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Les Harratines, ces oubliés de la République /Par le colonel (E/R) Oumar Ould Beibecar
Le mouvement El Hor, fondé en mars 1978 par des intellectuels harratines, victimes eux aussi des discriminations du pouvoir « beidane », sur la base de revendications légitimes et responsables, a été vite infiltré, puis détourné par ce pouvoir d’exception, qui l’a divisé en deux tendances.
Celle des opportunistes qui font de la lutte contre l’esclavage un fonds de commerce avec le pouvoir, et celle des idéalistes qui en font un fonds de commerce auprès des pays étrangers. Cette rivalité, suscitée entre ces deux mouvements, a largement contribué à la paupérisation des harratines.
Pourtant entre ces deux tendances, il existe une élite républicaine silencieuse, constituée de cadres harratines, hommes et femmes dignes, sérieux et compétents, qui refusent l’opportunisme des uns et l’idéalisme des autres, et qui n’ont à vendre que leur propre exemple de réussite, qui leur a permis de forger un rang social beaucoup plus important que celui de leurs anciens maîtres.
Ces cadres patriotes et responsables sont les vrais défenseurs de la cause harratine. Car ils ont compris que le salut de cette catégorie sociale ne viendra que de l’Ecole et uniquement de l’Ecole.
Il y a un autre personnage providentiel, qui a particulièrement contribué à l’émancipation et à la prise de conscience des harratines, en trouvant refuge dans les vraies valeurs de l’islam sunnite libérateur et égalitaire. Il s’agit de l’éloquent imam Mohamed OULD SIDI YAHYA.
Ce grand pédagogue a incontestablement réussi à contenir le mécontentement des anciens esclaves, suscité par les discriminations et les injustices flagrantes des régimes d’exception et intensifié par plusieurs siècles de spoliation. Il a réussi à former une autre élite, croyante, purifiée et libérée des préjugés sociaux qui servira sans aucun doute d’exemple, à toute notre société et contribuera à la paix civile indispensable au développement de notre pays et à sa survie.
Un pédagogue nommé Ould Sidi Yahya
L’ordonnance 81-234 du 9 novembre 1981 du CMSN portant abolition de l’esclavage, prononcée du bout des lèvres, sans aucune mesure d’accompagnement, suscitée par l’activisme des ONGS comme World Vision, n’a pu survivre au puissant lobby féodal en perpétuelle renaissance, qui domine les comités militaires et leurs gouvernements, ainsi que le pouvoir politique et traditionnel.
D’ailleurs, la réaction d’un grand seigneur, chef de tribu en Assaba, quelques mois après la promulgation de cette ordonnance, annonçant solennellement, la libération de plusieurs dizaines de ses esclaves, aux environs de Kiffa, vivement ovationnée par le président du CMSN et sa délégation, de passage pour l’inauguration du tronçon Kiffa-Néma, en est une illustration et, démontre si besoin est, le caractère démagogique de cette ordonnance, qui moisit depuis sa promulgation. Les nouvelles lois n’apporteront rien de nouveau puisque le système féodal qui se nourrit des inégalités est toujours au pouvoir et se consolide.
Le pouvoir aurait pu aussi, s’il le voulait, décomplexer et transformer les nombreux féodaux consanguins des harratines, en abolitionnistes convaincus, notamment certains chérifs et émirs de mères esclaves ainsi que d’autres métis fils de nobles et de femmes esclaves. Leur charisme, leur orgueil, ainsi que leur consanguinité avec les victimes, pouvaient être exploités, positivement pour susciter leur engagement pour cette noble cause, dont l’objectif est de délivrer leurs proches parents, leur sang, de cette déshonorante et humiliante situation d’esclave, pour une meilleure harmonie nationale.
Cette ordonnance abolitionniste prévoit paradoxalement dans son article 2, une compensation au profit des maîtres au lieu des victimes, ce qui est contreproductif sachant que l’esclavage en Mauritanie, n’a aucun caractère conforme à la charia à cause de ses origines douteuses, produit des razzias ou de vol à main armée. D’ailleurs, cette traite humiliante, des populations noires musulmanes et riveraines, contraire aux valeurs de notre sainte religion, avait provoqué le siècle dernier, l’indignation de l’érudit de Oualata, Mohamed Yahya Elwalaty, ainsi que celui de Tombouctou, Cheikh Ahmed Baba Ettimboucty, qui avaient déclaré, la prohibition de cette pratique honteuse, que les oulémas du pouvoir n’ont dénoncé qu’il y a quelques mois comme pour se moquer de la République.
En cherchant à compenser les fautifs, le CMSN avait commis la même erreur d’appréciation que les gouvernements français, non moins esclavagistes, qui, bien qu’ayant aboli l’esclavage dans les colonies conformément au décret du 27 avril 1848, ont fini par accorder une indemnité aux anciens propriétaires d’esclaves conformément au décret du 24 novembre 1849, pour contenir leur mécontentement. Ce laxisme va continuer jusqu’au 12 décembre 1905, lorsqu’un décret français réprimera définitivement la traite des esclaves dans les colonies.
