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Flamnet-rétro: Hommage aux FLAM: Des membres fondateurs à la jeunesse militante et vaillante par Ba Mamadou Sidy membre-fondateur des FLAM
L´ anniversaire de nos justes et glorieuses FLAM m’offre l’agréable occasion, en tant que co-fondateur de cette organisation, de rédiger ce témoignage relatif à l’histoire de notre mouvement. Je voudrai d’abord rendre un hommage mérité à nos compagnons disparus qui n’ont jamais failli à leur mission de combattants; ceux qui avaient toujours mis la cause au- dessus de toutes considérations personnelles. Je citerai quelques noms: Djigo Tapsirou mort à Oualata, Moussa Kébé, Aboubekri Khalidou BA, Ibrahima Kassoum BA. Mes pensées vont également à l’endroit de mon ami et compagnon de lutte Feu Saidou Kane co-fondateur de l ‘UDM cette première force organisée du nationalisme négro-africain militant. Saidou Kane et moi, avions eu le privilège de représenter l’UDM au congrès constitutif des FLAM le 14 mars 1983 (Chez Aboubekry Khalidou BA). Il est également réconfortant de constater que la quasi totalité de cette première génération des FLAM reste aujourd’hui encore dans les rangs de notre mouvement, par fidelité, par conviction et par respect à nos martyrs; nous citerons par exemple Samba THIAM le Président des FLAM dont le courage politico-militaire n’est plus à démontrer; Ibrahima Abou Sall avec sa conviction inébranlable, l’exemple d’un leader- combattant désintérressé au dirigisme; notre camarade Hapsa Banor Sall, grande combattante, courageuse, ses origines guerrières, expliqueraient certainement la détérmination de notre amazone; mon ami d’une quarantaine d’années Boye Alassane Harouna écrivain qui est aujourd’hui l’élément le plus politique du mouvement, Idrissa BA dit Pathe, toujours prêt à accomplir les missions les plus difficilles; Kamara Abdoul Khoudouss le sage qui avait accueilli chez lui la rencontre d’avril 1978 du premier noyau qui allait plus tard participer à la création de l’UDM. Mes hommages également à cette génération des Kaaw TOURE, Ibrahima Mifo SOW, Mamadou BARRY, Cheikh Oumar BA, Aboubackrine Ndongo, Abou Hamidou SY, Abdoulaye THIONGANE, Amadou Mody THIAM, Abderrahmane WONE, Houlèye Thiam entre autres, qui est prête aujourd’hui à assumer ses responsabilités historiques.
J’articulerai ce témoignage sur deux points:
1- Le contexte historique de la création des FLAM.
2- La création de FLAM.
I – LE CONTEXTE HISTORIQUE
– L’émergence des courants Nationalistes Négro-africains organisés devant conduire à la création des FLAM date de 1978 dans un contexte particulier de l’histoire de notre pays. Situation marquée par :
a)- la guerre d’expansion menée par le régime- Daddah au Sahara Occidental suite aux accords entre la Mauritanie, le Maroc et l’Espagne qui avaient abouti au partage du Sahara entre la Mauritanie et le Maroc. Cette aventure guerrière contre la volonté des saharaouis, s’est soldée par une cuisante défaite du maillon faible que constituait la Mauritanie. Cette guerre ruineuse, injuste et impopulaire devait emporter le régime de Ould Daddah le 10 juillet 1978.
b)- La dislocation du MND- PKM qui n’a pas pu surmonter ses divergences politico-idéologiques sur l’appréciation des réformes operées par le régime-Daddah. Une partie du MND-PKM avait rejoint le pouvoir pour, disait-elle, nous amener vers plus d’indépendance. L’autre partie avait refusé de rejoindre le pouvoir et s’est reconstitué sur la même base politico-idéologique du défunt MND- PKM historique .
