Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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FLAMNET-AGORA: L´équation FLAM= ethno-chauvins Nasséro-baathistes peut-elle s´écrire?

altDepuis l´annonce du retour au pays natal des FLAM, les partisans du statu-quo, et certains plumitifs en mal de “refoulement” ressortent la grosse batterie de la “solution finale” contre les FLAM. Des attaques repétées, haineuses, mal fondées et pour tout dire foncièrement malveillantes. Plus c´est gros, plus ça passe et ça casse! Hélas, cela ne fait plus d´effet dans l´état actuel des choses. La motivation cynique de ces illuminés de “l´arabité de la Mauritanie” et de la fumeuse rhétorique baathisto-nassériste s´explique, mais qu´ils comprennent leur but est voué d´avance à l´échec, car comme le dit bien un proverbe du Fouta natal “ko mahaani hoore fusataa ngaandi”. 

Leur mission: diabolisation des FLAM! En les colorant d´une couleur qui n´existe que dans leur structure de conscience, traduisant leur paradigme qui est celui de l´idéologie raciste, exclusiviste et haineuse. L´opinion publique mauritanienne a suffisamment fait justice de certaines accusations absurdes, erronées, pour que nous n´ayons plus besoin de revenir sur certaines de ces inepties. Ceux qui confondent l´effet et la cause ont encore un recyclage philosophique à rattraper chez leurs maitres de Bagdad et de Benghazi. Mais peut-on seulement nous expliquer les causes de la déportation massive des seuls négro-africains hors du pays en 1989, de l´extermination des centaines d´autres dans des casernes et dans la vallée?

 

Revenons sur ce cette propagande mensongère véhiculée par nos adversaires politiques tendant à présenter les FLAM comme une version Négro-africaine du Ba´athisme ou du Nasserisme(Nationalistes arabes).

De ce grossier postulat, les porte-faix du  Système et autres tristes guignols de la même écurie semblent se decouvrir une nouvelle sordide besogne, une croisade contre les FLAM qui ” doivent-être vomi (e)s” au même titre que les déporteurs, les tortionnaires, les geôliers et autres idéologues de l´exclusion et du racisme d´Etat. Quelle injustice!

 Il n´est pas besoin d´une longue dissertation pour montrer que cette assertion relève de l´amalgame et d´une volonté manifeste de jeter le discrédit sur les FLAM à des fins que le monde imagine. Sans nous étendre, rappelons que notre projet de société se fonde sur le caractère multinational de la Mauritanie où Arabes et Négro-africains auraient les mêmes droits, où le fait d´être arabe, noir, haratine, Zenaga ne serait ipso-facto une condition rédhibitoire. Ce qui est en porte-à-faux avec l´idéologie des nationalistes arabes qui dénie aux Négro-africains tout droit et veut construire une Mauritanie exclusivement arabe. Les thèses des nationalistes arabes ne constituent point un secret, elles ont été accompagnées par des actes ignobles à l´encontre de la communauté négro-africaine.

 

De la même façon que l´Irak de Sadolf Hitsein se battait contre les kurdes et les perses pour garantir l´arabité du flanc Est de la grande nation arabe, la Mauritanie doit, sur le flanc Ouest, chasser les Négro-africains pour préserver la pureté de la nation arabe. Cette théorie aboutit à la conclusion péremptoire selon laquelle tout ce qui n´est pas Maure ou beydane n´est pas mauritanien. Elle s´appuie également sur des arguments historiques fabriqués qui consacrent l´antériorité des arabes en Mauritanie. Donc, tout bonnement, les Négro-mauritaniens sont des “descendants d´anciens footballeurs ou des tirailleurs Sénégalais ou des africains de l´Ouest venus envahir et polluer la pureté de la race arabe” (thèses defendues par un certain El Wafi sur El Jazeera et Bredeleil lors de leur procés de 1988 et par Ould Taya dans Jeune Afrique en 1990 pendant le conflit sénégalo-mauritanien ).

 

 L´attitude des nationalistes arabes envers la communauté négro-africaine est en réalité une attitude de rejet, de négation et d´exclusion à tous les niveaux. C´est l´ancrage de ces convictions diaboliques jusque dans les hautes sphères du pouvoir qui a conduit le régime satanique de Taya à écarter les noirs de la vie publique, à les assassiner massivement, à déporter des dizaines de milliers de nationaux noirs au Sénégal et au Mali. Ce raisonnement simpliste basé sur une attitude de négation des Négro-africains constitue l´essence de l´orientation du nationalisme arabe en Mauritanie au niveau politique, économique et culturel du pays. Dès lors, il est tout a fait justifié de qualifier les Baathistes et les Nasseriens de racistes, particularistes, extrémistes, nationalistes étroits, parce qu’ils cultivent une doctrine prônant l´exclusion pure et simple des Négro-africains de la Mauritanie. Les FLAM ont-elles une attitude semblable par rapport aux Beydanes ?

 

A prendre pour référence, la production idéologique des FLAM, du Manifeste du Négro-mauritanien Opprimé de 1986, aux programmes et orientation politique du Mouvement en passant par le Livre Blanc de 1990, le Mémorandum des FLAM de 2000, La Plate-forme pour une Mauritanie réconciliée de 2007, on ne trouve nulle part une théorie de “la grande nation Négro-africaine dont la Mauritanie constitue le flanc ouest qu´il convient de préserver de l´invasion des arabes venus de l´orient“. Nulle part on ne trouve dans les documents des FLAM, que “devant l´intolérable invasion des arabes la solution consiste à les chasser de la Mauritanie, pour préserver la souillure arabe afin de bâtir une nation négro-africaine avec un pouvoir exclusivement noir ancré dans le monde Négro-africain.” Si les FLAM avaient une telle attitude de rejet et d´exclusion de la composante arabe du pays, à ce moment il serait légitime scientifiquement de les qualifier “d´étroits, d´extrémistes, de racistes” parce que s´appuyant sur une doctrine prônant l´appartenance exclusive de la Mauritanie aux Négro-Africains.

 

Que disent les F.L.A.M ?

 

LES FLAM ont toujours reconnu EXPLICITEMENT le caractère biracial et multinational de la Mauritanie ainsi que le droit de toutes les composantes culturelles du pays à vivre et à s´épanouir pleinement en Mauritanie. Les FLAM sont fondamentalement attachées à la vocation naturelle de la Mauritanie qui est celle d´être un trait d´union entre le monde Négro- africain et le monde Arabo- berbère. Ce que les F.L.A.M dénoncent et combattent, c´est justement le constat de la trahison de cette vocation naturelle par l´option de l´arabité exclusive de la Mauritanie (qui ne dérange pas apparemment certains) adoptée par la classe dirigeante Beydane depuis les indépendances jusqu´à nos jours. Cette option exclusiviste a mis en place des mécanismes dont l´effet conjugué aboutit inexorablement à l´exclusion de la composante noire du pays. Ce sont ces mécanismes à l´oeuvre au niveau de l´éducation, de l´économie , de l´administration, de l´armée et de la politique extérieure et intérieure et de la justice que les FLAM dénoncent sans complaisance dans le Manifeste de 1986 par des données empiriques avec des statistiques à l´appui.

 

La communauté Négro-mauritanienne, tout en partageant le lot quotidien d’injustices sociales et économiques avec la communauté beydane, n’en demeure pas moins violentée dans ce qu’elle a de plus cher: sa culture, son identité.

 

Depuis des décennies en effet, la communauté Négro-africaine est victime d’une violence plus pernicieuse et subtile: c’est sa négation culturelle, le refus de la reconnaître comme porteuse de droits particuliers. Ce refus est le fait exclusif de l’État raciste, cet Etat n’a rien à voir avec la communauté Arabo-berbère et encore moins avec la communauté Noire. Le contrôle de cet État par certains éléments racistes et surtout l’absence de légitimité de celui-ci vis-à-vis de toutes les communautés nous obligent à opérer une séparation entre l’État raciste et la communauté beydane. D’ailleurs, cela fut toujours le cas depuis que les FLAM existent malgré notre diabolisation par le régime de Taya et ses valets auprès de nos compatriotes arabo-berbères.