Pourtant si cette compensation avait été accordée par le CMSN aux victimes de l’esclavage, celui-ci aurait été éradiqué définitivement. Sachant que ces esclaves étaient essentiellement employés dans les domaines de l’élevage, de l’agriculture, de la pêche, ou comme domestiques ou ouvriers subalternes, le CMSN aurait pu les délivrer, en leur accordant des moyens de production propres à eux dans les domaines de leurs spécialités, et en leur attribuant des terres à cultiver. L’Etat aurait dû désintéresser les anciens maîtres pour leur éviter de se servir de ces terres, comme moyen de pression susceptible de perpétuer leur domination sur ces harratines nouvellement affranchis.
La peau des uns, la culture des autres
En ce qui concerne les domestiques et les ouvriers subalternes, le gouvernement aurait pu les former et leur donner du travail en les recrutant en priorité, comme soldats, agents de police, plantons ou agents de sécurité ou en leur finançant des micro-projets pour leur permettre d’obtenir des métiers leur garantissant une meilleure insertion dans les domaines commercial ou industriel, en attendant des jours meilleurs. L’Etat aurait pu accompagner ces mesures par une scolarisation obligatoire au profit de leur progéniture.
La solution que le père de la nation avait apportée au problème des NMADIS aurait pu être vulgarisée par le CMSN pour régler ce problème d’esclavage. En effet pour mettre fin aux activités destructrices pour la faune et la flore, de ces guerriers, grands chasseurs du Dhar, le gouvernement les avait transformés en éleveurs, en leur procurant les animaux nécessaires au début des années 60, et avait procédé au recrutement de leurs jeunes dans les forces armées et de sécurité. Cette initiative a permis leur insertion dans la vie active et a mis ainsi fin définitivement à ce fléau environnemental.
Le pouvoir d’exception a largement contribué au clivage de notre société, et au maintien de l’esclavage, en suspendant de facto l’ordonnance abolitionniste et en renforçant le pouvoir tribal que le père de la nation avait beaucoup affaibli. Ce pouvoir tribal, arabo-berbère et négro-mauritanien, qui se nourrit du labeur, rarement rémunéré de ces esclaves, obligés par les pouvoirs publics de se résigner et de pardonner à ceux qui les ont déracinés et qui refusent toujours de les adopter, malgré plusieurs siècles de cohabitation dans un environnement régi par l’Islam sunnite.
Contrairement aux autres composantes nationales, les harratines n’ont que la Mauritanie comme patrie, ils n’ont pas de ramification dans les pays voisins. Ils sont le fruit de notre histoire, de notre géographie, de nos déviations et de nos folies. Avec la peau des uns et la culture des autres, ils forment une symbiose indispensable à la consolidation de notre unité nationale. Leur noblesse n’a pas été entamée par tous ces siècles de frustration, d’humiliation et de mépris. Pendant tous ces temps difficiles, ils ont gardé intacts leur honneur, leur générosité, leur dignité, leur probité morale, et leur fierté.
Les harratines sont originaires des populations négro-africaines riveraines, razziées pendant les siècles derniers par les tribus arabo- berbères et négro-africaines. Déracinés et arabisés par la force du destin, ils ont acquis au fil du temps, une nouvelle identité afro-arabe. Comme d’autres, sous d’autres cieux et dans d’autres continents, qui par la force du destin ont été déracinés, occidentalisés, christianisés ou athéisés et ont acquis une autre identité afro- euro-américaine. Débarrassés de l’hégémonisme des arabo-berbères et de la susceptibilité des négro-mauritaniens, et guidés par une foi inébranlable, les harratines constituent incontestablement le trait d’union fondamental entre les uns et les autres, le centre de gravité de notre unité nationale et l’espoir d’un avenir radieux pour les générations futures de notre pays, pourvu qu’ils en prennent conscience.
Le sort des Matchoudos, esclaves toucouleurs et des Komes, esclaves des soninkés, les oubliés de la République et de la Liberté, qui ne figurent même pas sur l’agenda des abolitionnistes, doit être traité sans passion avec beaucoup de sérieux et d’appréhension. Ceux-ci étant de la même couleur et parfois portant les mêmes noms que leurs maitres donnent l’impression de vivre dans un système égalitaire, alors qu’ils sont victimes de beaucoup de discriminations dissimulées. Leurs visages portent souvent les stigmates de leurs souffrances morales et psychologiques. Spoliés, terrorisés, frustrés et privés de leur dignité, de leurs terres et parfois de leurs biens, ils subissent l’arbitraire quotidien de leurs maîtres qu’ils ne peuvent dénoncer.
Certains comme les Komes, de la communauté la plus esclavagiste du pays, à savoir des soninkés du Guidimagha, souffrent de discrimination parfois même à titre posthume. Ils n’ont même pas, semble-t-il, le droit de prier dans la même mosquée que leurs maîtres et après leur mort, ils n’ont pas le droit d’être enterrés dans le même cimetière.
A suivre
Le Calame
FLAMNET-AGORA: Hommage au colonel Oumar Ould Beibacar (Première partie) Par Boye Alassane
Retraite oblige : le colonel Oumar ould Beibacar a troqué sa tenue d’officier supérieur contre un costume. L’une et l’autre lui vont à merveille. L’une et l’autre mettent en relief son inaltérable prestance. Il aurait pu comme tant d’autres faire bouche cousue et, sous sa tente ou dans son salon, au milieu des siens, jouir paisiblement d’une retraite bien méritée. Bien loin du triste spectacle permanent d’un pays qui, chaque jour que Dieu fait, se dirige dangereusement vers l’implosion.