c)- Le coup d’État du 10 juillet :- l’avénement des militaires au pouvoir avait été salutaire pour la Mauritanie, parce que les conséquences sociales devenaient de plus en plus insuportables. Ces militaires avaient pris le pouvoir sans programme politique clair; leur seul souci était de se désengager de cette guerre désastreuse. Dans leur premier communiqué, ils disaient ” l’armée a pris le pouvoir……jusqu’à l’instauration d’institutions démocratiques” mais, ils resterons plus de 30 ans au pouvoir avec une petite parenthèse de 15 mois de régime civil. L’armée avait souhaité dès son accession au pouvoir des contributions écrites pour, disait-elle, régler les problèmes du pays. Les négro-africains s’étaient bien mobilisés pour poser clairement le problème de la cohabitation. Le Mouvement Noir commencait à prendre de l’ampleur avec son noyau clandestin UDM.
En 1979, la circulaire 02 poussa les élèves à s’organiser; guidés et orientés par l’UDM. Le refus des 17 négro-africains de sièger au Conseil Constitutionnel provoqua la chute du CMRN et son Président Moustapha O/ Mohamed Saleck. Le CMRN redevient CMSN; Bouceif occupa la vice-présidence et devint Premier-Ministre avec plein pouvoir. C’est dans ce climat d’agitation, que le pouvoir décida d’arrêter les responsables ou supposés responsables de l’UDM. Dans le cadre de ces arrestations j’avais bénéficié gratuitement d’un billet d’avion de Sélibaby (ou je travaillais) à Nouakchott, escorté par un gendarme; Arrivè à l’Etat- Major de la gendamerie, j’appris la libération de Saidou Kane, Ibrahima Kassoum BA, Kamara Abdoul Koudouss: avant d’être libéré à mon tour après un interrogatoire musclé à la Sûrete Nationale.
II- LA CRÉATION des FLAM
J’avais déjè abordé ce chapitre dans ma dernière interview passée sur FLAMNET. Je voudrais simplement rappeler le rôle moteur joué par le MEEN dans la fusion des organisations politiques (UDM, MPAM et ODINAM). L’UDM, après avoir envoyé un premier et un deuxième négociateur avait fini par envoyer un troisième en la personne de Barry Abdoulaye avec mission obligatoire de finaliser les accords pour la fusion. L’UDM supportait mal cette “indépendance du MEEN“; nous avons fini par respecter leur volonté sans cacher notre colère.
Le congrès constitutif se tient le 14 Mars 1983 chez Aboubekry Khalidou BA. La fusion organistionnelle réalisée, il fallait encore du temps pour réaliser celle des coeurs. Les campagnes syndicales et les perspectives des municipales furent l’occasion de larges rencontres; le mouvement noir prenait de l’ampleur avec comme force motrice (FLAM qui était encore en clandestinité) Djigo Tapsirou et Aboubekry Khalidou BA devenaient incontestabement les leaders naturels de ce mouvement en effervescence conjoncturelle. C’est dans cette situation qu’apparait le Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé. Le régime TAYA, conscient de l’ampleur que prenait chaque jour le mouvement et ayant recu les versions du manifeste manipulées par les Baathistes, passa à la répression (l’arme des régimes faibles). Les cadres furent arrêtés entre 4 Septembre et 13 Septembre 1986. Nous fûmes rejoints une année plus tard par nos frères militaires qui venaient de perdre trois braves Officiers, nos martyrs (SY Saidou, BA Seydi et Sarr Amadou).
Nos jeunes prirent le chemin de l’exil dès Septembre 1986; c’est l’occasion de rendre un hommage à ces jeunes qui avaient continué dans des conditons difficiles la lutte à l’extérieur; ils sont nombreux, j’en citerais simplement quelques uns: Kaaw Touré, Ibrahima Sow dit MIFO, Ba Ciré, Ba Amar, Cheikh Oumar Ba, Mamadou Barry, Abou SY, Salah Eddine SY, Aboubeckrine Ndongo, Wélé Ibrahima, Amadou Alpha Ba, Ousmane Diagana, Dia Alassane dit Diaz, Amadou Thiam, Feu Sow Boubacar dit Jules, Abdoulaye Thiongane, Elhadj Sidi Ngaédé, Mohamed Yaghine Haïdara, Ba Oumar Silèye dit Barou, Diagana Boubacar etc… Les FLAM n’oublieront jamais le rôle que vous aviez joué pour maintenir, massifier les FLAM tout en oeuvrant pour la libération de vos frères qui croupissaient à la prison de Oualata. Nous ne pouvons jamais oublier ce passé glorieux.
