Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Category Archives: Agora

Cridem, le régime du Général, “françafrique”, Bertrand Fessard de Foucault remet les pendules à l´heure

altChers amis, compatriotes d’adoption, je ne pensais pas revenir aussi vite vers vous mais la querelle qui m’est cherchée par un anonyme dans les colonnes de Cridem mérite que je vous donne l’ensemble des pièces.

S’agissant de la composition du nouveau gouvernement français, il est excellent que la Coopération disparaisse des intitulés ministériels. De Gaulle et Couve de Murville, son grand ministre des Affaires étrangères, n’avaient pas voulu de particularisme, si récentes et encore fragiles que fussent alors les indépendances, et le secrétaire d’Etat qui en avait la charge sous l’autorité du ministre, n’était qu’aux Affaires étrangères. Il en va de même aujourd’hui et Pascal Canfin, ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, que j’ai eu l’honneur de pratiquer depuis 1988, et à qui j’avais en temps communiqué une note sur le déracinement souhaitable et possible de la “françafrique”, à partir de l’exemplarité mauritanienne, est chargé du Développement. Ce retour à la source et cet intitulé désenclavant les pays dits du “champ” confirment – me semble-t-il – tout ce que nous pouvons mettre de confiance dans le message de Tulle.

 To: Claude K. – Cridem

Cc: Cridem

Sent: Thursday, May 17, 2012 11:53 PM

Subject: expression anonyme contre moi m’exprimant librement et à découvert

Cher Directeur, déjà au début de Juin 2010, vous aviez publié dans vos colonnes une soi-disant repentance de mes propos au moment où se préparait une importante table ronde avec les bailleurs de fonds : c’était un faux dont vous n’aviez pas vérifié l’origine usurpant ma signature. Aujourd’hui, vous publiez une libre expression – ce qui est tout à fait légitime. Mais d’une part, cette expression se fonde sur un courriel au président de la République française que je ne vous avais communiqué que pour son éventuelle publication dans vos colonnes et que vous avez au contraire fait parvenir soit aux autorités actuelles soit à une plume complaisante à leur égard. Vous auriez pu me demander si cette communication à un tiers, sans doute avant que vous me publiiez, m’agréait. D’autre part, et surtout, cette expression est anonyme.

 

Je ne réponds pas aux ombres. Je ne dialogue que dans la lumière et regrette que vous vous soyez prêté au troisième acte de la mise en scène que je dénonçais dans mes deux courriels.

 

Le président Nicolas Sarkozy avait usé du même subterfuge, une conversation téléphonique prétendue avec son homologue mauritanien – le légitime – dès son renversement. Le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi me fit part de son profond embarras à entendre ainsi mentir (c’était en conférence presse conjointe avec le président nigérien de l’époque… Mars 2009) et je le fis donc savoir à l’Elysée par courriel.

From: Bertrand Fessard de Foucault

To: François Hollande – cabinet ; François Hollande – Assemblée nationale

Monsieur le Président de la République,

 

écoutant en direct sur France 2, votre discours à Tulle, j’ai été saisi par une phrase que j’ai aussitôt retransmis en Afrique et particulièrement à mes amis mauritaniens, dont je suis les faits, gestes et personnages – les malheurs depuis trente quatre ans – après avoir commencé ma vie d’homme par un service national accompli chez eux à mes vingt ans.

 

citation – Nous ne sommes pas n’importe quel pays, nous sommes la France, la paix, la liberté, le respect, la capacité de donner aux peuples de s‘émanciper des dictatures et des règles illégitimes de la corruption. – fin de citation

 

Des dizaines de messages courriel me sont aussitôt revenus, en pleine nuit de votre victoire tandis que vous rouliez vers la Bastille. Espoir d’un changement de cours, c’est peu vous écrire.

 

Or, il paraît que le général Mohamed Ould Abdel Aziz, président en fonction de la République Islamique de Mauritanie, s’apprête à venir à Paris pour les cérémonies de votre investiture après-demain, mardi 15.

