Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Category Archives: Agora

Malcolm X et Martin Luther King, deux méthodes pour un même combat

Photo : Le 26 mars 1964, Malcolm X et Martin Luther King Jr. se rencontrent en marge des débats au Sénat américain sur la loi pour les droits civiques.
 
Si pour l’establishment blanc des Etats-Unis, Malcolm X et Martin Luther King étaient aussi différents que « l’huile et l’eau », ils furent des dirigeants respectés de la communauté noire. S’ils se sont affrontés politiquement et ont prôné des formes de lutte différentes, leur objectif était le même : la libération de l’homme noir. Selon leurs proches, les deux hommes s’étaient rapprochés dans les dernières années de leurs vies, même s’ils ne s’étaient rencontrés qu’une seule fois.
 
Les Etats-Unis commémorent ce samedi la cinquantenaire de la disparition de Malcolm X, assassiné le 21 février 1965. Cette mort brutale avait été vécue à l’époque comme un grand choc dans les quartiers noirs des principales villes américaines où des dizaines de milliers de personnes pleurèrent la disparition de leur « prince noir resplendissant » (Our Shining Black Prince). A quelque 40 mois d’intervalle, le 4 avril 1968, disparaissait à Memphis, le révérend baptiste Martin Luther King, abattu par un suprématiste blanc. Le président Lyndon Johnson le qualifia de « martyr de la nation » et des parlementaires assistèrent à ses obsèques.
 
En l’espace de trois ans, les Etats-Unis perdirent deux de leurs plus grandes figures vouées corps et âme à la libération noire au XXe siècle. Pour la petite histoire, l’autopsie du pasteur noir révéla que son cœur, épuisé par treize années de lutte, ressemblait à celui d’un homme de 60 ans. Il en avait 39, tout comme le champion du « pouvoir noir » au moment de son assassinat !
 
Différences
 
Si ces deux dirigeants noirs appartenaient bien à la même génération, ils se sont affrontés politiquement et ont déployé des stratégies très différentes pour atteindre leur objectif d’améliorer les conditions de vie des hommes et des femmes de leur communauté.
 
S’inspirant des enseignements de Gandhi, Martin Luther King milita pour l’obtention des droits civiques pour les Noirs à travers des actions non violentes et des négociations avec le gouvernement fédéral. Quant à Malcolm X, il était, lui, aux antipodes de la pensée de la non violence et qualifiait ironiquement le mouvement des droits civiques de « la seule révolution qui préconise qu’on doit aimer son ennemi ». Adepte de la confrérie Nation of Islam (NOI) qui se revendiquait de l’islam et prônait le nationalisme noir, celui-ci galvanisait les masses noires des ghettos du Nord en leur parlant de la fierté de leur couleur, de leur culture et de leurs héritages noirs et africains. Il réclamait la séparation des Blancs et des Noirs, allant même jusqu’à forger une alliance avec le Ku Klux Klan pour la mise en place effective de cette séparation. Une idée qu’il regrettera par la suite.
 
Selon Malcolm X, la société blanche étant irrémédiablement raciste, la voie suivie par King ne pouvait être qu’une impasse. Cela ne l’a pas empêché d’ailleurs d’inviter le pasteur noir d’Alabama à ses meetings afin de pouvoir débattre publiquement de leurs différences. Des invitations qui sont restées sans réponse.
 
On a longtemps expliqué le fossé qui séparait les deux hommes par leur histoire personnelle. Fils tous les deux de pasteurs baptistes engagés dans le mouvement noir, ils ont grandi dans des environnements familiaux et sociaux très différents. « Bourgeois d’Atlanta », pour emprunter la formule lapidaire de Pap Ndiaye, spécialiste français du monde noir américain, King était un sudiste, imprégné des valeurs chrétiennes et de celles de la classe moyenne aisée.
 
Docteur en théologie, ordonné lui-même pasteur, il prêchait dans l’église d’Atlanta où son père, et avant lui son grand-père, avaient officié. Influencé par la pensée de Gandhi qu’il avait découvert pendant ses études, il fonda en 1957 la Southern Christian Leadership Conference (SCLC) dont l’objectif était de coordonner les mouvements de protestation dans le Sud en prenant appui sur le tissu associatif des Eglises noires. Ainsi ce sont les chrétiens noirs du Sud qui constituaient le véritable auditoire des prêches et des homélies du révérend King. Les protestations non violentes, les sit-in, les boycotts, la résistance pacifique préconisée par ce dernier étaient adaptés à l’environnement très conservateur des petites villes du Sud rural où la ségrégation avait force de loi.
 
A l’inverse, Malcolm X s’adressait à la population noire des ghettos urbains dont il était le produit. Son père était lynché par le Ku Klux Klan quand celui-ci avait à peine 5 ans. Séparé de sa mère qui a fini sa vie dans un asile psychiatrique, Malcolm connut un cheminement complexe. Son destin l’a conduit de la délinquance au radicalisme politique, en passant par la prison où il apprit en autodidacte, se convertit à l’islam, avant de rejoindre à sa sortie de prison la confrérie de Nation of Islam (NOI). Porte-parole de ce mouvement et brillant tribun, il appelait les Noirs à s’organiser eux-mêmes en recourant le cas échéant à la violence (autodéfense).
 
« La rage pleine d’émotion qu’il exprime, écrit Manning Marable, auteur d’une récente biographie du leader noir intitulé Malcolm X : une vie de réinventions (Ed. Syllepse), est une réaction au racisme dans son contexte urbain : écoles ségréguées, habitat médiocre, mortalité infantile élevée, drogue et crimes. A partir des années 1960, l’immense majorité des Afro-Américains vit dans de grandes métropoles, et leurs conditions de vie sont plus proches de ce dont Malcolm parle que de ce que King représente. De ce fait, Malcolm réussit à trouver une large audience parmi les Noirs urbains, arrivés à la conclusion que la résistance passive s’avère insuffisante pour démanteler le racisme institutionnel. »
 
Rapprochement
 
Pour Pap Ndiaye, la radicalité de ce prédicateur des ghettos noirs résidait aussi dans la tentative de ce dernier d’inscrire le mouvement de libération du Noir américain dans une perspective plus internationaliste. « Il parlait du monde africain, de la Caraïbe, de l’Asie. Contrairement à Martin Luther King dont l’ambition finale était d’arracher à Washington, des lois favorables aux Africains-Américains, la réflexion de Malcolm X se situait, explique l’historien français, à l’échelle de la planète. Il plaidait pour une négociation transcontinentale susceptible de déboucher sur la transformation de la condition de tous les opprimés. »
 
Cette inflexion cosmopolite de la pensée de Malcolm X était le résultat des voyages que celui-ci effectua au cours des derniers mois de sa vie (1964-65), au Proche-Orient, en Afrique et en Europe. Ses rencontres avec des leaders et des intellectuels du monde arabe et africain l’ont conduit à prendre ses distances par rapport au sectarisme de la NOI et de créer ses propres organisations, notamment l’Organization of Afro-American Unity (OAAU) conçue comme la branche américaine du mouvement panafricaniste.
 
Parallèlement, Malcolm X a tendu la main aux leaders du mouvement pour les droits civiques, dont atteste sa visite au quartier général du mouvement à Alabama, quelque trois semaines avant son assassinat. Comme King se trouvait alors en prison suite aux protestations de Selma (1964-65), il s’est adressé à son épouse Coretta Scott King pour lui dire qu’il ne cherchait pas à « miner l’œuvre » de son mari. « Mon objectif est, a-t-il affirmé, d’être à la gauche du Dr. King, de défier le racisme institutionnel afin que ceux qui sont au pouvoir soient obligés de négocier avec lui. C’est mon rôle. » Selon les historiens, King avait à son tour « gauchi » son discours dans les dernières années de sa vie, se rapprochant ainsi un peu du radicalisme malcolmien.
 
