instrumentalisation de l’ethnie à des fins politiciennes. Dans son admirable pièce « La Résistible Ascension d’Arturo Ui », tirant les leçons du cauchemar nazi, Bertolt Brecht, avertisseur d’incendie incomparable, avait lancé la mise en garde suivante: « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde ». Nos politiciens devraient se garder d’ouvrir une boite de Pandore aux conséquences incalculables.
Barka Ba – directeur de l’information Tfm
Chronique de la Question Nationale en Mauritanie – à travers les Mémoires de Ould Daddah,” la Mauritanie contre vents et marrées ” par Bara Ba
J’ai lu les mémoires de Ould Daddah – ” La Mauritanie contre vents et marrées” .
Je voudrais partager avec vous,chers lecteurs ,son temoignage sur juste un aspect de ces mémoires touchant la question culturelle . Mon intention est de montrer combien cette question fut récurrente et chargée . Combien également les gouvernements arabo-berbères louvoyérent , à chaque fois qu’elle se posât avec accuité, voire avec passion le plus souvent, trainant les pieds de report en report , pour qu’enfin on l’enterra , pour de bon .
J’aimerais aussi montrer comment par glissement, volontairement choisi , on est passé de la dimension politique –Question nationale à la dimension culturelle –question de langues-, pour ne retenir , en définitive, que cette dernière ; et cela même présentement chez la plupart de nos leaders politiques arabo-berbères !
A ceux qui s’obstinent à penser que le problème nègre a été ou demeure juste un problème culturel , les faits retracés par Ould Daddah les controdisent formellement en soutenant le contraire à travers les confessions qu’il nous fait , ici même dans ces pages .
Cette question est d’essence politique , fondamentalement .
Dans ce témoignage que je rapporte ici , le plus fidélement autant que possible , je ne manque pas, de temps à autre , de faire ici et là, mes propres commentaires , à certains propos . Vous saurez faire la différence .
Ecoutons plutôt Mokhtar Ould Daddah .
Le Congrès d’Aleg 1959 , Congrès – départ de la dérive , et à partir duquel Ould Daddah remonte .
“ Pendant ce Congrès un débat houleux , voire passionné s’était engagé sur la Question nationale . Le groupe Négro- Africain proposait la solution fédéraliste , à défaut exigeait des garanties constitutionnelles; le Groupe recommandait en outre l’adhésion de la Mauritanie à la Fédération du Mali , position sur laquelle ils étaient même soutenus par le groupe des maure de l’Est .
La Question n’ayant pas trouvé de solution fut donc suspendue , en raison de son acccuité pour être confiée , au groupe parlementaire , au sortir du Congrès.
Il était question , nous confie Daddah qui rapporte les choses , de procéder à une révision constitutionnelle qui serait favorable à la minorité ( entendez Négro-Africains ) suite à leurs inquiétudes exprimées à propos de l’évolution du pays.
“Les Noirs disaient , nous rapporte Daddah , que si la régle démocratique selon laquelle la majorité numérique impose sa loi à la minorité était appliquée telle quelle chez -nous , la majorité maure pourrait dans certains domaines importants , imposer des mesures qui léseraient la minorité. Pour prémunir cette dernière contre de telles éventualités, des garde-fous , des garanties devaient être prévues dans la constitution”.
Il ajoute plus loin , que puisque ” le Président de la République serait toujours maure , théoriquement , il fallait instituer une vice -présidence dont le titulaire serait issu de la vallée “.
Il fallait donc réviser la constitution dans le sens d’un exécutif bi-céphale.
Le groupe parlementaire se mit donc au travail , et après d’âpres discussions , se mit d’accord , pour l’essentiel , sur la proposition. Il fallait passer à exécution .
Mais Ould Daddah , en fait secrétement hostile à l’idée , saborda la proposition le 8 Mai 1959, pour la raison qu’il révéle ici lui même :” les rivalités entre les candidats potentiels à la vice-Présidence empêchaient tout accord sur une personnalité acceptable par tous les représentants de la Vallée “, disait-il .