 

Puis-je vous faire observer que

 

1° vous donnez, si l’invitation est faite en votre nom, un signe de contradiction totale avec votre message de Tulle. Le paroxysme de la “françafrique” c’est précisément ce putschiste, légitimé par un scrutin dont la tenue a été forcée et le résultat truqué. Le putsch qui a renversé le premier président de ce pays à être élu par un scrutin pluraliste et à deux tours, observé par des centaines d’experts dépêchés par plusieurs organisations ad hoc, a été d’abord condamné par Sarkozy, ce qui est banal. Mais ce qui est exceptionnel, c’est que le revirement de la France – celui de l’Elysée, seul contre le Quai d’Orsay, la Coopération et même à l’Elysée par le seul Claude Guéant en convainquant votre prédécesseur contre Jean-Daniel Lévitte, le conseiller diplomatique et ses collaborateurs – a été acheté. Un déjeuner entre l’alter ego du putschiste en Septembre 2008, un mois après l’attentat antidémocratique, a été payé – de l’ordre de 100.000 euros – via Karim Gaye à Robert Bourgi, lequel a introduit le général El Ghazouani dans le bureau de Claude Guéant, alors même qu’en sanction contre le putsch l’Union européenne, observant l’article 96 du traité de Cotonou, refusait tout visa aux putschistes. Peuvent en attester les directeurs de cabinet au Quai et à la Coopération, en fonctions alors aujourd’hui respectivement à Bruxelles et en fin de mission à Tananarive, et l’avocat françafricain également.

 

2° votre prédécesseur a soutenu qu’il n’y avait pas eu de résistance au putsch (27 Mars 2009 à Niamey) et dans son dernier dire de candidat, devant vous le 4 Mai, que l’élection de Juillet 2009 avait été régulière. Vous conforteriez donc l’analyse qui prévaut sur la Mauritanie. Notre actuel ambassadeur en fonctions depuis plus de six mois n’a toujours pas rendu une visite au moins de courtoisie à l’ancien président de la République, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, à qui Nicolas Sarkozy était censé avoir téléphoné après son renversement. Mensonge avéré, du même genre que l’histoire du mur de Berlin ou de Fukushima. J’ai dû protester auprès de Christian Frémont au nom du président mauritanien et à la demande de ce dernier.

 

3° Mohamed Ould Abdel Aziz depuis sa “légitimation” dont nous nous sommes portés forts devant l’Union européenne et devant l’Union africaine, a réveillé tous les démons nationaux, le débat ethnique et linguistique, le débat sur l’esclavage en montant les étudiants de l’Université de Nouakchott les uns contre les autres et en protégeant les esclavagistes contre les abolitionnistes, régulièrement mis en taule. Il a ajourné sine die le renouvellement de l’Assemblée nationale, saboté les listes électorales en contestant en sus la nationalité mauritanienne à une partie de ses concitoyens (jeu qui a couté dix ans de guerre à la Côte d’Ivoire).

 

4° Mohamed Ould Abdel Aziz est actuellement en grave difficulté intérieure avec des manifestations hebdomadaires réclamant son départ et d’une ampleur sans précédent dans le pays. Le soutenir est du genre de Jacques Chirac venant visiter le pays juste trois mois avant une élection présidentielle anticipée par le précédent dictateur militaire (Septembre-Décembre 1997).

 

5° l’actuel dictateur se fait valoir depuis ses débuts comme le point fort de notre lutte contre le terrorisme et Aqmi au Sahel, et d’une totale disponibilité aux plus folles entreprises des “services” sous votre prédécesseur, ce qui  a coûté la vie à l’admirable Michel Germaneau, a contribué à déstabiliser le Mali d’ATT dont les Mauritaniens ont violé au moins deux fois, et en profondeur, le territoire sans résultats.

