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FLAMNET-AGORA: « Parler de décentralisation ne constitue pas une hérésie! » – Réaction de Bara Ba.
A lire cet article, publié récemment dans l’authentique, on ne peut, honnêtement, dénier à l’auteur la distance et une certaine dose d’objectivité et de franchise. C’est tout à son honneur, et ce d’autant plus que, par les temps qui courent, nos médias nous offrent une toute autre image de nos intellectuels que semblait si bien décrire Edward Said par ces mots : « rien ne défigure plus l’image de l’intellectuel que le vacarme patriotique, le reniement théâtral, les silences prudents… »
Examinons maintenant l’article dans son fond ; que dit l’auteur en substance ?
D’abord que la réaction du féderal de l’UPR qui fustige les Flam et leur projet lui semblait farfelue, en ce sens que l’idée ( autonomie ) n’est pas nouvelle, même pour l’administration mauritanienne qui eut à la retenir comme projet, et même à lui trouver des avantages pour ‘’ favoriser l’épanouisement de la démocratie participative ‘’. Lorsque les Flam préconisent ‘’la gestion des terroirs par les populations, elles mêmes’’elles ne disent rien d’autre !
En second lieu, nous dit l’auteur, cette option se justifiait amplement parce que la gestion des collectivités locales depuis le centre a montré ses limites.
Enfin, conclut–il, sur le principe, les Flam ont raison; leur proposition relève du bon sens…
Bref, selon Ahmed Jiddou Aly, les Flam –aujourd’hui FPC, n’en déplaise aux plaisantins – ont bel et bien eu raison de proposer ce projet d’autonomie. Encore omettait-il l’argument –massue qui justifiait l’autonomie : elle permet indiscutablement d’atténuer, à défaut de résorber, les tentions inter tribales et inter -communautaires recurrentes.
Si l’article demeurait largement favorable à la proposition des Flam, il n’était, néanmoins, pas exempt de réserves…
En effet, argue l’auteur si, en soi, la proposition lui semblait bonne et même justifiée, en revanche le découpage suggéré laissait à redire : nombre de régions trop réduites pour être gouvernables , l’opposition prévisible des groupes Soninko et Wolofs qui n’accepteraient pas d’être sous la gouverne des Pulaars ; projet muet sur le sort à réserver à l’entité hassanophone -partie prenante historique dans cette vallée du fleuve- .
Examinons ces resérves ….
D’abord il faut s’interroger sur ce qui fonde l’auteur à soutenir que Soninko et Wolofs préféreraient vivre sous la coupe des Maures- plutôt que sous celle des Pulaars ? Au regard de cette unité culturelle qu’ils partagent, forgée par l’histoire millénaire de leur coexistence ? Cet argument fait sourire, car, visiblement il apparait un peu forcé et quelque peu partisan; et ce d’autant plus que l’auteur, (délibérement ?) occulte ce qu’en dit notre texte qui stipule, clairement, que les terroirs soninké et wolof, tout comme le Fuuta, seront érigés en provinces.
Concernant maintenant l’objection portant sur le caractère d’une Mauritanie numériquement petite pour être divisée en 4 régions , l’argument- que je récuse – me semble un peu court … Il faut savoir ce qu’on veut … ; en effet , c’est bien parce que la population est faible qu’il faut, justement, la concentrer, afin de créer un marché économique acceptable, mieux, viable ! Le découpage initial évoqué en une dizaine ou douzaine de régions, reste très discutable, et répondait, en réalité, à des considérations d’ordre politique voire idéologique, surtout idéologique, cachant un agenda secret, à l’époque… Enfin, la Mauritanie trop grande ou trop petite ? Il faut savoir…En outre, la réalité historique ’invoquée par l’auteur est prise en compte dans le projet d’autonomie des Flam; la question c’est : qu’elle réalité historique ?