Puisqu’il y’avait rivalité entre différents postulants , il fallait enterrer l’idée , soutient apparemment Daddah . Raison fallacieuse , s’il en fut , qui cachait mal un cynisme et une hypocrisie manifeste, en vérité ! car Daddah ignorait délibéremment les recommandations des Négro-Africains et les principes arrêtés par le groupe parlementaire , stipulant « que le candidat Négro-Africain issu de la Vallée devrait être élu , au même titre que le Président de la République , pour bénéficier d’une plus grande légitimité ».
Pourquoi exigea –t-il un consensus autour d’un candidat pour ressortissants de la vallée qui n’avait pas de raison d’être, logiquement parlant, alors que ce critére n’avait pas été retenu par le groupe parlementaire chargé de la question ?
Pourquoi n’avoir pas imaginé plutôt, organiser des primaires entre les candidats, ou simplement les laisser compétir , et que le meilleur gagne ?
Non ! la vraie réponse est qu’en fait Ould Daddah ne souhaitait pas résoudre ce problème , et cette apparente dissension au sein des Nègres fut un prétexte , une aubaine …pour enterrer l’idée .
Ould Daddah évacua donc ainsi la Question , de maniére cavaliére.
Cette question politique , comme on le verra , allait toutefois ressurgir de manière récurrente , mais déviée… ou rebaptisée “ question culturelle “ , à travers l’Arabisation .
Alors que la Communauté de la vallée du fleuve n’avait pas fini de s’inquiéter sur son avenir , le second Congrès de 1961 – congrès de l’unité- adopta le principe de l’officialisation de la langue Arabe , attisant le feu comme par provocation . Ce qui naturellement accrut l’inquiétude nègre, et suscita une atmosphére encore plus tendue .
Ould Daddah le confirme en page 294 , décrivant l‘atmosphére du Congrès : ” d’un côté , les maures dans leur écrasante majorité voulant l’officialisation et l’application immmédiate de cette mesure . Quant aux noirs de la vallée , ils ne voulaient pas l’entendre évoquer “.
Ce fut là le point de départ de l’appelation “probléme culturel” occultant la dimension politique fondamentale initiale .
Manière subtile de faire oublier aux Négro-Africains, (par diversion ?) la dimension politique de la problématique négre ? Sans nul doute !
Cette question , à son tour , – officialisation de la langue Arabe – fut différée au cours des assises , comme du reste celle de la suppression de la chefferie traditionnelle , pour avoir suscité de vives controverses , une tension élevée , par l’ambiance surchauffée pendant les assises du Congrès .
Les seuls points de “convergence” au cours de ce Congrès furent : l’admission du principe de « prédominance du Parti sur l’Etat », l’adoption du régime présidentiel_ c’est à dire la suppression du Régime parlementaire_ ( début de la dérive autocratique), et la révision des accords avec la France .
Le Bureau Politique National (BPN) élu fut chargé , au sortir du Congrès , de trouver des solutions à la question culturelle , laissée en suspens , pour l’horizon du Congrès 1962 .
Ainsi le BPN , à son tour, mit en place une commission chargée d’étudier les question qui s’étaient posées au Congrès . Cette commission était composée de Youssouf Koita, Ahmed Baba Ould Ahmed Miske, Dr Racine Toure , Mohamed Ould Cheikh.
Pas de solution pendant toute l’année 1962 où la question des garanties constitutionnelles fut resoulevée de nouveau, simultanément à l’officialisation de la langue Arabe.
Le BPN -nous relate Ould Daddah- y consacra , aprés le retour des travaux de la commission , plusieurs réunions dont la plus longue dura une semaine du 27 juill au 2 Août 1962). Les discussions achoppérent , toutes “.
Nouvelle commission mise sur pied-encore- en juillet 1962, chargée de “la mise en forme des garanties constitutionneles accordées à chaque Ethnie ( notez la filouterie …comme si l’inquiétude, ou le besoin de garantie existait de part et d’autre !) , de l’officialisation de la langue arabe, l’institutionalisation d’une vice Présidence de la république dont le titulaire n’appartiendrait pas à la même Ethnie que le chef de l’Etat, mais serait élu dans les mêmes conditions que lui ; l’identification de critéres légaux pour l’équité au recrutement aux fonctions publiques , l’Organisme paritaire veillant au respect des garanties “ , fin de citation .Tel fut l’exposé de motifs du travail confié à la commission .