 

Cette négation nous l’avons toujours combattu, nous la combattrons, c’est pour ce combat que sont tombés: BA SEYDOU AMADOU, SY SAIDOU DAOUDA, SARR AMADOU mais aussi tous ceux qui sont morts dans les conditions les plus atroces pendant leur incarcération: BA ABDOUL GHOUDDOUSS, TENE YOUSSOUF GUEYE, DJIGGO TAPSIROU, BA ALASSANE OUMAR. D’autres sont infirmes pour le restant de leur vie. Et la lutte continue. Mais nous ne devons jamais faiblir, car il est des instants qui font l’histoire. Et nos camarades tombés ont fait à jamais l’histoire de la Mauritanie. Une autre Mauritanie est incontournable, il est honneur d’être dans le même camp qu’eux, le reste n’est que médiocrité. Nous ne devons cependant jamais oublier que nul ne peut détruire totalement cette violence dont nous – SONINKO, PULAAR, WOLOF, BAMANA, HARATINES, sommes victimes sans pour autant intégrer les autres violences que nous partageons avec nos compatriotes beydanes.

 

Notre seule particularité en tant que mouvement est de partir de la violence dont nous sommes l’objet, en tant qu’individus culturellement situés, pour dénoncer l’ensemble des violences subies par tout le peuple mauritanien: on ne peut vouloir être libre en niant l’autre. L’histoire de notre pays démontre que la cause et la responsabilité de la violence verbale et physique sont du seul fait de l’État raciste mauritanien. Jamais dans l´orientation des FLAM , il n´a été question de lutter pour une négro-africanité exclusive de la Mauritanie au détriment de la communauté arabo-berbère.

 

 A ce niveau de l´analyse, l´intégrité intellectuelle nous commande de renoncer à cette classification abusive qui met de facon mécanique dans le même sac les FLAM et les nationalistes arabes de Mauritanie (Baathistes et Nasseriens).

Cette attitude conceptuelle mécanique de nos adversaires politiques revêt à n´en pas douter une motivation cynique intéressante à appréhender.

 

En effet, devant l´existence irréfutable de mouvements exclusivistes en milieu arabe (Nasseriens, Baathisme), il faut créer à tout prix un répondant en milieu négro-africain, le fabriquer vaille que vaille de toutes pièces pour faire “partager les responsabilités ” entre les deux communautés de la crise, mais surtout pour apparaitre comme alternative équilibriste devant “deux”extrémismes. Dans cette attitude foncièrement malhonnête, nos adversaires politiques n´hésitent jamais à reprendre à leur compte les positions de la dictature sanglante de Nouakchott sur les FLAM: “mouvement raciste, extrémiste, terroriste” plutôt que de se baser sur le discours et les actions des FLAM, afin de les juger sur cette base objective. Et même sous cette optique, les rares fois qu´ils ont essayé de soumettre à la critique les documents des FLAM, ils s´en tiennent à des boutades crues sans aucune argumentation ou démonstration solide à la base.

 

Posons à nos procureurs la question de savoir en quoi un mouvement qui ne saurait prendre le Beydane anonyme et paisible comme cible, mais l´appareil d´Etat dans toutes ses manifestations est raciste ? Ce dont les FLAM sont coupables, c´est d´avoir osé toucher du doigt les pourritures de la nation mauritanienne à ce stade actuel de son évolution en projétant une lumière crue sur l´ensemble des mécanismes qui sont conçus, orientés et exécutés de manière à ce que le pays soit sous le contrôle effectif d´une nationalité racio-culturelle au détriment des autres. En politique comme ailleurs, les attitudes figées caractérisées par la transposition mécanique des théories d´ailleurs au détriment d´une prise en charge concréte des réalités empiriques de l´ici et du maintenant sont toujours sanctionnés par une grande impopularité dans les masses.

 

Ce sont les FLAM qui ont bel et bien impulsé le sursaut patriotique actuel des mauritaniens autour des véritables questions de l’unité nationale pour leur donner une solution durable et raisonnable. Cela l´histoire le retiendra.

 

Les FLAM ou les mouvements d´opposition Négro-africains(TPMN, AJD/MR, PLEJ…) n´ont pas à souhaiter le surgissement de problèmes raciaux ou ethniques en Mauritanie. C´est l´existence effective de ces problèmes qui explique leur naissance et leur combat. Mais Hélas! l´esprit biscornu des soldeurs du crime et partisans du système ne digére pas cette évidence. La lâcheté est ici sans commune mesure.

 

La logique de notre combat s´inscrit dans la ligne de mouvements de libération, loin des piètres politicards en mal d´exhibition.Tous ensemble, nous aurons encore à mener d’autres combats pour que l’égalite, la justice et la démocratie s’enracinent profondément dans notre pays.

 

Pour être le principal mouvement d’avant-garde de la lutte de libération nationale; Les FLAM ne méconnaissent pas pour autant la nécessité de l’unité d’action de l’ensemble des organisations politiques et de la société civile soucieuses de l’unité nationale et du règlement juste et équitable de la question nationale et sociale. Terminons avec Jaurès qui disait: “le péril est grand mais il n’est pas invincible, si nous gardons la clarté de l’esprit, la fermeté du vouloir, si nous avons à la fois, l´héroïsme de la patience et l´héroïsme de l’action, la vue nette du devoir nous donnera la force de le remplir”.

 

La lutte continue.

 

Kaaw Touré dit Elimane Bilbassi.

www.flamnet.info

 

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FLAMNET-AGORA: Khoutba quatre : Bâtir sur des vestiges…POUR UNE ODE MUSICALE MAURITANIENNE !

altEntrons par l’exemple pour prétendre être didactique. Le medh ennabi a été la musique de ma plongée dans l’adolescence. Je me rappelle encore de maman Moylida d’Aïoun Al Atrouss. Si mes souvenirs sont exacts, le medh se tenait dans sa concession, quand elle avait fini tous ses travaux à la Gouvernance d’Aïoun juchée là, comme ce bout de montagne qui la sépare du Lycée et de l’hôpital. C’était donc il y a longtemps, vers le début des années 1970. Au temps de l’Ouguiya ! Le Parti du Peuple Mauritanien pensait pouvoir construire la Nation « tampon » avec la lourde machine qui caractérisait tous les partis uniques, seule ressource de philosophie politique en Afrique. Bon son histoire, dans notre trajectoire, est à questionner encore et encore. Ceux qui nous gouvernèrent nous doivent des explications. Nous devons relire leurs actes afin d’y découvrir les sources possibles de nos actuels délires. Au début, au moins, l’administration était instruite et pas du tout commerçante comme celle d’aujourd’hui. En effet, durant ces années, malgré le parti unique, des administrateurs formés à l’école coloniale (certes) tenaient des rapports détaillés et « succulents » pour les chercheurs sur la vie de leurs administrés.

Des administrateurs de développement outillés ont travaillé dur comme fer pour produire les premiers documents de notre histoire politique et sociale, mais cela m’étonnerait qu’ils soient encore bien conservés, accessibles voire existants même dans ce bâtiment qui était difficile d’accès il y a plus d’une trentaine d’années. La maison des Archives Nationales située près de la présidence. Vraiment stratégique comme niche !

Les gouvernements doivent arrêter de contrôler, de manière si flagrante, nos archives. C’est un acte policier que de garder jalousement ce patrimoine, « contre » une catégorie de chercheurs, au point de rendre son accessibilité problématique. Malheureusement pour nous le patron de Wikileaks n’était pas encore en ligne. Cette demande ne signifie pas un encouragement pour laisser ces documents à la merci de n’importe qui (déjà fait !), ou qu’ils soient accessibles n’importe comment, mais de rendre le service plus fluide et surtout moins suspicieux par rapport aux faciès. Un chercheur n’aime pas être épié comme s’il était un vulgaire scribe ou un futur falsificateur. C’est lui qui scelle la mémoire de la nation en la rendant accessible par sa recherche, ses interprétations et ses publications.