Rien ne témoigne mieux de ce rapprochement que les photos de leur seule et unique rencontre, en marge des débats au Sénat américain sur la loi de 1964 pour les droits civiques. Ces photos rappellent, comme l’a déclaré à CNN James Cone, auteur de Martin & Malcolm & America (1992), « les deux hommes représentent le yin et le yang de l’Amérique noire ». Evoquant la complexité des relations que ces deux adversaires entretenaient, Cone s’est souvenu d’un bon mot du pasteur King : « Quand j’écoute Malcolm parler, moi aussi, je suis en colère ! »
 
rfi
Partagez

50 ans après – Malcolm X: au-delà des masques et des légendes

«L’avenir appartient à ceux qui le préparent dès aujourd’hui». Cinquante ans après sa mort, les paroles de Malcolm X résonnent encore dans l’imaginaire des Africains-Américians.
 
Assassiné le 21 février 1965, Malcolm X a connu plusieurs vies. Cinquante ans après sa mort, ce révolutionnaire africain-américain continue de vivre à travers les clips, les films et les livres. Une récente biographie apporte des éclairages nouveaux sur le parcours du leader charismatique du nationalisme noir.
 
Dimanche, 21 février 1965. Il y a cinquante ans tombait sous les balles de ses adversaires Malcolm X, l’une des principales icônes de la lutte africaine-américaine pour la dignité et contre la suprématie blanche. Orateur charismatique, l’homme venait de prendre la parole dans une salle de spectacle de Harlem, à New York (Etats-Unis), quand, à la faveur d’un brouhaha provoqué pour faire diversion, trois hommes ouvrent le feu sur lui. Malcolm s’effondre, mortellement touché. Les trois tueurs, dont deux réussirent à échapper avant d’être finalement appréhendés par la police, étaient tous membres de la secte Nation of Islam (NOI).
 
Malcolm X savait que sa vie était en danger depuis que les tensions avaient éclaté entre lui et la NOI dont il avait fait longtemps partie : rivalités personnelles, divergences religieuses et idéologiques avec les dirigeants, notoriété de plus en plus grande pour Malcolm X… Avant de commencer son discours, ce dernier avait pourtant persuadé son service de sécurité de ne pas faire preuve de zèle car il craignait qu’un dispositif de contrôle trop contraignant ne chasse son auditoire. Il avait même renvoyé de la tribune les orateurs vedettes qui l’avaient précédé, comme s’il voulait aller seul vers son destin. Selon ses biographes, Malcolm X avait déclaré à ses proches, seulement quelques jours avant sa mort, que « dans sa famille, les hommes ne mouraient pas de mort naturelle ». Et ce qui devait arriver arriva.
 
Accoutumance à la violence
 
Est-ce parce qu’il avait été trop accoutumé à la violence que Malcolm X n’avait pas pris au sérieux les menaces de mort qui planaient sur lui ? Né en 1925 à Omaha (Nebraska) dans une famille très engagée dans le mouvement de libération des Noirs, Malcolm avait vu pendant son enfance sa maison brûler suite à une attaque punitive des hommes du Ku Klux Klan. En 1931, son père Earl Little, pasteur baptiste et disciple de Marcus Garvey qui militait pour le retour des Noirs d’Amérique en Afrique, était assassiné par des proches de l’organisation suprémaciste blanche. Le père Little mourut dans des conditions épouvantables (il fut poussé sous un tramway et son corps fut coupé en deux).
 
A la violence physique suivit la violence psychique. Le jeune Malcolm fut traumatisé de voir sa mère perdre son équilibre mental, après la disparition brutale du père. Louise Norton, nerveuse et bouleversée, dut être placée dans une asile psychiatrique, alors que ses enfants furent dispersés au hasard des placements sociaux. Recueillis par une famille de Blancs du Michigan, Malcolm, lui, put s’inscrire à l’école. Il se révéla brillant élève, mais perdit rapidement l’intérêt pour les études lorsqu’il se rendit compte qu’en tant que jeune Noir désargenté, il n’avait aucune perspective de mobilité sociale.
 
Obligé de subvenir à ses besoins, l’adolescent partit alors rejoindre l’une de ses sœurs à Boston, avant de débarquer à New York. Il vécut d’expédients : vols, trafics en tous genres, proxénétisme… En 1946, il fut arrêté pour vol et condamné à dix ans de prison. Or, paradoxalement, c’est derrière les barreaux que le jeune homme acquit sa solide culture.
 
La plongée dans les livres de la bibliothèque de la prison, qui portaient autant sur l’histoire africaine-américaine que sur l’antiquité occidentale, la philosophie et la rhétorique, éveilla chez Malcolm « le désir profond, latent, de vivre intellectuellement ». C’est aussi en prison qu’il entendit pour la première fois le nom d’Elijah Muhammad, le « Guide » de la NOI, et découvrit ses idées sur la séparation des races et l’affirmation du « pouvoir noir ».
 
Dès sa libération sur parole en 1952, Malcolm rejoignit la NOI. Il changea de nom, remplaçant le patronyme « Little » hérité de l’époque de l’esclavage par la lettre X, symbole de l’inconnu en mathématiques. Au service de la NOI, il propageait le message de la confrérie appelant au séparatisme noir. Son charisme, sa dialectique caustique et son sens de la provocation et de la rhétorique contribuèrent au succès grandissant du mouvement dont le nombre d’adhérents sextupla en l’espace de dix ans. Mais la popularité grandissante de Malcolm fit de l’ombre au chef suprême de la NOI qui décida de l’écarter.
 
La rupture entre Elijah Muhammed et Malcolm fut consommée en 1964 quand ce dernier quitta la NOI pour fonder la Muslim Mosque Incorporated (MMI) et, surtout, l’Organization of Afro-American Unity (OAAU), une branche américaine du mouvement panafricaniste. Cette organisation fut le point culminant du développement internationaliste de la pensée de Malcolm X, qui effectua dans les années 1960 de nombreux voyages au Proche-Orient et en Afrique où il rencontra des penseurs et hommes politiques, dont le Ghanéen Nkrumah, père du panafricanisme.
 
Cette métamorphose coïncida avec la montée des menaces autour du militant noir. Depuis sa rupture avec la confrérie d’Elijah Muhammad où il ne comptait pas que des amis, Malcolm avait fait l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat. Une semaine avant l’attentat qui lui coûta la vie, sa femme et ses filles avaient failli mourir dans un incendie criminel qui avait ravagé sa maison. On connaît la suite.
 
Réinventions
 
Paradoxalement, la disparition de Malcolm X ne marque pas la fin de l’intérêt qu’il avait su susciter de son vivant. La vie turbulente et transgressive de cette figure incontournable du mouvement noir outre-Atlantique et sa disparition dans des conditions non moins turbulentes à l’âge de 39 ans ont d’ailleurs fait couler beaucoup d’encre et ont contribué à l’icônisation du personnage dont le prestige n’a cessé de croître depuis sa mort il y a cinquante ans.
 
