Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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FLAMNET-RÉTRO: Présence et culture des Nègres mauritaniens par Jean Pierre N’DIAYE

altDébat sur Jeune Afrique après l´arrestation des rédacteurs du “manifeste du négro-mauritanien opprimé” en septembre 1986  et cinglante réponse à une interview du colonel Ould Taya qui niait le racisme d´Etat en Mauritanie.  Lire l´analyse de notre doyen, ami et camarade Jean Pierre qui reste toujours d´actualité.

Je refuse de diviser mon peuple en Blancs et Noirs, a dit le président mauritanien Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya à J.A (N°1350). Il n’y a pas de problème racial en Mauritanie. Le peuple est indivisible et ne sera jamais divisé. Depuis plus de deux mille ans, les communautés de ce pays ont vécu ensemble sans qu’il y ait la moindre relation d’appartenance à telle ou telle ethnie. Nous tous, sans exception, sommes unis par l’islam et la couleur de notre peau n’a aucune espèce d’importance”. Cette déclaration m’a bouleversé parce qu’elle nie de manière péremptoire une réalité ethnico-culturelle dont la présence remonte, sur cet espace négro africain appelé aujourd’hui, Mauritanie, à la préhistoire et se perpétue actuellement même. C’est la présence des populations nègres, reparties en ethnies vivantes – Peuls, Sarakholes, Mandingues, Wolofs- et s’efforçant d’assimiler, pour les digérer, les apports extérieurs berbères, arabes et autres. Une religion monothéiste venue du Nord, l’Islam , devenue la leur, ne modifie en rien cette réalité historique . 

Le refus cardinal d’un chef d’état membre de l’Organisation de l’Unité Africaine de prendre en considération l’identité, la personnalité autochtone du pays , dont le hasard lui a confié la direction, est troublant. comment expliquer alors que le prédécesseur de Maouya Ould Taya, le lieutenant- colonel Khouna Ould Haidallah, ait officiellement décrété, en 1981, l’abolition de l’esclavage en Mauritanie ? 

C’est aussi dans ce pays que la première vague de populations berbères venues du Nord arriva dès l’antiquité, démettant ainsi les Noirs. Ensuite, les Arabes à leur tour islamisèrent Nègres et Berbères, puis fondèrent, avec les Berbères seuls, un pouvoir théocratique maure. 

Dès ce moment, c’est l’architecture d’une société théocratique et esclavagiste à caractère féodal qui s’érigea. Les populations nègres, défaites et séparées de leur tronc, furent intégrées pour constituer une base domestique et paysanne de servage au service d’une civilisation nomade marchande et guerrière en mal de sédentarisation. 

Prises en étau, ces populations entrent alors dans une période qui est un lieu de non-savoir où elles doivent subir et vivre au jour le jour l’obscurantisme terrifiant, et autant plus amnésique que la nouvelle religion se veut idéologique-politique-totalisante. 

Quant à l’administration coloniale française qui prend possession de la Mauritanie en 1904, sous la forme d’un protectorat, elle laissera intactes les structures de dépendances internes qui existaient entre Maures et Noirs avant elle. 

Mais le nègres mauritaniens installés auprès du fleuve Sénégal et ceux vivant en territoire sénégalais échapperons au quadrillage du servage maure, s’épanouiront dans un espace de liberté plus large, démocratique, et, avec la scolarisation, produiront des cadres de haut niveau munis d’une conscience critique et scientifique s’inspirant de la méthodologie historique et innovatrice de Cheikh Anta Diop et du consciencisme de Kwame Nkrumah. C’est dire que les nouvelles générations ne peuvent plus accepter l’accaparement exclusif et arrogant du pays et de son destin par les Arabo-berberes, ni admettre l’instauration par ces derniers de la loi dite islamique, la Charria, dont les seigneurs du désert sont les seuls bénéficieras et les Nègres les victimes. 

Les temps ont changé. Le Nègre d’aujourd’hui ne sera plus celui d’avant. Et les ancêtres sont avec nous. Le temps est venu où, sur la baguette du paraclet, nos masques s’animent, parlent. 