Donc, nos archives doivent être encore plus ouvertes à nous pour qu’on puisse contribuer à l’écriture de cette histoire qui nous lacèrent les visages et finalement brouille notre horizon. Nous ne pouvons pas continuer d’accepter cette forme de censure. Les opinions exprimées n’engagent que leurs auteurs. L’accessibilité des archives doit être libéralisée pour qu’on puisse débattre de tous les thèmes et nommer qui on veut citer dans nos argumentaires. Cela nous évitera les vibrations de la basse devenue subitement assourdissante.

 

Revenons à la musique et au medh ennebi, cette « complainte » de la nuit du jeudi au vendredi, des Haratins. Il m’a donné ce goût subtil que je ressens quand j’écoute toutes les musiques du monde. En hassanya, il m’a fait découvrir ce qu’on appelle le sens du t’nehwil, cette oreille musicale que la nature nous offre. Mais je crois que le t’nehwil va au-delà de l’oreille musicale pour devenir cette musicalité harmonieuse qui réveille votre corps et s’empare de vos sens, même si vous êtes sourd de naissance. Elle vous laisse là sur la surface du t’bel, à la merci du son aigu de la neyfaare et au court-circuit électrique sensoriel que provoquent les t’zaqrit. Le petit kowri que j’étais, naviguait entre sonorités berbères et adaptations hassanya.

De toutes les façons le tasvig rythme déjà une musique très enfouie en vous. Elle vous berce sans se soucier de qu’elle mère vous-êtes, enfin de quelle langue maternelle vous vous réclamez. Vous êtes son bébé plongé dans le halo des voix mélodieuses des hartanyat. C’est cela la mélodie qui fonde la surface sur laquelle sont venues se déposer, dans mon oreille musicale, plusieurs sonorités et rythmes allant du mbalax wolof au rap mauritanien d’aujourd’hui. Tout cela constitue des archives dites musicales que nous devons aussi sauvegarder et surtout connaître. Les étudier bien sûr pour mieux comprendre quel type de musique va émerger chez nous, dans le futur proche ou lointain.

Déjà toutes les musiques ouest-africaines, la bidhan n’en parlons pas, sont influencées par les mélodies mandingues et bambara. Observez l’ardine et vous y verrez une Kora bien en place devant un Soundioulou inégalable dans son ganila. Le reste des pistes musicales maures vous mènent dans un fouillis de métissages sensoriels impossibles à suivre. Langue bizarre, que seul un archéo-linguiste prétendra pouvoir expliquer la vieillesse des couches. Eh bien il faut écouter du vaghou, un Ould Njartou, le vieux 33 tours de Sidaty Ould Abba, de Saïdou Bâ pour vous rendre compte qu’un Toungoundé Sow, un Samba Diabaré Samb et un Amadou Tamba ont quelque chose en commun de plus que les formes de leurs instruments et des références ethniques de leur répertoire.

 

Détour par un exemple plus complexe que la musicalité dans son essence. Mon immersion dans l’univers wolof (c’est valable je crois pour ceux qui sont en Australie, en France, en Inde, à Bangkok, aux USA et ailleurs depuis 1989 et avant cette date) m’a révélé que ma langue ne me lie pas à un territoire spécifique. Parce que, quand je m’aventure hors de Dakar, le wolof [langue nationale en Mauritanie] et le hassanya [Reconnu au Sénégal] reviennent pour se partager mon identité haalpulaar, vraie multinationale enfin comme un ensemencement. Je me réfugie sur le territoire de toutes « mes » musiques que je fréquente et y retrouve toute la quiétude. Ce manque d’ancrage « territorial » de ma langue fait de moi un éternel exilé dans les cultures. Donc je suis presque toujours obligé de résister et de combattre jusqu’à la lassitude et l’affaissement final qui le suit. Finalement, une solution s’est imposée d’elle-même pour me sauver (lire « se sauver » dans le sens de fuir et rester en même temps, pas possible comme opération hein !) entre les champs que m’offrent ces différentes cultures qui fondent désormais ma personnalité. J’ai pris la « clé des champs » pour ne pas tomber dans cette maladie mortelle qu’est l’ethnocentrisme.

La diversité devient l’horizon du possible. Donc, il faut se décider à exiler son identité quelque part entre les archipels identitaires. Elle devient le socle capable de supporter cette lourde statue défigurée qu’est la multiculturalité. C’est un poids certes qu’une statue défigurée, mais justement c’est son poids qui tient tranquille votre ethnocentricité.

 

Retour musical impeccable qui hérisse la peau ! Donc si j’ai évoqué la musicalité et son probable rôle dans la formation d’une identité c’est pour dire que les cultures, si diverses qu’elles soient, ont un fond musical commun. Les langues utilisent les mêmes instruments pour articuler leurs sons et produire du sens. C’est le langage et qui dit langage engage une discussion sur les sonorités, les nasales, les gutturales et autres trucs aussi compliqués que de convier ma mère à un cours de bambara, de hassanya, de soninké ou de wolof. Et pourtant elle écoute toutes ces musiques prenant conscience de leur seule musicalité sans s’aventurer sur leur surface.

C’est pourquoi, je défends toujours que l’identité n’a de sens que quand elle devient un vrai réceptacle de cette profonde musicalité, celle qui ne s’entend pas de la même oreille. J’ai l’impression qu’elle ne s’entend même pas, elle est sourde et se faufile dans le corps. C’est cette émotion, incomprise, évoquée dans la « fameuse » phrase de Senghor, qui s’empare de vous. Elle forme un substrat riche et ouvert. Enfin, je me suis, tout simplement, rendu compte qu’un individu doit clamer son caractère Humain et trop Humain, pour parler comme un philosophe, en écoutant le plus de musique possible.

 

Vestiges ! Aussi étrangement que cela puisse paraître ce qui me relie à la Mauritanie c’est le hassanya. Cette sensation incroyable est presque diabolique à renverser mes vieilles convictions juvéniles. Mais si on m’attaque en tant que haalpulaar, je réagis en tant que haalpulaar. Si on m’attaque en tant que mauritanien, je me défends en tant que mauritanien et si on m’attaque en tant que vivant au Sénégal, je me défends en tant qu’Homme. Je n’essentialise pas, c’est, nous dit Hannah Arendt, « purement politique », car « le non-conformisme est la condition sine qua non de l’accomplissement intellectuel ». Il faut donc être « non-conformiste » pour mieux saisir la musique de la vie (Lire Barbara Cassin, La nostalgie. Quand donc est-on chez soi ?, Paris, Autrement, 2013, 147 p.).

La musique a ce don de tra-verser en ren-versant tout. C’est une question de simple écoute, d’attentive écoute pour sentir cette chose qui se détache de vous tout en restant en vous. Elle reste là en suspension car ayant été excitée par un air, une voix, une guitare, un buuba, un hoddu, des gaacci, un son sourd de guembri, un riti ce pré-violon, un bolong cette gourde plus à même de contenir du vin de palme que d’accompagner les belles voix de nos awlubbe, igawen ou gëwël. Ces désignations sont si proches que l’analogie me tente. Finalement, je veux dire de tout autre instrument étrange dont l’homme maîtrise, à la précision, les sons qu’il permet d’obtenir. Cela peut donc vouloir dire une décision de s’accorder au rythme. Car tout est rythme dans la vie et c’est pourquoi Senghor peut avoir encore raison sur ses détracteurs. Mais là ne réside pas l’objet de ma khoutba.

 

Révolte et dissidence pour faire naître un hymne partagé. La musique est magique et rebelle, car elle nous surprend toujours. Un grand philosophe me disait un jour que « la musique cache en livrant ». C’est une archive, la musique. Elle reste là. Elle se partage. Elle tape là où d’autres choses ne peuvent taper.

Le politicien poète, Ibrahima Sarr, en sait quelque chose avec sa composition chantée par Baaba Maal, Demngalam. Beau tub pour chanson de combat ! L’engagement y est d’une clarté et d’une force qui défie toute possibilité de doute.