 
« La date du 21 février 1965 reste profondément gravée dans la mémoire de nombre d’Afro-Américains comme le sont, pour d’autres, les assassinats de John F. Kennedy ou de Martin Luther King Jr. », écrit Manning Marable dans une énième biographie de Malcolm X, sous-titrée Une vie de réinventions. Couronné par le prestigieux prix Pulitzer (2012), cet opus biographique ne s’inscrit pas tout à fait dans le torrent de publications admiratives ou critiques que le personnage de Malcolm X a inspiré. Paru au printemps 2011, l’opus de plus de 750 pages en traduction française (quelque 600 pages en version originale) a pour ambition de déconstruire la légende pour révéler l’homme Malcolm X, avec toutes ses contradictions et ses faiblesses. « Mon objectif premier dans ce livre était, proclame son auteur, de m’élever au-dessus de la légende pour mieux raconter les événements tels qu’ils se sont déroulés dans la vie de Malcolm. »
 
Décédé trois jours avant la sortie de son livre aux Etats-Unis, Manning Marable était un universitaire réputé, spécialiste de l’histoire des Noirs américains. Il avait fondé le département des études africaines-américaines à l’université de Columbia qu’il a dirigé jusqu’à sa mort. Son récit de la vie et la mort de Malcolm X est le résultat de 20 années de recherches au cours desquelles il a consulté une foultitude de documents (des journaux intimes, des correspondances et 6 000 pages des dossiers secrets du FBI) et a interrogé les proches de son sujet.
 
Dans la postface de son livre, Marable rapporte que le point de départ de ce travail de longue haleine a été sa découverte à la fin des années 1960 de la célèbre  Autobiographie de Malcolm X (Grasset), considérée par le magazine Times comme étant l’un des cent livres de non-fiction les plus influents du XXe siècle. Son contenu avait été raconté oralement par Malcolm X à Alex Haley (l’auteur de Racines) qui l’a publié dans la foulée de l’assassinat du leader noir en 1965. Cette publication posthume faisait dire à Marable que le volume autobiographique était davantage l’œuvre de Haley que celle de Malcolm. Il soupçonnait le co-auteur, connu pour être proche des républicains, d’avoir gommé le radicalisme des propos de Malcolm. Marable a souligné aussi les incohérences dans le récit dicté par ce dernier, les exagérations et les oublis volontaires ou inconscients.
 
Ceux-ci concernent notamment les activités de délinquance dans lesquelles Malcolm se dit d’avoir plongé dans sa prime jeunesse. Cet aspect aurait été exagéré pour donner, pensait Marable, une ampleur mystique au repêchage de l’enfant prodige par la secte Nation of Islam. Dans son livre, Marable revient aussi sur la bisexualité de Malcolm X que ses admirateurs passent sous silence, préférant voir en lui le symbole d’une négritude virile, agressive, voire misogyne. Selon les témoignages recueillis par le biographe, le héros de la Black Power aurait dans sa jeunesse servi « d’escort gay » à de riches hommes d’affaires blancs et aurait même entretenu au moins une relation homosexuelle suivie et non tarifée.
 
Enfin, les révélations de Manning Marable portent aussi sur les vraies raisons de la rupture de Malcolm avec Elijah Muhammad, le dirigeant de la NOI. Elles auraient été provoquées par la jalousie sexuelle et pas seulement par leurs divergences d’ordre politique. Mais contrairement à la justice de l’époque, qui a tenu la NOI comme la seule responsable du meurtre de leur « brebis égarée », Marable n’hésite pas à pointer du doigt le FBI et la police new-yorkaise qu’il accuse d’avoir fermé les yeux aux menaces qui pesaient sur la vie de Malcolm X et d’avoir participé au moins passivement à son exécution.
 
La grande originalité du professeur Marable est peut-être d’avoir su révéler un Malcolm X assailli de doutes sur sa théologie, sa politique, sa vie intime, ce qui va à l’encontre de l’image d’un homme droit dans ses bottes, radical et enfermé dans ses certitudes, que la postérité garde de lui. Ce fut surtout une personnalité multiple qui, à travers la série de noms qu’il s’est attribués tout au long de sa courte existence (Malcolm X, Malcolm Little, Homeboy, Jack Carlton, Detroit Red, Big Red, Satan, Malachi Shabbaz, Malik Shabbaz, Elt-Hajj Malik El-Shabazz), semble vouloir attirer l’attention sur la difficulté pour un Américain noir d’être libre encore aujourd’hui, 150 ans après la fin de l’esclavage !
 
rfi
Partagez

FLAMNET-AGORA: Le Manifeste des 19 et la photo historique des auteurs en détention en février 1966

altOn reconnait de droite à gauche : Bal Mohamed El Habib dit Doudou, Ba Abdoul Aziz dit Zeus, Sy Satigui Oumar Hamady, Ba Aly Kalidou et Sy Abdoul Idy dit Mamoye. Le Conseil des Ministres du 13 janvier 1966 décida de la suspension et du déclenchement de poursuites judiciaires contre les 19 signataires du Manifeste. Ils sont tous arrêtés le 11 février 1966.


Le contexte 
La rentrée scolaire d’octobre 1965 s’effectue dans un climat très tendu ; le 4 janvier 1966, la totalité des élèves noirs des lycées de Nouakchott et de Rosso se mettent en grève qu’ils déclarent illimitée. Ils réclament la suppression du décret d’application de la Loi du 30 janvier 1965 rendant obligatoire l’enseignement de la langue arabe dans le secondaire. Ce mouvement de contestation scolaire trouve rapidement un écho favorable auprès de nombreux hauts cadres originaires de la vallée. Le 6 janvier, par solidarité, dix neuf d’entre eux apportent leur soutien à la revendication de ces élèves et posent le problème de la cohabitation nationale : ils publient le Manifeste des 19. Le même jour, la grève s’étend à Kaédi. Des bancs de l’école, la contestation se propage à la fonction publique et le 8 janvier, 31 fonctionnaires noirs de Nouakchott se solidarisent des grévistes et approuvent le Manifeste des 19. 

Pour contenir la contestation, les élèves du secondaire furent mis en vacances du 19 janvier au 4 février inclus. Mais à la rentrée scolaire, des bagarres éclatèrent le 8 février au lycée national de Nouakchott entre élèves noirs et maures et dans la nuit un tract invitant les élèves maures à la confrontation fut diffusé. Le lendemain, des affrontements opposent les deux communautés dans divers quartiers de Nouakchott, le bilan officiel, sans doute minoré, fait état de 6 morts et 70 blessés. La Mauritanie venait de connaitre sa première grave crise intérieure. 

Le Président Moctar Ould Daddah rapporte dans ses mémoires que la France par la voix de son Ambassadeur, Jean – François Deniau, était prête « à nous envoyer, à partir de la base de Dakar, des éléments de troupes pour nous aider à rétablir l’ordre » mais qu’il déclina l’offre et prit les mesures suivantes : la fermeture de tous les établissements secondaires, l’envoi de renforts à Aïoun et Kaédi, la supervision des émissions de Radio Mauritanie, l’instauration d’un couvre – feu, de 18 heures 30 à 07 heures à Nouakchott et l’arrestation des 19 signataires du Manifeste le 11 février. 

Le Manifeste des 19 
Le 4 janvier 1966, les élèves noirs des lycées de Nouakchott ont déclenché une grève qu’ils jugent qu’ils déclarent illimitée en vue de faire supprimer la mesure rendant obligatoire la langue Arabe dans l’enseignement du Second Degré. 