 

Le parti Rassemblement des forces démocratiques RFD – présidé par mon ami Ahmed Ould Daddah – fait partie de l’Internationale socialiste, il a suivi plusieurs de vos congrès, admiré personnellement le sauvetage que vous avez su opérer pour le Parti à la suite de 2002. Il peut attester cette immoralité de l’homme en place et combien l’influence de la France si elle change d’application et de manière peut transformer la donne en Mauritanie-même et dans toute l’Afrique anciennement nôtre. Peut-être intervient-il auprès de vous en ce moment ? à la suite des dires de votre adversaire devant vous le 4 Mai, je vous ai transmis le communiqué de la Coordination de l’opposition démocratique dont Ahmed Ould Daddah fait partie.

 

Le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi peut confirmer l’ensemble de ces cinq points.

 

Il est possible que – très proche de vous – Michel Sapin qui a toute mon estime puisqu’il avait celle de notre cher Pierre Bérégovoy et que j’ai pu vérifier sa capacité d’accueil pour une affaire que je lui soumettais (corruption de l’ancienne Commission des opérations de bourse, avant que Jean-Pierre Jouyet n’y vienne), ait opiné en faveur de Mohamed Ould Abdel Aziz et argué de sa propre connaissance du terrain, puisque la région Centre est jumelée avec le Gorgol une des régions mauritaniennes. Il a été tout simplement intoxiqué, ce qui peut se comprendre car le pays et ses moeurs, surtout quand on y passe peu de temps, a le charme du tout autre mais dans la pratique de notre langue et de nos références : l’hospitalité parfaite peut tromper.

 

Permettez-moi d’insister vivement pour que cette invitation soit retirée. ce sera très positivement reçu en Mauritanie et accélèrera très heureusement la chute d’un régime qui doit sa naissance et son crédit à votre prédécesseur, non à la France telle qu’elle est attendue en Afrique et que vous avez promis d’incarner.

 

Sans grandiloquence, il en va de votre crédibilité à propos de la “françafrique”.

 

Vous savez bien mes sentiments de confiance, d’espérance, et ma disponibilité.

Partagez

L’éditorial de La Nouvelle Expression : L´esclavage aux cimetières soninko !

alt« Cette abomination humaine se pratique jusqu’aux cimetières dans la communauté soninké ». C’est ce que nos contradicteurs utilisent contre nous depuis notre sortie concernant l’affaire Biram. Essayer de justifier une ignominie par une autre. Une farce de mauvais goût qui ne peut et ne doit nous distraire.

Toutefois, la géographie du pays soninké est connue. Alors, qu’on nous dise où, exactement, ces pratiques sont encore en cours ? C’est lâche de vouloir réduire le débat à des mystifications.

Des amis, en voulant s’en prendre à ma communauté (les Soninko) avec des mensonges grotesques, acceptent maladroitement l’existence de l’esclavage en Mauritanie, chose que le régime qu’ils défendent a toujours nié. Pourquoi ne comprennent-ils pas qu’aucune communauté et société ne doivent être pardonnées dans leur action de favoriser l’injustice ? Encore des mensonges. De la fuite en avant. Du ridicule.

Et quoi encore, quelle autre hideuse affaire pour justifier l’injustifiable dans nos sociétés ? A supposer même que la société soninké soit esclavagiste comme les autres sociétés de ce pays, en quoi cela résoudrait-il les problèmes soulevés dans notre papier concernant cette pratique ? Il aurait été plus seyant et plus sensé de nous critiquer pour avoir défendu cette société pour cette pratique ? Si pratique il y a !

Nous demandons à nos contradicteurs ou détracteurs de positiver et, comme nous, de dénoncer les tares de nos sociétés ; d’arrêter, dans ce pays, de s’abreuver à la source boueuse de l’hypocrisie et de la calomnie ; de penser réellement au malheur de ces sous-hommes. Notre souci n’est pas de défendre qui que ce soit mais de poser le débat. Dire la vérité, rien que la vérité. Et de jurer pour ça. C’est dire que la polémique alimentée par le mensonge – sport favori de certains – ne nous guide pas ; ne nous guidera pas.