La musique est donc tout cela en même. Elle peut aussi unir plus que tout au monde. Mon expérience musicale me dit que c’est vrai, car la musique est le summum de l’unité dans la diversité sinon point de musicalité possible, de t’nehwil je veux dire. Donc je suis presque sûr que nos artistes doivent être mobilisés pour ouvrir ce chemin de l’union des mélodies mauritaniennes pour créer une musique nationale audible dans toutes les radios et télévisions du pays. C’est possible de trouver cet excellent Dj pour nous mixer ces tempos et en sortir une partition et des couplets suaves que la nation écoutera à longueur d’années.

Je crois savoir que le rap et le slam mauritaniens sont exceptionnellement et potentiellement riches et porteurs d’une nouvelle culture. Pour être riche, le rap mauritanien l’est, mais il souffre d’incompréhension car émanation de la profonde banlieue et surtout qu’il est dur dans ses mots. C’est du hardcore, cela tape dur sur les régimes.

 

« Holto Mouawiya

O itaama

O fitaama », si ma mémoire est bonne ce sont là paroles bien rapées en Mauritanie.

 

Et pourtant les textes de la musique, les pantalons jean bouffants, les T-Shirt colorés ou portant des dessins de dragons en feux, la gestuelle enfin les bras d’honneur, les cris hystériques dans la chanson et le plein d’électronique puisent leurs différents thèmes et significations dans le vécu de la société. Les chansons reflètent leur temps ou le temps produit ses propres chansons et les impose. Voilà que tout est dit, là. Elles prennent sur elles le risque d’être accusées d’égocentrisme, d’insolence et de toutes les déviances possibles. Tant pis ! Elles sont comme la marque indélébile de notre débilité quotidienne. C’est difficile de reconnaître ses bêtises, surtout figées dans des mots prononcés par des jeunes en casquette et braguettes ouvertes, chaînes pendantes, mains ballantes comme des fantômes… Alors qu’on est prompt à clamer tout haut notre petit exploit : réussir à sortir de son lit le matin après une longue nuit de recueillement.

Rapons ! Je disais que le rap mauritanien est porteur d’une nouvelle culture. Il suffit de regarder la composition des groupes, d’écouter les langues qu’ils parlent et qu’ils chantent pour vous rendre compte encore une fois que les pouvoirs n’écoutent pas et ne regardent pas ce que la société écoute et regarde. Sinon le rap allait percer de manière exponentielle en Mauritanie et produire une langue dont l’adhérence du ciment n’égale point celle des langues en compétition aujourd’hui. Je suis toujours fasciné par l’aisance de faire basculer la mélodie entre quatre langues dans une chanson : Hassanya, Pulaar, Soninke et Wolof. La langue dite HAPUSOW, ai-je envie d’éventer ! Elle se transformera en HAPUSOWBA si le Bambara entre dans la constitution comme langue nationale. Le HAPUSOWBA est une langue encore inconnue de chez nous et qui fait peur, car l’arabe disparaîtrait fatalement et le hassanya triompherait comme au Maroc. C’est pourquoi le rap ne passe pas les frontières de la banlieue, même si des groupes existent à l’intérieur, enfin au sud du pays ! La jonction entre eux ferait comme un petit explosif : Peuff ! J’exagère un peu pour dramatiser. Car le drame est presque considéré comme un lieu de sens chez nous.

La tradition musicale mauritanienne est paresseuse, elle est toujours assise, le service de thé en branle, le tagine fumant, les chuchotements fourmillant. Enfin je veux dire que cela ne draine pas une foule bigarrée, détendue et moins vaniteuse. Je crois que nous sommes encore au siècle de la musique-louange. Maalouma (en duo avec Baaba) ne démentira jamais mes propos. Bon vous me direz qu’une partie de notre musique ressemble à un concerto de Beethoven. C’est possible, mais sous la khayma écouter du Beethoven serait très exotique, comme écouter Wagner à Oualata ou à Inal. Comme quoi la musique peut être élitiste et en même temps incitatrice au rêve de la pureté des races. C’est hitlérien ! Nous ne voulons pas de cette musique chez nous. Nous voulons d’une musique qui exalte tout le monde, qui réveille notre fibre et qui nous fait vibrer.

Le rap mauritanien a toutes ces vertus donc laissez-le s’exprimer davantage et vous verrez que cette culture dont il est porteur se transformera peut être en notre chance. Je suis persuadé que le rap est créateur, recréateur des identités. En semblant les travestir, il les enrichit et projette leurs fruits sur le peuple tout entier.

 

Je termine. Le medh ennebi a eu sur moi cette forte sensation d’appartenance lointaine. Encore aujourd’hui, il a sur moi un droit inaliénable, car je l’écoute toujours au point de lui avoir consacré un texte scientifique [Consultable au lien : http://codesria.org/IMG/pdf/1-Ngaide_AZ_15_16_07-08.pdf] comme pour sceller son apport sur ma culture musicale d’aujourd’hui. Il faut que les Mauritaniens se mettent ensemble pour écouter leur musique respective et ils verront toutes les influences qui les peuplent et qui brouillent davantage les lignes de fractures qui semblent séparer leurs communautés voire leurs membres.

Vous aurez compris que cette khoutba est très musicale dans son essence, mais qu’elle ouvre un chantier d’investigation sur ce rap que nous devons entendre et réentendre. Il participe aujourd’hui à la construction de l’imaginaire futur de la société mauritanienne urbaine. C’est presque inévitable comme perspective, donc un jour à venir, lointain peut être, quelqu’un témoignera sur ce que le rap mauritanien a apporté dans la mutation de son identité et de celle mauritanienne.

Donc lisez-là en vous disant où en sommes-nous de la politique culturelle de la Mauritanie au moment où un groupe se plaint de la disparition de l’arabité comme si elle était née dans ce territoire périphérie métisse du monde dit « arabe » !

Il faut se résoudre à construire l’avenir sur des vestiges et non sur des vertiges.


Excellente écoute.

 

PS : Permettez-moi cette libéralité de dédier cette ode à mes amis d’enfance, d’Aïoun, perdus de vue depuis un demi-siècle presque : Mohamed Ould Boïlil dit Bibi, Brahim Ould Hacen Ould Salah, Sneiba et Moyssé Dieng. Au décompte cela fait un bidhani, un hartani et deux wolofs au début des années 1970 !

 

 

Abdarahmane NGAÏDE (Bassel), Dakar, le 02/08/2013

 

VOUS AUREZ COMPRIS QU ELLE DEVAIT SE FAIRE DEMAIN. COMME ON DIT LA DATE FAISANT FOI DONC CONSIDEREZ LA DATE 02/08/2013 ET NON CE JOUR DU JEUDI. MAIS CELA TOMBE AUSSI BIEN CAR LE MEDH SE TIENT LA NUIT DU JEUDI AU VENDREDI. CE DESACCORD SYMPHONIQUE ENTRE WEBMASTER ET AUTEUR EST DONC TOLERABLE.

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Comparer Biram Dah Abeid à Nelson Mandela? oui mais transcendantale pour Madiba

altPartant de la méthode empirique la connaissance humaine se fonde sur l’accumulation d’observations et des faits dont on peut extraire des lois, des théorèmes, des axiomes des postulats hypothético-déductifs ou encore des conclusions hâtives et enfumantes.

Parmi ces conclusions, il y a ce qu’on appelle le raisonnement par analogie, vieille recette inductive et qui stipule par exemple, après le constat de similitudes entre notre planète-terre et la planète Mars, d’émettre l’ hypothèse d’ une probabilité de vie sur cette petite planète rouge.

Notre “leçon des choses” ou déduction peut s’étendre également dans le domaine sociologique à des êtres humains qu’à priori rien ne lie si ce n’est …justement l’humanité.

En effet comparer Biram Dah Abeid à Nelson Mandela s’avère être un exercice très délicat dans sa forme, mais aussi ingrat dans son esprit. Cette comparaison même altruiste écorche l’image emblématique, universaliste de l’icône Madiba, la ramenant à la même strate qu’une kermesse villageoise. Certes Biram est un défenseur des droits de l’homme en Mauritanie tout comme Mandela en Afrique du Sud pendant l’inique système d’Apartheid ou séparation.