Mais non. Il opte pour prendre sa plume, parfois virulente mais fondamentalement juste, toujours précise et limpide. Il choisit d’exprimer sa douleur et ses peines, longtemps refoulées du fait du devoir de réserve. Il dit son fait, manifeste sa colère réelle et grande, cependant courtoise. Il joint sa voix autorisée à celles, hélas encore minoritaires, qui appellent à nommer le Mal mauritanien dans toutes ses dimensions — notamment le racisme d’État, l’exclusion de plus en plus grandissante de la composante nationale noire — ; il fustige des injustices flagrantes faites hier et aujourd’hui encore aux Négro-mauritaniens ; il prend position sur certains faits de l’histoire coloniale et postcoloniale du pays ; il stigmatise des positionnements et manipulations politiques de certaines personnalités ; et, en filigrane, il invite à un ressaisissement pour un sursaut national en vue de sauver le pays.
Cet homme profondément humain, capable à la fois de faire preuve de professionnalisme et d’humanité, altier et posé, qui aime son pays dans sa diversité, après l’avoir dignement servi l’arme à la main, c’est-à-dire sous le drapeau, aspire aujourd’hui à le servir avec son verbe, avec sa plume. Il en a en le devoir que nul ne peut lui contester. Il en a la légitimité que nul ne peut lui confisquer.
Car son parcours professionnel, l’exercice des multiples responsabilités qui furent les siennes dans des circonstances où une composante nationale du pays, les Noirs, était victime des crimes les plus ignobles firent qu’il fut au cœur, comme témoin direct ou observateur avisé, d’épreuves épouvantables, de tragédies inouïes. Au nombre de ces épreuves mortifères celles que vécurent les détenus de la prison-mouroir de Oualata en 1987/1988. En effet, pour ceux qui ne le savaient pas ou qui l’auraient oublié, c’est là en ce lieu funeste que le chemin des détenus que nous étions croisa celui d’Oumar Ould Beibacar, à l’époque lieutenant et commandant du Groupement Régional de Nema. Le Fort-mouroir et la surveillance des détenus que nous étions relevaient de sa responsabilité.
L’homme, l’officier
Qui est Oumar ould Beibacar ? au plan professionnel et humain. J’ai tenté de répondre à cette question dans un chapitre que je lui ai consacré dans « J’ETAIS A OUALATA – Le racisme d’ETAT en Mauritanie ». Revisitons-en un extrait (pages 130, 131, 132).
« Peu de jours après le décès de Bâ Alassane Oumar, un changement de commandement se produisit au niveau du groupement régional (G.R.) de la garde, dont le P.C. était basé à Néma et dont dépendait le fort de Oualata. Ce changement de commandement, était-il une coïncidence avec la mort de Bâ Alassane Oumar, ou en était-il une conséquence ? Quoi qu’il en soit, vers le 30 août 1988, le nouveau commandant du GR débarqua au fort de Oualata.
Quand il pénétra dans notre salle, les premières mesures prises par le lieutenant Oumar ould Boubacar furent de retirer les chaînes des pieds de tous ceux qui étaient malades et incapables de se mouvoir. Il fit aussi enlever les chaînes des pieds des détenus âgés : Ten Youssouf Gueye et Djigo Tabssirou. Il ordonna que les lucarnes fermées avec du banco pour cause de punition depuis la nuit du 22 mars 1988 soient ouvertes. Nous lui exposâmes l’ensemble de nos problèmes notamment :
— La quantité et la qualité de l’alimentation.
— La prise en charge par nous-mêmes de la cuisson de nos repas.
— L’approvisionnement de l’infirmerie en médicaments.
— L’évacuation dans un centre hospitalier des malades dont l’état est grave.
Il s’engagea à résoudre tous les problèmes qui étaient de son ressort, à exposer à qui de droit ceux dont la solution ne dépendait pas de lui. Le lieutenant Oumar Ould Boubacar était un officier posé et très respectable. Il nous écoutait avec beaucoup de patience et d’intérêt. Il nous parlait calmement et avec respect. Quand il s’engageait à résoudre un problème posé par nous, il le faisait vite et bien. Il se dégageait de sa personne et de son allure un mélange de bonté, de douceur et de maturité. L’homme avait beaucoup d’humanité et suscitait au premier contact sympathie et estime. L’officier était bien pénétré du sens de son devoir et s’en acquittait avec beaucoup d’intelligence. Il sut toujours être, à la fois, l’un et l’autre. Et cette dualité qu’il incarnait, il sut invariablement la traduire à merveille dans tous ses actes durant toute la période qu’il fit avec nous. Aussi, ne mit-il pas de temps à conquérir nos cœurs. Il était basé à Nema mais nous avait promis d’être fréquemment au fort de Oualata. C’est ce qu’il fit. Et sa présence nous rassurait, nous réconfortait. Jamais dans notre existence de détenu, un officier, sous-officier, ou garde n’eut auprès de nous autant d’estime, d’affection qu’en avait eues le lieutenant Oumar Ould Boubacar. Il était aimé et respecté de presque tous les détenus du fort de Oualata, y compris des détenus de droit commun.
