Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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Flamnet-rétro: Hommage 28 mai 1989 -28 mai 2013, voilà 24 ans que nous quittait Amadou Malick : Question nationale: quand Amadou Malick Gaye écrivait à Ould Daddah

Amadou malick gayeA Monsieur Moctar Ould Daddah, Président de la République Islamique de Mauritanie 

Dakar, le 29 Avril 1966 

Monsieur le Président,
N’ayant pu ni obtenir l’asile politique momentané en Mauritanie, ni être autorisé à poursuivre mon chemin vers d’autres pays, j’ai été ramené à Dakar. Comme il fallait s’y attendre, après ce retour, j’ai été envoyé dans un camp pénal et mis en cellule. Et en plus de mes deux ans, j’ai sur le dos un délit d’évasion pour lequel le code sénégalais prévoit une peine minimum de six mois. Mais ce n’est pas pour cela que je vous écris. Car, d’une part, en décidant de m’évader, j’avais accepté d’avance toutes les conséquences bonnes ou néfastes 

D’autre part, je suis sûr qu’avec l’aide de Dieu, tout cela se terminera beaucoup plus vite que prévu. Et bientôt, ce ne sera plus qu’un souvenir lointain qu’on évoquera avec le sourire. Je vous écris pour deux raisons : 

1) ma position vis-à-vis de la Mauritanie . 
2) la situation intérieure de ce pays. 

Pendant que j’étais gardé à vue à Nouakchott, on m’a rapporté des propos selon lesquels vous auriez dit que vous avez toujours voulu vous assurer ma collaboration et que c’est moi qui n’ai pas accepté. Vous n’êtes probablement pas le seul à avoir tenu de tels propos. Mais je pense, Monsieur le Président avoir fait tout ce que je pouvais pour aller en Mauritanie et pour y rester. Parce que si officiellement, on m’a déclaré né à Dakar, le 11 Juillet 1931, en fait, je suis né un Vendredi matin, 10 Juillet 1931 à Dounguel-Réwo, subdivision de Boghé, sur le sol mauritanien, de parents qui se sont ré-installés en Mauritanie, car la Mauritanie et l’Afrique du Nord ont été habitées par nos ancêtres longtemps avant l’arrivée des Berbères d’une part et des Arabes d’autre part. D’ailleurs, l’Arabie elle-même… mais fermons pour l’instant cette parenthèse). 

Déjà quant j’étais en France, j’avais refusé d’adhérer à l’Association des étudiants Sénégalais, malgré quelques sollicitations. Finalement, je vous ai suggéré à vous et aux autres compatriotes qui se trouvaient avec nous, la création d’une association Mauritanienne. Vous avez accepté. 

En 1957, un an avant la fin de mes études, la délégation du gouvernement général de l’A.O.F. à Paris m’a proposé de devenir fonctionnaire international à Bruxelles (poste que Mamadou Touré devait occuper plus tard). J’ai refusé. Après ma nomination comme administrateur en 1958, on m’a offert de travailler au Sénégal, au Togo et au Niger, j’ai encore refusé. Vers la même époque, le Président Modibo Keita m’a dit que le jour où je voudrai venir travailler au Soudan, je trouverai les portes largement ouvertes. Je n’ai pas donné suite. 

Par contre, je suis allé jusqu’à St-Louis vous relancer pour obtenir mon affectation en Mauritanie. Mais de Novembre 1958 à Juin 1959, j’ai été payé pour ne rien faire dans notre pays qui ne regorgeait pourtant pas de cadres. J’ai écrit au Conseil de Gouvernement pour attirer son attention. Il ne m’a même pas répondu. Il m’a fallu menacer d’aller au Sénégal pour me voir proposer un poste de Chef de subdivision. Finalement, j’ai été chargé de créer le service de la statistique, jusqu’en Avril 1960 date à laquelle je suis allé suivre un stage de planification en France. A mon retour en Août 1960, j’ai été envoyé à Nouakchott, alors que mon service se trouvait toujours à St-Louis. Pendant des mois, je me suis tourné les pouces. Pour me rendre utile, j’ai organisé un mouvement de jeunesse, je me suis transformé en examinateur d’Anglais au B.E.P.C., puis en professeur de Français, histoire et géographie au Lycée de Nouakchott. 

En fin de compte, je me suis plaint auprès de vous, Monsieur le Président. Vous m’avez fait nommer Directeur de Cabinet du Ministre de l’Education. Mais ce dernier était fermement décidé à ne me laisser que le titre pour confier la réalité des fonctions à son inspecteur primaire qui avait été dans le bon vieux temps son supérieur hiérarchique. Lorsque j’ai mis les points sur les i, mon Ministre m’a promis que désormais nous travaillons en équipe. Mais je ne devais pas tarder à découvrir qu’il convoquait son Inspecteur au Ministère de l’Intérieur qu’il cumulait avec celui de l’Education. Et là-bas, ils réglaient les problèmes essentiels pour ne me faire connaître que les mêmes détails. J’ai alors compris que je perdais mon temps dans l’administration Mauritanienne. Cette fois, je n’ai rien dit à personne : j’ai pris mon congé en tant que fonctionnaire de l’assistance technique française et je suis parti. 

Cependant, mes efforts pour rester en Mauritanie, ne se sont pas arrêtés là. Après ces difficultés dans la fonction publique, j’ai pensé que je pourrai faire quelque chose dans le privé. J’ai poussé l’entreprise Gassama à créer en Mauritanie une succursale dont je devais être responsable. Nous avons été parmi les premières à nous inscrire pour un terrain dans la zone commerciale. 

Parallèlement à cela, je suis venu prendre des contacts pour la création d’une société d’importation de thé. A cette occasion, j’ai même obtenu votre audience. Ces deux initiatives n’ont pas abouti à cause de mon arrestation en 1962, dans laquelle la Mauritanie a malheureusement joué un rôle déterminant. 