Que l’adage qui dit: “comparaison n’est pas raison” trouvât ici toute la dimension disproportionnée de sa sémantique! Car du point de vue de la symbolique, de la portée du combat, de l’abnégation, du style dans la communication, des idéaux, bref de la weltanschauung chez nos deux combattants de la liberté, s’en découlent deux lignes de conduite opposées, immanente chez Biram mais transcendantale pour Madiba.

Ces deux lignes de conduites comme deux asymptotes parallèles, sont condamnées à ne jamais se confondre quand même que le mauritanien à la fleur de l’âge, entame ses premiers pas et l’autre, au crépuscule de sa vie, sur son lit d’hôpital au vu et au su du monde entier, lance des signaux alarmants au corbillard. Les “marques de fabrique” des deux hommes permettent d’établir avec discernement la traçabilité du parcours intrinsèque de chacun, nonobstant les théories mensongères ou velléitaires.

Nelson Mandela n’est pas n’importe qui, de par son passé, son charisme, son opportunisme politique. Militant de l’ANC (African National Congress) depuis 1944, et ayant constaté que le combat pacifique contre le racisme institutionnalisé, cette fois, ne mènera à rien, Madiba, de son nom tribal, fonde en 1961 la branche militaire de l’ANC.

Arrêté le 12 juillet 1963 sur indication de la CIA, il devient le symbole de la lutte anti-Apartheid, après le procès de Rivonia. L’homme a purgé 27 ans de prison avant d’être relâché le 11 février 1990 certes en faveur des changements majeurs survenus dans le monde le siècle dernier à savoir: l’effondrement du mur de Berlin et la dislocation des deux blocs.

De son lieu de detention, Mandela leader incontesté se tenait toujours au courant des activités de l’ANC, tout en refusant et à maintes occasions de se faire libérer sous conditions, c’est à dire en trahissant son peuple. Il a préféré tailler la pierre des années durant plutôt que de vivre “libre” sous la protection complaisante mais non moins humiliante de ses geôliers blancs, autrement en “godillot“.

On peut imiter, vouloir aller sur les traces de Madiba, comme un artiste-peintre qui recrée la nature sans jamais pouvoir l’égaler, mais personne ne peut-être Mandela. Le mental en beton, l’on se demande avec admiration comment un homme peut tenir 27 ans en prison sans jamais vouloir changer sa ligne de conduite initiale et en sortir jouissant de toute son intégrité, s’il n’avait pas un rendez-vous éminent avec l’Histoire?

Il est permis de constater que Biram, après seulement quatre mois de prison à Nouakchott, a visité maintes fois le CHU de la capitale mauritanienne pour cause de maladie imaginaire ou effective se manifestant par “une tension artérielle” . A noter que la “tension” est une des maladies répandues chez le mauritanien qu’il soit Moissé Sbâ ou Moissé Kembess.
Dans les deux cas de figures l’opinion aura pris acte de la fragilité “psycho-physico-morphologique” de notre demi-Mandela. Le but des fréquents séjours du président de l’IRA au Chu était sans doute d’attirer l’attention sur son sort en sollicitant tacitement la mansuétude de ses geôliers, qu’il épargne d’ailleurs depuis sa sortie de prison. Quelle est la teneur du deal?

Biram est libre de composer avec qui il veut mais qu’il le fasse connaitre à ses sympathisants, aux autres défenseurs des droits de l’homme qui luttent sans tapage, afin de ne pas couper l’herbe de la compromission, cette fois, sous les pieds de tous ceux qui portent en lui l’espoir du changement tant attendu. Mandela n’aurait jamais fait ça.

Une ascension fulgurante

Il est politiquement opportun, rationnellement légitime dans l’ordre naturel et constant des choses de se demander le comment et le pourquoi de l’ascension fulgurante de Biram Dah Abeid en moins de trois années seulement de lutte!

Pour quelques slogans lors de rares manifestations contre l’esclavage en Mauritanie, Biram a raflé tous les prix décernés par l’Allemagne et l’Irlande surtout, des pays, il faut le souligner traditionnellement et historiquement peu enclins à la défense des droits humains.

Pourtant ces slogans ont longtemps été échafaudés auparavant par une kyrielle de défenseurs des droits des Haratines, des négro-mauritaniens à certains égards plus sincères, plus crédibles que Biram sans que ces derniers puissent bénéficier de l’actuelle aura, soit-elle surprenante mais aussi combien enfumante du président de l’IRA.

Certes la configuration géopolitique a changé car la Mauritanie a rompu ses relations diplomatiques avec Israèl dès l’arrivée du général Aziz, poussée en cela par Kaddafi, qui après la rectification du 6-8-2008 en avait fait une condition sinequanon avant de reconnaitre le putsch. De là à croire que Biram est une fabrication fantoche des services de renseignements de l’Etat Hébreux, il y a un pas que j’hésite de franchir.

A vrai dire cette pensée me taraude l’esprit et personne ne peut empêcher mon imagination de vagabonder….En tout cas la coïncidence est flagrante, tranchante. Je suis sûr d’une chose: le jour où le pouvoir Azizien entamera ne serait-ce qu’un flirt même secrètement avec l’entité sioniste, notre défenseur des droits de l’homme Biram reverra la copie de sa côte de popularité exogène en baisse.

Comme du temps d’Ould Taya où la diaspora negro-mauritanienne, pourtant mieux implantée un peu partout en hémisphère-Nord , disposant d’attention particulière dans plusieurs officines occidentales, et qui n’a pu matérialiser ni ses rêves, encore moins rendre concrètes ses revendications, quand l’ancien président mauritanien Maaouiya a établi des relations diplomatiques avec Tel Aviv.

Enfin certaines des sorties hasardeuses récentes sur les réseaux sociaux ou les plateaux de télévision de France 24 en direct ou en “off” face à l’avocat Jemal Ould Mohamed, le qualifiant de “forgeron“, dénotent de l’amateurisme militant et du manque de consistance dans le projet sociétal du président de l’IRA.

En effet, il est surprenant voire même inimaginable (selon Jemal Ould Mohamed) d’entendre le défenseur des Haratines, la frange la plus martyrisée, se trouvant au bas de l’échelle dans l’anachronique stratification de notre société, proférer des propos dignes d’un aristo-beidhane adepte de Khlil et d’Ibn Acher à l’égard d’un compatriote qui ne fait que son boulot d’avocat.

On ne peut pas, on ne doit pas juger un avocat sur l’orientation de sa profession dite libérale. L’autre couac d’il y a quelques jours du président de l’IRA et qui consiste également en une attaque musclée contre les FLAM, met en exergue la fébrilité manifeste de son auteur qui, me semble-t-il ne veut pas entendre un autre son de cloche.

Or la lutte contre l’esclavagisme et le racisme peut être multiforme et ignorer en même temps les auspices partisans ou velléitaires. Les Flam et l’Ira se regardent désormais en chiens de faïence, se disputent l’espace public, veulent se transformer en partis politiques afin de concrétiser leurs projets de société. Noble initiative. Disons-le franchement, il sera difficile pour les Flam de porter leur dévolu sur un “Hardané” comme figure de proue.

Cette attitude “communautariste” attise la colère de l’IRA et de son président Biram qui n’y va pas du dos de la cuillère en s’adonnant à son tour à des discours “soixante dixard” dignes d’un Sekou Toure de Guinée à l’égard du président Senghor.

Les FLAM, la négritude, Gaston Kelman, la “tigritude” et tutti quanti…..

Mais qu’est-ce qui lie un indien dravidien, un aborigène d’Australie, à un agriculteur de Senoboussobé en Mauritanie; un Zoulou du Transkei à un rappeur du Bronx si ce n’est la couleur de la peau? En investissant toute leur libido objectale sur un Hartani, certains négro-mauritaniens croient trouver en Biram l’homme providentiel, le messie qui mettra fin à leur souffrance.

Et Biram de son côté en candide croyait que son arrestation allait mettre la Mauritanie à feux et à sang. L’explosion communautaire tant attendue et qui n’est dans l’intérêt de personne tarde à venir quand même que l’Etat-major de l’IRA devrait revoir sa stratégie. Car en Mauritanie depuis l’indépendance toutes les composantes ethniques souffrent.