On croirait entendre les FLAM !
Les quatre membres précédents de la commission antérieure sont renforcés par Dah Ould Sidi Heiba , Kane Tidjane , Kane Elimane , Mohamed Mamoune , pour constituer une nouvelle commission.
Celle-ci à son tour crée une Sous-commmission technique ; laquelle sous commission technique adopte les propositions suivantes : Rejet du bilinguisme Arabe peu viable par manque de cadres , rejet de l‘unilinguisme français ,vu les différences sociales et politiques et la mutilation culturelle qu’il entraine , formation de maîtres bilingues , perspective d’une réforme du Secondaire .
Notez encore la filouterie , par cette maniére de louvoyer !
Ces propositions sont soumises au BPN pour adoption ; mais discussions, longues , âpres et passions exacerbées empêchent tout accord . Nouveau report…encore.
La question ( en suspens ) est reportée donc , pour le Congrès de 1963 . Aucune solution, à la fin des travaux de celui-ci ; elle alors reconfiée au BPN ( nouveau ) qui charge sa commmission d’orientation de la tâche .
Octobre 1965 … le problème refait surface mais de maniére plus aigue; L´assemblée nationale désormais inféodée à Ould Daddah vote une loi en 1965 réorganisant L´Enseignement secondaire , entendez rendant obligatoire l ´Enseignement de l´Arabe à partir de la 6éme , à côté du Français . La suite vous la connaissez ;… Manifeste des 19 , émeutes à Kaëdi , Boghé . Discours musclé et plein de menace de Ould Daddah face à l’agitation Négro-africaine ; discours Daddah dirigé contre les 31 cadres Noirs soutenant la gréve scolaire de 1966, et les 19 signataires du Manifeste.
Désapprobation à ce discours côté Négre , et en réaction … démission du Président de l’assemblée nationale ( Mamoudou Samboly Ba ) et des membres Noirs du Gouvernement. Daddah refusera ces démissions sur le coup, par stratégie , mais sanctionnera de maniére humiliante plus tard Mamoudou Samboly, et Elimane Kane .
Sanction, à pas de course , des 19 cadres signataires du Manifeste qui soutenaient l’action des Eléves Noirs .
Il faut dire que Ould Daddah tenta d’abord de faire prendre la mesure de sanction contre les 19 par le BPN ; « ce fut un échec , du fait d’un profond désaccord tranché entre la tendance maure et Négro- africaine, nettement divisée sur la question en deux blocs , à l’exception de un ou deux maures qui soutenaient le clan négre_ » c’est toujours Ould Daddah qui parle .
Ayant échoué au niveau de cette plus haute instance , Ould Daddah fait prendre la mesure en Conseil de Ministres, plus inféodé .
Le Pays est en pleine crise . La tension ne baisse pas .
Nouvelle Commission nationale en juin 1966, choisie par le BPN, au sortir du Congrès d’Aioun , dont l’objectif était ,disait- on “de maximiser tous les aspects de relation entre les deux communautés nationales, en faisant le point de la situation et en dégageant les perspectives d’avenir “, de réaliser en même temps “un bilinguisme plaçant l’Arabe au même pied que le Français .” sous le couvert de la “repersonnalisation dépouillée de tout chauvinisme et de toute xénophobie “. Fin de citation.
Nouvelle sous-commission (encore !) chargée de traduire ces idées en terme de réforme.
Seck Mame N´diack, Mohameden Ould Babbah, Baro Ali, Mohamed El Moctar O/ Bah , Ahmed Ben Amar , Baro Abdoulaye , Abdellahi O/ Maouloud O/ Daddah , en seront les membres designés.
Remise des travaux trois mois plus tard au BPN ; désaccord ?, insatisfaction ? Daddah n’en dit rien dans son livre. En tout état de cause rebelotte ; le BPN décide d’en reconfier l’étude approfondie à une sous-commission technique…encore une autre !