En 1973, lors d’une interview (J.A N° 673) que m’accordait Moktar Ould Dadah, le père- fondateur de la Mauritanie indépendante, j’écrivais « dans son exposé(.) se dégage avec constance l’affirmation selon laquelle la Mauritanie est un trait d’union entre le monde arabe et le monde noir. Cette vocation de trait d’union, acceptée par tous dans son principe, laisse pourtant perplexe la composante noire de la société mauritanienne. 

En effet, la Mauritanie, pour jouer ce rôle de trait d’union, doit tenir compte d’une donnée essentielle : le fait que le pays est constitué de deux groupes de civilisations avec leurs langues particulières, même s’ils ont en commun une seule et même religion. Or la reconnaissance de cette double personnalité très distincte, tant du point de vue culturel que linguistique, semble absente, pour donner la prédominance à la culture arabe au sein de l’état. 
Ce qui revient à disposer du sort des Mauritaniens d’origine nègre et de leur place dans la nation. » 

Le choc qu’ont provoqué en moi les propos du jeune président Maaouya Ould Taya, cette affirmation amère et spirituellement fratricide, m’empêche de dormir. Pour me remettre, j’allais voir ce jour-là, aussitôt le film Autour de minuit (Arount Midnight ) de Bertrand Tavernier. C’est une réflexion sur le Jazz, musique née d’une culture noire complètement niée, pour laquelle, devant cette négation, cette pression, et dans un environnement isolé et hostile. la seule issue fut l’invention du Jazz, expression d’un humanisme nègre vivant et créateur. 
Cette inspiration du Jazz est la clé de nombre d’énigmes sur lesquelles doivent méditer les pouvoirs dominateurs et racistes. 

Le Jazz, forme nègre par excellence, est un assemblage de cris, de sons et de prières lancés par l’homme noir dans le malheur, du fond de l’abîme qui, en se réenfantant, devient monstre. 
D’abord réaction à la putréfaction dissolvante, cet assemblage se décompose en strophes signifiantes pour énoncer l’univers des couleurs de la douleur, de la mémoire béante, le tout en ascension, en spirale rythmée qui renverse l’abîme et le monstre, pour donner accès à la rive de l’espérance. c’est la préfiguration d’une aube printanière, après le carnage, la traversée triomphante du fleuve de Sangomar: la cité des Tulipes noires. 

Face à cette volupté légère et bénie du Jazz, les tours de Manhattan et toutes les grandeurs colossales baissent la tête. 

Jean Pierre N’DIAYE


© Jeune Afrique n° 1353 – 10 décembre 1986 

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De l’indifférence des Négro-mauritaniens aux grandes questions nationales