Certes le pèlerinage d’Inal ,de Sorimalé peuvent être mis à l’actif du président de l’IRA .Incontestablement Biram a donné une chiquenaude à la lutte pour l’émancipation des Haratines, des esclaves negro-mauritaniens, et d’ailleurs de tous les castés qui élèvent désormais la voix.

Le président de l’IRA est dorénavant pris au sérieux, adulé par les pouvoirs publics qui veulent canaliser son action en le dressant cependant contre tous ses alliés objectifs à savoir les FLAM, les Opposants au régime.

Je parie que le jour où Biram accédera à l’olympe, c’est d’un regard impérieux et méprisable qu’il scrutera ses “misérables” compatriotes Beidhanes et surtout negro-mauritaniens, les exhortant à compter sur leurs propres forces afin d’éradiquer le racisme et l’exclusion dont ils sont victimes.

D’autre part l’on se demande si Gaston Kelman n’a pas raison quelque part quand il rebute l’éternelle victimisation des Noirs de tous temps et en tous lieux. En effet ramener l’histoire des peuples Noirs à des perspectives colorielles uniquement serait de nos jours une indigence intellectuelle, une entreprise contre-productive.

Au début du siècle dernier, les chantres de la condition noire: Léon G.Damas,Léopold S.Senghor, ou Aime Cesaire en faisant l’ apologie du néologisme de la negritude, repondaient à un imperatif socio-culturel qui revendique haut et fort l’appartenance à une entité de couleur longtemps”sans culture”,clouée au piloris par les vissicitudes de l’Histoire. Depuis les vents favorables ont soufflé et les Noirs doivent cesser de s’en prendre constamment au passé.

Quand le poète Senghor chantait la beauté noire-bois-d’ébene de Coumba Ndofene Diouf,quand le deputé-maire et poète antillais Césaire accablait le colonialisme,ces pionniers de la négritude n’ont fait que riposter à l’agressivité raciste adverse d’où qu’elle venait.Ce,il y a eu un temps pour la victimisation et il faut desormais un temps pour le combat où le Noir ne doit plus s’ériger constamment en dernier rejeton des clichés qui émaillent l’Histoire Humaine .

Certains intellectuels africains ont dejà adopté cette position impetieuse tel le prix littéraire,l’écrivain et dramaturge nigérian Wole Soyinka et qui dit:“le tigre ne doit pas parler de sa tigritude;il capte sa proie,la tue et la mange”.D’ailleurs à force de parler de racisme,d’exclusion à son égard,on reconnait de manière latente son infériorité vis à vis de son interlocuteur.

Il n’est point utile d’être un adepte de Jung,Lacan ou Freud pour “com-prendre“cette subtilité.Depuis belle lurette le sablier de la clepsydre s’est vidé,l’homme est parait-il allé sur la lune,l’Amerique a élu un Noir à la Maison Blanche et certains Noirs se complaisent toujours à se referer sur un passé certes douloureux mais à jamais révolu.

Enfin nous devons savoir que la société mauritanienne souffre dans son hétérogeneité.M’Boirik de Bassiknou,Penda d’Aeré Goleré,Brahim Salem d’Atar et Moussa de Gouraye ont quotidiennement les mêmes problèmes depuis l’independance de leur pays.Nous avons besoin de patriotes capables de hisser la Mauritanie au firmament des nations où il fait bon vivre.

Pour éradiquer la tare de l’ésclavage,juguler le racisme,lutter contre la pauvreté,l’injustice,la dilapidation des deniers publics,nous prônons des solutions mauritaniennes endogènes.Certes on est,on existe toujours par rapport au monde qui nous entoure.

Mais la comparaison doit être porteuse de bourgeons dont le nectar sera reparti équitablement à tous les niveaux de la société mauritanienne.Dans ce cas,je conseille à Biram de rester humble,accessible,tolerant mais intransigeant quant à lutter contre les ésclavagistes,les racistes de tous bords. Biram doit rester Biram,il n’est ni martin l. King ni Nelson Mandela.

Bonne fin de Ramadan pour tous les Mauritaniens.

Capitaine Ely Ould Sid’ahmed Ould Sidi Dit Krombele

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FLAMNET-AGORA: KHOUTBA DU VENDREDI : PETIT CAHIER D’UN RETOUR AU PAYS NATAL

altNormalement je ne suis pas superstitieux, mais aujourd’hui je vais porter cet habit, nécessaire, pour mieux spéculer sur ce qui nous entoure, ce qui se dit, se chuchote et finalement sort au grand jour.

Les FLAM reviennent en Mauritanie, pendant qu’une lutte à Kaëdi réveille de vieux souvenirs (heureusement que les jeunes ont été libérés) et qu’à Nouakchott l’équipe nationale crée une heureuse « surprise » en éliminant le Sénégal et du coup qualifiant, pour la première fois de la vie, le pays à une compétition de haut niveau africain. La Mauritanie va tester son talent au pays de Madiba, encore sur ligne de départ comme toujours. Admettons que c’est le concentré de la nation qui va aller nous représenter chez la « Nation arc-en-ciel ». Finalement la Mauritanie a connu trois « événements historiques » ces dernières semaines.

Donc, le retour des FLAM est salvateur ! En tout cas, il donne un coup d’accélérateur à l’histoire en démontrant, une fois de plus, que la joie côtoie le chagrin. Mais qu’il est aussi possible, en s’écoutant les uns les autres, de discuter de ces heurts qui déstructurent la société dans laquelle nous vivons. C’est ça la superstition pragmatique que je vis depuis deux jours. Les coïncidences sont ce qu’elles sont ! Mais moi je suis obligé, aujourd’hui, de croire au possible que figurent les trois événements. Leur coïncidence doit revêtir d’autres significations. C’est pourquoi les sons de cloches d’à côtés ne doivent pas me détourner de l’essentiel jusqu’à oublier ma mission.

Et bien, je crois que la victoire de l’équipe est imputable à ce retour. Je suis presque sûr que c’est ça, car la confiance a régné et l’envoyé spécial des FLAM a dû dire au président : « Tu vas au stade lors du match retour contre le Sénégal. Tu seras surpris par plusieurs choses en même temps. L’état de ta santé va s’améliorer davantage, mais autre chose de plus important te surprendra. Enfin, tu verras de tes propres yeux comment il est indispensable de nous écouter et de comprendre que notre discours est applicable sur le terrain, notre stade national avec notre public discipliné et rangé des deux côtés de l’Avenue Mokhtar Ould Daddah. »

Je vous jure que c’est ce qu’il a dit au président sinon, ce dernier ne serait pas allé constater de ses propres yeux, convalescent, au point d’exposer devant les caméras du monde ses réflexes strictement humains. Il ne peut plus nier qu’il est quand même humain devant un peuple multiple et joyeux en même temps. Donc, il doit avoir le temps et la disponibilité d’écouter tous les messages qui lui viennent du peuple ou d’une partie de celui-ci.

En tout cas moi si j’étais chef, j’allais revoir ma feuille de route gouvernementale et proposer d’appliquer à la lettre ma mission dont la légitimité émane de toutes nos composantes. Je crois aussi que l’envoyé spécial et les autres ont cette idée en tête : il est possible, impératif voire obligatoire de recréer une équipe capable de jouer sur ce terrain avec un public rasséréné et confiant. Il faut redéployer les joueurs, les insérer ou refonder carrément l’équipe avec un sang neuf puisé chez les locaux. C’est une question de tactique après tout. Enfin comme notre tactique footballistique, celle qui prend en compte les talents des fils du pays, les met en synergie et les lâchent sur un terrain 90mn seulement pour unir les émotions. Non j’ai rêvé que l’envoyé spécial en a parlé. Je suis superstitieux et la coïncidence des événements traduit quelque chose à-venir.

L’incident de Kaëdi constitue un événement qui a pour fonction de rappeler aux citoyens qu’ils ne doivent pas pour une « simple place de marché » réveiller leur xénophobie devenue presque consubstantielle de leur existence quotidienne. C’est regrettable qu’il se produise lors du séjour, mais c’est important, car l’histoire ne ment pas. D’ailleurs cet événement renforce le discours du mouvement et des autres acteurs aussi.