Babacar Fall, Mohameden O/ Babbah, Elimane Kane , Ba Alassane , Mohamed El Moctar O/ Bah, Sidi Mohamed O/ Deyine, Abdoulaye Baro, Salem Fall , Ely O/ Alaf, en seront les membres . Cette sous-commission fait les recommandations suivantes :
Accent mis « sur la recherche de l’efficacité et de la justice , repersonnalisation dépouillée de tout chauvinisme , renforcement et consolidation de l’unité nationale , ne pas couper l’enfant de son milieu ». Sur la base de ces recommandations , nait la réforme de 1968 instituant la 1ére année du primaire entiérement arabisée, puis celle de 1973 , où les 2 éres années seront entiérement arabisées ; pour le cours élémentaire et cours moyen, l’horaire sera moitieé Arabe , moitié- Français .
Cette réforme consacra , en 1978 , l’échec le plus massif des écoliers Négro-africains.
Vous aurez compris que si cette question culturelle n’a cessé de rebondir , sans trouver de solution c’est bien parceque Ould Daddah n’y tenait pas , en réalité . Son projet de reéquilibrage ethnique au sein de l’Administration – les maures étaient lésés par le fait colonial- la repersonnalisation de l’homme mauritanien , entendez maure-arabe , lui tenait trop à coeur .
Ce fut pourquoi également , je me permets ici une digression , il jugea et sanctionna différemment les personnalités qui, disait -il, avaient été impliquées dans les émeutes de 1966 . Ainsi, faisant semblant d’être à égale distance de ces leaders en cause, que sont Mohamed Ould Mohamed Salah (appelé ministre des Maures par la vox populis ) et Mohamed Ould Cheikh ( appelé ministre des Noirs) tous deux têtes de pont de son régime ,Ould Daddah opta , en fait , pour un parti pris manifeste en faveur…de la réaction.
Mohamed Ould Cheikh qu’il dépeignait comme généreux et progressiste fut sacrifié au profit de Mohamed Ould Mohamed Salah qu’il dépeignait comme traditionnaliste et conservateur . Il limogea tous les partisans de Mohamed Ould Cheikh , tel Yahya Ould Menkhouss et Bamba Ould Yazid , sans toucher à ceux de Mohamed Ould Mohamed Salah…Qu’il réhabilitera du reste plus tard au congrés d’Aioun…
Des hommes justes , progressistes et généreux – dépeints par lui- même comme tels-furent limogés parcequ’ils avaient eu le courage de leurs idées face au problème nègre, et pensé comme le groupe nègre dans la gestion de cette question politico-culturelle, Ould Daddah choisit donc de liquider le clan progressiste au profit du clan réactionnaire et raciste … le tout sous le couvert de l’équité …quelle filouterie !
Je me suis permis cette digression pour mieux vous éclairer sur le penchant et les motivations sécrétes du marabout, lecteur ,… mais revenons à nos moutons .
De 1958 à 1978 , cette question culturelle sera donc balottée de commissions en sous-commissions ; Daddah avait lu Clémenceau.
Elle continuera de l’être de 1978 à 2000 .
Sous la pression sociale des Négro-Africains , le systéme à filiére ( Arabe /Francais ) est institué sous Ould Haidalla . Léger changement , légére concession .
Mais là également , au fil des années et des manigances de maitres d’Ecole partisans d’une Mauritanie Arabe, la filiére française se retrécira comme une peau de chagrin dans les Ecoles du Sud, que l’on arabisera un peu plus , chaque année après l’autre , en dépit de la liberté de choix proclamé .
Ould Taya , le plus grand despote de tous les temps arrive entre-temps , radicalise l’Enseignement de l’Arabe ; 90% des Ecoles mauritaniennes sont arabisées , les 10% restant ont toutes les peines du monde à dispenser les quelques cours de Français encore existant , de 1984 à 1999.
Au bout de son oeuvre , l’impasse et un gâchis énorme pour des générations d’écoliers sacrifiés .
Suite à ce constat d’échec Ould Taya entreprend une nouvelle réforme …celle de 2000, sous prétexte ‘’ d’unifier le système’’; Il fera supprimer l’Institut des langues, qui pourtant réussissait,…on ne supprime pas quelque chose qui reussit à moins de….… .
Mais , comme toujours l´idéologie de la Mauritanie Arabe- permanent soubassement des politiques racistes – prend le pas sur la raison ; L’unification se fait à nouveau au détriment des Ecoliers Négro- Africains .