altLe Centre Arabo-africain pour l’Information et le Développement a organisé un débat sur la crise politique en Mauritanie marqué par l’absence criante d’intellectuels négro-africains. A Lô Gourmo Abdoul qui s’en inquiétait, Ahmed Salem Ould Dah, directeur du Centre, aurait justifié cette absence par l’indifférence des négro-africains aux grandes questions nationales. Ce prétendu manque d’intérêt des négro-africains pour les questions nationales est d’ailleurs aujourd’hui devenu une rengaine pour bon nombre de politiciens aussi bien ceux de la COD qui jugent que ces derniers ne se mobilisent pas suffisamment, pour ne pas dire pas du tout, autour de leur fameux « Aziz dégage » , que ceux de la majorité présidentielle qui ne les trouvent pas audibles dans la défense de leur champion de président.
Mais un minimum de sérieux et de déontologie aurait permis au directeur du Centre de ne pas tomber dans les clichés. Il aurait en effet suffi d’engager une enquête pour voir pourquoi les négro-mauritaniens ne s’impliquent pas dans ce que le centre et les leaders des partis politiques considèrent aujourd’hui comme les grandes questions nationales.
Si les négro-africains rechignent à battre le macadam pour l’une ou l’autre partie qui se déchirent pour le pouvoir aujourd’hui, c’est que leurs prioritéssont ailleurs. Les Noirs de Mauritanie se seraient volontiers intéressés aux querelles de pouvoir s’ils ne se préoccupaient pas d’abord et avant tout d’être reconnus comme des citoyens à part entière de ce pays. Il faut le dire, ce pays est fondé sur un système inique dans lequel prime l’appartenance ethnique et raciale et qui confine le Noir au statut de citoyen de seconde zone quand il ne lui dénie pas purement et simplement son statut d’humain.
Comment se peut-il que tous les mauritaniens perçoivent de la même façon la crise politique alors même qu’ils ne sont pas traités sur le même pied d’égalité dans tous les secteurs de la vie nationale. Pour le négro-africain, la crise politique c’est d’abord la non résolution du problème de la cohabitation entre les différentes composantes de notre peuple. Il faudrait que chacun soit reconnu dans ses droits, que les chances soient égales pour tous, que les richesses du pays soit équitablement réparties entre tous, que plus personne ne soit humilié, avili ou tué simplement à cause de sa race ou de son ethnie.
Aujourd’hui, nous sommes encore très loin de cette Mauritanie de l’idéal, seule capable de fédérer l’ensemble de ses fils qui auront alors le sentiment véritable d’une communauté de destin et donc des préoccupations communes. Aujourd’hui, nous avons droit à une Mauritanie régie par un système raciste et esclavagiste qui en est à son apogée.
Nous sommes dans une Mauritanie qui, au lieu d’avoir honte, s’enorgueillit de la plus hideuse des pages de sa jeune histoire : les présumés auteurs du génocide programmé contre la communauté négro-mauritanienne sont promus aux plus hautes responsabilités de l’Etat. Nous sommes dans une Mauritanie où la vie du nègre n’a aucune valeur. Les gendarmes de Maghama tirent sur des manifestants pacifiques assassinant froidement un jeune adolescent de seize ans dont le seul tort est de réclamer d’être traité dignement, ils reçoivent l’onction du président de la république en personne sans que personne n’y trouve rien à redire.
C’est donc tout naturellement que les gendarmes de Ould Yengé se livrent aux traitements les plus dégradants sur de jeunes peuls arrêtés sur dénonciation simple dénonciation d’un commerçant sans que personne ne lève le petit doigt. Comment dans ces conditions Ahmed Salem Ould Dah peut-il avoir l’outrecuidance de parler d’indifférence des négro-africains aux grandes questions nationales. Si l’on doit parler d’indifférence à l’intérêt national, ce serait plutôt à propos de ces intellectuels, de ces partis et de ces masses prompts à dénoncer les souffrances des peuples palestinien, libyen ou syrien pendant que leurs compatriotes souffrent le martyr dans leur propre pays parce qu’ils ont le tort d’être nés noirs.
 L indifférence c’est le silence coupable que l’on a observé quand on massacrait et déportait du noir à tours de bras.
Ces événements et tout ce qui s’en est suivi ont mis à rude épreuve l’existence même de notre pays et la préoccupation prière des Noirs de Mauritanie est d’accéder à leur dignité de citoyens, condition sine qua none pour un avenir pérenne et pour un développement harmonieux du pays. Y a-t-il question de plus grande importance nationale ?

Alassane Dia, Professeur à l’Université de Nouakchott,
Coordinateur de Touche pas à ma nationalité.

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Flamnet-Agora: Ma réponse à Monsieur l’administrateur Mohamed cheikh Abdallah du forum MUI par Jamal Sow