Je ne pourrai terminer ce témoignage sans m’adresser particulièrement à notre jeunesse; cette jeunesse, aujourd’hui d’avant garde qui a toujours fait montre de courage, de dynamisme de fidélité à cette cause. Ces jeunes qui ont supporté les difficultés de l’exil, de la lutte sans jamais se plaindre, qui ont toujours accompli les missions les plus dangereuses avec dévouement et compétence sans jamais s’enorgueillir. Les FLAM vous appartiennent vous aviez supporté les débats houleux de vos doyens “têtes cassées” Mamadou Sidi Ba en premier, Samba en second et Ibrahima Abou SALL sans jamais vous départir de votre politesse toujours à la recherche de solutions favorables aux FLAM. Il faudrait retenir que le secret de la longevité des FLAM est dû surtout à son incorromptibilité.
La lutte doit continuer.
14 mars 2010.
Ba Mamadou Sidy- Jackssonville-Florida-USA.
Membre-fondateur des FLAM et membre du Conseil National
FLAMNET-AGORA: Anniversaire des FLAM: des voeux d´une jeune militante
Joyeux anniversaire à notre mouvement qui nous tient à cœur et une pensée pieuse à nos vaillants martyrs qui sont morts mais qui ne sont pas partis car ils sont la gravés dans nos cœurs. Nous ne pouvons jamais, jamais au plus grand jamais les oublier, non plus pouvoir les ignorer .
Que DIEU nous donne la chance d’avoir une longue vie et le courage de poursuivre le combat jusqu’à que ns ayons une victoire lumineuse . VIVE LES FLAM.
LLC!
FAMA KONTÉ DES FLAM-Europe de l´Ouest.
FLAMNET-AGORA: La mémoire collective; un outil dans notre combat politique par Ibrahima Abou Sall-Historien-chercheur et rescapé de la prison mouroir de Oualata
La question de l’identité dans le discours politique en Mauritanie est quelque chose de relativement ancien. On peut même dire qu’elle naquit avec la colonie. En effet, dès sa création théorique (par décision du conseil interministériel du 29 décembre 1899 tenu au 55, rue La Boétie 75384 Paris Cedex 08), et avant même la conquête militaire du Trab el Bîdhân[1] (1902-1933) le colonialisme français avait introduit déjà le débat sur les identités ethnique et raciale de leur future colonie. On parlait de créer un « (…) espace unitaire maure »[2] et de créer une colonie (la « Mauritanie occidentale ») dont les principes de fondements devaient reposer sur des « (…) facteurs de l’unité naturelle maures et sahariens »[3].
Les débats identitaires commencent à être affichés réellement durant les années 50, particulièrement à partir de 1958, avec la sortie dans la presse des colonies et dans celle de Paris de déclarations à caractères racistes et exclusivistes de certains leaders Bîdhân arabo-berbères.
Dans son numéro 334 du 21-27 avril 1958, un hebdomadaire de Dakar (Sénégal) « Echos d’Afrique noire » publie un article intitulé : « Les Maures veulent se rallier au Maroc parce qu’ils ne veulent pas être commandés par des Noirs ». Deux mois plus tard, dans le quotidien français, Le Monde du 29-30 juin, le vice-président du conseil du gouvernement de la colonie de Mauritanie, et futur président de la première république choisi par l’administration coloniale, Mokhtar Wul Daddah déclarait : « Si nous devions choisir entre une fédération maghrébine et une fédération d’AOF, nos préférences nous porteraient vers le Maghreb ».