Dernière réserve enfin de l’auteur : le sort réservé à la minorité hassanophone qui, dit –il, est partie prenante historique dans cette vallée du fleuve. Notre projet d’autonomie y répond clairement, sans ambages, en page une (1) : « l’autonomie choisie par nous sera inscrite dans le cadre unitaire, ouverte à l’interaction et à la mutuelle influence entre nos groupes nationaux, sans entrave pour la libre circulation des biens et des personnes, respectueuse de toutes les identités locales ». C’est aussi clair que l’eau de roche !
Ahmed Jiddou Aly, pour conclure, n’use pas de faux fuiyants, ne verse pas dans de faux débats, de faux arguments du genre ‘’imbrication des populations, pertinence (douteuse) du concept, contradictions intra-ou inter-groupes ethniques négro-africains’’. Au lieu d’aller à l’essentiel, on objecte pour objecter, sans contre- proposition en retour…
Merci Ahmed Jiddou Aly, pour la lucidité, l’obectivité, la franchise et surtout pour l’honnêteté, traits plutôt rares en ces temps de crise morale dans notre faune politique et médiatique.
Merci.
La lutte continue!
BARA BA- Militant des FPC.
Le 03 Decembre 2014
Pour un nouvel équilibre au Parlement
Les efforts que mène le pouvoir mauritanien pour le raffermissement de l’unité nationale resteront vains s’ils ne s’accompagnent pas, entres autres, d’une représentativité visible de toutes les composantes constituant le peuple mauritanien au niveau des postes électifs, particulièrement au parlement.
Le découpage administratif actuel, la loi électorale et l’absence de politique de promotion des couches les moins favorisées aux postes électifs constituent un frein à cette représentativité. Il est temps de réparer cette injustice et les voies et moyens pour y parvenir sont à portée de main.
Etat des lieux par région
Le parlement mauritanien, comme nous le savons tous, se composent de 2 chambres : l’Assemblée Nationale et le Sénat. Voici le tableau de répartition des députés et sénateurs élus par région, avec indication du nombre d’habitants tiré du Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH 2013).

Il faut ajouter à ce nombre de 107 députés les 40 élus sur les 2 listes nationales des partis et des femmes, soit un total de 147 députés. On ajoutera aussi aux 53 sénateurs les 3 représentants des mauritaniens de l’étranger, soit 56 sénateurs. Le parlement compte donc 203 élus.
Ce premier tableau nous montre déjà comment le découpage administratif, en mettant en place les moughataas, a favorisé certaines régions sur d’autres. Par exemple, le Trarza a plus d’élus (18) que le Gorgol (14), l’Assaba (15), le Brakna (15) et le Hodh Gharbi (13), régions pourtant plus peuplées. Bien que sa population soit sensiblement égale à celle du Trarza (272 773 hbts), le Guidimakha (267 029 hbts) n’a même pas la moitié des élus de cette région. La faute au nombre élevé de moughataas au Trarza (6) alors que le Guidimakha n’en compte que 2.
Le découpage administratif est encore plus injuste quand on constate qu’avec une population de 80 962 personnes, le Tagant (8 élus) fait jeu égal avec le Guidimagha et dépasse Dakhlit Nouadhibou (123 779 habitants et 5 élus) ; et qu’avec seulement 62 658 habitants, le nombre d’élus de l’Adrar (9) dépasse ces 3 régions. La faute là aussi au découpage administratif. Enfin la région du Tiris Zemmour avec 53 261 habitants envoie au parlement 7 élus bien plus que Dakhlet Nouadhibou.
Non, non je ne vais pas, par décence, rappeler le nombre des bouts de bois de Dieu qui habitent la moughataa de Ouadane (3 973), ni celui de ceux installés à Bir Mogrein (3 897) ou celui de ceux que l’on a poussé vers la moughataa de Chami (2 657).