altJe ne vais pas entrer dans la polémique, mais je tiens quand même à éclaircir certains points. Premièrement, vous auriez dû laisser apparaître votre souhait de voir Biram ould Abeîd libre ou au pire compatir avec sa douleur. Deuxièmement, je pense si vous aviez  fait un peu attention,vous vous rendriez compte que mon prénom et mon nom sont déjà très fédérateur. Vous me diriez que si du détaille,mais c’est un détaille révélateur. Car il y’a très longtemps que 99/100 des négro-africains ont opté pour cette ouverture d’esprit, pour ce métissage culturel, ils ont cédé ce qui était de plus intime en eux, de ce qui était de plus essentiel en eux, pour intégrer dans leur fond socio-culturel d’autres visions du monde, d’autres religions et d’autres modes de vie qui n’étaient pas les leurs. Un jour des hommes ont marché vers le soleil levant, non pas pour aller chercher de l’or ou de l’argent, mais pour apprendre ce qui est la religion musulmane, la langue et la culture arabe. J’espère que des noms comme CHEIKH OUMAR EL FOUTIYOU et de EL- HAJJ MAHMOUDOU BA, vous disent quelque nchose. L’un a combattu le colonialisme et au prix de sa vie, et portera l’islam et la culture arabe dans les profondeurs de l’Afrique. L’autre fondera l’école d’Al falah et amènera beaucoup de jeunes foutanké en Égypte, en Irak, au Soudan partout dans les grandes universités arabes et cette école jusqu’à nos jours continue de former des milliers de jeunes dans les sillages de la culture arabe. Monsieur marchez dans ce sud  de la Mauritanie,vous y verrez dans chaque village, dans chaque bourgade des foyers où à la longueur des journées on suit les textes commentateurs de Malik, de Hanaf, de Hambal et de Chafa’i, on étudie la grammaire, l’orthographe et la synthaxe arabe, et on déclame les poésie musicale de la culture arabe.
Monsieur, je parie les efforts, et les sacrifices que le peuple négro-africains a fait, beaucoup ne l’ont pas consenti. Ainsi, j’ai l’intime conviction que vous êtes mal placés pour donner des leçon de fédéralisme. Car, ce que celui-ci exige de nous est quelque de chose de profond, dés l’instant, il nous oblige à renoncer ce qui est de plus chère en nous. Il faut oser appeler son enfant Samba, Demba, Yero ou Paté, comme ces miliers d’enfants noirs qui se nomme AbdallahAbdallah, Mahmoud ou Oumar.ou Oumar.ou Oumar. Il faut oser envoyer ses enfants dans les écoles où nous sommes certains qu’ils n’y trouveront pas le pulaar, le soninké, ou le wolof. Le fédéralisme doit se sentir dans les faits et dans les gestes de tous les jours, il doit occuper une place importante dans le paysage socio-culturel d’un individu. Le peuple négro-africains, mon peuple a fait ce travail de synthèse, de métissage et de très fédérateur. La balle est dans votre camp Monsieur!!!!

Troisièmement, Monsieur votre façon de faire et de réagir me rappellent la stratégie de ces miliers d’idéologues, politiciens, hommes de média et de cultures, tapis dans l’ombre, protestent et élèvent la voix à chaque fois que la politique de l’État Israélien est remise en cause. Et cela soit en accusant tout le monde d’être contre les juifs soit en culpabilisant les gens sur leur passé historique.

Monsieur, vous mettez sciemment de l’amalgame, de l’ambiguïté et de l’opacité dans les revendications négro-africaines. A aucun moment le peuple noir a globalisé ses accusations contre la communauté arabe-berbère. Ce qu’il affirme est claire: il ya un système qui depuis les indépendances ne cesse de favoriser une communauté, une culture, une langue et une couleur au dépend des autres. Le peuple noir n’invente pas cette accusation, elle est de l’ordre d’une donnée expérimentale. La discrimination, la ségrégation et l’esclavage ce sont des choses palpables, et concrètes.
Monsieur, faites le travail d’un enfant de CP, autrement dit, faites l’exercice du comptage de ces ministres, de directeurs de service, de ces gouverneurs, de ces préfets, de ces inspecteurs de police, de ces généraux de tous les corps, de ces ambassadeurs. Observez ces résultats des concours, des examens(brevet, baccalauréat..), de ces centres de formations (ENI, ENAMJ…). Regardez et écouter les programmes de la télévision et de la radio mauritanienne. Dans cet exercice vous déduirez vous même, qu’effectivement, il ya un darwinisme politique qui n’est pas du tout lié à la question de compétence ni à celle d’un simple hasard des chose. Ce darwinisme politique place le négro-africain de l’autre coté de la barrière. Sur ce versant de la barrière le nègre doit rester éternellement le docker des grands ports, le wogav de toutes les devantures, le ”verseur” infatigable du thé et celui là qui doit être les miles mains et pieds d’un autre homme qui a eu la chance de naître cuillère d’or dans la bouche et qui le hasard de la nature a éclairci un peu la peau. Monsieur, ce n’est pas ceux qui ont subi arbitrairement la mort, la déportation, la spoliation de leurs terres, les tortures les plus abjectes, les humiliations les plus indignes qui ont enfanté le monstre du racisme, qui sont les adeptes de la stigmatisation ou des sportifs des mots outranciers. C’est malhonnête de culpabiliser et d’accuser doublement ceux qui sont déjà à terre, broyés par un système qui fait de la couleur de peau une valeur référentielle.
En somme, je ne suis pas contre la morale, mais quand celle-ci fait fi des douleurs des peuples opprimés, banalise la souffrance de ces milliers d’hommes et de  femme considérés comme des être de seconde zone,en dédouanant lesbourreaux, en noyant la brutalité des faits dans un jeu de mots, en relativisant la férocité d’un système injuste, inégalitaire et oppressif, je ne peux avoir que du dégoût pour elle.
Jamal Sow- Paris-France.