Mokhtar Wul Daddah
Face aux prises de position exclusivistes de cette personnalité qui prétendait construire l’unité de la Mauritanie, un conseiller territorial de la colonie du Sénégal, Dr Moustapha TOURE (1922 – vendredi 16 avril 2004) répondit dans le même journal : « (…) Si les Maures ne veulent pas accepter le jeu normal de la démocratie qui postule la loi du nombre ou que,(…) [s’] il leur coûte beaucoup trop d’être dirigés par des Noirs, le problème qui se pose à notre conscience nous Africains, nous Sénégalais, nous riverains du Fleuve, c’est celui du retour des Noirs de la Mauritanie actuelle dans la Fédération d’Afrique Noire, parmi leurs frères Nègres»[4]
Le Ministre d’Etat chargé des Affaires étrangères de Mokhtar Wul Daddah, Hamdi Wul Moukhnas (1968-1978), consolidera cette thèse dans une interview qu’il accorda au journaliste et ethnologue italien Attilio Gaudio dans un numéro spécial consacré en août 1976 au « Réveil mauritanien » dans la revue Remarques africaines de Bruxelles : « Certains observateurs ont peut-être été étonnés de notre entrée si tardive au sein de la Ligue des Etats arabes. En fait, elle est surtout due aux lendemains difficiles de notre indépendance. Nous étions alors coupés de tout et de tous. La colonisation nous avait intégrés à l’Afrique occidentale bien que notre culture soit arabe » [5]
Hamdi Wul Moukhnas
Durant la période coloniale, il faut préciser que le débat sur la question identitaire était rendu encore plus compliqué par les prises de position politique et idéologique raciste de l’autorité coloniale elle-même. Comme on dit en Pulaar ou Fulfulde : « jeddi ngalaa » (Nulle personne ne peut contester ce fait historique)
Comparés aux Bîdhân, les Noirs (Bamana, Fulɓe, H’râtîn, Sooninko, Wolof) étaient considérés inférieurs culturellement. L’administration coloniale avait la certitude qu’il y avait chez ces derniers un « vide culturel » qu’il fallait combler. Alors elle se crut dans le devoir de créer pour eux des écoles destinées à « (…) donner satisfaction aux légitimes aspirations des populations noires à la culture française »[6]. Tandis que chez les Arabo-berbères, le même gouverneur avait écrit « (…) il faut tenir compte du fait qu’il existe une civilisation musulmane fortement poussée que, partout nous respectons et favorisons »[7]. C’est la raison pour laquelle, à la différence des Noirs « (…) l’enseignement chez les Maures doit être avant tout un moyen d’action politique. (..) [pour] (…) former dans d’excellentes conditions et sans porter ombrage à l’esprit d’indépendance de nos administrés (…)”[8]. Le Lieutenant-gouverneur de Mauritanie par intérim, Beyries, a écrit quant à lui dans son rapport politique annuel de 1938 que l’enseignement constituait par ailleurs un moyen « (…) de doter la nouvelle génération d’une culture arabe que leurs parents n’avaient pas »[9]. Cette politique de l’enseignement fut renforcée dès 1954 par la publication de l’arrêté n°139 du 24 mai 1954 du gouverneur de la Mauritanie rendant l’enseignement de l’arabe obligatoire sur l’ensemble du territoire[10].
Donc, contrairement à une idée reçue, ce n’est pas le premier gouvernement dirigé par Mokhtar Wul Daddah qui a imposé l’enseignement obligatoire de l’arabe, mais bien l’administration coloniale française. Les textes de février 1966 imposés par le régime de Mokhtar Wul Daddah étaient dans une logique de renforcement de cette arabisation.
La politique scolaire appliquée à partir de 1905, mais sans aucune formalisation au préalable, eut pour effet de diviser la communauté scolaire « mauritanienne » en deux groupes distincts sur des considérations raciales. En Mauritanie, dans l’exercice de l’administration coloniale, les « Mauritaniens » étaient administrés sur des critères raciaux aussi dans les domaines de la justice, de la santé, dans le recrutement pour l’armée coloniale, dans le paiement des impôts[11].