Notre liberté d’appréciation se mesure dans notre acceptation de la liberté de critique des autres, surtout si cela épouse les contours de l’objectivité. Loin des justifications par l’absurde. Mais quand les détracteurs ne font que verser dans la subjectivité, dans l’à-peu-près et le flou intégral, pour débattre d’un sujet aussi important que l’esclavage en Mauritanie, nous leur disons d’emblée que cela nous déçoit. Car nous estimons que notre personne n’est pas le débat.

Le débat c’est la Mauritanie, l’avenir de ce pays comme un pays civilisé, d’égalité et de droit. Et pour ce faire, aucun autre pouvoir que celui du peuple ne peut et ne doit exercer sa mainmise ; surtout pas le pouvoir des féodaux, qui doit être combattu…

De la source à la situation du phénomène de l’esclavage dans notre pays, Biram a secoué le cocotier et le Cheikh Ahmed Elhady vient de donner l’espoir à tout un peuple. Ce cheikh, par son courage, pose la problématique de l’universalité de l’Islam. Il n’y a pas d’Islam mauritanien. Il n’y a qu’un Islam, la religion du monothéisme pur qui est contre toute inégalité entre les hommes.

L’esclavage. Le débat est plus que jamais posé. Aucune dérobade n’est possible. La source (des livres) idéologique légitimant et réglementant ce phénomène est passée au feu par Biram. Son acte a pris de court tout le monde et chacun y va de son analyse et de sa compréhension mais, incontestablement, une mise à jour de la vision des jurisconsultes des siècles passés du rite malékite sur un sujet aussi grave que l’esclavage s’impose. C’est ça le débat et pas autre chose ; et les Mauritaniens ont besoin de ça.

Il reste que, malheureusement, par des prises de position ou le silence incompréhensible de certains de nos érudits, fait que ceux-ci sont, pour tout le moins, disqualifiés ; ces ulémas étant devenus des haut-parleurs des différents régimes qui se sont succédé dans ce pays. Des régimes qui semblent plus desservir la bonne morale humaine et qui sont pourtant magnifiés et soutenus par certains de nos ulémas.

La Mauritanie, notre pays, a besoin de nous. Cette Mauritanie, qui nous a tout donné, est plus que jamais menacée dans son existence. Rien que pour cela, le bon sens recommande de ne point jeter l’huile sur le feu ; le bon sens veut que tous, nous libérions la Mauritanie des démons de la honte, de l’inégalité, de l’injustice, de l’exclusion….

Nos communautés, nos tribus doivent être « une » et indivisibles dans la justice et l’équité. En les triturant, en les instrumentalisant, en les montant les unes contre les autres, les pouvoirs publics soufflent inconsciemment sur les brindilles de ce feu qui a longtemps couvé. Que DIEU nous préserve des lendemains qui chantent mal.

Seydi Moussa Camara- La Nouvelle Expression.

 

Partagez

Affaire Biram Ould Dah, dépassionnons le débat ! par Abou H. Sy

altMalgré, l’émoi feint ou sincère qu’elle a pu générer, l’incinération de livres religieux par l’IRA a le mérite de poser un vaste débat qu’on ne peut plus continuer à ignorer.

En effet, le tollé général soulevé par ce acte met à nu le caractère primitif de notre démocratie, l’étroitesse d’esprit de nos intellectuels et l’hypocrisie de nos Hommes politiques.

Est il besoin de rappeler, qu’une démocratie ne se résume pas a des partis politiques qui concourent au pouvoir le temps d’une élection ou a des institutions modernes de gestion des affaires de la cité. Mais un processus, dont le but ultime est de permettre au citoyen de jouir de la plénitude de sa liberté. Liberté d’expression, de manifestation, d’association, de culte …Et c’est à l’aune de cette liberté que se mesure la maturité d’une démocratie.