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Flamnet-Agora: L’esclavage a-t-il existé chez les négro-mauritaniens ?

altSur ce sujet qui suscite tant de polémiques vaines et de faux débats, il est temps d’éclairer l’opinion sur cette question en toute sincérité, avec beaucoup de véracité et d’esprit objectif. En effet, certains qui ont eu à aborder cette question de l’esclavage chez les négromauritaniens, ont fait preuve de tant d’ignorance et surtout beaucoup d’hypocrisie, si ce n’est pour des raisons de calculs sociopolitiques mesquins, désinformant ainsi ceux qui sont intéressés par ce sujet ; le dit sujet que l’on peut qualifier peut-être de n’importe quoi, mais sauf de tabou, dans la mesure où l’on a affaire qu’à un vrai faux débat!  Sans référence aucune, sans enquête aucune au sein des populations, les fossoyeurs de l’histoire négromauritanienne, nantis de leurs privilèges dans les régimes qui se succèdent dans le pays, cherchent à être les faiseurs de l’histoire autour de cette question, comme cela a toujours été le cas sur tous autres aspects de l’histoire de la Mauritanie.
Selon la définition: “L’esclavage est l’état d’une personne qui se trouve sous la dépendance absolue d’un maître qui a la possibilité de l’utiliser comme un bien matériel. Il est la privation de la liberté de certains hommes par d’autres hommes, dans le but de les soumettre à un travail forcé, généralement non rémunéré. Juridiquement l’esclave est considéré comme la propriété de son maître. A ce titre, il peut être acheté, loué ou vendu comme un objet.”

Si chez les hommes blancs, l’esclavage s’est fait parfois dans des conditions sanglantes envers l’homme noir, il convient de rappeler que cela s’était passé il y a des siècles, et que par suite de la prise de conscience des penseurs, humanistes et scientifiques, l’esclavage fut tout simplement aboli et par la suite interdit, souvent au prix de luttes sans merci livrées contre les partisans de l’esclavage.

Et qu’en est-il de ce qu’on prétend être de l’esclavage chez les noirs? En fait, déjà il est nécessaire de souligner que le mot « esclavage », tel défini plus haut, est un mot trop fort, mal adapté, et complètement tout à fait en dehors de ce qui se passe chez les noirs de façon générale, et chez les négromauritaniens en particulier. Le plus ignorant de la culture noire devrait néanmoins être capable de se poser certaines questions comme:

«l’esclavagiste tel défini, peut-il exister au sein d’une même communauté vivant ensemble depuis la nuit des temps»? Y’a-t-il eu esclavage de blancs entre eux, de jaunes entre eux? Donc peut-il exister entre noirs? Fort heureusement, ce genre débat ne semble susciter polémique qu’en Mauritanie, et allez savoir pourquoi.

A l’image d’une nation civilisée, qui se veut organisée et bien structurée pour assurer la survie de tous, les communautés négromauritaniennes étaient et sont organisées de façon à établir une totale complémentarité et une parfaite symbiose entre tous ses membres, pour l’intérêt général commun. Cela se passe donc à travers l’affectation de chaque membre de la communauté à une fonction où il semble être celui le plus apte pour l’accomplir.

Ainsi, celui qui possède des dons de réflexions approfondies est considéré comme le maître auprès de qui on va chercher connaissance et auprès de qui tous les enfants seront confiés pour leur éducation; celui qui se trouve dans de bonnes aptitudes physiques sera celui qui va se charger des travaux nécessitant d’efforts physiques; et celui qui adore manier le fer sera celui qui sera chargé de la forgerie, et ainsi de suite…Et tout cela dans l’égalité et le respect mutuel.