[…] Quand le lieutenant Oumar prit la gestion du fort de Oualata, le mal était déjà fait. Il y avait déjà un mort. Et plusieurs détenus étaient gravement malades, tandis que les autres étaient squelettiques et affamés. Ten Youssouf Gueye, notre doyen qui souffrait depuis plusieurs jours déjà, voyait son état s’empirer sérieusement. […] Bâ Mamadou Sidi avait installé Ten Youssouf Gueye dans la cour du fort près de la porte d’entrée de notre salle. Il était près de 18 heures. Le lieutenant Oumar vint vers Ten Youssouf Gueye couché sur sa couverture. Il lui prit affectueusement la tête entre ses mains, et comme pour être certain d’être bien entendu par lui, se pencha sur son visage, le questionna sur sa santé. Image saisissante, émouvante, inoubliable. Ten Youssouf Gueye rassembla tout ce qu’il lui restait d’énergie, essaya de redonner à sa voix habituellement forte et claire, présentement tremblante, tout son tonus, et malgré la douleur qui se lisait sur son visage, et comme s’il avait conscience d’émettre sa dernière volonté, il voulut s’assurer que tous ses propos fussent entendus, articula aussi fort que le permettait son état, à l’intention du lieutenant Oumar toujours penché au-dessus de lui : “— Lieutenant Oumar, vous n’allez pas laisser mourir comme un chien l’un des hommes de culture de ce pays ? Toujours penché au-dessus de lui, d’une voix émue, le lieutenant Oumar lui répondit :
— Non tranquillisez-vous, tout sera fait pour que vous soyez évacué rapidement afin de bénéficier de soins appropriés.”
Dans la même nuit, le lieutenant Oumar regagna Nema. Le lendemain 1er septembre 1988, Ten Youssouf Gueye fut évacué à Nema à bord d’une voiture Land Rover de la garde. Malheureusement, quand il y arriva, le lieutenant Oumar était en mission d’inspection dans la région de Nema. Le wali était, lui aussi, absent de Nema. Par rapport au cas du détenu Ten Youssouf Gueye, il y avait une sorte de vacance de pouvoir. Ces deux autorités semblaient être les seules habilitées à décider de l’hospitalisation de Ten Youssouf Gueye. Puisque tous les autres responsables (préfet, gouverneur adjoint), refusèrent de prendre la responsabilité de son hospitalisation. Conséquence tragique d’une telle vacance de pouvoir et du refus des responsables administratifs sur place d’engager leur responsabilité : Ten Youssouf Gueye agonisant, évacué d’un fort-mouroir pour être hospitalisé, se retrouva, malgré son état, dans la prison des détenus de droit commun de Nema. C’est dans cette prison qu’il expira dans la nuit du 2 septembre 1988. Sans sépulture, il serait enterré dans une tombe anonyme dans un cimetière de Nema. Telle fut la fin de l’un des plus prestigieux écrivains et hommes de culture de la Mauritanie. »
Voilà ce que fut Oumar ould Beibacar à Oualata. Voilà ce dont tous les pensionnaires de la prison-mouroir de Oualata peuvent témoigner, à l’exception peut-être d’un détenu, suis-je tenté de dire. S’agit-il de l’encenser ? Il s’en passerait volontiers. Il est question, puisque l’actualité nous y invite, nous interpelle, d’exposer des faits historiques dont il fut témoin et acteur. Des faits auxquels il sut faire face avec un calme, un professionnalisme et une grandeur propres aux grands hommes. Faits historiques puisqu’ils sont constitutifs d’évènements nationaux tragiques qu’il faudra bien un jour transcrire dans les pages de l’histoire de la Mauritanie.
Avais-je tout dit sur le colonel Oumar ould Beibacar dans le bouquin évoqué plus haut ? Non. Même si l’essentiel des indications permettant de cerner l’homme et l’officier étaient déjà là. Et pourquoi n’avais-je pas tout dit ? Par souci de lui épargner d’éventuelles représailles. Parce qu’il était encore en activité, et le pays encore sous l’emprise du despote Taya. Mais ce que, sciemment, j’avais tu, j’en fis explicitement état, noir sur blanc et par le détail, lors de l’exposé intitulé Récit d’un témoin que j’avais présenté le 13 avril 2013 au palais des congrès de Montreuil, lors de la célébration du 30ème anniversaire des FLAM en ces termes :
“[…] Le Bon de Jreïda, ayant déjà parlé de lui dans le livre mentionné plus haut, souffrez que je vous dise un mot à propos de celui de Oualata, car, à bien des égards, il présente étrangement des similitudes frappantes avec Lorenzo, celui dont Primo Lévi disait croire que c’était à lui qu’il devait d’avoir survécu. Mais parlons d’abord de notre Monsieur de Oualata. Il était courtois et respectueux. Il avait le visage et l’allure générale des personnes naturellement affables et attachantes, celles qui — au premier contact —, vous inspirent sympathie plutôt qu’aversion. Il était altier sans être arrogant. Il était l’antithèse du « Flingueur ». Il avait un sens empathique très prononcé. Il savait nous écouter. Face à nos multiples problèmes, il était très réactif. À chaque fois que cela fut pour lui possible, il a cherché à nous apporter un peu de confort, si tant est qu’on puisse faire usage de ce mot dans les conditions qui étaient les nôtres. Deux ou trois fois, il se rendit à Nouakchott. Dans ses bagages les lettres de quelques détenus destinées à leurs familles résidant à Nouakchott. Une fois à Nouakchott, déjà muni des coordonnées des familles qu’il avait obtenues des détenus, il se déplaçait lui-même jusque chez chaque famille, lui remettait son courrier, en prenait un autre pour le détenu. Aux détenus concernés, il apportait lettres et nouvelles de leurs familles. Est-il besoin de souligner qu’il suffit de se projeter dans le contexte de l’époque pour savoir que Monsieur prenait des risques énormes qui auraient pu lui coûter sa carrière s’il était pris la main dans le sac.”