Il est vrai que récemment, M. Elimane KANE à qui vous aviez l’intention de confier un portefeuille ministériel, s’est rendu à Dakar et m’a demandé, avec semble-t-il, votre accord, de venir travailler avec lui. Mais il m’a trouvé quelque peu enchanté et malgré toute mon amitié pour lui, je n’ai pas pu accepter. Avec lui, cependant, j’étais sûr de n’avoir aucun problème. Mais la suite des évènements n’a pas tardé à manifester une vérité première : en Mauritanie comme ailleurs, les ministres et les gouvernements eux-mêmes ne sont pas inamovibles. Et qu’est-ce qui me garantit que je n’aurais pas recommencé mon cycle de chômage payé après le départ de M. Kane du gouvernement ? 

Le P.A.I. dans lequel je militais à l’époque où j’étais en Mauritanie, avait des sections dans plusieurs Etats Africains. Mais malgré l’impatience de certains Mauritaniens progressistes, la direction de notre parti s’était toujours opposée à la création d’une section mauritanienne, estimant que les conditions politiques, économiques et sociales ne l’exigeaient pas. Notre presse à travers l’Afrique et en Europe n’était pas très tendre à l’égard des gouvernements issus de la Loi-cadre. Mais mis à part un ou deux articles de second ordre parus dans un journal régional à Saint-Louis, à ma connaissance, à aucun moment le PAI n’a attaqué le gouvernement mauritanien ou sa politique. Mieux, après la création du Parti du Peuple Mauritanien, nous avons demandé à tous nos amis et sympathisants de militer sincèrement dans ce mouvement. 

Mais malgré cette neutralité bienveillante vis-à-vis de la Mauritanie, dans le domaine politique non plus, je n’ai pas été gâté par la R.I.M. 

En 1959, j’ai été éloigné de St-Louis et contraint par la Mauritanie à faire une tournée dans le Nord-Ouest parce que le Sénégal ne voulait pas que je sois à St-Louis pendant la réunion du Conseil Exécutif de la Communauté. En Août 1960, j’ai été exilé à Nouakchott et pratiquement mis en quarantaine à la demande du Sénégal, après les incidents électoraux de St-Louis qui avaient pourtant eu lieu en mon absence. Vous-même, Monsieur le Président, vous m’avez dit à ce moment-là que vous permettriez d’aller n’importe où sauf au Sénégal. En 1962, des informations fantaisistes d’un administrateur mauritanien et de votre ministère de l’intérieur ont été transmises au gouvernement du Sénégal et ont entraîné mon arrestation à St-Louis et mon transfert à Dakar où j’ai été emprisonné pendant trois mois, puis mis en résidence surveillée pendant cinq mois. 

Il y a une dizaine de jours enfin, j’ai pu m’évader de la prison civile, disparaître de Dakar, me rendre à St-Louis, puis à Rosso. Arrivé à Nouakchott le 18 avril au soir, je comptais tout juste y passer la nuit pour continuer le lendemain matin par avion vers un autre pays. J’avais mon billet et ma place était retenue ferme. Si en fin de compte mon évasion n’a pas réussi, si ma famille se trouve en difficulté, et je moisis actuellement dans une cellule de camp pénal au lieu de vivre librement dans un autre Etat africain, c’est uniquement parce que la Mauritanie n’a pas voulu m’accorder, je ne dis même pas un asile politique, mais un simple droit de passage. Elle a préféré me remettre à la Sûreté sénégalaise. Pourtant, lundi dans la nuit et vendredi à 13h, je pouvais m’évader du commissariat. Mais j’ai préféré compter sur vous. 

Je sais que la situation de Nouakchott ne m’était pas favorable et que les raisons d’Etat sont parfois implacables. D’ailleurs, maintenant, comme les autres fois, je n’en veux à personne. Car je pense qu’il faut se battre jusqu’au bout avant « l’évènement ». Mais une fois qu’il a eu lieu, il ne sert à rien de pleurnicher. Le fatalisme est alors plus réaliste. Il faut se dire : « C’était écrit ! » et se tourner vers résolument vers l’avenir. 

Si j’ai rappelé tous ces faits, ce n’est donc pas par rancune mais parce que j’estime qu’après tout cela, il n’est pas du tout juste que l’on me reproche à moi de n’avoir pas voulu travailler en Mauritanie. Car je ne suis venu au Sénégal que contraint et forcé. Cependant, malgré toutes les arrestations que j’ai subies de ce côté-ci du fleuve, je pense que je n’ai pas eu tort de venir. 

Notre parti en a fait voir de toutes les couleurs au gouvernement contre nous. En outre, je constate que malgré cela, chaque fois que j’ai demandé du travail au gouvernement du Sénégal, il m’a permis de mettre la main à la pâte. En 1963, j’ai été affecté au Ministère du Commerce, puis nommé par le Conseil des Ministres, Directeur de l’Institut de Technologie Alimentaire. Et chaque fois, ce n’était pas pour la forme. 

Si vous le permettez, maintenant, Monsieur le Président, je vais revenir sur la situation intérieure actuelle de la Mauritanie. Ce que j’ai dit dans ma dernière lettre n’était pas dicté par les circonstances. Je le pense effectivement. 

Je maintiens que je ne peux comprendre que les Noirs de Mauritanie puissent accepter d’apprendre le Français à l’école et rejeter l’arabe qui est considéré comme langue Sainte par l’écrasante majorité de leurs parents. En ce qui me concerne, malgré les incommodités de la vie en cellule et les pertes de temps (il n’y a pas de lumière pour travailler la nuit), j’espère terminer bientôt le tome I de la « Méthode d’Arabe littéral » de Lecomte et Ghédira. Au fur et à mesure que j’avance, je dresse la liste des mots Poular empruntés à l’arabe. Je constate déjà que leur nombre sera effarant. D’autre part, selon une tradition très vivace chez nous, « Fouta Toro » vient des mots arabes signifiant « émigrés du Thor ». Or, le mot Thor, vous le savez, se trouve dans la péninsule arabique, plus exactement dans le Sinaï. Dans le temps, j’étais très sceptique. Mais les quelques notions d’archéologie que je commence à acquérir, m’amènent à me convaincre de plus en plus que c’est vrai. Mieux, j’en arrive même à être d’accord avec ceux qui estiment que les Arabes comme les Juifs sont le produit d’un lointain métissage de noirs et d’aryens. Il fut un temps où les Dieux eux-mêmes étaient noirs et tout le monde était fier d’avoir du sang noir dans les veines. Actuellement, les choses ont quelque peu changé. Mais la situation actuelle elle-même changera. Car ainsi va le monde. 
Sur le plan linguistique, je pense qu’entre l’arabe et les langues dites africaines, il y a eu double inter-action. Au début, l’arabe a été influencé par ces langues. On retrouve encore dans son vocabulaire des vestiges de l’Egyptien ancien parlé par des noirs. Par contre, avec la naissance et le développement de l’Islam, l’Arabe a profondément marqué certaines langues africaines comme le Poular. 
Il n’y a donc objectivement aucune raison pour que les mauritaniens noirs refusent d’apprendre l’Arabe en tant que langue. Je redis que c’est un faux problème qu’il faut éviter à tout prix d’ancrer dans la vie du pays. La cause véritable de l’agitation de nos parents est ailleurs. Et le décret rendant l’enseignement de l’Arabe obligatoire n’a été que le prétexte qui a permis à un mécontentement longtemps comprimé d’éclater, tout comme le congrès de Nouakchott en son temps. 