Un des successeurs de Beyries, Christian LAIGRET, quant à lui, avait trouvé normal que cette colonie (qu’il assimilait à une seule ethnie, celle des Bîdhân et leurs H’râtîn et esclaves) se tienne, après les élections de juin 1946, « (…) à l’écart de toute réforme et de toute propagande. [car], (…) la circonscription électorale unique Sénégal/Mauritanie avait déçu les Maures, peu satisfaits de voir « (…) un Noir représenter un pays de Blancs »[12].
Evidemment, les chefferies guerrière et Zwâya avaient fini par être convaincues par cette thèse coloniale qui affirmait l’appartenance de la Mauritanie à une seule ethnie, la leur, les Bîdhân, et la primauté de ceux-ci sur les Noirs, quelles que soient leurs appartenances ethnique, culturelle et sociale (Bamana, Fulɓe, H’râtîn, Sooninko et Wolof)
La volonté de confier la direction du pays à des dirigeants politiques bîdhân, la conviction acquise par ces derniers que la Mauritanie était une « colonie ethnique maure », l’argumentation classique de groupes d’influence permanents issus des administrations civile et militaire de la colonie qui luttèrent pour que celle-ci ne soit pas annexée au Sénégal pour des raisons de non-rentabilité, et selon laquelle il fallait tenir compte du « (…) refus et de la crainte des Maures d’être dominés par des Noirs »[13], les prises de position des Noirs, tout ceci constituait un ensemble de facteurs psychologiques peu favorables à une stabilité sociale et politique. C’est dans ce contexte de culture politique ethnico-raciste que la colonie de Mauritanie accéda à l’indépendance le 28 novembre 1960.
Cette date symbolise l’affichage officiel local et international de l’hégémonie politique ethnico-raciale des Bîdhân et de l’arabité de la Mauritanie construite et cautionnée avec un accompagnement très lisible d’une Administration coloniale française très raciste anti-Noirs dans le cadre de cette colonie.
Pour confirmer cette vocation raciste anti-Noirs et panarabiste, après les arrestations de septembre 1986, celles de 1987-1990 et les massacres de militaires WaalFuuGi (Bamana, Fulɓe, Sooninko et Wolof), les déportations de 1989-1990, le Système Bîdhân mit en pratique, pour la première fois depuis novembre 1960 une nouvelle et inhumaine action pour montrer ses réelles convictions idéologiques et ses fermes intentions de réaliser ses objectifs politiques et socioculturelles d’arabisation intégrale de la Mauritanie : les pendaisons d’Inal dans la nuit du 27 au 28 novembre 1990.
Une inhumanité installée aux antipodes de la solidarité très humaine exprimée par un des rares Bîdhân qui fait exception : le lieutenant Mohamed Lemine Ould …, de la tribu des Tenwâjib. C’est seulement à Waalata que j’ai eu personnellement l’occasion de trouver pour la première fois depuis les arrestations de septembre 1986 ce cas exceptionnel de sympathie à notre égard. Dès les premiers contacts, il manifesta ce sentiment. Il commanda le fort pendant une courte période (27 avril – 27 juillet 1988). La raison de la brièveté de son séjour trouve, à l’évidence, son explication dans le témoignage de sa sympathie qu’il exprima à notre égard dès les premiers contacts dans notre salle d’enfermement. Une sympathie qui était mal tolérée par ses subalternes dont son premier adjoint, Mohamed Ould BOWBÂLI qui refusait ouvertement de lui obéir à chaque fois qu’il donnait des ordres pour une amélioration de nos conditions de détention. La plupart d’entre nous comprirent que ce qu’il avait vu dans la salle de séjour des prisonniers politiques le jour de son arrivée l’avait choqué : « Comment peut-on faire ça à un être humain ? Comment peut-on faire ça à des êtres humains, des musulmans, des Mauritaniens !». Il fit tout pour améliorer nos conditions de détention (amélioration alimentaire, ouverture des fenêtres qui étaient condamnées et qui le seront de nouveau après son affection pour sanction parce que son comportement humanitaire avait été signalé par ses subalternes à la Direction de la Garde nationale à Nouakchott). Le premier jour, dès qu’il sortit de la salle de détention, il envoya même un garde acheter au village de Waalata du sucre, des arachides et du lait en poudre pour ceux qui étaient les plus marqués par la malnutrition.