L’événement semble dire : « Vous voyez encore aujourd’hui, et depuis toujours nous parlons de ces histoires au marché, au bureau, dans les services, dans l’armée, dans la rue, dans un restaurant, dans un bus, à l’extérieur… qui perturbent notre nation. » Vous voyez encore pourquoi je suis superstitieux aujourd’hui, car les coïncidences des leçons m’intriguent. C’est incroyable, les FLAM rentrent et puis nous voyons quelques changements intervenir.

Du côté de Madiba, les joueurs et leur staff, le président lui même qui a pris en main l’aventure, comprendront peut être ce que signifie l’arc-en-ciel, cette bande qu’ils voient rarement, barrant l’horizon de notre regard, sous nos cieux. Ils verront les couleurs, mais une bande les unissant, rendant leur beauté sublime, quand elle flotte dans un air dégagé. Respiration profonde pour mieux saisir l’idée du flottement, l’apesanteur, la liberté, l’esprit de création ! Un Mandela est passé par là avec le courage d’un De Klerk assigné à résidence par la loi de la majorité. C’est aussi simple que cela.

La libération de ceux qui ont été arrêtés à Kaëdi augure un apaisement de la situation, mais renseigne toujours encore sur ce qui est à faire aujourd’hui et surtout demain après le retour ! Le combat continue, te diras celui que j’indexe là à l’instant. Il se reconnaîtra.

Donc sur le marché économique c’est dur. Je le soupçonne d’être le lieu, par excellence, du racisme dans tous les pays du monde. Donc, il va falloir réfléchir sur la structure du marché, son organisation… Pour dire vrai, je veux signifier que l’argent du pays doit être mieux redistribué et que l’accès aux marchés publics soit ouvert à l’ensemble des acteurs du pays sans discrimination afin que l’économie générée puisse être infusée dans les maillons les plus faibles de la société. Avec toutes ces opérations, nous aurons moins de pauvres et nous lutterons contre la promiscuité des marchés qui réveille la xénophobie et l’intervention ciblée de la police chargée, pourtant, de gérer notre sécurité à tous.

 

Vous voyez qu’au stade le président était à l’aise, se permettant même de jouer au foot de manière virtuelle, sautillant, souriant, applaudissant comme un simple spectateur. Je dis bien comme un simple spectateur, car malgré sa loge nous avons vu le même match, nous avons eu la même émotion et finalement nous nous sommes souris sans nous soucier de l’écran qui nous sépare. Donc le stade peut bien jouer un rôle dans la convergence des différences, même s’il peut aussi être le siège de la destruction des acquis. Mais je crois que cela dépend aussi de l’enjeu. Car ici le gain est collectif et non comptable et individuel, car il relève de l’émotion alors qu’au marché de Kaëdi il faut bien être solide de nerfs wogave ou pas sous 45°, ruser pour s’en sortir car nos régions n’offrent aucun service sauf celui d’une administration lourde et souvent malveillante avec une catégorie des citoyens.

 

Ces deux événements que je viens de commenter marquent le retour des FLAM, je crois.

 

Donc, je suis obligé d’être superstitieux moi qui criais tout haut : « Hey rentrez ! ». Je suis obligé, car j’y vois un signe : le combat doit continuer avec un nouveau look pour mettre à genou ceux qui ont toujours parlé de « peste ». Il faut qu’on les immunise de leur peste pour mieux les capturer. Le médecin qui soigne son malade y trouve un allié sûr, wallaahi. En tout cas les membres de l’équipe nationale reçus par le président ne sont pas sortis de cette audience déçus. Même l’envoyé spécial des FLAM aussi est sorti rassuré que son mouvement ait fait l’excellent choix de rentrer au bercail. La presse en a rendu largement compte et des polémiques sont nées. C’est aussi un excellent signe de l’existence d’une chose sur laquelle il faut devoir compter dans un contexte qui ne cesse de changer. Et puis, je ne sais pas s’il était encore là, il a pu tester, ne serait-ce qu’une infime partie de l’atmosphère de la nation le jour de la victoire. Ce sont ces événements en coïncidence/résonnance qui me rendent superstitieux aujourd’hui.

 

La superstition rend service, car elle peut tranquilliser. Et puis, nous les hommes nous aimons les coïncidences heureuses ou malheureuses pour discourir infiniment sur leurs significations et leurs influences possibles sur notre vie. C’est pourquoi ces deux événements me font dire ce que je dis à l’instant. Une équipe qui gagne alors que les FLAM sont là ! C’est un excellent signe non ! Un président convalescent qui tape sur un ballon imaginaire et qui se réjouit pendant que les FLAM sont là ! Un événement malheureux qui nous avertit et nous rappelle une histoire en même temps pendant que les FLAM sont là ! Ça, ce sont d’excellents signes venant de toutes nos divinités et des plus insolites d’entre elles.

 

Il ne faut jamais y voir un hasard ou une superposition de coïncidences froides et insignifiantes. Ce sont des prières pour la réussite de la mission de retour. En tout cas c’est ce que je crois comme vérité aujourd’hui. Demain nak, je ne sais pas. On verra !

 

Je suis donc superstitieux et ce n’est pas interdit en plein ramadan. C’est à croire ou ne pas croire. D’ailleurs le ramadan aussi nous rappelle de tristes événements, mais admettons les comme des éléments de notre histoire que nous devons assumer tous, bourreaux et victimes confondus. Mais c’est aussi un mois de rahma je crois. Je ne sais plus comment cela s’appelle en arabe. Sinon, les FLAM ne seraient pas sur le point de revenir à faire gagner notre équipe nationale, même si des gens s’élèvent contre leur nom : Mourabitoune. En retraite parce qu’en avance sur la nation en construction ?

 

En avril dernier j’étais sur la tombe d’Abdallah Ibn Yacine, sur les collines du moyen Atlas dans la région du Zaïr, au Maroc. Je me suis demandé comment ces messieurs originaires de la vallée du fleuve Sénégal ont fait pour traverser ce désert et planter leur drapeau dans ce paysage paradisiaque qui environne la ville actuelle de Rabat. Abdallah Ibn Yacine surveille du haut de sa colline toute la région et ses tribus. Au bas de la colline, d’une hauteur moyenne de 500 m, coule un mince oued alimentant des milliers d’oliviers sauvages. Extraordinaire exploit historique avec les War Diabi Ndiaye du Tekrur dont les armées se montrèrent téméraires lors de la conquête de l’Espagne. Ah oui, ceux qui pensent que les Mourabitounes sont les seuls ancêtres des berbères ( !) se trompent lourdement. Ceux du ribat –la retraite, je crois-, inspirateurs des révolutions théocratiques de Nacer Eddine, du Bundu, des Almamys du Fuuta Jaloo, du Macina jusqu’à Ousmane Dan Fodio. L’histoire c’est une chose complexe, compliquée et il n’est évident d’en démêler l’échafaud avec le dépit du sentiment d’exclusion qui peut toujours nous distraire. Là, la discussion risque d’être longue et les FLAM ont cette question dans leur ordre du jour dès leur retour.

Mais je crois aussi que ces débats sont souvent inadéquats. Il faut attendre que nous réglions les problèmes de places au marché de Kaëdi pour en discuter. C’est trop compliqué l’Histoire, donc il faut y aller avec des pincettes sinon on risque bien d’être pincé par les hypothèses étroitement nationalistes des écoles de chez nous. Donc chemin étroit à éviter quand on négocie une nouvelle insertion.

De toutes les façons moi, je suis superstitieux et je n’aime pas beaucoup les signes qui perturbent ma tranquillité. Je préfère donc me concentrer sur les événements heureux pour mieux comprendre leur message et la démarche de ceux qui les portent. C’est cela mon problème moi. Je dois veiller sur quelque chose qui semble ne pas me concerner alors que j’ai envie de crier si, cela me concerne oui. Sinon je n’allais jamais arborer l’habit du superstitieux concret donc pragmatique et chercher à vous persuader, vous lecteurs, que ces deux événements sont importants et sont des signes de changements après l’amorce de retour des FLAM.