Certains penseurs conseillent de regarder la vérité en face, même si l’on doit en mourir. Pour la Mauritanie, regarder les choses en face, loin de faire mourir, aura, je pense, un effet très salutaire. 
Les noirs du sud se veulent mauritaniens. Mais il ne leur a été permis jusqu’ici de se sentir vraiment chez eux en Mauritanie. Seuls parmi eux des arrivistes capables de fermer les yeux de se boucher les oreilles et de tout encaisser, peuvent se sentir à l’aise. Par moment, il m’arrive de comparer la situation des noirs mauritaniens à celle des Arabes en Algérie entre 1945 et 1954. Sous certains aspects, la situation de nos parents est encore plus déplorable. Au fond, presque tous nos parents vivent avec une intensité plus ou moins grande, la même aventure que j’ai moi-même vécue. Les seules différences étant que je me considère avant tout comme un citoyen africain et que je peux me faire une place au soleil dans d’autres Etats Africains, alors que la plupart d’entre eux ne le peuvent pas. 

Qui parmi eux ne s’est pas vu dire qu’il est un étranger et qu’il n’a pris des papiers mauritaniens, que pour trouver du travail ? 

Les idées esclavagistes sont encore très vivaces dans le pays. Et pour beaucoup de Mauritaniens même instruits, un noir parce que noir est un esclave, un être inférieur. 

Cet état d’esprit ambiant se retrouve jusque dans la vie politique. On en vient par exemple à considérer comme tout à fait normal qu’un noir ne puisse pas occuper certains postes ministériels ou diriger certains services nationaux. Un autre exemple ? Prenons le problème du pourcentage des noirs et des maures dans le pays. Du temps des Français, il était admis qu’il y avait deux tiers de maures pour un tiers de noirs. Peu de temps après la Loi-Cadre, c’est-à-dire la mise en place d’une Assemblée et d’un Gouvernement à majorité de maures, on est passé à trois quarts, un quart. A l’heure actuelle, ce pourcentage sur lequel on se base plus ou moins pour répartir entre les deux ethnies les députés, les ministres, les stages et les emplois, est de quatre cinquième pour les Maures et un cinquième pour les Noirs. 

On dira, certes, que les estimations françaises ne reposaient sur rien de sérieux. Mais elles avaient au moins le mérite de l’impartialité , tandis que les chiffres actuels qui sont au moins aussi contestables, semblent être le produit d’une volonté bien arrêtée de limiter les prérogatives d’une ethnie au profit de l’autre. C’est d’autant plus inquiétant que certains maures trouvent le dernier pourcentage encore trop favorable aux noirs. Si l’on n’y met pas un frein, de pareilles idées risquent de devenir dangereuses et de mener très loin. 

Cependant, il ne suffit pas d’apposer une signature au bas d’un texte réglementaire et de décréter qu’il ne peut plus être question d’ethnie en Mauritanie pour que le problème soit réglé. On dit que les Etats socialistes sont totalitaires et dictatoriaux. Je leur reconnais au moins le mérite suivant : avant de s’attaquer à un problème d’une certaine importance, ils préparent systématiquement le terrain en suscitant des discussions et des explications dans le Parti, les mouvements de masse, les journaux, la radio, la télévision etc… pour faire comprendre et accepter la nouveauté. A mon avis, le gouvernement le plus autoritaire qui ait jamais existé, a été le gouvernement national socialiste. Pendant des années, la volonté de Hitler a été la seule Loi en Allemagne. Il a conduit tout son pays dans des aventures extravagantes. Mais lui-même et Goebble, son ministre de l’information, veillaient soigneusement à présenter aux Allemands, les moindres actions du gouvernement sous un jour acceptable. Il y a là quelque chose à méditer. 

Je pense que le problème intérieur mauritanien n’est pas encore devenu insolite : c’est en laissant pourrir la situation qu’on l’amènera à ce stade. Car, au-delà d’un certain seuil tout mouvement humain devient irréversible et toute maladie, incurable. 

Ce qu’il faut en Mauritanie, c’est d’abord, une patiente éducation des deux ethnies qui les amènera à comprendre qu’elles sont beaucoup plus proches l’une de l’autre qu’on ne le croit généralement des deux côtés. Car, qu’ils le veuillent ou non, les Mauritaniens Maures et Noirs sont des demi-frères sur le plan social et cohabitent sur le même sol. 

En même temps que cette éducation, il faut des réformes appropriées permettant à la minorité noire elle aussi de se sentir chez elle en Mauritanie. Car en fait, elle ne demande que cela. 

Entrée en Mauritanie dans la Fédération du Mali, garanties constitutionnellement, gouvernement fédéral, scissions parmi les étudiants, refus de l’arabisation de l’enseignement etc… qu’est-ce que tout cela, si ce n’est des manifestations partielles et parfois maladroites de ce besoin ? Si les noirs appréhendent un rapprochement Mauritanie-Maghreb, c’est essentiellement parce qu’ils se disent que leur situation déjà mauvaise risque de devenir catastrophique. L’hostilité de l’Arabe traduit donc une certaine forme de résistance à l’oppression et rien d’autre. 