Dans une démocratie normale, incinérer un drapeau, une œuvre artistique ou littéraire, un ouvrage religieux … est une forme d’expression: un “free speech” garantie par la constitution. Quoi que cela puisse être choquant la seule riposte permise est la désapprobation. Nul ne doit être soumis à la vindicte populaire pour avoir exprimé son opinion. En cela, l’arrestation de Biram et ses camarades constitue une dérive autoritaire dangereuse. Une justice fonctionne suivant des règles clairement établies par le législateur et non par émotion ou par coup de tête et ne peut prêter à aucun subjectivisme. Le même esprit qui a guidé cette arrestations peut conduire à la lapidation d’une négro-africaine par ce qu’elle n’est pas correctement habillée au goût de certains. Combien de fois la TVM a demandé ces journalistes femmes de s’habiller d’une façon “décente” si elles veulent continuer à apparaître au petit écran. C’est ce genre de dérives qu’il faut combattre.

Plus que la démocratie, qui jusqu’à la ne sert que les Hommes politiques, la population doit lutter pour l’instauration d’une véritable culture de démocratie. Et cela commence par l’acceptance de l’autre dans sa différence d’opinion, de culture ou de religion. C’est la, une valeur universelle que doit faire sienne chaque citoyen. C’est la sommation de toutes ces actions citoyennes individuelles qui a donne aux nations démocratiques leurs statuts de références.

Nos intellectuels d’une façon général et les religieux en particulier sont en train de rater une occasion unique pour s’illustrer. A mon avis, il ne devraient pas se laisser emporter encore moins susciter ce brouhaha.

Au delà de cet acte malencontreux ( duquel l’IRA a du reste bien fait de s’en excuser), Biram pose un vrai débat intellectuel. Comment une religion sensée sortir l’humanité des ténèbres vers la lumière peut elle tolérer en son sein de telles pratiques? L’esclavage tel que pratique en Mauritanie est il conforme a l’islam ? La discrimination raciale dont sont victimes les négro-mauritaniens est elle admise dans notre religion? C’est à ces questions que nos savants et intellectuels doivent répondre. Nul besoin de manifestations ou de menaces. Il faut apporter calmement, sans passion aucune, réponses à toutes ces questions.

Il est vrai que l’islam a connu au cours de son évolution des formes d’esclavage, mais à pratique très tôt à son égard une politique de confinement et de tarissement des sources dans le but d’aboutir à une abolition par extinction.

L’on a pas besoin d’être exégète pour savoir que l’esclavage pratique chez nous est en porte-à-faux avec celui décrit dans la tradition musulmane. On ne peut pas razzier un village ou un campement noir, tuer les hommes valides, emporter femmes et enfants les asservir et justifier cela par la religion.

La seule source d’esclavage tolérée en Islam est le jihad, celui étant devenu caduc, tout asservissement devient de facto illégale.

Biram a peut être commis un sacrilège mais on ne doit pas le clouer au pilori. C’est a un débat d’idées qu’il invite ,il faut lui opposer des arguments non une diabolisation.

 La lutte continue!

 Abou Sy

 Tampa,FL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partagez

Il ne faut pas brûler les livres ! Biram s’enflamme

altOn peut critiquer les idées que véhicule un livre, s’inscrire en faux par rapport à la pensée qu’il prône mais on ne doit jamais le brûler. Brûler un livre, c’est croire que l’on tire un bénéfice de cet acte, et c’est tout le contraire. Expression d’une religion, d’une culture ou d’une science, le brûler c’est porter atteinte à la civilisation universelle. Nul n’a le droit de brûler un livre parce que ce livre contredit ses opinions ou sa pensée car cet acte est l’expression d’une défaite intellectuelle et morale de celui qui le brûle. Car à défaut de pouvoir aligner face au livre décrié, un autre livre de même valeur annihilant par la même sa portée, le brûler c’est affirmer sa faiblesse de pensée et de convictions.