Cette action énergique ne fait que révéler un malaise profond et latent, car il est notoire que l’étude obligatoire de la langue Arabe est pour les Noirs une oppression culturelle. Cette mesure constitue un handicap certain à tous les examens pour les élèves Noirs qui, de façon consciente ont toujours repoussé l’étude de la langue Arabe qu’ils savent un frein à leur développement culturel et scientifique et contre leurs intérêts. C’est ainsi qu’au Lycée de Rosso, des élèves Noirs ayant obtenu la moyenne dans l’ensemble des disciplines, ont eu à redoubler pour n’avoir pas eu la moyenne en Arabe. 

Il parait paraitre étonnant qu’aucune voix ne se soit élevée parmi l’élite et les Responsables Noirs, pour protester contre une décision qui fausse déjà l’égalité des citoyens et cela dans un domaine aussi essentiel que l’éducation. 

C’est pourquoi, Nous citoyens mauritaniens à part entière soussignés, déclarons appuyer fermement et sans réserve l’action des élèves. Nous entendons dès cet instant reconsidérer les bases de la coexistence entre communauté Noire et communauté Blanche ; car à l’heure actuelle, nous assistons à l’accaparement total de tous les secteurs de la vie nationale par l’ethnie maure. A l’appui de cette thèse, voici des faits patents qui révèlent la gravité de cette situation. Dès l’accession de la Mauritanie à l’autonomie interne, le régime mis en place s’empresse de créer le mythe d’une prétendue majorité à 80% Maure. Le mythe du quart était né et règle depuis lors les dosages au niveau de toutes les instances politiques et administratives. C’est ainsi qu’au Gouvernement, il y’a deux Ministres Noirs sur 9, au Bureau Politique National, trois Noirs sur 13 Membres, à l’Assemblée Nationale, 10 Députés Noirs sur 40. Ceci étant la vie politico – administrative ne pouvait être que le fidèle reflet de la situation au sommet. Il est remarquable que les postes de Président de la République, Chef du Gouvernement, de Ministre de la Défense Nationale, des Affaires Etrangères, de Secrétariat Général aux Affaires Etrangères, de Ministre de la Justice, de l’Intérieur, de Directeur de la Radiodiffusion, et des Forces de Police, de Directeur de l’information, de Directeur de l’enseignement, de Directeur Général du Plan, de la Fonction Publique et de Président de la Cour Suprême, etc, sont concentrés selon une règle inavouée mais systématique entre les mains de l’ethnie Maure. 

Il est à constater par ailleurs que sur 12 Cercles du pays du pays, un seul est placé sous la responsabilité d’un Administrateur Noir et sur près de trente Subdivisons, 7 seulement sont sous la responsabilité de fonctionnaires Noirs 
– que des cadres Noirs sous – employés végètent tandis que des traitres à la Nation, condamnés, se trouvent régulièrement engagés à des postes de choix dans la fonction Publique. 
– que dans la Mauritanie du Sud exclusivement Noire, tous les Commandants de Cercles, les Chefs de Subdivision, les Chefs de Postes Administratifs, les Commissaires de Police exception faite pour Rosso, les Juges, les Chefs de Brigade de Gendarmerie, et même les Maires – délégués sont tous maures. 
– que la présence dans cette partie du pays de ces détenteurs de l’autorité se traduit par des actes infâmes d’’asservissement, d’humiliation, d’oppression commis à l’endroit des populations Noires honnêtes, loyales, courageuses et laborieuses. 
– Que leurs agissements par leur manque de respect pour les traditions, mœurs, bien fonciers, valeurs spirituelles, sèment la panique, la désolation et l’amertume parmi les populations Noires exaspérées et au bord de la révolte. L’exemple de SASS OULD GUIG à l’égard des Peulhs de KAEDI est assez édifiant : Ce responsable s’est permis de faire arrêter, battre, torturer lâchement, humilier, emprisonner de paisibles Peulhs dont le seul crime fut le désir de créer une coopérative conformément aux nécessités de développement. 
– qu’à Rosso, un découpage administratif insidieux vient d’isoler et de rattacher tout le canton de TEKANE exclusivement Noir à la nouvelle Subdivision de RKIZ exclusivement maure. 
– que quinze gendarmes Noirs valides viennent d’être mis prématurément à la retraite sans pension 
– que dans les rangs des goums de la garde nationale, de la gendarmerie, de l’armée, de la police où naguère les Noirs dominaient en nombre, la valeur et la vocation étant les seuls critères, la proportion des Noirs de 90% qu’elle était, est retombée à près de 25% 
– que les Noirs arabisants ne se recrutent qu’à 10% parmi les enseignants mauritaniens arabisants, parce que le régime ferme aux plus doués d’entre eux les portes du succès ; aux examens, les commissions de correction recrutées dans l’ethnie maure, veillent à ce qu’il en soit ainsi 
– que le recrutement à l’Institut des Etudes Islamiques de Boutilimit accorde aux élèves Noirs 5% des effectifs 
– que les Noirs arabisants ne comptent aucun Inspecteur primaire arabisant alors qu’ils disposent de cadres au moins, aussi instruits, aussi cultivés et aussi capables que les cadres maures arabisants 
– que les cinquante bourses mises à la disposition de la Mauritanie par le Koweït, reparties sans l’avis d’aucune commission, sept seulement furent attribuées aux candidats Noirs 
– que le régime a toujours travaillé pour qu’à l’extérieur, la Mauritanie apparaisse comme un pays essentiellement maure 
– dans cette optique, le Chef de l’Etat lui-même prend soin de toujours souligner à l’extérieur « que la Mauritanie en majorité arabe compte une minorité d’origine africaine (discours de Bizerte) » comme si cette prétendue minorité était là par accident de l’histoire, alors que l’accident de l’histoire ce sont bien les invasions berbères 
– qu’à Nouakchott où les citoyens Noirs sont au moins aussi nombreux que les maures, le Conseil Municipal compte quatre Noirs sur vingt deux membres 

Il est à souligner par ailleurs que simultanément au désir exprimé par les maures de voir officialiser la langue Arabe, la communauté Noire exige que lui soient consenties des garanties concrètes et absolues contre toute assimilation que les responsabilités nationales soient partagées et que la Constitution soit révisée dans un sens FEDERAL (Congrès 1961 et 1963. Mais le régime politique en place, peu après avoir muselé certains porte – parole Noirs, s’est ménagé l’officialisation de la lange Arabe dont la première étape est cette mesure rendant l’Arabe obligatoire dans le Premier et le Second Degrés, cependant qu’il étouffe les revendications fondamentales de la Communauté Noire. 

Les maures savent qu’avec l’arabisation à outrance, le pays va à l’échec, mais ils y tiennent tout de même, animés qu’ils sont par un complexe d’infériorité devant la supériorité qualitative et quantitative des cadres Noirs, et poussés par le désir ardent de couper la communauté noire de l’ensemble négro – africain et à réaliser ainsi l’assimilation des Noirs à leur mode de vie et de penser. 

Ainsi le bilinguisme n’est qu’une trahison à l’endroit des Noirs, car il tend à les écarter de l’ensemble des affaires de l’Etat. 

Toute cette situation se traduit par un marasme général qui affecte tous les rapports entre citoyens Noirs et maures. En effet la jeunesse du pays future relève, se trouve profondément divisée : A Dakar, à Paris, au Caire et dans les autres centres universitaires, les groupes d’étudiants Noirs et groupes d’étudiants maures sont à couteaux – tirés ; dans tous les établissements du Second Degré, la scission est consommée entre élèves Noirs et élèves maures. 