Pour ce qui est des réformes elles-mêmes, je pense que l’importance numérique des deux ethnies et les possibilités financières du pays ne justifient pas la création d’un gouvernement fédéral. Ce qu’il faut avant tout c’est assuré l’égalité devant l’emploi dans les secteurs public et privé. 
En second lieu, je pense qu’il faut revenir au pourcentage deux tiers, un tiers pour l’Assemblée Nationale et le Gouvernement. 

Vous aviez suggéré qu’il ait un Président de la République et un Vice Président ne pouvant pas être tous les deux de la même ethnie. L’idée est à reprendre. Si elle n’a pas été retenue par l’Assemblée en 1961, c’était parce que vous n’aviez ni assisté aux débats ni beaucoup insisté pour l’adoption. Il y a de fortes chances pour que le plus souvent le Président soit un Maure. Il n’y a aucun mal en cela, à condition bien entendu que le Vice Président ne soit pas un simple béni-oui-oui, mais une personnalité incontestée, démocratiquement choisie et ayant des attributions réelles. 

On peut ajouter que le Président de l’Assemblée Nationale sera choisi alternativement dans l’une et l’autre ethnie. 

Je profite de l’occasion pour suggérer une dernière réforme qui, elle n’a rien à voir avec le problème ethnique. Elle concerne la démission en blanc. C’est une mesure vraiment rétrograde qui dépare la politique mauritanienne. C’est par la formation politique qu’un militant doit être amené à adhérer totalement à la ligne et aux décisions du Parti. Lorsqu’un divorce se produit l’intéressé doit avoir, de lui-même, l’honnêteté de démissionner de toute les fonctions qu’il occupe grâce au Parti. S’il ne le fait pas, il suffit d’un peu de patience pour l’attendre au tournant inévitable des réélections. 

Je suis sûr, Monsieur le Président, que les quelques réformes suggérées plus haut (égalité devant l’emploi ; deux tiers, un tiers ; Vice Présidence de la République ; Présidence alternée de l’Assemblée), si elles sont réalisées pendant qu’il en est encore temps, apaiseront les noirs et leur donneront enfin la certitude qu’on veut effectivement bâtir avec eux la Patrie Mauritanienne. 

Certes, parmi les Maures, il y a des ultras qui ne voudront rien comprendre. Mais avec beaucoup de bonne volonté, la raison finira par triompher. 

Ce qui m’a le plus frappé dans la politique intérieure mauritanienne, a été la réalisation de l’unité politique et la création du Parti du Peuple. Pour qui connaît l’énormité des appétits en présence et la sournoiserie des calculs dans la jungle politique de l’époque, c’était un véritable tour de force. 
Puisque vous l’avez réussi, je ne vois vraiment pas pourquoi vous ne réussiriez pas à réconcilier ces demi-frères que sont les Mauritaniens maures et noirs. 

Personnellement, je vous souhaite déjà : bonne chance 

PS : Je vous serais très reconnaissant d’autoriser la publication de cette lettre dans la presse mauritanienne, « in-extenso » pour éviter tout malentendu. Vous me permettrez, d’autre part d’en diffuser quelques copies. Car les deux problèmes qui sont soulevés me touchent au plus haut point. D’avance, Merci. 

Amadou GAYE, Administrateur en Cellule au Camp Pénal de Dakar 
Dakar, le 29 Avril 1966

www.flamnet.info

 

 

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Flamnet-Agora: BABA SY ET COMPAGNIE : “Un homme ça se retient “disait le père de Albert CAMUS !

altJ´ai lu , à travers la toile, les postings indécents, continus  de Baba Sy qui,  depuis un certain temps, empoisonnaient  le réseau  …  J’avais cru qu’il  se lasserait, et  que l’esprit de responsabilité reprendrait le dessus. Peine  perdue ! il  s’est  emballé … et semble y prendre un malin plaisir … Il devient  donc  nécessaire  de montrer à ce Mr que les Flamistes  n’étaient pas incapables de riposte; On y est  contraint , ce Mr  l’a  cherché  …

Baba Sy s’érige en juge et censeur des leaders historiques des Flam, et s’arroge le droit de s’immiscer dans les affaires intérieures de l´organisation, en  prétendu défenseur –tard venu –de la  cause,  inconnu des rangs , de tous les rangs, à l’exception  de son passage furtif au PLej qu’il dota d’un site éphemère qui lui servit, en fait,  de” pub” pour vendre ses cassettes de musique ! La seule contribution connue et durable  à cette cause de ce Monsieur  à été de discréditer et dénigrer, sans arrêt, tous  ces  leaders qui ,justement, incarnaient  cette cause là !

 Lui qui s’est  terré pendant et après les années de plomb, pour ne surgir qu’avec l’ère- Internet, s’en prenait  aux  geants qui ont osé tout risquer pour cette cause ! Absent des organisations, absent aux  manifestations, sorti de nulle part, le voilà  qui nous assène maintenant de  bla-bla; rien que du bla-bla, par  ce militant de la 25ème heure ! Personne  n’y  échappe ; de Messaoud Ould Boulkheïr à Boubacar Ould Messaoud,  de Ibrahima Sarr à Mamadou alassane , de Abdoul Birane Wane à Kane Hamidou Baba, de Kaaw Touré à Samba Thiam, personne n’est épargné  !

C’est ce prototype même de jeunes  qui  ont fui  la lutte, attendant  tranquillement que le “job” soit fini par d’autres, pour apparaitre, et  que “Jam min tekki”- groupe de rap-, stigmatisait ainsi : “Alaa to ngoon -don, allaa to keed- don ….”!

Son  acharnement  contre  ces  hommes  de stature, dénigrés sans arrêt , qu’ il  n’ atteignait pas à la cheville, rappelait  quelque part l’image du  regard frustré et envieux  du nain sur le géant ! n’était-ce pas cela  la source de tout le mal  chez ce jeune homme? Ce  refoulement de haine destructrice , jusqu’alors contenue et comprimée  qui  explose soudain ,  n’est –ce pas cela qui ’explique ceci  ?