En effet, dans cette nouvelle réforme l’Enseignement des matiéres définies comme « matiéres culturelles » comme la philosophie , la langue , l’histoire , la géographie , l’instruction civique , la morale et la religion , sera dispensé en Arabe. Les 2 premiéres années du primaire _ comme ce fut pour la réforme de 1978 _ sont entiérement arabisées . Les Ecoliers engagés dans cette réforme sont aujourd’hui ,en 6 éme année , leur niveau plus bas que jamais . Encore des sacrifiés de la vie …des sacrifés à vie !
Il ressort de ce témoignage , pour conclure , que manifestement Ould Daddah lui-même reconnaissait l’existence du problème nègre –comme problème politique qui se posait en termes de garanties constitutionnelles , voir de partage du pouvoir. Ce fut progressivement que l’aspect culturel prit le pas sur l’aspect politique , comme certaines forces l’avaient conçu , pour conduire à l’appelation « probléme culturel ». Ce glissement ne se fit par hasard . Il et ne fut ni gratuit ni innocent , nous l’avons dit !
A entendre encore aujourd’hui beaucoup de leaders politiques , comme Mohamed Ould Maouloud de l’UFP (cfrt récente déclaration )… comme Conscience et Résistance qui ne retient de notre problématique que l’aspect culturel et humanitaire (déportés,)… comme Ould Daddah Junior dont le mutisme de carpe sur ces questions est encore plus révélateur, nous sommes frappés par la continuité de pensée !
Cette dimension politique que nos leaders politiques s’évertuent à nier ou à gommer , Ould Daddah lui même , à travers ses Mémoires , la reconnaît pourtant . Seul CHBIH Ould Cheikh Malainine osa, par honnêteté, faire entendre une voix discordante. La fuite en avant n’a jamais réglé les problèmes … Elle contribue plutôt à toujours les aggraver , en les faisant durer.
Depuis 1958 il en fut ainsi ; même idéologie de domination , même négation de l’autre personnalité de la Mauritanie , même obstination absurde à vouloir assimiler les Négro- Africains …mais également , même résistance timide, timorée et velléitaire du Négro- mauritanien . Hélas !
Sommes-nous suffisamment indignés par notre Condition dans ce pays ?
A chacun d’en faire l’examen de conscience.
La lutte continue !
BARA BA
Dakar- Sénégal
Sources : FLAMNET-ARCHIVES- mars2007
Entre temps Ould Daddah est balayé par la premiére junte militaire .
Sénégal : Y-a-t-il eu un vote ethnique lors du scrutin du 26 février ?
Lors de la campagne électorale, Maitre Abdoulaye Wade en meeting à Matam, avait indiqué que le candidat de la coalition ‘Macky 2012’ exhortait ses parents Haal Pulaar à voter pour lui ; l’accusant d’ethnicisme. “Si j’avais demandé aux wolofs de voter pour moi, uniquement pour moi et que les Diolas en fassent de même, où est-ce que cela nous mènerait? C’est irresponsable. Ce genre de discours ethiniciste ne doit pas passer car pour gagner une présidentielle, il faut avoir un programme” avait indiqué le chef de l’Etat.
Faisant écho à ces propos et voulant expliquer sa défaite et celle de sa coalition Fal 2012 dans la grande banlieue dakaroise le ministre de la Solidarité Aminata Lo Dieng invoqua elle aussi le vote ethnique accusant Macky Sall d’avoir bénéficié du vote ethnique Haal Pulaar.
Hier c’était le tour de Penda Mbow porte parole de la coalition Benno Siggil Séneéal d’emprunter la même rengaine « qu’on le veuille ou non Macky Sall a bénéficié du vote identitaire »
Ces propos aux relents ethnicistes dénotent d’une profonde méconnaissance des réalités historiques et sociologiques du Sénégal, ou le combat politique a toujours transcendé le fait ethnique.
Durant des siècles au Sénégal ,le parti maraboutique opposé aux pouvoir ceddo lié à la traite atlantique était composé aussi bien de thiernos foutankés que de serignes wolof. A la fin du XVIII eme siècle l’Almamy Abdou Khadr Kane avait comme alliés principaux les marabouts wolofs du Ndiambour dirigés par Malamine Sarr, lors de la guerre qui l’opposa au Damel Amary Ngoné Ndella Fall.