Considérant que les membres de la communauté noire sont irréversiblement engagés à recouvrer intégralement leur liberté et leur dignité, à choisir librement une culture et un mode de vie conformes à leur civilisation négro – africaine, à leurs aspirations au progrès, au développement harmonieux de l’homme, et convaincus que l’obstination du régime dans sa politique aboutira fatalement au chaos et à la guerre civile, 

NOUS, SOUSSIGNES, 
– Déclarons être hostiles à la mesure rendant l’arabe obligatoire dans les enseignements primaires et secondaires 
– Engageons le combat pour détruire toute tentative d’oppression culturelle et pour barrer la route à l’arabisation à outrance 
– Exigeons l’abrogation pure et simple des dispositions des Lois 65.025 et 65.026 du 30 janvier 1965 rendant l’arabe obligatoire dans les 1er et 2nd degrés et qui ne tiennent aucunement compte des réalités Mauritaniennes 
– Rejetons un bilinguisme qui n’est qu’une supercherie, une trahison permettant d’écarter les citoyens Noirs de toutes les affaires de l’Etat 
– Dénonçons la discrimination raciale, l’illégalité, l’injustice et l’arbitraire que pratique le régime en place 
– Dénonçons toute confusion visant à noyer un problème à tendance politique (Arabe) sous l’optique religieux (Islam) 
– Nions l’existence d’une majorité maure car les proportions proclamées sont fabriquées pour soutenir le régime dans l’application intégrale de sa politique de médiocrité déjà entamée à l’endroit de la communauté noire 
– Exigeons le remplacement immédiat de tous les Commandants de Cercles, et Adjoints, des Chefs de la Subdivision, des Chefs de postes administratifs, des Commissaires de Police, des Commandants de Gendarmerie, des Juges et Maires – délégués, tous maures, se trouvant dans la Mauritanie du Sud par des Administrateurs et fonctionnaires Noirs, seuls soucieux du développement de cette partie du pays et respectueux des populations et de toutes leurs valeurs 
– Exigeons le placement immédiat de tous les cadres noirs sous employés dans les situations conformes à leurs diplômes et références 
Sommes prêts à rencontrer le Président de la République, le Président de l’Assemblée Nationale, le Président du Groupe Parlementaire 
Mettons en garde tout responsable Noir contre une éventuelle prise de position susceptible de léser les intérêts de la communauté noire 
– Jurons sur notre honneur de ne jamais transiger ni avec le devoir, ni avec la conscience, de ne jamais nous départir de nos positions justes et honnêtes, de nous maintenir dans ces positions jusqu’à la disparition totale de toute tyrannie, domination et oppression exercées sur la Communauté noire et jusqu’à ce que tout citoyen noir vive libre, digne et heureux en Mauritanie. 

Les 19 signataires : 


Ba Abdoul Aziz, Magistrat 
Ba Ibrahima, Ingénieur géomètre 
Ba Mohamed Abdallahi, Instituteur 
Bal Mohamed El Habib, Ingénieur des Eaux et Forêts 
Daffa Bakary, Ingénieur des TP 
Diop Abdoul Bocar, Commis comptable 
Diop Mamadou Amadou, Professeur 
Kane Abdoul, Instituteur 
Koïta Fodié, ingénieur des TP et bâtiments 
Seck Demba, Instituteur 
Sow Abdoulaye, Inspecteur de Trésor 
Sy Abdoul Idy, Statisticien 
Sy Satigui Oumar Hamady, Instituteur 
Traoré Souleymane dit Jiddou, Instituteur 
Bal Mohamed El Bachir, Administrateur 
Ba Aly Kalidou, Inspecteur de Trésor 
Ba Mamadou Nalla, Instituteur 
Traoré Djibril, Instituteur 
Coulibaly Bakary, Instituteur.

Quelles leçons pour nous ? 


Quarante neuf ans plus tard, que sont devenus les visionnaires auteurs du Manifeste des 19? Qu’avons-nous fait de leur héritage ? Faut – il les oublier ? Evidement, non. Mohamed Ould Cheikh, qui a publié en 1974 un ouvrage sous le pseudonyme de Hamid El Mauritanyi, pointe la responsabilité du pouvoir et l’accuse d’avoir participé de façon active aux tragiques événements de 1966. Pour lui, la répression et la suspension les 19 fonctionnaires noirs, ne participaient pas à l’apaisement « alors que la nature même du problème exigeait le dialogue » (cité par J-L Balans dans son livre intitulé Le développement du pouvoir en Mauritanie, page 568). Il est vrai que le président Moctar Ould Daddah s’était appuyé sur des éléments d’une jeunesse nationaliste, pro – arabe de la mouvance de la Nahda et de l’Association de la Jeunesse Mauritanienne et plus largement, il s’agissait de rattraper l’avance prise par les noirs « sur scolarisés et surreprésentés » dans la fonction publique. 

En 2016, cinquante ans après la diffusion du Manifeste des 19, les mauritaniens devraient faire une introspection, un état des lieux de la question nationale pour construire un destin commun. Faute d’avoir pu empêcher se produire le génocide (1989 – 1992) et les déportations, nous n’avons pas le droit de laisser le pouvoir nous conduire vers un chaos programmé. Si notre pays donne l’impression de ne pas savoir où il va depuis son accession à la souveraineté internationale, il y va en courant à grande vitesse. 

Pour le sauver, nous avons besoin d’une radiothérapie politique, probablement à fortes doses de radiation, pour détruire les cellules mangeuses de la diversité. La Mauritanie doit se réconcilier avec sa géographie et son histoire faite de différences, de recompositions, de brassages, de mélanges de sociétés si différentes en apparence, mais qu’il faut administrer harmonieusement selon un principe d’égalité effective. 
N’oublions pas les 19 et inscrivons leurs noms dans la mémoire collective de nos concitoyens. Célébrons ceux qui sont en vie. Prions pour les disparus. N’oublions pas ceux, dont les noms n’apparaissent pas ici mais, qui étaient dans le cercle élargi. 

Ciré Ba et Boubacar Diagana – Paris, février 2015.

WWW.FLAMNET.INFO

Partagez

La reconstruction d’un pays ne peut être que l’œuvre des grands hommes disposés à consentir des sacrifices et à mettre de côté toute prétention d’ordre secondaire pour parvenir à un consensus

La reconstruction d’un pays ne peut être que l’œuvre des grands hommes disposés à consentir des sacrifices et à mettre de côté toute prétention d’ordre secondaire pour parvenir à un consensusDes hommes qui peuvent marquer de leurs empreintes « l’Histoire » d’une Nation à travers la recherche d’une unité nationale qu’ils doivent pouvoir gérer à tout prix avec sagesse et intelligence.

À partir d’enseignements tirés de notre passé et de notre présent qui ne peuvent être en aucun cas occultés d’une part, et de par notre religion qui est l’Islam d’autre part, cette unité peut être, ou pourrait être envisagée sous la forme « d’un vivre-ensemble ou de la recherche d’une paix permanente » entre les différentes communautés de ce pays dont chacune a sa culture et ses spécificités qui lui sont propres.

Certes, au-delà de la crise politique, le pays traverse une situation de crise aiguë sans précédent caractérisée par des conflits d’intérêts et d’ordre communautaire qui ne cessent d’ailleurs de s’aggraver.

Çà et là, nous assistons à des soulèvements populaires qui ne sont que l’expression d’une volonté manifeste d’un peuple opprimé, de ces communautés marginalisées, de ces victimes du passif humanitaire sans défense aucune, qui acceptent de sortir de leur hibernation, de ce long silence, pour crier au ras-le-bol.