Cette haine viscérale et gratuite  des propos  n’était –elle pas  à  chercher du coté du  mal-être profond  de la  personnalité , qui renvoie, en fait, à un problème  d’identité ! Baba Sy montre des signes troublants  que trahit  ’un problème d’affirmation.! ‘’Wonaa tiapaato, wonaa pullo’’…, Et l’on sait que cet aspect produit , lorsqu’il  est mal assumé , mal vécu , des  affects …, il conduit à une ambiguité, voire à une ambivalence de la  personnalité profonde, qui se cherche , selon les psyhologues ! Le déséquilibre du “moi”  n’est plus  très loin … Mr Sy a mal dans sa peau , doublement, ça se voit  : un metissage mal assumé , une mission historique trahie , (en tant que jeune) , au sens qu’en donnait  FANON …

 

Qu’y pouvons-nous, sinon lui  témoigner notre compassion, et  rappeler ce refrain , assez juste , de BABA Maal?   : “to ngelooba durata do  mbeewa hebata, …weli mbeewa metti mbeewa… “! Difference de stature entre lui et les autres, mal acceptée et mal vécue …

 

En lieu et place de l’argumentation solide  et  construite  Baba SY nous sert , en guise de débat, des  tombereaux de calomnies et  l’insulte . Plutôt qu’une pensée forte, nourrie par un raisonement  cohérent , nous avons droit  à  des affirmations  erronées, un cheminement  décousu ! Des accusations  fondées sur des informations partielles et parcellaires, obtenues à partir  de  sources douteuses .  

 

 Pour  justifier ses attaques contre les Flam et leurs leaders il pose que “que les Flam n’appartiennent pas qu’aux flamistes”, d’où , par voie de conséquences, quiconque peut s’offir le droit de les critiquer ; Soit , mais encore faut-il distinguer entre  critique et  immixtion; la critique n’est ni une immixtion dans les “affaires intérieures” du vis-à-vis , ni  une attaque ouverte,  haineuse qui cache  mal une volonté  de salir , de démolir à tout prix  !  Tout le flot de ses écrits en reste fortement imprégné !

 

Pour orienter les Flam , il faut être flamiste, Mr SY !

Les Flamistes déterminent, seuls, et en toute souveraineté , leur stratégie, leur feuille de route, leur méthode d’action !

 Au lieu de monter à bord et manier la rame ,non !  il restait sur la berge à crier aux passagers du fleuve ce qu’il y’avait à faire !

 

De quoi se  mêle-t-il donc celui-là ?

 

Roosevelt  expliquait  assez bien  ce qui poussait ce type d’individus  vers ces critiques, injustes : “ it gives the kicker a feeling of importance…..( entendez : to try to destroy   the one who is greater than him) . C’était  leur manière, nous dit-elle, de se sentir  importants, en tentant  de détruire ceux qui les dominent..!

 

Avec Baba sy , il n’y avait pas de voie, pour les Flam …  il n’y avait que “sa voie”  qu’elles devraient emprunter,  mais  encore existait- elle sa voie  ?

Quand les Flam  choisissent   de rester  en exil, ses critiques fusent… prétendant  que les Flam  étaient déconnectées de la réalité du terrain, en déphasage total ; et quand , au contraire , ces mêmes Flam se decidaient à rentrer, c’est encore des critiques pour dire …  qu’elles ne devraient pas !

Les Flam  ne pouvaient donc  ni rester à l’extérieur,  ni rentrer en Mauritanie ….à entendre  cet  individu, ( et ceux qui lui ressemblent,)  qui, du reste, ne s’était jamais illustré ou montré  nulle part! ni dans les rangs, ni dans les actions communes de lutte, mises en oeuvre !

 

 Que penser de ces gens , que penser de Baba Sy et de sa clique tapie dans  l’ombre?

 

E Roosevelt , heureusement,  conseillait  en pareil cas cette  sagesse  :”Do what you feel in your hearth to be right, for you will be damned if you do, damned if you don’t”. Elle ajoutait, éclairant les motivations cachées, à la base  de ce type de critiques injustes  : “Always remember that injust criticism is often a disguised compliment ; no one ever kick a dead dog ;  you have aroused jalousy and envy …” .;.. comme pour apporter un peu de baume  sur la plaie…

En terminant ,  j’exhorte Mr Sy  à  reconnaitre  sagement , encore une fois ,  ce que dit Baba Maal , : “to ngelooba durata  do  mbeewa hebataa, …weli mbeewa metti mbeewa… “!

 

Coup pour coup, dent pour dent, cela s’appelle la loi du Talion.

La lutte continue!

Abdoulaye Kodda Ba- Nouakchott-Mauritanie

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Flamnet-Agora : La déconstruction dans le combat des noirs mauritaniens

altDepuis des décennies, les pratiques discriminatoires à l’encontre des noirs mauritaniens n’ont cessé de croitre, atteignant leur paroxysme vers la fin des années quatre-vingt. On savait déjà que la censure réveillait et stimulait l’envie de s’exprimer, la répression poussait à la révolte, la discrimination et la domination validaient le combat pour l’égalité, l’oppression invitait à la libération, bref toute action était le prélude à une réaction.

La mainmise totale sur l’économie du pays, le verrouillage administratif qui est devenu une arme d’exclusion, les exactions sommaires et extrajudiciaires dont les séquelles sont encore visibles, autant d’instruments de violence exclusivement détenus par une composante raciale minoritaire qui ont fini par diviser la Mauritanie, et la fracture s’alourdit jour après jour.

L’idée d’action nécessaire et conséquente en réponse à cette question de domination fut sans doute le manifeste du négromauritanien opprimé qui est la production intemporelle des FLAM. Le travail remarquable accompli au prix des vies et de l’exil a permis de sortir cette cause de longtemps occultée par l’Etat mauritanien pour l’étaler sur les forums internationaux. C’est une première phase de construction sans laquelle, je ne crois pas que les jeunes mauritaniens d’aujourd’hui, bien que confrontés à une dure réalité, auraient saisi le problème sous le même angle.

Mais comme toute lutte de libération ou toute revendication légitime si vous préférez, il y a une divergence d’idées quant aux méthodes et stratégies à adopter pour arriver au même objectif. En même temps qu’on s’élance dans la construction, le processus inverse de déconstruction se met en route. C’est une rude épreuve, en plus de celle qu’on endure déjà, à laquelle il faut faire face pour surmonter les risques d’explosion et la résignation.