Le marabout va éduquer l’enfant du forgeron qui, en échange, lui réalisera des travaux de forgerie, parce que la culture de la monnaie d’échange « l’argent » n’avait pas encore envahi les moeurs.

La conséquence de cette organisation sociale est la formation de groupes de professions appelés castes, parce que chacun individu semble suivre le chemin de son ascendant. Mais en tout cas, il y a une parfaite symbiose où chacun trouve son compte. Contrairement aux idées reçues, les mariages inter-castes existent bel et bien, même s’il y a des préférences comme celles qui veulent, pour de simples considérations économiques, que les mariages s’effectuent entre membres d’une même descendance.

Comme on le voit ainsi, certains qui se posent de questions quant à l’existence de l’esclavage chez les négromauritaniens, s’apercevront que cette même organisation sociale décrite existe aussi dans leur communauté, et puisqu’il n’ y a pas esclavage intracommunautaire chez eux, il ne peut exister chez les negromauritaniens.

Partant de ces faits, parler d’esclavage dans la communauté négromauritanienne relève d’ignorance totale, de pauvreté culturelle et surtout de malhonnêteté intellectuelle. Parce que chez les noirs, il ne peut y avoir usage de force, de contrainte ou d’endoctrinement pour obliger une être humain à travailler gratuitement pour un autre. C’est contraire aux coutumes et aux valeurs humanistes ancestrales de l’homme noir. Il n y a non plus jamais eu de captivité d’humains ou des enlèvements de petits enfants à la razzia comme cela a été le cas chez les communautés arabes.

Mieux, les communautés Peulh, Sarakolé, Wolf, Sérère, Bambara, aux coutumes proches, mais plus ou moins conservatrices suivant l’ethnie, ont toujours coexisté et évolué ensemble dans un même espace naturel sans qu’il y ait un quelconque phénomène d’esclavage entre elles. Et le phénomène d’esclavage n’est d’ailleurs apparu dans cet espace géographique qu’avec l’arrivée des berbères aux tempéraments belliciste et chauvin reconnus.

L’homme noir est connu pour son esprit émotif et son sens de la compassion envers n’importe quel être humain, et souvent ses qualités sont assimilées à tort à de la naïveté. Et pour ce qui est de la communauté noire mauritanienne, malheureusement la cohabitation qu’elle a subie n’a pas été à la hauteur de son esprit de paix et de générosité !

Elle a été surprise, trahie et abusée par des cohabitants d’une autre culture, qui lui sont venus de loin, et dont les membres ont montré le ventre bien plus gros que les yeux et le coeur. Il en a résulté que bon nombre de ses fils, pour la plupart enlevés depuis leur tendre enfance, sont tombés dans l’esclavage pur, tant redouté!

Malgré les temps qui changent, le monde qui se modernise, la mondialisation, les esclavagistes mauritaniens actuels, connus de par le monde entier, paresseux et attirés par le gain facile, préfèrent continuer à perpétrer l’esclavage en utilisant de façon hypocrite la religion. Cela est-ce le fait que, chez ces esclavagistes, il y a incapacité de pensées scientifiques et humanistes comme chez l’homme blanc?

En tout état de cause, la communauté negromauritanienne souffre cruellement! Car, en plus d’être entrain de se faire priver de son milieu naturel et de sa survie, elle est accusée de tous les maux, dont le dernier en date, celui de l’esclavage ! Aussi, en plus de se faire rejeter par ses bourreaux, elle se fait aussi rejeter par ses semblables noirs victimes de l’esclavage endémique.

Avec une nouveauté inouïe dans l’histoire de l’esclavage : les esclaves, sur volonté de leurs maîtres, peuvent même être utilisés pour réprimer ou massacrer leurs propres frères, comme ce fut le cas en 1989 lors de la sanglante crise sénégalo-mauritanienne.

Avec le regroupement au sein d’un même pays des communautés arabo-berbères et négro-mauritaniennes, est-il légitime de faire le constat suivant : « il n’y a plus de patrie; l’on ne voit d’un pôle à l’autre que des tyrans et des esclaves ».