Un peuple qui, dans toutes ses composantes, aspire à retrouver l’espoir dans un changement par une alternance pacifique. Depuis l’avènement des militaires au pouvoir, ces putschistes qu’il ne faut jamais s’empresser de soutenir quelle que soit la situation dans laquelle peut se trouver le pays, on assiste à une forte régression dans presque tous les domaines, avec surtout, et c’est ce qui est d’ailleurs très grave, la montée en puissance du communautarisme qu’on croyait révolu depuis fort longtemps. Nous rappelons que Feu Thomas Sankara disait dans sa célèbre citation « qu’un militaire sans formation politique est un criminel ».

Est-il nécessaire d’apporter des preuves qui prouvent une telle affirmation ? Je crois que, sans vouloir jeter de l’huile sur le feu, ni vouloir remuer le couteau dans la plaie, ces années de braise de 89 à 91 durant lesquelles l’Élite de toute une communauté négromauritanienne fut sauvagement massacrée, traitée différemment des autres communautés, sont autant d’éléments qui peuvent confirmer une telle affirmation. En tout état de cause, qu’il me soit permis de rendre un vibrant hommage à nos compatriotes revenus d’un exil qui leur était presque « forcé » après tant d’années passées hors de leur pays et à leur tête leur président Mr Thiam samba, pour l’amour et l’attachement portés à ce pays.

Aujourd’hui, ceux qui ne sont nullement tentés par des intérêts uniquement égoïstes ou partisans pourront se rendre compte que les Forces de Libération de Mauritanie (FLAM), aujourd’hui Forces Progressistes du Changement (FPC), ne développent nullement par rapport à ce que soutiennent certains des discours racistes ou extrémistes.

Evidemment, on peut évoquer une question sur laquelle certains de nos politiciens de différentes générations ou de différentes cultures, voire de même génération ou de même culture divergent ou peuvent diverger, et sur laquelle ils doivent s’entendre, à savoir l’histoire de ce pays. Par rapport à cette question, nous jugeons que nous ne devons nullement emprunter au-delà d’une voie pour que nous puissions comprendre et admettre que l’histoire d’une Nation, particulièrement la nôtre, n’est qu’une action humaine d’une certaine époque dont les récits ne sont pas souvent fiables, sinon peu, donc nullement une science exacte et ne suit aucune logique.

Bien sûr, je reste convaincu que je ne possède pas les connaissances requises pour être en mesure de remettre en cause telle ou telle stratégie proposée. Néanmoins, je trouve qu’il est de mon devoir de rappeler à nos concitoyens, y compris ces soi-disant politiciens bien sûr, « qu’avec le temps les erreurs et les mensonges s’écroulent, et que seule la vérité demeure parce qu’elle est dure ».

Toutefois, le paradoxe étant que dans ce pays où chacun d’entre nous constitue à lui seul une école, nous devons comprendre que l’éducation religieuse que nous avons doit nous dicter certaines choses dont au moins le bon sens et le savoir-vivre dans la fraternité et la solidarité.

René Descartes disait d’ailleurs que « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée sans distinction des races ni d’ethnies car le principal n’est pas d’avoir l’esprit bon mais de bien l’appliquer ».

C’est d’ailleurs ce bon sens qui doit nous guider pour éviter une énième fois de tomber dans le piège de ces imposteurs qui continuent chaque fois à chercher à nous diviser pour mieux nous dominer d’une part, et d’éviter d’autre part, si ce n’est que pour cette fois-ci, à nos politiciens d’aller vite en besogne, en évitant de se précipiter au moindre signe d’une proposition de dialogue pour donner l’assaut, bien qu’il soit évident pour tous, et même à court terme, que le résultat final qu’on puisse éventuellement obtenir sera sans commune mesure dirigé contre tous.

C’est pourquoi je trouve que la démarche jusqu’ici entreprise par le Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD) est salutaire dans la mesure où ce parti doit avoir tiré certains enseignements du passé à partir de l’analyse des résultats obtenus des différentes recommandations tirées des dialogues précédents. Et, sans vouloir aussi trop critiquer, on peut constater jusque-là que les solutions utilisées et expérimentées marchent moins bien et posent même des problèmes dans leur application.

Naturellement, les dirigeants de l’opposition dite « radicale » ou ceux qui se retrouvent au sein du Forum National pour la Démocratie et l’Unité (FNDU), comme d’ailleurs ceux de l’opposition dite « responsable » qui se retrouvent eux aussi au sein de la Convention pour l’Unité et l’Alternance Pacifique et Démocratique (CUPAD), et d’autres tels que ceux qui forment un même bloc avec le parti Arc-en-ciel, Le PMC, doivent comprendre qu’à défaut de pouvoir changer certains de leurs dirigeants, ils doivent nécessairement changer de stratégie politique et reconnaitre, comme disent certains hommes politiques, qu’une alternance ne s’improvise pas et qu’aucun parti politique mauritanien, pris isolément, ne peut parvenir à lui seul à conquérir le pouvoir.

Objectivement donc, pour que le dialogue ait un sens afin qu’il puisse éventuellement déboucher sur des résultats concrets, il doit être abordé avec sérieux par des dialoguistes qui doivent impérativement placer les intérêts de la nation et du citoyen au centre de leurs préoccupations. Impérativement, nous devons trouver des têtes pensantes ayant « une certaine culture », connues pour leur franc-parler.

Des têtes pensantes qui œuvrent pour une Mauritanie réconciliée et qui devront être en mesure de définir le « type » de société dans lequel nous devons nous retrouver. Par contre, nous jugeons que la libération immédiate de tous les détenus politiques (militants et défenseurs des droits de l’homme d’IRA, de Kawtal Yellitaré, et autres) doit constituer une condition sine qua non sans laquelle le dialogue n’aurait nullement de sens, d’ailleurs une condition sans laquelle le dialogue ne doit même pas être engagé entre les différents pôles.

Bref, dans une vision qui nous parait plus ou moins « noble » dans la mesure où elle propose quelque chose de tout à fait nouveau dans la démarche, la manière d’aborder et de conduire le dialogue, nous proposons que celui-ci soit entamé, s’il doit l’être, suivant un ordre chronologique bien établi. Cette vision que nous développons consiste à présenter le dialogue sous deux volets distincts, à savoir : un volet dit « sensible », un volet dit « souple ».

Le premier volet dit « sensible », si ce terme ne fait pas peur aux politiciens, a trait aux questions qui apparaissent aux yeux de certains d’irréalisables, à savoir : l’unité nationale (ou cohabitation), le passif humanitaire, l’esclavage et ses séquelles. Ce premier volet est une « phase test » pour nos politiciens et doit être abordé avec prudence par ceux qui, de par la pertinence des arguments, de par leur capacité de proposer des solutions concrètes au règlement définitif de ces questions, peuvent se comprendre entre eux, emprunter par consensus la même voie pour arriver à une même conclusion.

Ce premier volet qui ne traite que de ces trois questions énumérées précédemment devra prendre beaucoup plus de temps. Tout au long de cette phase, il sera fortement conseillé à notre Élite d’avoir chaque fois à l’esprit que « chaque fois qu’elle se trouve bloquée dans la voie de la synthèse, elle devra comprendre que l’analyse faite est soit incorrecte, soit insuffisante ».

Pour cela donc, ces politiciens (dialoguistes) devront éviter de se retrouver dans le raisonnement par l’absurde qui devient à un certain moment un semblant de dialogue de sourds dans lequel personne ne veut admettre l’idée de l’autre. D’ailleurs, c’est à partir de là que l’on pourra tester la valeur et le degré de dévotion, d’intelligence, de sagesse et de dévouement de notre Élite pour voir à quel point, si nous poussons celle-ci à l’extrême, elle peut parvenir à exercer un réel changement dans nos mentalités que nous ne parvenons pas à transformer depuis plus d’un demi-siècle.