Cette déconstruction n’a pas porté fruit tout de suite parce qu’elle s’inscrit dans la continuité de l’action de l’oppresseur par effet d’inertie opposée au mouvement de libération. Cependant, elle est nécessaire pour régler la question de leadership qui apparemment, est le casse-tête et la boite de pandores qu’il ne faut pas ouvrir. Elle a fini par morceler le groupe et disperser tous les candidats à la direction du mouvement, chacun partant avec le peu qu’il peut pour former son propre mouvement. Ainsi, l’avènement de la démocratie de façade instituée par Taya a vu naitre des partis d’opposition dirigés par des noirs. Ces partis d’opposition ont du mal à se faire entendre parce qu’ils sont constitués des mêmes noirs à exclure à tout prix.

Certes il y a de la volonté chez tous ces militants tantôt orientés vers les droits de l’homme, tantôt préoccupés par la seule question d’enrôlement, mais la faille est bien là, en ce sens que l’IRA ne peut pas devenir un parti politique basé sur l’abolition de l’esclavage qui n’est point une politique de gestion d’un pays, et TPMN qui est une réponse à l’enrôlement raciste n’est pas partie sur un programme politique dès le départ, même si par la suite son leader a dressé une liste de revendications qui vont dans le sens du règlement global de la question nationale. Encore une fois de plus, la déconstruction ne nous a pas été favorable même si elle a permis de mettre en place des structures visibles et actives sur le terrain, celles-ci se sont vite confrontées aux divisions classiques et des parallélismes ont vu le jour.

Le temps passe et le problème d’enrôlement raciste persiste. Les manifestations pacifiques ont montré certaines limites, alors il faut innover et explorer d’autres méthodes. La déconstruction s’avère une arme efficace si on la manie avec précaution. Longtemps soumis à la direction du collectif des associations, on s’est rendu compte que quelque part, un blocage existait mais on n’osait pas le pointer du doigt. La situation devenant chaotique, l’OTMF sort de sa coquille et organise une série de sit-in devant l’ambassade. En même temps, les jeunes intellectuels, sous l’impulsion de l’incontournable combattante Mariame Kane, s’organisent autour d’une structure appelée Commission Diaspora.

Il faut noter la présence dans toutes les manifestations initiées par l’OTMF et la Diaspora, de l’infatigable Amadou Dieng qui n’est pas là en tant que Secrétaire des FLAM mais un simple citoyen qui revendique ses droits, l’initiative d’organiser des sit-in devant le parlement européen que Ba Bocar a prise sans faire référence à son appartenance politique, et tant d’autres actions montrent une évolution positive de la déconstruction vers ce qu’on attend d’elle, sans toutefois remettre en cause l’ensemble des structures existantes avec leur légitimité historique.

Ainsi, les FLAM ont entrepris le retour au pays, Ba Mamadou est resté sur sa ligne de conduite traditionnelle, Ibrahima Sarr a quitté la majorité présidentielle et s’est montré tranchant dans ses discours, Kane Hamidou s’est aligné sur la même position que ses camarades des autres mouvements et partis d’opposition noirs, sans parler des articles d’intellectuels dont Sy Hamdou et Lo Gourmo, de jeunes s’exprimant en leurs propres noms, tout ce monde marche dans la même direction dans un ordre indescriptible où le désordre semble être une loi improvisée. Ce qui est en train de se reconstruire, résultat d’une déconstruction pacifique invisible si n’est par la multiplication des initiatives, est me semble-t-il, une lueur d’espoir qu’il faudra entretenir avec toute l’énergie dont on dispose, pour qu’un jour, dans ce pays, noirs et maures puissent vivre ensemble dans l’égalité des droits et des devoirs.

Ousmane Dia dit Samba

Paris-France.

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FLAMNET-AGORA: «Féodalisme» dans le Fouta : Ni tabou, ni occulté!

altOn peut se réveiller au crépuscule si l’on veut, mais croire que le jour commence à son réveil est une erreur!

Je suis tout à fait au navré de la campagne de certains milieux en Mauritanie consistant à fustiger le Fouta pour son prétendu « féodalisme »1 , mot qui n’a d’ailleurs aucune signification dans notre société. Peut-être qu’on veut parler du système des castes?

Notre drame aussi c’est d’être obligé d’utiliser des langues étrangères car nous sommes analphabètes dans nos propres langues! Un esclavage mental2 qui devrait aussi avoir ses combattants. A mon très humble avis…

Il y a beaucoup de gens qui se réveillent aujourd’hui croyant que le système de castes est tabou au Fouta. En fait c’est un débat qui est dépassé car c’était à l’ordre du jour pendant les années 70! Toute la jeunesse du Fouta a commencé à remettre en questions le manque d’égalité entre les castes et surtout le sort réservé aux Maccuɓe3 a été dénoncé de manière ferme. D’ailleurs toute cette nouvelle idéologie égalitaire a émergé dans les mouvements de jeunesse qui ont commencé à sensibiliser les masses notamment dans des pièces de théâtre, de la poésie et des chansons. Qui n’a pas entendu le fameux hymne « Yontii ummaade, yonta am ummo-ɗee, ñemmben adinooɓe, haɓetenooɓe sabu bone kalfiigu »4 , sur un air de « Eerooy eeraade5 « ?
Au début ce n’était qu’un slogan, mais l’action de la jeunesse pour sensibiliser, dénoncer devenait de plus en plus populaire dans les villages du Fouta. Mieux, comme la jeunesse est aussi la force du travail dans nos contrées, les anciens ont commencé à apporter leur soutien à ce mouvement naissant notamment en permettant aux jeunes filles de jouer dans des pièces de théâtre, en publique, ce qui était relativement impensable auparavant.

Le mouvement s’est amplifié avec la diversification des activités culturelles, mais aussi sportives. C’est l’époque où tous les villages se réunissaient pour créer un championnat afin d’organiser des rencontres de football l’après-midi et surtout une rencontre théâtrale le soir sur les thèmes les plus chers à cette jeunesse: le Macungaagu6 , le statut de la femme et l’apprentissage du Pulaar.