Notons aussi que c’est à l’université islamique de Pire au cœur du Cayor, que pendant des siècles, toute cette classe maraboutique d’origine ethnique diverse fit ses études. Les musulmans sénégalais ont toujours suivi les enseignements de leurs marabouts d’origine hal poular portant des patronymes comme Lo, Dia , Mbacké, Wéllé , Ba , Sy et Bousso. Cheikh Amadou Bamba Mbacke et ElHadj Malick Sy fondateurs des deux plus grandes confréries du Sénégal sont tous le deux d’origine Haal poular des villages du Fouta de Soueima et de Golléré.
En superposant la carte ethnique du Sénégal avec les résultats du scrutin du 26 février ,on voit bien que les suffrages accordés aux candidats Wade et Macky Sall ne correspondent point à un vote identitaire comme en Guinée ou lors des dernières élections présidentielles, le candidat peul Celou Diallo a obtenu 90% des suffrages au Fouta Djalon et seulement 10% en pays mandingue ou par contre le professeur Alfa Condé a recueilli plus de 90 % .Au Sénégal on est loin de ce vote guinéen qui n’a fait qu’épouser les clivages ethniques entre peuls et mandingues.
Pour preuve, le candidat Wade est arrivé en tête dans les départements de Kolda, une région à majorité Peul, à Médina Yoro Foula, Ranérou et Vélingara. Abdoulaye Wade occupe aussi la première place dans le département de Podor avec 32 229 voix contre 30 906 voix pour Macky Sall arrivé en deuxième position. Dans tous les pays du monde tous les candidats sont d’office vainqueur dans leurs fiefs, leurs terroirs d’origine , Bush dans le Texas, Mit Romney en pays mormon, Chirac au Corrèze. Certes Macky Sall a gagné dans la région de Matam ,mais autant on ne parlera pas de vote saloum saloum pour Moustapha Niasse à Nioro ,ni de vote sérère pour Tanor dans le département de Mbour.
Mais parler de vote identitaire c’est méconnaitre, l’ampleur du brassage ethnique et linguistique au Sénégal. Il n’y a pas de frontière sociale fixe entre les groupes ethniques, parce qu’il y a eu une interaction, une interpénétration entre eux depuis des siècles . Ainsi savoir qui est réellement wolof ou hal poular ou sérère ou diola ou mandingue est une gageure. Macky Sall est le prototype de ce sénégalais issu de ce melting pot .Originaire de la vallée du fleuve Sénégal plus précisément du Tekrur actuellement Fouta qui a toujours été peuplé de Poulars, mais aussi de Wolofs, de Soninkés, et de Sérères. Ces derniers le peuple sérèer la plus ancienne population de la vallée du Sénégal fuyant la sécheresse, mais surtout l’islamisation à l’époque de l’empire du Ghana, vers le XIe-XIIe siècle , s’installérent définitivement dans les régions du centre-ouest du Sénégal, au sud de la région de Dakar jusqu’à la frontière gambienne où ils ont créé les deux royaumes sérères, le Sine et le Saloum. Plusieurs siècles après, Macky Sall le Hal poular a suivi le même chemin de migration de l’axe nord est centre ouest que ses cousins sérères,
Y a il plus sénégalais que cet homme pétri de poulagu, né et vivant en pays sérère et parlant la langue wolof, principal idiome véhiculaire du Sénégal dont l’épouse sérère est la cousine à plaisanterie des diolas ? Le Président Macky Sall sera le dénominateur commun de tous les sénégalais, le sénégalais par excellence, car rien de ce qui est sénégalais ne lui est inconnu. Ses meilleurs scores électoraux le candidat Macky Sall les a obtenus au niveau de l’électorat « sénégalais » détribalisé de la banlieue des départements de Dakar ,Guediewaye et de Pikine. Au soir de sa victoire, le 25 mars 2012 Le Président Macky Sall pourra autant savourer le Nguel, les Sabar que le Yela.
Amadou Bakhaw DIAW- Responsable Politique du Walo