Là aussi, parce que le colonel Oumar ould Beibacar était encore en activité, j’ai évité de le désigner par son nom. Mais l’observateur averti et le lecteur attentif de l’ouvrage cité et de mon exposé (Récit d’un témoin) auront aisément compris que notre « Monsieur de Oualata… [qui] prenait des risques énormes qui auraient pu lui coûter sa carrière s’il était pris la main dans le sac. », c’était bien Oumar ould Beibacar.
Voilà ce que fut le lieutenant Oumar ould Beibacar et ce qu’il fit. Ainsi s’était-il comporté, au plan humain et professionnel. Et ce, tout le monde s’en souvient, dans un environnement national marqué par la haine raciale entretenue par un régime foncièrement raciste et répressif. Un régime mû par une volonté d’épuration ethnique manifeste. Au cœur d’un système carcéral raciste qui réduisait les détenus en squelettes mobiles recouverts de haillons pouilleux, crasseux et nauséabonds, le colonel Oumar ould Beibacar œuvra à stopper le processus de déshumanisation enclenché. Là où les détenus que nous étions étaient chosifiés, animalisés ; en ce lugubre lieu où la mort rôdait en permanence ; où nos geôliers laissaient ce qu’il y avait d’animal en l’Homme prendre le dessus sur ce qui en lui fait de lui Homme, c’est-à-dire un être humain, pourvu de dignité et de raison, et donc capable d’humanité, Oumar Ould Beibacar arriva et inversa les termes du problème, les remettant à l’endroit. D’emblée il choisit l’Homme, c’est-à-dire la dignité humaine. Pour tout dire, il s’attela à humaniser nos conditions carcérales autant que le lui permettaient les responsabilités qui étaient les siennes.
Quand on sait que certains de ses frères d’armes qui l’ont précédé au fort de Oualatarivalisaient d’ardeur et de jubilation dans leurs œuvres mortifères vis-à-vis des détenus : tortures, humiliations de toutes sortes, dédain, indifférence au sort de l’autre, déshumanisation… ; quand on se souvient que beaucoup d’autres s’apprêtaient, avec la bénédiction du pouvoir de Taya, à se livrer à des crimes contre l’humanité, à des exécutions massives de militaires et à des déportations de milliers de Négro-africains, on saisit toute la grandeur et la noblesse du colonel Oumar ould Beibacar, son sens du devoir, son aversion pour l’injustice, son profond attachement au respect de la dignité de l’autre, son prochain, son compatriote, abstraction faite d’une quelconque appartenance communautaire, ethnique ou régionale.
Encore un mot. Sur Oualata. Sur Oumar ould Beibacar. Quand après la mort de nos quatre compagnons de détention, la pression internationale obligea le pouvoir à briser le mur de silence qui entourait les prisonniers de Oualata, et à améliorer leurs conditions de détention, c’est une délégation qui fut dépêchée à Oualata (octobre 1988). Sa composition : Lieutenant-colonel Frank, Chef d’Etat-major adjoint de la garde nationale et le commandant Oualad, wali de la région hodh el chargui. Les accompagnait Oumar ould Beibacar, bien sûr. Cette délégation reçut, en tant que délégués des détenus, le lieutenantYongane Djibril Demba et votre serviteur. Lesquels exposèrent aux visiteurs la situation des détenus et leurs doléances. Oumar ould Beibacar était là, qui fixait de son regard franc et empathique les deux délégués des détenus, comme pour leur dire : « Allez-y messieurs, c’est le moment ou jamais. Dites ce que vous avez dans le cœur ! Exposez votre vécu carcéral. »
Vers fin octobre 1988, c’est le tout-puissant ministre de l’intérieur de l’époque, Djibril ould Abdallah lui-même qui arriva à Oualata. Sans doute pour constater sur place que l’opération transfert des détenus vers Aïoun pouvait commencer. Encore là, toujours là et providentiel, Ouma Ould Beibacar, aux moments cruciaux de notre existence carcérale comme pour freiner notre descente dans l’enfer terrestre ; comme pour introduire dans notre univers carcéral lugubre et ténébreux quelques rayons de soleil, un parfum de vie humaine, une lueur d’espoir. C’était cela aussi Oumar ould Beibacar.