Par contre, je vais dire qu’il existe des arrondissements qui méritent d’être élevés au statut de Moughataa : Male (33 301 hbts), Wompou (44 692 hbts) Adel Bagrou (47 829 hbts), Ghabou (48 354 hbts) et Fassala (65 927 hbts). Et pour clore ce chapitre, encore 4 petits chiffres pour mieux apprécier notre découpage administratif : Commune de Chami 51 hbts dont 46 hommes et 5 femmes ; Arrondissement d’Inal 336 hbts ; Arrondissement de T’Meimichatt 657 hbts et Commune de Bou Gadoum dans la Moughataa d’Amourj 40 341 habitants ! Last but not least, le District de Nouakchott est la plus lésée des régions : avec 958 399 habitants, il n’envoie que 27 élus au parlement alors que sa population est plus du double de la plus peuplée des régions (Hodh Charghi).
Poids des Communautés au Parlement
Je n’aurai pas besoin de beaucoup de commentaires ni d’analyses poussées ni d’extrapolations savantes pour démontrer la faible représentativité des communautés africaines et une partie des hassanophones (les Haratines) au parlement mauritanien. Il me suffit de vous donner à lire 2 autres tableaux pour que vous vous rendiez compte de vous même de cette situation inique qui doit tous nous interpeller.

Comme on le voit, le poids des Africains au parlement (16,25) n’est égal ni aux 25% que les colons français nous ont légués en héritage, ni aux 30% que certains maures acceptent de leur donner par charité, encore moins aux 40, 50 ou 60% que certains africains mauritaniens s’attribuent avec générosité. Le tableau suivant détaille le poids de chaque ethnie et montre combien le partage au sein des hassanophones est injuste envers les Haratines.

Quand vous regardez la liste des députés, vous remarquerez qu’il y a 8 régions qui n’ont pas envoyé de Haratines à l’Assemblée Nationale: le Hodh Charghi, le Hodh Gharbi, l’Assaba, le Tagant, l’Adrar, le Tiris Zemmour, Dakhlet Nouadhibou et l’Inchiri. Pourtant la population de la plupart de ces régions est constituée de moitié, sinon plus, de Haratines, particulièrement celles de l’Est. Autre enseignement tiré de ces chiffres : le nombre des élus Africains et Haratines est de 53 parlementaires soit 26,10% alors cet ensemble constitue la moitié de la population (fourchette basse) et même la majorité (fourchette haute).
Dernière remarque : même dans les situations où, logiquement, un africain mauritanien pouvait être élu cela n’a pas été fait et les 3 sénateurs de l’étranger sont tous maures malgré l’existence d’une importante communauté africaine mauritanienne à l’étranger.
Le pouvoir mauritanien devra vite se pencher sur ce problème d’équilibre parlementaire et le régler pour couper l’herbe sous les pieds des plus extrémistes dont les discours, aujourd’hui plus qu’hier, commencent à être entendus et mieux tolérés par les populations. La communauté maure devra, nolens volens, partager son pouvoir avec les autres communautés. Elle ne devra pas attendre qu’une révolution le fasse à sa place.
Ahmed Jiddou ALY
Source: cridem
FLAMNET-AGORA: Parler de décentralisation ne constitue pas une hérésie!
A peine la proposition d’autonomie des Forces de Libérations des Africains de Mauritanie (FLAM) présentée, lors du dernier congrès de ce mouvement tenue le 29 août à Nouakchott, qu’une partie de la classe politique, particulièrement celle proche du pouvoir, est vent debout pour dénoncer un séparatisme rampant. Ould Maham promet de combattre « les extrémistes et les promoteurs de la division ». Le président du Ravah est allé encore plus loin en appelant les autorités du pays à « frapper d’une main de fer sur tout groupe ou individu à tendance raciste ou séparatiste ».