Une solidarité humaine qui contrastait dans son intégralité avec l’inhumanité absolue affichée par le lieutenant Ghâli Ould SOUVY, de la tribu des Awlâd Gheylân (Adrâr) : «On vous a fait venir ici pour vous tuer. Vous ne retournerez jamais auprès de vos familles. Nous vous tuerons tous à petit feu, et nous ferons des rapports dans lesquels nous dirons que vous êtes morts de paludisme. C’est fini pour vous. C’est ma mission. Ordre du patron».
Le nom du lieutenant Mohamed Lemine Ould …et ceux d’autres qui ont agi comme lui doivent être mémorisés et honorés publiquement un jour, même à titre posthume lorsque notre pays trouvera un jour sa dignité humaine.
Ce jour viendra. J’en suis convaincu.
A l’opposé, ceux des criminels qui ont organisé et réalisé ce sinistre projet de destructions humaines au nom de l’arabisation et de la Bîdhânisation de la Mauritanie et leurs « Tirailleurs sénégalais » administratifs et militaires issus des milieux H’râtîn, Bamana, Fulɓe, Sooninko et Wolof seront mémorisés dans la négative absolue. La justice citoyenne et républicaine absolue sera appliquée contre eux.
Si de leurs vivants ils ne sont pas jugés et punis, alors leurs descendances risquent d’hériter moralement de ces crimes commis contre les Bamana, les Fulɓe, les Sooninko et les Wolof au nom de l’arabisation et de la Bîdhânisation de la Mauritanie.
Des génocidaires en liberté :
une honte pour l’Humain, une honte pour la Mauritanie
Comme on dit en Pulaar ou Fulfulde « Hare koko jokki haa poolgu » (le combat continue jusqu’à la VICTOIRE
Ibiraahiima Abuu SAL
2014, MBooy, 13 naasaande
(jeudi 13 mars 2014)
[1]Territoires habités par ceux qu’on appelle communément, selon la terminologie coloniale « Maure » ou « Arabo-berbère », et qui se dénomment eux-mêmes, habituellement, « Bîdhân » qui veut dire « Blancs » par opposition aux « Sudan », les « Noirs ». Toutefois, depuis les événements de 1966 et surtout à partir de 1979 (Radio Mauritanie), le discours panarabiste revendique l’appellation « Arabe » à la place de « Bîdhân ». Le panarabisme obtus les conduit à affiche une hostilité maladive contre leurs identités partagées « raciales » (Noirs), culturelles (Berbères et juives) et géographiques (Afrique : ils disent qu’ils ne sont pas Africains).
[2]MARTY, Paul : « Considérations sur l’unité des pays maures de l’Afrique occidentale française » (Annuaires et Mémoires du CEHS/AOF. série B. 1916. pp. : 262-270)
[3] MARTY, Paul : « L’Emirat du Trarza ». Revue du Monde Musulman. Paris, Leroux. 1919, in 8°. 438 pages.
-SALL Ibrahima Abou : « Mauritanie du Sud. Conquêtes et administration coloniales françaises. 1890-1945 » (éd.). Paris, Karthala, 2007. 815 pages.
[4] « Echos d’Afrique noire » Sur la photocopie de l’article que nous avons, le numéro et la date ne sont pas mentionnés.
[5] GAUDIO, Attilio : « Le dossier de la Mauritanie » Paris. Nouvelles éditions latines. 1978. 431 pages. p. : 270.
Chef de Service Maghreb et Afrique du Centre Ouest de l’Agence nationale italienne de presse (A.N.S.A.)