Quand demain, perpétuant cette belle tradition africaine que sont ces savoureuses séances de contes nocturnes, les grand-mères, entourées de leurs petits-enfants, après avoir fini de leur narrer ces moments tragiques des années 1987,1988, 1989,1990, 1991, entendront cette terrible question, portée par la spontanéité, le naturel, la curiosité et la soif de savoir de l’enfant ou de l’adolescent :
— Dis, mamy, même pas quelqu’un ou quelques-uns chez nos concitoyens arabo-berbères pour s’opposer, refuser ou condamner discrètement ou ouvertement tous ces crimes, tortures, déportations et massacres de Noirs mauritaniens, au moment des faits ou après ?
Quand demain, nous souhaitons qu’il ne tarde pas à advenir, face à ses petits élèves, le professeur se verra poser pratiquement la même question au milieu ou au terme de son cours ; alors celles-là et celui-ci pourront répondre, sans bredouiller, avec fierté :
— Il y a bel et bien eu des hommes et des femmes, illustres ou anonymes, dans toutes nos communautés, admirables de dignité et de courage, pour dire chacun à sa manière, à la place qui était la sienne, sauvant ainsi l’honneur et la dignité de toute la Mauritanie : non à la barbarie ! Non à la négation du concitoyen ! Non à la déportation ! Non aux crimes ! Au moment même où ceux-ci se commettaient. Et après. Oumar ould Beibacar fut de ceux-là. Chaque pays a eu ses vampires. Nous avions eu les nôtres. Mais comme tous les autres pays qui se sont retrouvés dans un contexte quasi similaire au nôtre, nous avons eu, aussi, nos grands hommes. Le colonel Oumar ould Beibacar est de ceux-là.
N.B. Chacun l’a compris : Boubacar, graphie utilisée dans mon livre et Beibacar sont deux patronymes qui désignent le colonel Oumar. La variation graphique vient du fait qu’àOualata nous l’appelions Oumar ould Boubacar
(A suivre : deuxième partie de l’hommage au colonel Oumar ould Beibacar)
BOYE Alassane Harouna
Le 27 août 2015
HOMMAGE À ALPHA DIALLO, UNE GRANDE PERTE: ADIEU GRAND COMBATTANT!
Nous venons d´apprendre avec un grande tristesse le rappel à Dieu de notre cher ami, camarade et frère Docteur Alpha Diallo. “A Dieu nous appartenons et à lui nous retournons”, nous dit le Saint Coran. Allahou Akbar !
Ancien membre dirigeant des FLAM, ancien membre-fondateur et premier secrétaire élu de l’AJD et Professeur titulaire de la chaire de Métaphysique religieuse et de Philosophie des Sciences à l’université de Nouakchott est parti à la fleur de l´âge.
Un grand et fidèle ami, un compagnon de lutte pendant les années de braise, un homme de foi et de convictions vient de nous quitter. Bassirou Hawa pour les intimes, Tafssirou Hamath son “pseudonyme de guerre” pendant nos années de braise, notre “Karl Popper” national a cassé sa plume !Je me souviens encore de nos longues journées d´exil au Sénégal, de nos interminables réunions de nuits, de nos descentes dans des rédactions pour déposer nos communiqués et nos déclarations de presse. Je me souviens de nos tournées dans des camps des déportés pour maintenir le flambeau de la résistance. Je me souviens toujours de ta voix douce et de tes petits sourires et de tes yeux pétillants d´intelligence. Je me souviens de tes colères contre la dictature militaire dans la vallée, je me souviens de tes conseils avisés et de nos échanges après notre retour au pays natal. Je me souviens de tes envolées philosophiques et lyriques, je me souviens toujours du camarade militant Alpha.
La Mauritanie vient de perdre un grand intellectuel et un homme de culture de dimension internationale mais surtout un homme de refus, un rebelle dans l´âme. Un homme humble, modeste, courtois, honnête et intègre. Un Foutanké fier et enraciné, un esprit libre et critique, un intellectuel engagé et courageux, un musulman pieux et généreux, voilà résumé en quelques mots l´enfant prodige de Wothie, Docteur Alpha Thierno Baba Diallo.
Il ne nous reste qu´à prier et à pleurer. A prier pour qu´Allah le tout puissant, l´Eternel, l´accueille en son Saint Paradis et que la terre du Fouta natal lui soit légère! A pleurer cette lourde et irremplacable perte.
A ta gentille épouse Aminata Aw, devenue aujourd´hui ta veuve, à tes aimables enfants, aux familles Diallo et Aw de Wothie, à tes proches, à tous tes compagnons de lutte, à la communauté universitaire, je présente nos très attristées condoléances.
A la mémoire de tous ceux tombés pour les causes justes nous répéterons après d’autres, cette oraison funèbre devenue classique « Ta vie fut combattante, ta mort héroïque, ton sacrifice sacré et ta mémoire éternelle».
Adieu camarade et la lutte continue!
Kaaw Touré.
L´INTERDICTION DES FPC: LES VÉRITÉS DE NOTRE CHÈRE Mariem Mint Derwich, Journaliste-écrivain.