Le Macungaagu (état de servitude) est dénoncé par le célèbre slogan « dimo alaa, diimaajo woodaani, ndimaagu neɗɗo ko golle e balle »7 . Ces quelques mots étaient dans leur essence une quasi constitution anti-esclavagiste en ce qu’ils déclarent sans ambiguïté que la noblesse c’est seulement par les bienfait qu’on l’obtient. C’est une manière directe et poignante de dire aux dominateurs que leur position est usurpée car les règles du jeu « golle e balle » ne sont pas respectées!

Mais la jeunesse ne s’arrête pas aux mots. Elle passe à l’action en organisant la vie du village autour de cette force qu’est le « yontannde »8 . Désormais, il est interdit aux Maccube de revendiquer certaines tâches dans les cérémonies comme servir, égorger ou découper le mouton ou même faire la cuisine! Au début cela a crée une vive émotion dans les milieux Maccuɓe car c’est une source de revenus qui disparaît, mais aussi pour les Maccuɓe, leur rñole dans la socité allait s’en trouver dévalorisé. Mais la jeunesse n’en a cure. De plus les Awluɓe9 sont priés de rester discrets et de venir en tant que simples invités et d’ailleurs une amende est prévue pour toute personne qui donnerait de l’argent à un gawlo en dehors des « kinɗe »10 .

Des tensions ont été notées ça-et-là entre Maccube et mouvements de jeunesse, accusés de vouloir saper les traditions de ces familles entières qui affirment avec fierté leur appartenance à mouvance Gallunke! Mais la force de conviction de la jeunesse, qui puisait sa puissance dans la réalisation de diffétentes actions en faveur du bien être des villages va finir par prendre le dessus.

Il devient extrêmement hasardeux d’aller à l’encontre des idées de cette jeunesse qui, par un simple appel, pouvait faire échouer la construction d’un dispensaire ou le « coulage » d’un bâtiment en dur car elle seule a la force de fournir les bras nécessaires pour mener à bien ce genre de travail en un temps record. Je me rappelle aussi des fameux « ɗoftal » pour labourer les champs d’un chef de famille qui était soit âgé ou malade. Un appel est lancé la veille pour aller « accompagner » untel. Le lendemain matin, une horde de jeunes se rencontre derrière le village et s’ébranle en chantant vers les champs! En mois d’une heure, le champs est labouré dans la liesse et la bonne humeur. Souvent, on se garde bien d’alerter la personne qu’on allait aider pour éviter qu’il se sente dans l’obligation de préparer un toufam (zrig local), voire un repas.

Qui pouvait défier cette jeunesse anti-esclavagiste et pro égalitaire à l’époque? Personne!

Le statut de la femme devient une préoccupation centrale dans ce mouvement. Encore une fois, c’est le chant et les pièces de théâtre que la jeunesse trouve la meilleur forme de sensibilisation. « Suka debbo, puccu seeri e gubbal, humanee tinaani, seeree tinaani »11 devient un des slogans les plus populaires. C’est une dénonciation sans ambigüité du sort réservé à la femme: mariage forcé, répudiations abusives, excision. La plupart des chansons tournaient autour de la fierté d’être fille et l’hommage rendu à la maman. « Suka debbo ummo daro »12 . Nous croyons en toi et sans toi rien n’est possible disait-on parfois dans les chansons. Mais aussi, on appelait les parents à libérer les filles et à favoriser leur entrée dans le système scolaire au lieu d’en faire de futures assistées à la merci des hommes peu scrupuleux.

Pendant des années, les mouvements de jeunesse se multiplient dans le Fouta. Les rencontres inter-villages13 ont favorisé l’émergence d’autres mouvements et la jeunesse devient la force incontournable dans tout le Fouta.

Parallèlement à cette transformation de la société prônée et imposée par la jeunesse, l’apprentissage de la langue Pulaar est devenu la mode. Il y avait seulement quelques années qu’on nous vantait l’école, ses instruits et sa langue française, symbole de progrès et de savoir. Mais il a fallu d’ailleurs combattre les sceptiques qui éclataient de rire rien qu’à l’idée d’apprendre le Pulaar! Ceux se demandaient « mais pourquoi apprendre le Pulaar? » ont eu cette réponse cinglante de Ibrahima Moctar Sarr14 dans son fameux « Hol ko janngi Pulaar »15 . Ibrahima Moctar Sarr a joué un rôle crucial dans ce mouvement par la force des mots que la jeunesse puisait dans sa poésie. « Alla rokkunoo-mi ɗemngal »… Dieu m’a donné une langue… Pulaar kay ko ɗemngal… Si, le Pulaar « est » une langue16 ! Alors où sont ceux qui nous faisaientt croire que cette langue est vouée à la disparition, qu’elle ne sert ni à véhiculer le savoir, ni à gérer les avoirs! Que dire aussi de l’incontournable apport du plus grand évangeliste Pulaar de l’histoire, Murtuɗo Joop? Décidément, les mots peuvent avoir une puissance, une force qui inspire et qui pousse au changement. C’est pour cela que le Pulaar a fait un bon spectaculaire tant sur la plan de sa codification scientifique que son taux d’alphabétisation.

L’intérêt du Pulaar dans ce mouvement était double, voire triple. Apprendre pour tous! Personne ne pouvait être marginalisé car tout le monde peut apprendre quel que soit son origine dans la stratification sociale. D’ailleurs c’est ce qui prévaut jusqu’à présent dans les associations Pulaarophones. Mais aussi, les femmes ont trouvé dans le Pulaar un moyen formidable d’émancipation intellectuelle qui les mettait au même niveau que les hommes. Nous avons encore encore des preuves vivantes du succès de ces femmes que l’on considère aujourd’hui comme des modèles. Mais l’intérêt ultime que la jeunesse trouvait dans le Pulaar est tout simplement de montrer que notre société peut évoluer en étant enraciné dans son milieu, dans sa langue et son mode de pensée. Notre société peut évoluer d’elle même sans importer d’idéologies étrangères, fussent-elles évoluées. Elle peut surtout évoluer en privilégiant l’instruction, la recherche du savoir et la sauvegarde de son patrimoine par le développement de la langue, sans laquelle aucun développement n’est possible. Le ndimlaagu17 passe du golle e balle au ngenniyaŋkaagal, c’est à dire à la maitrise de la langue. Si Ibrahima Moctar Sarr a eu plus de succès dans les années 70 que tous les poètes qui écrivaient en français, langue qui excercait une écrasante domination à l’époque, c’est justement à cause de la présence de cette jeunesse qui mettait le Fouta avant tout, la langue avant tout. La langue pour tous sans discrimination, le sport pour tous sans distinction de caste, le statut pour toutes les femmes, sans distinction, voilà ce que la jeunesse de cette époque a initié.