Mamadou Dia

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Retour des FLAM : l’occasion d’un débat sur la Cohabitation nationale en Mauritanie.

altComme Poullori l’écrivait dans son dernier article, le retour des FLAM est un événement majeur et une décision courageuse à saluer à sa juste mesure. Voilà une organisation dont les membres ont été contraints à l’exil juste pour avoir demandé la Justice et l’Égalité entre les citoyens de la Mauritanie. Ce retour tombe à point nommé parce que ceux qui contrôlent le pouvoir en Mauritanie ne savent pas partager et ne se gênent pas pour purger le pays de sa dimension multiculturelle. Ils n’ont que faire de cet adage qui dit que « le foi muni d’une paire d’yeux n’est pas agréable à manger ». Les racistes chauvins qui contrôlent le pouvoir tout comme leurs soutiens ne s’embarrassent pas de protocoles pour leurs « frères » et « voisins » négroafricains de Mauritanie.
Ils prétendent que nous avons tout partagé et que nous sommes « obligés » de vivre ensemble.
Pourtant, ils manifestent plus de solidarité envers les Palestiniens, les Libyens… On en a même vu récemment qui célébraient le 60eme anniversaire de la Révolution égyptienne ou l’arrivée au pouvoir des islamistes en Égypte et en Tunisie.

Pendant ce temps, les thèmes portant sur le racisme et la cohabitation nationale sont relégués au second plan. Les voix qui dénoncent le caractère raciste du système politique mauritanien et qui militent pour un débat franc sur la Cohabitation entre les différentes composantes nationales sont de moins en moins audibles.

Principalement d’ailleurs parce que certains avaient pensé opportun de délaisser ces thèmes centraux au profit d’une question sociétale importante mais conjoncturelle qu’est la douloureuse question de l’esclavage. Il n’est donc pas trop tôt de revenir aux fondamentaux et de se recentrer sur les débats qui posent la question centrale de la base sur laquelle tous les segments de la population, toutes les nationalités du pays doivent tisser leurs relations. Le retour des FLAM en terres mauritaniennes sera donc un apport non négligeable pour amorcer ce tournant.

Il y a là une belle occasion de rassembler toutes les voix qui ont perpétué le combat initié à la veille de l’indépendance. Des générations leur ont emboité le pays avant la naissance des FLAM. D’autres ont renforcé le mouvement et les FLAM ont apporté une contribution essentielle à la conceptualisation et à la médiatisation de la question. Malheureusement, les vicissitudes de la vie des mouvements politiques ont conduit certains des principaux animateurs du mouvement à suivre d’autres chemins. Wuuriima tan kono rufaani (ils ont trébuché mais n’ont pas chuté).

L’idéal serait que toute la mouvance qui a porté ce combat se retrouve à l’occasion du retour des FLAM pour faire le point et fixer le cap. Cette mouvance n’a pas droit à l’erreur. L’élan ne doit pas être brisé et l’événement doit être dignement préparé et réussi. Il faut que tout le monde mette ses ressentiments et ses rancœurs de côté et qu’un accueil digne de ce nom soit réservé à ces dignes fils du pays si longtemps tenus éloignés de leur pays d’origine. Le monde entier aura les yeux rivés sur la Mauritanie lors du retour des FLAM. C’est une occasion rare de mettre en avant la question de la Cohabitation.

C’est pourquoi, Poullori suggère aux Mauritaniens, quelle que soit leur sensibilité, de s’organiser pour préparer ce retour. Charité bien ordonné commençant par soi-même, il faut que les Mauritaniens de la diaspora qui ont côtoyé les FLAM, mettent sur pied des comités de préparation du retour des FLAM. Dans chaque pays à forte concentration de Mauritaniens. Ces comités auront pour charge de collecter les dons et les contributions qui serviront de base au débat sur les enjeux et les formes de la cohabitation.

En Mauritanie, les organisations de la Mouvance (AJD/MR, PLEJ, MPR…) et les autres partis politiques sensibles à la question de l’Unité nationale doivent préparer de façon opérationnelle l’événement. Faute d’un débat public (comme le veut toute démocratie qui se respecte) sur la question de la Cohabitation et de la juste répartition des responsabilités et des droits en Mauritanie, il n’est pas possible de vivre en paix et en harmonie. Les FLAM y ont toute leur place.

Poullori Galo.

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