C’est le père de ce même Hamdi Wul Moukhnas qui a assassiné le leader politico-religieux du Fuuta Jaloŋ, Alfaa Yaayaa JALLO, dans le courant du mois d’août 1912 à Port Etienne où il était exilé depuis le mois d’octobre 1911. L’Administration coloniale française de Mauritanie avait fait courir le bruit qu’il est décédé des suites de mauvaises conditions de détentions ; mais, en réalité, il fut tué par ce garde Bîdhân à la suite d’une vive altercation. L’homme politico-religieux du Fuuta Jaloŋ se plaignait de ses difficiles conditions de détention. Le père de Hamdi Wul Moukhnas ne supportant pas d’avoir été engueulé par un « sale nègre » tira sur lui un coup de fusil mortel.
[9] ANS : 2 G 38/1 (200MI 1792). Rapport politique annuel de 1938. Mauritanie. Lt-Gouverneur par intérim Beyries.
[11] SALL, Ibrahima Abou : « Mauritanie du Sud. Conquêtes et administration coloniales françaises. 1890-1945 » (éd.). Paris, Karthala, 2007. 815 pages.
[12]caran : 200 MI 1872/ANS 2 G 46/20. Mauritanie. Rapport politique annuel 1946. III : Elections. P. 9. Il s’agissait du député Léopold Sédar SENGHOR, le futur président de la République du Sénégal (1960-1981).
[13]TERRIER, Auguste et MOUREY, Charles : L’expansion française et la formation territoriale. Gouvernement Général de l’AOF. Paris, Leroux, 1910. p : 301
FLAMNET-AGORA: Anniversaire: Les FLAM c´est toute une vie militante
Aujourd’hui 14 mars 2014, les Forces de libération africaines de Mauritanie ont 31 ans. C’est tout une vie militante pour une Mauritanie débarrassée de son racisme et de son esclavagisme institués.
En ce jour, nospensées vont à nos aînés qui ont sacrifié leur vie pour que triomphe la Mauritanie de nos rêves.
Aux camarades Si Abdulaay Maalikel, Booy Alasan Haruuna, Habsa Banoor, Camara Abdul Quduus, Cillo NyaaÑ, Bah Mammadu Siidi, Sal Abu Hammaat, Ibirahiima Abu Sal, Garba Jallo, nos aînés, oncles et pères, au vénérable Camarade Président Sammba Caam, cette jeunesse militante que vous avez adoubée vous rend aujourd’hui hommages, hommages à vous, à vos épouses et à vos familles pour le sacrifice consenti. Dédier sa vie à l’adversité n’est pas chose aisée. Je le dis de par mes courtes vie et expérience militantes comparée à la vôtre : les pressions sociales et familiales, les privations des bonheurs et malheurs, le mal du pays, la fatigue de l’exil, l’anonymat, le mépris, l’insulte, les menaces,… ne vous ont pas fait descendre du “train de la révolution”, vous avez tenu bon, et vous tenez bon, car seule la vérité compte pour vous.
Au nom de votre idéal pour cette Mauritanie, je pense aux Yaaya Maabel, Mammadu Tadda Wan, Mamuudu Marjaan Taal, Jah Miika . A Maykor Juuf, à Sayku Umar Bah, à Ndonngo Abubakri, à Ibiraahiima Miifo Sow, à Abu Cooyel Faal et à bien d’autres de cette génération intermédiaire qui inspire et encourage la mienne pour continuer la lutte. Merci pour votre abnégation, merci pour votre courage.
A Kaaw Muhammadu Tuure, Sayku Aamadu Tijaan Jeeñ, Usmaan Bah, Sow Mammadu Abdul, Alhaji Saydu Nuuru Bah, Amnata Usmaan NyaaÑ, Mammadu Lamin Caam, Baal Sileymaani, Umar Debbe Sal, Aliw Sow, Huley Sammba Caam, Umar Bah, Abu Si, à Babah, Aliw Yaal, Huley Yaal, Arwa Dieng, Kummba Hawa Si, …. nous avons tenu bon et nous devons tenir encore car la victoire est proche. Nous avons opté pour ce choix, le choix de suivre ceux et celles qui ont été arrachés à l’affection des leurs pour avoir réclamé leur Mauritanité pleine et entière. Non, nous ne lâcherons rien de nos droits fondamentaux.