L’autodafé, qui est le terme consacré à la destruction des livres par les flammes, a toujours été à travers l’histoire, une volonté de détruire les consciences, les idées, de confisquer les libertés et d’emprisonner le libre-arbitre.

L’autodafé est  un acte de destruction de la pensée humaine, de démolissement des civilisations et du vouloir d’enterrer la conscience de l’homme ou les traces des civilisations.

Lorsque le dernier royaume Andalou s’effondra en 1499, l’archevêque Gonzalo Jiménez de Cisneros ordonna de brûler toutes les œuvres andalouses, jetant ainsi au feu l’inestimable production littéraire, philosophique, scientifique de l’Andalousie islamique. Des bibliothèques entières de plus de sept siècles de civilisation partirent en fumée. Un autodafé pour faire oublier, sinon tuer toute une civilisation. Le livre était à la base de cette civilisation du savoir qui a rayonné sur toute l’Europe.

L’empereur Qin Shi Huangdi, plusieurs siècles auparavant brûla les livres des adeptes de Confucius, portés contre sa politique. Et des siècles plus tard on brûla les livres du patrimoine culturel chinois sous « la révolution culturelle ».

Biram, n’aurait pas dû brûler les livres des jurisconsultes et savants malékites. Ce n’est là ni un symbole, ni un mot d’ordre qui sied dans une société musulmane…malékite.

Décrier la manière dont ils traitent la question de l’esclavage en Islam est une chose, brûler leurs œuvres est une mauvaise stratégie. Et du point de vue des valeurs et de la morale elle est répréhensible. Car se voulant faire un geste politique, Biram a porté atteinte à la conscience et à la conviction religieuse de toute un société.

Biram n’a-t-il pas compris que les livres du rite malékite n’appartiennent à aucune politique, ni majorité, ni opposition, ni blanc ni noir mais appartiennent à une conscience religieuse collective et qu’il n’est pas en droit d’y toucher sinon par un argumentaire religieux de même nature et non point par la destruction des livres de ses guides spirituels.

Que Biram comprenne qu’en brûlant les “œuvres”de droit ou de faits de tous les jurisconsultes musulmans, en commençant par le fondateur du rite Enes ibnou Malek ,en passant par ceux de l’Imam Sahnoun, Ibn Abî Zayd Al-Qayrawânî, Asad ibn al Furat, Abû Bakr Ibn At Tayyib Al Bâqillânî, Al-Qâdhî ‘Iyâdh, Ash Shâtibî etc…etc…, il ne fait pas de la politique, il commet un acte antiproductif, répréhensible et, pire encore, dangereux.

On le sait depuis belle lurette: tous les autodafés de l’histoire sont en fait l’expression de l’acte de brûler l’auteur à travers son livre. Et comme, le soulignent bien des écrits historiques, l’autodafé, n’est que le prélude au massacre des personnes.

« Là où on brûle des livres, on finit par brûler des hommes »

« Ce n’était qu’un prélude : là où l’on brûle les livres, on finit par brûler les hommes. » (« Das war ein Vorspiel nur, dort wo man Bücher Verbrennt, verbrennt man auch am Ende Menschen. ») avait dit le poète et journaliste allemand Christian Johann Heinrich Heine, à la suite de l’autodafé  de dizaines de milliers de livres par les nazis 1.

L’empereur Qin Shi Huangdi fit, en même temps qu’il brûla leurs livres, enterrer vivants 460 lettrés. On sait aussi ce qui arriva au Cambodge des khmers rouges pour les intellectuels, dont les œuvres furent abolies et dont les auteurs périrent dans les champs. Ce qui advint de même aux intellectuels durant la « Révolution culturelle » chinoise 2.

Quand on cherche à détruire, une image, une idée, un pensée, un courant idéel une philosophie, on brûle son contenant (le livre), puis ne pouvant bruler son contenu (la pensée) car insaisissable, on finit par brûler son auteur. L’autodafé n’est que l’antichambre du bûcher.