Pourtant l’organisation de la Mauritanie en régions autonomes ou la mise en place d’une décentralisation très avancée est une proposition de bon sens. Il est clair que ceux qui ont menacé le Président des FLAM et les militants de son mouvement sont en déphasage des réalités d’aujourd’hui et n’ont jamais pris la peine de s’intéresser un tant soit peu aux évolutions en cours dans leur pays. Sinon ils auraient remarqué que l’autonomie, la décentralisation (poussée ou non) et la déconcentration sont des concepts à la mode et une tendance lourde dans notre monde actuel et que la Mauritanie en prendra le chemin tôt ou tard. Sinon ils auraient découvert qu’il a existé un projet de Livre Blanc de la Décentralisation en Mauritanie initiée par l’ancien ministère de la Décentralisation et de l’Aménagement du Territoire et soutenu tout le long de son élaboration par le ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation. Le projet a été financé par la coopération espagnole.
Ce Livre Blanc de la Décentralisation « propose un état des lieux de la décentralisation en Mauritanie » sans tabous et parle de l’évolution future de certaines divisions administratives de l’état central vers un cadre de collectivité territoriale autonome (commune et région). Voilà le terme « autonomie » lâché depuis Décembre 2009 et pas un seul homme politique n’a accusé les ministères concernés ni les hommes qui ont réalisé ce livre de séparatistes ou de promoteurs de la division.
Les auteurs du Livre Blanc trouvent que « la décentralisation est un mode d’administration qui vise à favoriser l’épanouissement de la démocratie locale et participative ». Ils vont même jusqu’à affirmer que « le respect de l’unité n’interdit pas de déterminer le lieu de l’impulsion politique, qui peut se placer au niveau du pouvoir central, ou au plus près des populations administrées constituées en collectivités reconnues ». Enfin toutes les déclarations des Premier Ministre depuis 2007 ont comporté un volet « Décentralisation et Aménagement du Territoire » confirmant la priorité qu’accordent les gouvernements successifs à cette tendance. Comme le remarquent les auteurs du Livre Blanc, « le mouvement ne semble plus devoir reculer ».
Sur le principe, les FLAM ont raison de proposer plus de décentralisation dans la gouvernance du territoire et relancer le débat sur un sujet d’avenir. Par contre le contenu de leur proposition est, à mon avis, plutôt succinct, et le découpage envisagé est loin d’être révolutionnaire et réaliste.
C’est une réalité, et les auteurs du Livre Blanc n’ont pas manqué de le souligner, plus le territoire est vaste, plus les relais locaux sont indispensables. Proposer 4 régions seulement pour un pays de plus d’1 millions de km2 c’est rendre ces entités ingouvernables localement. Ce découpage fut d’ailleurs expérimenté sur le terrain, à une unité près, par le colonisateur dès 1907. L’arrêté du 23 novembre 1912 confirme donc le découpage du territoire en 5 cercles : l’Adrar, le Trarza, le Brakna, le Gorgol et le Tagant. Puis viendront 5 autres cercles compléter le quadrillage du pays par l’administration coloniale : le Guidimakha, l’Assaba, les 2 Hodhs (qui dépendaient du Soudan français) et le Tiris Zemmour. Plus tard et bien après l’indépendance, 2 autres régions verront le jour (Dakhlit Nouadhibou et l’Inchiri) en plus du district de Nouakchott. Ce découpage, on le voit, a une réalité historique qu’il ne faut pas négliger.
Il est vrai que, comme le soulignent les auteurs du Livre Blanc, « ces régions présentent de fortes disparités en termes de superficies, de population et de ressources ». Elles sont même source d’injustice en ce qui concerne la représentation de chacune au niveau du Parlement. (Ce volet fera l’objet d’un écrit prochainement). Il est donc nécessaire, dès lors que l’on a retenu le principe d’une décentralisation, de réaliser un nouveau découpage du territoire comme le veulent les FLAM mais pas celui qu’elles proposent.