Aujourd’hui, au moment où la langue Pulaar est entrée dans l’ère numérique avec le développement de logiciels18 , la sortie prochaine de Smartphones en Pulaar19 , le système d’exploitation Linux en préparation, si l’on ne parle pas beaucoup du problème des castes, c’est tout simplement parce que le Fouta a déjà fait sa révolution dans ce domaine. On est tout simplement passé à autre chose, à la vitesse supérieure, la vitesse numérique. Ce n’est pas un hasard si la langue Pulaar a connu cette percée dans les moeurs, les mentalités. Une certaine idée de l’égalité de la solidarité et du respect de l’autre est passé par là.

Si maintenant il y a des arriérés qui se sentent supérieurs eux autres, ce n’est pas le problème du Fouta, c’est le problème des arriérés. Pourquoi doit-on toujours prendre comme référence les mauvais pour juger le Fouta? Il y en a partout des attardés mais de grâce arrêtons de les prendre comme les représentants d’une société car ils ne le sont pas!
Et Dieu sait que je ne suis pas trop bavard mais je me sentais le devoir de recadrer un débat qui devenait vide et trop peu basé sur les faits.

Ibrahima Malal SARR

Président du Groupe PULAAGU (http://www.pulaagu.com)

Source:http://www.blog-pulaagu.com

Notes:
Mot souvent utilisé dans un contexte totalement différent de son origine. On remarque d’ailleurs l’absence de ce mot dans le vocabulaire des languages africaines! Je vous renvoie sur une discussion intéressante initiée par Kaaw Touré, porte parole des FLAM qui se demandait à juste titre ce que voulait bien signifier ce mot barbare. [↩]
Bob Marley nous invitait dans les années 80 de nous « émanciper de l’esclavage mental » [
↩]
Anciens esclaves ou descendants notamment [
↩]
Il est temps de te lever, ma jeunesse lève-toi, imitons nos anciens qui se sont battus contre la fléau de l’eclavage. [
↩]
Chanson populaire du Fouta [
↩]
Esclavage, servitude [
↩]
Il n’y a pas de noble, il n’y a pas de moins noble, la noblesse, c’est les bonnes actions. [
↩]
Jeunesse [
↩]
Griots [
↩]
somme donnée à chaque caste en guise de cadeau par la famille qui organise [
↩]
La femme, victime d’injustice, mariée sans son accord, divorcée sans son accord. – Groupe Rénovation de Ndioum [
↩]
Jeune femme, lève-toi et prends ton destin en main [
↩]
Notamment sans tenir compte de la frontière car tous les villages des deux rives pouvaient participer [
↩]
Homme pilitique et poète mauritanien, président du parti AJD/MR [
↩]
Mais pourquoi diable apprendre le Pulaar? [
↩]
Relayé par la voie de Baaba Maal plus tard [
↩]
« Noblesse » [
↩]
Claviers, navigateurs, traitement de texte [
↩]
Firefox OS, le système d’exploitation de Mozilla pour Smartphones [
↩]

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FLAMNET-AGORA: Être un noir est – il un crime en Mauritanie ?

altLa cohabitation en Mauritanie, la situation politique actuelle du Pays, le passif humanitaire et autres dossiers sensibles qu’à connu la Mauritanie depuis 1966 sont des éléments parmi d’autres que le Président de l’AJD/MR, Mr Ibrahima Moctar Sarr a évoqué dans un débat politique du dimanche 12 Mai 2013 aux environs de 22H GMT sur les antennes de la Télévision de Mauritanie sans gène, ni complexe tout en respectant les principes du débat.

Cette brillante intervention de Mr Sarr, nous prouve que les FLAM ne sont qu’un mouvement politique national non racial qui privilégie la négociation et le dialogue. Un noir qui milite pour le respect de la dignité humaine en Mauritanie, notamment contre l’esclavage et le racisme, se défend pour ses droits tout en défendant sa patrie sans contre partie n’est qu’un citoyen convaincu du danger du racisme et de toute sorte de discrimination en Mauritanie.

Ceux qui s’agitent, planifient leur stratégie pour étouffer l’homme noir en Mauritanie, sont aussi contre l’évolution d’une communauté, ne sont que des racistes, terroristes, mécréants et ne veulent pas réhabiliter les dominés et les victimes du racisme et de l’esclavage en Mauritanie.

Être fier, c’est d’être indépendant sur le plan professionnel ou tu peux écrire, parler, regarder les uns et les autres yeux dans les yeux en respectant les principes de sa religion, de son métier et de sa culture tout en rejetant aussi des nominations en cadeaux empoisonnés. Là, une très belle découverte a été faite car c’est une manière de faire ternir l’image de marque de cette femme qui a dans ses veines un sang noir.

En réponse à quelques réactions, d’abord rien ne m’échappe en Mauritanie car ce que certains Mauritaniens font pour rendre négatif cet homme noir ou rouler les autres dans la farine, je leur demande de bien comprendre que je suis bien au cœur de l’information.

Être un noir est – il un crime en Mauritanie ? Visiblement oui, à travers certaines réactions qui me prouvent aujourd’hui que le racisme est une culture, le racisme est un comportement, le racisme a ses virus qui ne piquent que des malheureux, ignorants, mécréants, traîtres et opportunistes. En un mot le racisme a des racines en Mauritanie dans certains milieux et pour le combattre ? J’ai désormais, ma conscience tranquille. Je suis bien informé sur le danger que court l’homme noir en Mauritanie.

Moussa N’Diaye
Journaliste TV
Professionnel de la Presse et de l’audiovisuel.
Nouakchott – Mauritanie.

www.flamnet.info

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