“..La Mauritanie ne se reconnaît plus en les siens. Vous en avez f…ait l’otage de vos idéologies, vous l’avez laissée être captée par les extrémistes religieux, au moins dans la pensée, par les extrémistes identitaires, au moins dans l’ancrage d’une seule langue. Vous en avez fait une arène du désespoir et de la misère. Là où le politique se devrait d’offrir un futur, un espoir, vous ne nous laissez, derrière une apparente démocratie, que le droit de survivre dans la mort des idées.
Il nous faut de la diversité.
On en est loin, très loin. Le dernier avatar de notre vide politique en est l’exemple : en refusant aux ex FLAM l’autorisation de se constituer en parti, nous ne faisons que niveler un peu plus les idées politiques. Le « délit » pré supposé et quelque peu fantasmé d’atteinte à l’unité nationale, celui là même qui motive le refus officiel fait aux ex FLAM, est un délit quasiment national : il est dans les déclarations hystériques de ces députés qui déchirent un rapport en français, il est dans le matraquage permanent de la diversité culturelle, il est dans notre TVM qui se veut plus arabe que les arabes, si tant est qu’il y ait un monde arabe « pur » et un autre… Il est dans la fracture éducative qui fait que seuls les enfants de ceux qui ont les moyens réussissent au bac pendant que les ¾ des élèves de l’école dite publique ont lamentablement échoué.
Il est dans cette arabisation forcée, dans l’imposition d’une seule référence culturelle…
Ce délit est permanent, il est dans la rue , dans nos maisons, dans nos médias, dans nos salons…
Il est dans ces politiques qui vont faire allégeance à des pays étrangers, qui reçoivent de l’argent de ces pays …
Il est dans ces leaders religieux émargeant en Arabie Saoudite…
Dire que les ex FLAM sont contre l’unité nationale signifie que personne n’a écouté Samba THIAM, ni son discours….
Personne…
Cette décision est inaudible car, alors, pourquoi le Président lui-même, a-t-il reçu les ex FLAM ? Pourquoi leur a-t-il été permis de tenir leur Université d’été ?
Qu’est ce qui a changé en quelques mois ? Sûrement pas le discours de Samba THIAM..Mais, plutôt, le poids des lobbies adverses, ceux qui ne rêvent que d’une Mauritanie uni couleur, uni langue….
Je ne suis pas d’accord avec toutes les idées des ex FLAM mais c’est cela la diversité des opinions, c’est cela le débat, c’est cela la démocratie. Ce ne sont pas seulement des partis triés sur le volet, juste bons à justifier notre façade démocratique.
Nous devons pouvoir entendre autre chose que le « dialogue » improbable….
Oui, Messieurs les politiques, respectez-nous et nous vous respecterons…
Salut.”
Mariem mint DERWICH.

FLAMNET-AGORA: La Mauritanie: Deux discours mêmes conséquences, une autre attitude s’impose ! (2eme partie)
La Mauritanie: Deux discours mêmes conséquences, une autre attitude s’impose !
(2eme partie)
Alors, quelles solutions ?
Etant donné que, objectivement, tout le monde sait que cette situation ne peut plus durer, faut-il rester sur la même lancée ou bien devons-nous changer d’orbite pour adopter une autre stratégie ? En clair, en tant que militants de la cause noire en Mauritanie, sommes-nous satisfaits du travail accompli depuis des décennies ?
Sans doute, il serait plus facile, donc très tentant, de rejeter la totalité de la faute sur le camp adverse, en l’occurrence sur les compatriotes maures. Mais, je devrais me demander est ce judicieux ou même productif de le faire ? Chose qui pourrait me donner la conscience tranquille en le faisant, mais à quoi cela servirait aujourd’hui, dans ma démarche de recherche de solutions aux problèmes de notre cohobation? La réponse est catégorique : Absolument rien.
Pour une question purement de méthodologie, je considérerais deux possibilités:
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Les maures progressistes sont de bonne foi, mais, ils n’ont pas très bien saisi l’ampleur des problèmes,
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Nous pouvons mieux faire pour les aider à comprendre la réalité de la situation.
Par conséquent, le temps est venu de faire de l’introspection sur nous-mêmes, et sur nos différentes organisations ( qu’elles soient politiques ou humanitaires) afin de dégager un plan d’action général fiable pour donner plus de chance à la réussite de nos efforts de tous les jours. Vue la détérioration progressive et certaine de la condition de l’homme noir en Mauritanie, il devient indéniable que notre lutte commencée depuis les années 70 n’a pas encore payé. Ce fait n’est pas dû à l’absence de travail de notre part. Ce serait une contre-vérité, ou de malhonnêteté et/ou de l’ignorance de dire que les différents responsables de nos organisations n’ont rien fait. Seulement, il n’y a pas toujours eu de corrélation certaine entre les efforts et les résultats. Malheureusement, pour l’instant, le résultat obtenu ne reflète pas l’ampleur de leur sacrifice. Le moins qu’on puisse dire, il faut le reconnaître, est que nous avons échoué, indépendamment des causes que nous pourrons évoquer, essentiellement sur deux points. Premièrement, l’absence de ralliement de nos compatriotes maures à cette cause, qui est pourtant juste et dont l’existence est d’une réalité visible même au plus aveugle des humains. Et le second point c’est notre incapacité de favoriser et de soutenir l’émergence d’une relève saine qui pourra prendre en charge le combat pour les générations futures.