Parce que le Diable se cache dans les détails, je vois mal les Soninkés accepter de se séparer d’une région (le Guidimakha) où ils sont les leaders pour se diluer dans une autre région (Fuuta-Waalo Barak-Guidimakha) dominée par les halpuulars où ils n’auront, au mieux, à jouer que les seconds rôles. Les Wolofs sont aussi dans le même cas puisqu’ils arrivent cahin-caha à exister au Trarza alors que dans la région englobant toute la vallée, ils le pourront de moins en moins. Et il n’a pas été question de la forte minorité hassanophone, historiquement souvent implantée dans la vallée, et qui voudrait continuer à jouer le rôle qui était le sien dans les anciennes entités du Gorgol, du Brakna et du Guidimakha.
Oui ! Il faut donc réinventer de nouveaux équilibres qui peuvent, cette fois, passer par les régions existantes dont les contours peuvent être modifiés pour la circonstance. Dans tous les cas, la gestion des collectivités territoriales depuis le centre a montré ses limites. Et toute réforme régionale ou toute décentralisation non accompagnée par une réforme de l’Etat est vouée à l’échec. En cela, la proposition des FLAM est intéressante et « mérite d’être discutée » comme l’a dit le Président de Tewassoul. Parler de décentralisation, de déconcentration ou même d’autonomie ne constitue pas une hérésie dans un pays qui se veut démocratique.
Ahmed Jiddou ALY
Racisme: Lettre « poignante » d’une étudiante « africaine » aux Tunisiens !
« Je me présente, Mariam Touré, pour les intimes « Karaba », pour la plupart d’entre vous « Kahloucha » « Guirda Guirda ». Je suis, officiellement, une Malienne (mais selon certains de vos dires, de nationalité « Africaine ») qui vit depuis près de 3 ans en Tunisie ou pays européen pour d’autres.
En quittant mon pays il y a quelques années, je souriais à l’idée de découvrir cette Tunisie dont tout le monde parlait, le « Paris Africain », la « Dame de tous les éloges », le pays de tous les droits, la patrie de la liberté et de la tolérance. Hmmmmm naif est celui qui met la charrue avant les boeufs.
Helas, la phase d’émerveillement passée, je me suis rendu compte que de l’autre côté du miroir se cachait une face plus sombre, plus lugubre: une société infectée par le racisme. Infectée me direz-vous, un mot fort! Mais quel autre terme voulez-vous que j’emploie quand chaque jour passée en son sein est presque un calvaire, quand chaque mot, insulte, humiliation que l’on subit est un supplice, quand chaque regard haineux posé sur moi est un fardeau? « Infecté » serait plutôt un euphémisme.
Là vous me direz, « Tu ne devrais pas juger tout un pays pour les actions de certains ». Je vous repondrai, « Certes, mais quand on se fait agresser devant des personnes qui ne disent rien, quand on se fait insulter devant des individus qui ne bougent pas, quand on est touché de façon déplacée dans un transport en commun devant des personnes qui en rient ou préfèrent ignorer l’action, que voulez-vous que je vous dise? » Pomme, orange, poire ou raisin, ce sont tous des fruits pour moi.
Au début, j’accusais l’ignorance, le non éveil des mentalités mais aujourd’hui, j’accuse les intellectuels qui sont au courant de tout ça mais ne mettent en place aucun moyen de les prévenir, j’accuse les intellectuels qui me disent « Ne te laisse pas faire Mariam, affrontes-les »…ohh vous savez, j’adorai mais je ne veux pas que mon père ait à payer des frais d’hôpitaux ou ma mère à pleurer mon décès.
Que seriez-vous si du jour au lendemain je decidais de m’en aller, d’amener avec moi les milliers d’euros qui permettent à votre économie de sortir la tête de l’eau? Que seriez-vous si du jour au lendemain mes frères et soeurs « Africains » faisaient la même chose et vous tournaient le dos? Que seriez vous si du jour au lendemain les éloges que j’ai une fois entendus sur vous devenaient des avertissements « N’y allez pas. Ils n’en valent pas la peine ».
Ne prenez point mes mots pour une insulte, mon but ce n’est pas de vous insulter car si je decidais de vous rendre le quart des mots que vous m’avez jetés à la figure, 24h ne suffiraient point.