Telle était aussi le but du Pasteur Américain Terry Jones en voulant brûler le saint Coran, des soldats américains spoliant le saint Coran, au Pakistan…etc.

Biram en brûlant les livres des jurisconsultes malékites, ne pourra pas détruire leur contenu. Et il ne pourra pas non plus mettre leurs auteurs sur le bûcher. Reste alors tout le peuple malékite!

C’est autant dire, que vouloir dénoncer une injustice c’est d’abord la combattre par l’idée et la pensée et non en détruisant le support physique de la pensée de son contradicteur. Biram veut faire de son geste un symbole de la réaction antiesclavagiste, ce geste ne sera que ce que les Malékites y percevront : une atteinte à leur conscience religieuse.

Biram a confondu entre la symbolique de son combat d’ici-bas (lutte contre l’esclavage) et la symbolique du salut de l’au-delà (la conviction religieuse). Et l’autodafé est pour les livres, ce que le bûcher est pour l’humain. Œuvrons pour que jamais le second n’arrive et pour que le premier ne puisse être un « prélude » au second.

La Mauritanie a besoin de sa religion dans l’unité et la tolérance. Le spirituel doit être préservé de la symbolique politique. Le contraire, n’engendre que l’imprévisible.

Pr ELY Mustapha

Partagez

La justice nulle part : C’est comme ça la Mauritanie !

altLes actions du mouvement l’Initiative pour la Résurgence Abolitionniste (IRA) viennent de prendre une nouvelle tournure. Le président Birame Dah Abeid était déjà connu par sa hargne, la radicalité de son discours et surtout sa détermination dans son combat contre l’esclavage des harratines en Mauritanie. Ce qui lui a valu un séjour en prison en décembre 2010 suite à un procès dans une affaire d’atteinte à l’intégrité et à la sureté de l’Etat. Au sortir de la prison, l’abolitionniste avait déclaré depuis l’Italie qu’il se battra pour la cause des harratines et des droits de l’homme en Mauritanie jusqu’à la dernière goutte du sang. Depuis, ses activités se multiplient avec notamment des découvertes des cas d’exploitation de filles mineurs dans les quartiers périphériques de la capitale et à l’intérieur du pays. Il fut également l’instigateur du mémorable pèlerinage à Inal pour rendre un hommage aux 28 officiers halpularens pendus dans les années 90 par les autorités militaires mauritaniennes.

Au delà de ses actions, son discours agace plus d’un dignitaire et notable de certaines tribus maures anciennement propriétaires des harratines . D’autre part, Birame est toujours en ligne de mire contre les Ulémas du pays. Pour lui ces derniers consacrent et approuvent l’esclavage. Il a maintes fois fustigé leur « silence complice ».

Il vient d’être au cœur d’une regrettable polémique. Vendredi dernier, le leader harratin a boycotté les mosquées Nouakchottoises pour s’ériger le rôle d’un imam des abolitionnistes dans son quartier. Selon certaines sources, plusieurs lettres dans lesquelles le mouvement explique et justifie cet acte de boycott auraient été envoyées aux autorités et personnalités religieuses. Les principales motivations du mouvement consistent à s’indigner contre le rite Malikite largement répandu et pratiqué dans la sous-région. Selon le leader abolitionniste, le rite malikite légitime la pratique de l’esclavage. D’où l’ordre donné par ce dernier à ses militants d’incendier des célèbres livres comme le « Al-Mouwatta » : il s’agit d’un ouvrage compilant des éléments de la Sounna ainsi que certaines opinions juridiques émises par les nobles compagnons, les Successeurs et autres savants parmi les pieux prédécesseurs. En incendiant ces livres sacrés, Birame touche la sensibilité religieuse en heurtant les consciences des croyants. C’est un acte grave et condamnable. L’IRA vient de transgresser des limites car comme le disait Imam ach-Châfi’i:« l’ouvrage le plus authentique après le Livre de Dieu est le Mouwatta de Mâlik ». Birame n’a pas seulement incendié « ses livres» mais des références en matière de jurisprudence islamique. Il est plus judicieux de répliquer par la science et la sagesse devant la haine et le déni des oppresseurs.