Je crois que ces deux événements sont importants même si l’un d’entre eux a failli prendre le chemin du deuil. Finalement, j’ai, entre les mains, une médaille avec ces deux faces et je peux la retourner sur la figure de la qualification de l’équipe nationale. Et si elle ramenait la coupe ? Le résultat final sera vitalement important : la naissance d’une émotion partagée.

Bon pour ne pas reprendre la même khoutba d’il y a quelques jours, je m’en arrête là, pour que la superstition puisse jouer pleinement son rôle. Mais pour que les deux éléments qui structurent ma superstition aient leur véritable poids, il faut que la dernière phrase de ce paragraphe, que je cite, puisse se transformer en réalité : « Même si la mission de prospection des FLAM n’a pas dressé de bilan, force est de constater qu’elle a réussi, à tout le moins, à briser la glace. Le mouvement, considéré, jusqu’ici, comme « peste », a réussi à se faire écouter. Le message est passé, il reste à transformer l’essai, en réservant un bon accueil à la délégation présidentielle du mouvement. » (lire : « Retour des FLAM : La glace est brisée », http://www.cridem.org/imprimable.php?article=645725, visité le 25/07/2013).

Pour devenir un superstitieux pragmatique il faut bien que la foule vienne, le jour de l’effectivité du retour, valider cette prophétie qui s’y cache.

 

 

Abdarahmane NGAIDE (BASSEL), Dakar, 26/07/2013

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FLAMNET-AGORA: Incidents de Kaédi ou violences intercommunautaires

altMarché de Kaédi, 7 juillet 2013. Une dame, négro-africaine, se fait injurier puis gifler par un jeune arabo-berbère ( ?) qui pourrait être son fils. Cela se passe en Mauritanie. C’est-à-dire dans un pays islamique et de tradition africaine. Un pays où on naît et on grandit dans le culte de la déférence à l’ainé, au plus âgé que soi, fut-ce d’une année. Cela a eu lieu dans un pays où, jadis, dans la rue ou dans un lieu public, on allait à la rencontre de la personne pouvant avoir le même âge que son père ou sa mère — pour lui rendre service — plutôt que d’attendre d’être sollicité par elle.
 
Considérant, à juste titre, l’avanie faite à la pauvre dame comme un fait inacceptable et intolérable, des jeunes négro-africains ont cherché à faire eux-mêmes justice. Quand l’État s’éteint ou fait comme s’il n’existait pas, quand ses représentants locaux ferment les yeux ou prennent parti…, c’est le chaos qui s’installe, avec pour devise « œil pour œil, dent pour dent ». N’ayant pas observé que les autorités, au niveau national et local, avaient mesuré toute la dimension de l’incident et qu’elles s’attelaient à lui trouver des solutions justes et apaisantes, les jeunes s’« [attaquèrent] aux commerces… ». « Le marché et les boutiques appartenant aux commerçants maures [furent] particulièrement visés […], vandalisés par les jeunes de Kaédi. », apprend-on. La détermination des jeunes à laver l’offense fut telle que la tension et l’insécurité qui en résultèrent contraignirent « Les commerçants maures à se réfugier chez le Wali pour être en sécurité. » (Propos rapportés par DIA ABDOULAYE VIA CRIDEM et publiés sur Boolumbal.Org — propos qui auraient été tenus par la dame victime de la gifle.)
 
 
Arrestations. Emprisonnements. Présence massive des forces de police… Kaédi vit au rythme d’une intense tension interethnique. Organisations de la société civile et partis politiques essuyèrent critiques et imprécations, non méritées, adressées par certains commentateurs et quelques hurluberlus toujours aux aguets, toujours prompts à se livrer  à des papotages sur le premier fait ou évènement venus sans même en savoir les tenants et les aboutissants. Il leur est reproché, à tort, d’avoir tardé à réagir, à condamner, à se rendre au chevet de Kaédi… Faisant du principe maoïste (« Sans enquête pas de droit à la parole ») leur credo, certaines de ces Organisations et quelques partis politiques ne s’expriment qu’une fois en possession d’informations fiables sur les incidents en question, et après avoir été en contact avec les principaux protagonistes. Les Notables de la ville sont sollicités. Tout le monde appelle à l’apaisement, et pointe du doigt la partialité des autorités locales ou leur incompétence.
 
 
Au-delà des récriminations, des condamnations et des appels à l’apaisement, légitimes, que révèle une fois de plus cet incident qui a donné lieu à ces évènements ? Pourquoi l’étincelle (une dame victime d’une gifle précédée d’une injure) a mis aussi vite le feu dans tout Kaédi ? Si la victime et l’auteur de la gifle étaient de la même ethnie, de la même communauté, l’incident aurait-il provoqué une réaction aussi violente, massive et spontanée ? J’en doute ! A-t-on jamais vu en Mauritanie un incident de même nature au sein d’une même ethnie, d’une même communauté ? Pas à ma connaissance ! Des actes d’impolitesse, des propos désobligeants, venant d’un jeune à destination d’une personne plus âgée, oui, cela peut arriver, encore que cela est rarissime dans nos sociétés. Mais porter la main sur celui qui a l’âge de son père, de sa mère, de son grand-frère…, sauf à avoir affaire à un malade au sens psychiatrique du mot, c’est du jamais vu dans nos sociétés. Si ce jeune a osé porter la main sur cette dame, c’est en définitive à cause du racisme d’État ambiant, de la certitude de bénéficier d’une impunité et de la protection de l’administration. En 1990/1991, dans une institution (l’armée) où la discipline et l’obéissance étaient à l’honneur, les exécutions extrajudiciaires des militaires noirs eussent été inconcevables — que dire de leur mise en application — sans le racisme d’État, sans la bénédiction du pouvoir exécutif et des autorités militaires de l’époque. Sans cela un militaire, quel qu’il soit, quelle que soit son ethnie, se met au garde-à-vous devant son supérieur, quelle que soit l’appartenance communautaire de celui-ci, plutôt que de lui trancher la tronche, parce qu’il est noir, ainsi que cela s’est passé.
 
 
Le racisme d’Etat met constamment à mal l’unité nationale. Il pose la question de la cohabitation de nos communautés. Que les ONG et partis politiques soient prompts à donner de la voix à chaque fois que surgit une tension interethnique née ou encouragée par des pratiques ou des gestions étatiques ou administratives racistes, on ne peut que s’en féliciter. Cela, naguère, ne se voyait pas. Mais les ONG et partis politiques rendraient plus service au pays s’ils mettaient au cœur de leurs préoccupations et priorités les voies et moyens pour réaliser un vaste débat national sur la cohabitation entre nos différentes communautés, notamment dans ses dimensions organisation et gestion du pouvoir politique en Mauritanie. L’unité nationale ou la cohabitation communautaire est la question politique numéro un. Nous ne cessons de le ressasser depuis plusieurs années. Lorsque le pays est sans cesse mis à feu et à sang du fait de la marginalisation et de l’exclusion à caractère raciste de certaines composantes nationales, faire de l’unité nationale une question politique centrale s’impose. Et cela passe par la recherche d’une concertation nationale autour de la cohabitation.
 
 
Pour l’instant, en dehors de TPMN, du PLEJ, de l’AJD/MR et des FLAM, nous ne voyons aucune autre formation mettre au centre de ses priorités politiques l’éradication du racisme d’Etat via un débat national sur l’unité nationale. Nous sommes loin du compte. Loin du bout du tunnel. Alors les incidents de Kaédi, sous une forme ou sous une autre, se reproduiront. À Kaédi ou ailleurs. Et on reviendra à Kaédi ou on ira ailleurs, avec les mêmes discours, les mêmes incantations. Cela peut apaiser, réconforter. Cela peut contribuer à élargir sa base électorale — perspective des prochaines échéances électorales oblige. Mais cela ne guérit pas le mal récurrent né d’une cohabitation inégalitaire.
 
Boye Alassane Harouna
26 juillet 2013

www.flamnet.info

 

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