Alors, je dirais qu’à l’image de l’évolution de la philosophie du travail dans le monde, pour des organisations qui réussissent, nous devons adopter un plan de travail qui fait appel au concept de ‘’travailler plus intelligemment et non plus durement’’. Ainsi, nous établirons un plan programmatique qui s’inscrirait dans une période d’une année. Durant laquelle nous devrons consacrer l’essentiel de nos efforts à la résolution de ces deux problèmes. Un programme bien établi qui respecte des méthodes scientifiques de planification. Une fois les objectifs codifiés, ils devront être supportés par un groupe de gens capables de porter la mission de manière agressive et stratégique en direction de toutes les populations mauritaniennes. Un discours qui devra s’entendre partout dans le pays, au niveau de nos villes, villages, hameaux et campements. Désormais, il faut comprendre que ‘’la Mauritanie n’est pas seulement Nouakchott’’ et agir en conséquence.
Evidemment, pour tout plan qui mérite son nom, il faudra un bilan au terme du délai fixé. Ce bilan pourrait refléter une adhésion massive de nos compatriotes maures à la cause, qui sera un signe de succès, et qui indiquera la volonté de vivre ensemble de nos communautés. Dans le cas contraire, il faudra faire face à la réalité. En ce moment nous devrons comprendre qu’il ne sera plus opportun d’insister sur la cohabitation de nos différentes populations, mais travailler, non pas pour le fédéralisme, ou l’Autonomie, mais sur l’option de la séparation pure et simple entre le Sud et le reste du pays. Et cela doit être compris et dit sans complexe de notre part afin que chaque personne et chaque communauté prenne sa responsabilité. A partir de ce moment, nous imposerons l’optique de séparation, pas en fonction de la haine, du dédain ou du racisme contre le maure, mais en raison du principe que tout individu et toute communauté doit aspirer à son bien-être moral, matériel, social et politique. Chose que nous ne jouissons pas dans la situation actuelle.
Cependant, d’aucuns se demanderont qui seront ces hommes et femmes, parmi nous, capables de porter cette transformation décisive ? Il y a quelques semaines, 16 Mai 2015, mon grand frère Boye Alassane Harouna partageait sa réflexion sur la question d’une relève pour un combat salutaire. Comme à son habitude, c’est un texte bien rédigé et agréable à lire dont je partage la nécessité de l’urgence mais pas le pessimisme. En effet, J’ai perçu, chez lui, un sentiment défaitiste par rapport au leadership parmi sa génération. Pourtant, je suis convaincu qu’il y a toujours la possibilité de rééditer l’exploit de 1983 qui avait fusionné nos différentes organisations en un seul mouvement politique, les Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM).
Il est vrai qu’aujourd’hui la matérialisation d’une future relève peine à émerger. Comme je disais tantôt c’est le deuxième point d’échec pour le compte de nos organisations. Présentement, le manque d’encouragement et d’encadrement de nos leaderships à l’égard de nos potentialités montrent trois déplorables comportements. Soit un découragement des jeunes qui finissent par abandonner la scène politique. Ou bien, rester dans les sillages de nos organisations incapables de réfléchir par eux-mêmes, bref ils se transforment en abrutis politiques. Le troisième fait, ceux ou celles qui ont une énergie débordante finissent par se rebeller contre nos leaders de manière inappropriée violant ainsi tout code moral de nos mœurs et coutumes. Comportement qui tire souvent vers l’arrogance et frise l’impolitesse. Mais à l’absence de tout encadrement de base, évidemment l’élégance et la beauté de l’albatros se mesurent à la force de ses flancs. Naturellement, un oiseau sans ailes ne volera pas loin.
Enfin, d’où viendra ce salut tant attendu ? Le 28 Juin dernier, certains d’entre nous ont commémoré, chacun à sa manière, le 29eme anniversaire de la disparition de notre camarde Moussa Kebe (Paix à son âme). Celui- là même, en tant que représentant de la jeunesse, joua un rôle primordial dans la création des FLAM. Pour beaucoup d’entre nous, il représente un symbole de lutte, d’abnégation, d’intelligence et de courage dans cette quête pour l’Egalite entre nos différentes communautés. Alors, en 1983, avec l’appui de nos sages, parmi lesquels feu Aboubakry Kalidou Ba (paix à son âme) il avait pu obliger nos aînés (la génération de Boye Alassane) d’accepter la fusion de leurs organisations en FLAM. Aujourd’hui ce sont ceux qui se réclament de la génération de Kebe Moussa qui doivent se manifester, probablement pour une dernière action décisive, pour une rédemption assurée. C’est à eux de jouer ce rôle de jonction entre nos aînés et celle de la nouvelle génération. Je leur dis, il est louable d’évoquer nos symboles chaque fois que l’occasion se présente, mais le symbolisme et l’héroïsme doivent servir pour stimuler notre inspiration à l’action. Sans cela tout devient un grand gâchis. Je suis sûr qu’il y a d’autres AbouBackry Kalidou Ba encore vivants qui n’attendent que de voir d’autres Kebe Moussa se manifester pour les épauler une fois encore. Je suis convaincu que cela ne va plus tarder. C’est là tout le fond de mon optimisme.
Hammel Barry
hammelbarry@aol.com