Prenez-les comme les cris d’une soeur perdue qui ne comprend pas en quoi sa couleur de peau est source de moquerie. Prenez-les comme la rage d’une soeur qui compte les jours qui la séparent de la délivrance, partir et ne plus jamais en entendre parler. Partir et ne plus jamais penser à revenir.
Prenez-les comme les larmes d’une soeur qui se rend compte qu’ils ont réussi à nous séparer. Plus qu’une guerre matérielle, ils ont créé une tumeur intellectuelle, sociale: le racisme, l’ignorance, la haine pour nous diviser.
Prenez mes mots comme ceux de tous ceux qui, comme moi, posent le pied sur le sol de l’ » Ifrikiya » la tête pleine de rêves et en repartent le coeur plein de déceptions……. »
Mariam Touré
FLAMNET-AGORA: LA MAURITANIE, AUTREFOIS UN RÊVE…Par Amadou Alpha BA
Le nouveau mandat autoproclamé de Aziz est bien inauguré. Le village de Niabina a été choisi pour les festivités commémoratives. Toute une tribu, appuyée par les services d’ordre de l’état, a infligé une punition collective à ce village, comme pour rappeler aux populations meurtries de la vallée que 1989 n’est pas encore dans les oubliettes de la politique. Punir toute une communauté pour le forfait commis par un individu s’appelle de l’injustice. Mais punir toute une collectivité sur la base d’accusations fallacieuses non fondées, tout simplement parce que l’accusation est bleue et que l’accusé est vert, j’en perds mon pulaar. N’en parlez pas. Aziz a prêté serment. Son discours a éclairci Niabina. Ceux qui oseront s’attaquer au racisme, ceux qui indexeront la discrimination raciale, ceux qui accuseront les esclavagistes, ceux qui indexeront les corrupteurs et les corrompus, ceux qui dénonceront le népotisme et le favoritisme, ceux-là seront les diviseurs du peuple. Ceux-là seront sévèrement châtiés. La preuve, il la donna. Il nomma un chef de gouvernement. Un chef qui a déjà fait ses preuves en la matière. Un chef qui ne peut recevoir de conseils d’un noir. Un chef qui ne peut avoir de noir comme chargé de mission. Il nomma un ministre, un spécialiste de la légitimation du droit de cuissage. Celui-là sera notre imam en chef. Il luttera contre les séquelles du droit de cuissage. Et pour couronner le tout, le manipulateur des faux dialogues morts nés est nommé chef des applaudisseurs de l’UPR. En gagnant ses galons, il ne manipulera plus non seulement l’opposition, mais le peuple en entier pour lui faire avaler sans douleurs les couleuvres du Chef suprême. Désormais, il faudra avaler sans bruits les expropriations foncières, avaler le génocide biométrique, avaler le négationnisme de l’esclavage. Il faut accepter et légitimer le droit des gouvernants à bouffer l’argent du peuple. Il faut applaudir la corruption et le népotisme, ces « malheurs fondamentaux de notre peuple » qui font la force et la fierté de nos chefs.
Et pourtant, les signaux sont plus qu’alarmistes. Le pouvoir se radicalise dans son extrémisme au moment où le peuple, ou du moins les ethnicismes crient leurs ras-le-bol. Le pouvoir est honni et les politiques décrédibilisés.