Je rends enfin un grand hommage à cette jeunesse militante, cette jeunesse étudiante qui s’est mise en ordre de bataille en rejoignant les Forces de libération africaines de Mauritanie. Vous avez fait le choix de la constance et de la détermination. Vous avez opté pour ce que sera la Mauritanie de l’avenir : liberté, égalité et justice. Soyez les bienvenues dans votre milieu naturel, soyez les bienvenues chez vous.
A nos morts, “aux absents présents” : Jiggo Tabsiiru, Bah Abubakri Kaaliidu, Bah Usmaan , Bah Umar Usmaan, Jules SOW , Tuure Zakaria, Bah Ceerno mo Bah Bookar Tijjaani, Mamma Aamadu Sow, Sow Aamdu, …. nous ne vous oublierons Jamais. Reposez en paix Martyrs, la conscience semée a essaimé.
Joyeux 31• anniversaire aux Flam.
La lutte continue!(Llc).
Ibirahiima Jallo Baabayel.
Flam/Europe de l’Ouest.
FLAMNET-AGORA: Le pari de l’authenticité par Bocar Oumar BA
Difficile de penser profondément la problématique de la cohabitation en Mauritanie, que nous autres appelons la question nationale, sans un brin de regret. Rappeler aux militants sincères de cette cause que la question n’est pas conjoncturelle mais bien structurelle n’est pas inutile. Pas plus que rappeler son historicité n’est superflu. Surtout par ces temps de confusion extrême où n’importe qui peut surgir de n’importe où, pour s’autoproclamer du jour au lendemain réceptacle légitime des tristes larmes que versent pourtant depuis des décennies les négro-africains en Mauritanie.
La question nationale n’est pas l’addition mécanique des différents évènements tragiques vécus par les noirs en Mauritanie. Désormais on évoque presque séparément par exemple la question des déportés, celle de l’enrôlement, ou celle dite du « passif humanitaire » qui est en réalité un génocide, tout cela en survolant gravement la question identitaire qui en est le substrat. Qu’est-ce qui favorise donc un tel délaissement des fondamentaux de notre lutte ? C’est, de mon point de vue, la rencontre de deux types de facilité qui en est l’explication. D’une part, celle des négro-africains pris par l’impatience et qui voient facilement dans chaque nouvelle voix qui s’élève le messie attendu. Cette impatience est si criante qu’on interroge rarement la qualification de nos leaders « new school » pour articuler comme il faut la question nationale.
J’ai la faiblesse de croire que l’habitude acquise par les négro-africains depuis un certain temps à faire de la lutte par procuration produit ce regrettable appauvrissement idéologique. En confiant trop souvent le traitement de cette question complexe à des acteurs politiques n’ayant pas forcément, par l’authenticité et l’ancienneté de leur engagement militant, l’expertise nécessaire pour l’aborder, on a petit à petit contribué à son désossement idéologique. D’autre part, la facilité (bien confortable avouons-le) des leaders non experts de la question nationale, pour faire le discours qui convient aux négro-africains, à s’enfermer juste dans l’évocation des différents évènements cités. Cela présente l’avantage de ne pas s’engager vraiment sur la question de fond, et de meubler cette faiblesse en martelant incessamment ce qui désormais est réfuté par bien peu de gens. Le risque est naturellement celui d’une banalisation de la question nationale, mais aussi celui, non moins grave, d’installer dans la tête des militants négro-africains, que pour nous libérer, il nous faut toujours compter sur autrui.
Dans notre histoire récente, du temps du FDUC à aujourd’hui, toutes les fois où nous avons fait ce raisonnement, nous avons eu tort. Les seules fois où nous avons réussi à bousculer sérieusement le système et à le faire douter, ce fut lorsque, nous assumant sans complexe comme acteurs de notre destin, nous avons osé le pari de l’authenticité. C’était le cas avec les « Dix neuf » en 66, le MEEN en 79, les FLAM en 86 et plus récemment TPMN depuis 2011. Que l’histoire nous serve donc de leçon !
Bocar Oumar BA