C’est lorsque cette première phase dite volet « sensible » aura été entièrement achevée, réussie, et les que résultats aient été présentés au peuple, que ces politiciens (dialoguistes) pourront s’orienter vers la seconde phase dite volet « souple ». Ce volet « souple » quant à lui prend en compte toutes les autres questions devant être discutées par l’Élite politique.

En somme, il est temps que nous comprenions « qu’il n’y a pas de plaintes qui n’aient occupé plus constamment les bouches, pas de griefs qui n’aient pesé plus lourdement sur les cœurs, que ceux résultant de nos divisions nationales ». Tous interpellés, nous devons agir pour sauver notre Patrie.

Haimeda Ould Magha

Notable de la ville de Rosso

Tel : 46309795/47511073

 

Source: cridem

Partagez

FLAMNET-AGORA:Droits de l’homme et unité nationale en Mauritanie.

altDepuis un certain temps nous remarquons un regain d’intérêt pour le thème de l’unité nationale en Mauritanie, en grande partie redevable au retour fracassant des FLAM (devenues FPC depuis août dernier). Si bien que c’est aussi dans cette direction le groupe Mauritanie- Perspectives en fait son principal cheval de bataille. En effet, dans une démarche beaucoup plus sérieuse et solennelle, ce groupe demande à ce que tous les citoyens participent à la recherche de solutions adéquates aux problèmes de cohabitation de nos différentes communautés. En effet, de profondes réflexions sur des thèmes proposés pourraient servir comme base solide aux éventuelles discussions formelles à la refonte nécessaire de notre société. Seulement, la plus grande difficulté serait de s’accorder sur la définition du concept et de placer  chaque thème dans un cadre généralisé en relation avec les autres. Pour ma part, je m’intéresserai au rôle des droits de l’homme dans le cadre de cette unité nationale voulue par nombre de nos concitoyens. Ainsi, je tenterai de faire une analyse de la situation du pays par rapport au respect des droits de l’homme sur le plan individuel et collectif. De quels droits s’agiraient-ils, quelles sont les incidences de cette action ou de l’inaction dans l’application de ces droits par l’État mauritanien sur le plan national et international. Et quel rôle jouent les autorités dans leurs décisions de respecter ou de violer les droits de l’homme sur l’unité nationale. En définitive,  quelles propositions suggérées pour solutionner le problème de la question nationale en Mauritanie.

Aujourd’hui, il est généralement admis comme principe universel que le respect des droits de l’homme fait partie des éléments essentiels à l’existence réelle de la démocratie dans le monde. Mais, que signifie cette notion ? Quelles sont ses bases juridiques et politiques ? Quelles sanctions prévues en cas de violations graves de ces droits ? Quelles sont les juridictions compétentes en la matière, et quelles réparations possibles ? Pour cerner le sujet, il est nécessaire de revenir sur l’historique et la signification  de la notion des droits de l’homme.

De manière très succincte, nous pouvons dire que cette notion tire ses sources  de deux traditions. Celle de la Renaissance avec le Droit Naturel et celle de la Reforme avec le Droit  Divin. Ces traditions se fondent sur l’existence des lois universelles intemporelles et imprescriptibles qui sont supérieures à la volonté des pouvoirs politiques. Ces lois naturelles reconnaissent  à l’ensemble des êtres humains une égalité devant leurs droits fondamentaux. S’inspirant de ces sources, dans son préambule et dans son article 1, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme  proclame sans équivoque les droits inhérents à tous les êtres humains : « Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’Homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité, l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme… Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. »

Dès lors, il est opportun de voir dans les faits si ces droits précités sont respectés en Mauritanie. Dans le cas où la réponse est négative, y ‘aurait-il de réparations faites a l’intention des victimes ? Nous pouvons affirmer sans risque d’être démenti que la violation des droits de l’homme est monnaie-courante dans tous les pays du monde. La différence se situe au niveau de l’intensité et de la gravite de l’acte. Mais aussi aux réponses données par les pouvoirs publics en vue de corriger les torts causés.  Chez nous, en Mauritanie, je considérerai deux types de cas : celui que nous appelons communément  par euphémisme, ‘’passif humanitaire’’ et l’autre qualifié de ‘’problème social’’.

La notion de passif humanitaire dans notre pays fait référence aux violations massives des droits de la communauté noire non Harratine durant la période des années 1986-1992. Une discrimination basée sur le racisme d’État à l’encontre de la population noire considérée comme récalcitrante et velléitaire au pouvoir des maures. Ainsi, des centaines de personnes civiles et militaires ont été arrêtées, emprisonnées, torturées et certaines seront sommairement exécutées durant cette période. Des rapports des organisations humanitaires nationales et internationales font état entre 120 mille et 200 mille citoyens déportés vers des pays frontaliers à partir du conflit entre la Mauritanie et le Sénégal en 1989. En ce qui concerne la deuxième catégorie, le problème social, qui est en terme simple  l’esclavage, est une situation compliquée, car elle n’est plus le résultat des  captivités ou ventes des personnes faibles par les plus fortes, mais celui de l’hérédité de la servitude. Si aujourd’hui  le discours officiel refuse de reconnaître l’existence de l’esclavage, mais seulement ses vestiges (ses séquelles), les organisations de défense de la cause des esclaves exposent régulièrement la persistance de cette pratique surtout dans les zones de campagne. Bien qu’objectivement il est impossible de quantifier le nombre des esclaves, mais on peut cependant dire qu’un nombre important de mauritaniens se trouve affecté par cette situation.

Cependant, pour des besoins d’honnêteté intellectuelle et dans le souci de garder une certaine crédibilité, je ne peux pas manquer de mentionner certaines actions réalisées par  différents gouvernements de la Mauritanie pour tenter de répondre à certaines inquiétudes liées aux problèmes des droits de l’homme. Au-delà  des discussions de motivations des uns et des autres, je me limiterais à relater certains faits dans ce paragraphe. En ce qui concerne le problème social,  la Mauritanie a voté une loi qui a aboli les pratiques de l’esclavage en 1981. En 2007, une autre loi considère l’esclavage comme un crime passible de 10ans de prison. L’ordonnance 2006-015 du 12 Juillet 2006 portant l’institution de la commission nationale des Droits de l’Homme (CNDH) sera confirmée par le parlement et promulguée en loi le 20 Juillet 2010. Du point de vue du passif humanitaire, le président Sidi Mohamed Ould Cheick Abdallahi a reconnu pour la première fois la responsabilité de l’État et s’est engagé à réparer le préjudice dans un discours à la Nation prononcé le 29 Juin 2007. Quant au président Mohamed Ould Abdel Aziz, il priera a Kaédi le 25 Mars 2009 pour les victimes de la répression sous le régime de l’ancien président Ould Taya. Sans doute les alliés du président aimeraient penser que cette prière équivaut à une demande de pardon de la part de l’État Mauritanien. Aussi, il continuera la politique de rapatriement (entamé par son prédécesseur, Président Sidi) des réfugiés mauritaniens qui résidaient au Sénégal. Enfin, certaines victimes ont accepté de l’argent de la part du gouvernement sous l’actuel président, montants qui représenteraient la réparation du tort causé.