Les instances dirigeantes du mouvement l’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste en Mauritanie pouvaient convoquer dans un colloque ou une conférence, des jurisconsultes des autres rites pour réfléchir sur la question de l’esclavage et son interdiction en Islam, en imposant la considération des recommandations issues de leurs réflexions car le figh doit prendre en charge le contexte. De ce fait pousser à un moratoire sur la question de l’esclavage.

Ils peuvent aussi s’approcher des savants du texte et du contexte prônant la réforme radicale dans les sociétés contemporaines majoritairement musulmanes dont certains travaux ont été entamés en Europe par des grands réformistes. 

Pour contester les propos de certains savants, L’Ira pouvait aussi organiser des sit-in devant le centre de formations des ulémas dont le Président est le grand érudit Cheikh Mahamed Hassan Dedew, devant la grande mosquée de la capitale et devant la maison des muftis .Tenir et organiser en effet des actions légitimes et pacifiques. Le respect de la culture oblige à faire l’économie de certaines pratiques.

Avec cet acte, ils signent une double défaite. Primo, ils perdent toute crédibilité aux yeux de l’opinion publique nationale considérant cet acte comme une profanation (ce qui est en soi une transgression). En effet les livres expliquent et contiennent la parole d’Allah et de son Prophète (paix et salut sur lui). Secundo, les savants malikites du pays peuvent faire un bloc et multiplier des pressions sur les autorités pour déstabiliser et faire éclater leur mouvement. Alors, chose qui n’a pas tardé. La manifestation qui a été organisée partant de la grande mosquée jusqu’au palais présidentiel condamnant « cette dérive d’Ira » illustre de ce que nous venons d’avancer.

Mais il y a là un grand paradoxe qui dévoile au vu et au su de tout le monde l’hypocrisie de nos dirigeants.

A Nouakchott, pour une dizaine de manifestants, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz promet de faire le nécessaire pour que des mesures soient prises pour punir Biram Dah Abeid Président de l’Ira pour avoir incendié des livres du rite malikite. Et le même soir, une centaine de policiers délogent Birame à son domicile sans aucun mandat d’arrêt. C’est comme ça la Mauritanie. On punit quand certains s’attaquent à certaines valeurs au même moment où l’Etat continue de protéger bec et ongle des criminels des actes barbares commis à l’égard des « négros-mauritaniens » en 1989. C’est comme ça la Mauritanie. L’Etat punit pour un mécontentement des fanatiques, mais épargne de véritables transgresseurs des règles d’Allah : ceux qui ont tué des hommes et violé des femmes. C’est comme ça la Mauritanie. L’Etat reste indifférent à l’impunité des crimes contre l’humanité mais cède facilement à l’émotivité des esclavagistes. C’est une sorte d’hypocrisie nationale que de recevoir des gens déchainés à l’heure de la grande répression aveugle des étudiants et de la marginalisation des franges des composantes nationales.

C’est comme ça la Mauritanie, bientôt on verra le procès de l’affaire des livres alors que le meurtrier de Lamine Magane circule tranquillement à Rosso. Tout comme Arby Ould Jidein siége chaque matin du haut de son perchoir à l’Hémicycle. Aziz promet la justice et oublie la communauté « négro-africaine » qui attend toujours la traduction des bourreaux de leurs fils militaires, agriculteurs et citoyens ordinaires. Quelle Mauritanie? Quelle hypocrisie? La justice n’est donc nulle part de ce pays ou s’applique-t-elle qu’à une frange? C’est comme ça la Mauritanie. On punit les innocents et on honore les coupables…

Bâ Sileye

Sileye87@gmail.com

WWW.FLAMNET.INFO

WWW.FLAMONLINE.COM

 

Partagez