Le Manifeste des Haratines, l’appel des wolofs, le cri de cœur des soninkés, les znagas, les « guerriers maures », tout le monde de son côté crie son désespoir, et chacun pleure sa détresse. Des tribus qui confectionnent les listes électorales des partis politiques. Des chefs de tribus qui présentent plusieurs listes dites concurrentes dans des partis dits opposés. Depuis toujours, nous assistons, osons nous l’avouer, à un reniement des fondamentaux de la démocratie, sans pourtant oser, ne serait-ce que franchir le pas de la dénonciation. Cela s’appelle lâcheté démocratique. Quand la démocratie est prise en otage par les tenants d’un système voué aux gémonies, quand la démocratie ne rime plus avec les préoccupations fondamentales d’un peuple asservie par des lobbies politico-affairistes, alors la voie politique perd le nord, et les voix des politiques ne seront plus que cris dans le désert. Et pourtant. Il y a des dizaines d’années, le manifeste dit des 19 tirait la sonnette d’alarme. Il y a des dizaines d’années, El Hor lançait le cri du désespoir des damnés du désert. Depuis des dizaines d’années les victimes ne cessent de crier. La lutte continue, comme aiment à le dire les Flamistes. Mais le système s’arcboute. Les assassinats d’opposants sont passés par là. Le massacre des innocents est passé par là. Les déportations et leurs séquelles sont passées par pertes et profits dans les oubliettes de la démagogie. L’esclavagiste fait la loi. L’esclavagiste est juge et geôlier. La discrimination est légitimée aussi bien par le plus fort que par la victime. Nul n’a de droit. Il n’existe que des privilèges et des passe-droits. Le droit ne se prend pas. Il se mendie. A une exception près, le seul droit non négociable, le seul respecté par tous et toutes, c’est le droit à la corruption. Même le mendiant de la rue est corrompu. Même le chef est corrupteur. Fiers de leur consensus moribond, ils sont les seuls bénis par nos oulémas. Ces oulémas gardiens du statut quo, qui légitiment l’esclavage et le droit de cuissage, qui bénissent l’expropriation foncière à leur propre profit.
Une année de 1992, l’acte fondant la démocratie est signé. Les mouvements qui ne s’inscrivent pas dans la ligne sont voués aux gémonies. El Hor se meurt à petits feux. Le nationalisme noir diabolisé. La lutte continue.
La lutte est reprise par le système. Elle devient policée et polie. Elle légitime la corruption et accepte les passe-droits. Elle n’exige plus de droits, elle mendie le droit. L’esclavage n’existe plus, les séquelles sont négociables. Le mot racisme est tabou. La discrimination absente du vocabulaire. L’exclusion sociale se négocie par la part du gâteau. Et ça ne s’appelle pas corruption. Ceux qui devaient être les premiers élèves des cours d’alphabétisation sont nos instituteurs. Et malhonnêtement, nous continuons à nous poser les questions sur ce qui ne va pas dans notre Ecole. Ceux qui devaient dormir en prison pour vol, corruption, népotisme et toute sorte de trafics d’influence sont nos policiers enquêteurs, ils sont nos juges, nos procureurs. Et la toute nouvelle trouvaille de promotion de ces serviteurs dévoués du système, ils seront chargés de l’Agence de suivi de la lutte contre la corruption ! Et nous avons déjà leur feuille de route, car n’y seront promus que les grands spécialistes du maquillage et du blanchiment des gros forfaits des chefs.
Le peuple observe. La victime ne comprend plus. On ne sait plus où donner de la tête. Chez les politiques, tout le monde a raison. Et pourtant tout le monde est pourri. Ils sont tous minables. Alors le peuple, disons l’ethnie, la tribu, prend sa plume et crie au complot.
Le gouvernement, les partis, la société civile, voilà le trio désormais voué aux gémonies. On ne s’exprimera plus par les idées. On ne luttera plus par la conviction sur le sens. Les identités raciale, tribale, féodale, et clanique deviennent les lieux d’expression des sentiments et ressentiments. L’ethnie comme la tribu, devient l’outil par excellence de la lutte contre la mendicité des droits. Au choc des idées se substituera le combat des nationalités, à la réflexion la passion, et à la lutte la bagarre.
Quand la dictature est têtue et que la démocratie est corrompue, la politique échoue. Les politiques sont voués aux gémonies. Le peuple se disloque. Le pays devient lambeaux. On commence à parier sur sa viabilité, sur son existence. Pauvre Mauritanie. Autrefois un rêve, aujourd’hui le lit de nos malheurs.
Amadou Alpha BA.