Pourtant,  les victimes de la discrimination raciale et sociale sont encore sceptiques de la volonté des autorités de changer le statu –quo. D’aucuns diraient c’est pour de bonnes raisons, car les ex-déportés n’ont pas encore retrouvé tous leurs droits et ceux du Mali ne sont pas encore concernés par le rapatriement ; les marches des organisations humanitaires sont régulièrement interdites et leurs responsables arrêtés et condamnés à des peines de prison. Pendant que des présumés responsables des pogroms contre la communauté noire sont toujours en liberté et occupent des postes stratégiques dans l’administration.

En effet, le principe de la protection et la promotion des droits de l’homme ne peut être garanti que par la lutte effective contre l’impunité. Le Groupe de Bruxelles pour la Justice Internationale définit l’impunité comme ‘’l’omission d’enquêter, de poursuivre et de juger les personnes physiques et morales responsables de graves violations des droits humains et du droit international humanitaire’’. Alors, je remarque la coexistence d’une impunité de fait et celle de droit qui sont entretenues dans notre pays. 

 La non- application des textes existants, par exemples sur l’abolition de l’esclavage, ou l’absence de législation explicite pour régler définitivement le problème des disparus, crée un sentiment de doute et d’insécurité dans l’esprit des victimes. Cette impunité de fait a installé une attitude de fixation psychologique des victimes sur le présent. Pour ces communautés l’avenir est trop incertain, donc impossible de prévoir et le passé n’existe pas car il est trop douloureux ou trop dangereux. En plus, la Mauritanie refuse de ratifier le Statut de Rome du 17 Juillet 1998, pour une création de la Cours Pénale Internationale. Même si la cour n’a pas d’effet rétroactif, sa ratification pourrait constituer un fait de dissuasion.

 A côte de cette impunité que je dirai passive- pour une absence d’action- l’État mauritanien pratique une impunité de droit.  La loi d’amnistie 93-23 du 14 Juin 1993 ‘’accordée aux membres des forces armées et de sécurité auteurs des infractions commises entre la période du premier Janvier 1989 au 18 Avril 1992 relatives aux événements  qui se sont déroules au sein des forces ayant engendré des actions armées et des actes de violences. Et aux citoyens  mauritaniens auteurs des infractions subites aux actions armées et actes de violences et d’intimidations entrepris durant la même période’’. Cette loi interdit toute poursuite et consacre ainsi une impunité de droit aux dépens des victimes.  En clair, cette législation a pour objectif  d’imposer le silence aux victimes et d’étouffer la mémoire collective. La coexistence de ces deux types de phénomènes installe notre pays dans une culture d’impunité qui est une des causes de l’insécurité actuelle dans le pays au-delà même de la criminalité politique.

Alors, dans ces conditions parler de  l’unité nationale devient illusoire car elle est matériellement impossible. À moins de comprendre par ‘’unité nationale’’ comme un ralliement forcé de tous à un programme uniforme  sous contrôle d’un seul groupe d’une des communautés. En effet, dans les pays en voie de développement ce concept (unité nationale) est généralement évoqué en vue de justifier la répression et/ou la suppression à l’occasion des coups-d ‘État avérés ou imaginaires. Mais, chez nous en plus de cette considération, certains milieux, généralement qui tournent autour du pouvoir, ont tendance à qualifier tous ceux qui défendent l’idée de la diversité culturelle et ethnique en Mauritanie  d’extrémistes, d’antipatriotes,  de divisionnistes, et de séparatistes…

La réalité est que pour aspirer à vivre dans un pays qui chérit l’unité nationale, nous devons changer d’attitude et de comportement individuellement et collectivement. L’exigence de la justice et la nécessité du pardon obligent les responsables  des pogroms à se faire connaître. Ceux qui sont indexés par les victimes devraient signaler leur disposition à dire leur version des faits devant un tribunal national spécialement prévu à cet effet. Ainsi, ils seront lavés de tout soupçon s’ils sont innocents ou dans le cas contraire, ils pourront demander pardon tout en faisant face à leurs responsabilités et assumer les conséquences de leurs actes. De cette façon, ils auront plus de chance de recevoir la clémence de la part des victimes. Nous devons reconnaître que le mal a assez duré pour l’ensemble des communautés mauritaniennes, et que cela doit s’arrêter. On me dira probablement que  c’est irréaliste de demander à des individus, qui ont emprisonné, torturé, tué, violé et déporté des citoyens innocents  au nom du racisme et de la haine, de se rendre volontairement pour les besoins de la justice .  Je répondrais seulement, de mon expérience de parent, je ne peux imaginer qu’un père raisonnable (dont la raison de vivre devait être portée par l’amour de sa progéniture) voudrait quitter ce monde en léguant à ses enfants le déshonneur et l’indignité sans essayer de se repentir pendant qu’il le pouvait. Par ailleurs, le sujet relatif à ce que doit être le rôle des enfants des présumés responsables dans ce débat de l’unité nationale pourrait être développé avec un autre thème, jeunesse mauritanienne et unité nationale par exemple.  Il faut dire que malgré la loi d’amnistie, les faits resteront et la mémoire de l’histoire ne s’effacera pas comme par un coup d’une baguette magique. Quand bien même on supposerait que ces auteurs des crimes n’ont plus de moral pour ressentir la culpabilité et le regret, nous pouvons au moins croire qu’ils sont toujours préoccupés par leurs intérêts égoïstes. Alors, ils devront réaliser que très souvent les oppresseurs et les criminels sont rattrapés par leur passé pendant qu’ils sont encore en vie. Sûrement, les extrémistes Hutu n’ont jamais imaginé qu’un enfant de deux ans (Paul Kagamé) au moment de leur Révolution  en 1959 reviendrait de l’exil après seulement 35 années pour ‘’venger’’ sa communauté, Tutsi et prendre les rênes du pouvoir. Une histoire de la vie à méditer !

Quoi qu’il en soit, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a un rôle primordial pour susciter cette transformation de notre société. Non seulement de par sa position, en tant que premier magistrat du pays, mais aussi en fonction de son éducation, son histoire et de ses relations personnelles connues avec certaines personnalités issues de la communauté des victimes. L’actuel président est, à ma connaissance, un des officiers maures les moins trempés dans la situation de discrimination dont ont été victime les Noirs de Mauritanie. Pour cette raison il peut être perçu comme ‘’an Honest Broker’’ donc crédible aux yeux des victimes pour obtenir des résultats satisfaisants pour toutes les parties en présence.  C’est le genre d’opportunités qui ne se présente qu’une fois dans la vie d’un homme ! Si le président la saisissait, il resterait à jamais dans les annales de l’histoire du pays.

Pour conclure, l’état actuel  des droits de l’homme dans notre pays ne favorise pas l’unité nationale. En effet, la persistance des pratiques d’esclavage et l’impunité des auteurs des années de braise créent un grand fossé entre les différentes communautés mauritaniennes. En plus,  les quelques actions réalisées se révèlent plus tôt comme des manipulations politiciennes au lieu d’être de réels engagements en vue de résoudre les problèmes. Pour espérer notre unité, tous ensemble devons fournir des efforts énormes afin d’apaiser le climat général. Une nécessité pour réussir la réconciliation de nos différentes communautés. Et cela passera nécessairement par la résolution de l’énigme qui est l’exigence de la justice et la nécessité du pardon. Cette réconciliation, qui annoncera un contrat social équitable, devrait jeter la base d’une société égalitaire fondée sur la compréhension mutuelle de nos diverses cultures et l’entraide entre nos différentes communautés dont la seule garantie de durabilité reposera sur l’autonomie des différentes régions du pays.

Mamadou Barry dit Hammel

Politologue & Administrateur Publique

Conseiller du président des FPC

 

Partagez