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Khaly Mamadou Diallo Député à l’Assemblée
Diagnostic d’une situation extrêmement grave
La Justice, Laboratoire d’une Dénégation de l’Égalité
À la veille de la réunion du Haut Conseil de la Magistrature, le secteur de la justice apparaît aujourd’hui comme l’un des symboles les plus visibles de l’exclusion de la composante noire du pays. Cette réalité est d’autant plus préoccupante qu’elle concerne une institution qui, par essence, est censée incarner l’égalité des citoyens devant la loi.
Le Haut Conseil de la Magistrature, présidé par le Président de la République et composé du ministre de la Justice, du président de la Cour suprême, du procureur général près ladite Cour ainsi que de trois magistrats élus par leurs pairs, ne compte actuellement aucun magistrat negro-mauritanien. Cette absence totale n’est ni fortuite ni circonstancielle. Elle est le résultat d’une politique progressive, méthodiquement entretenue depuis des années, qui a atteint aujourd’hui son paroxysme. Il est à un niveau critique jamais égalé.
L’institution judiciaire, qui devrait être le socle de l’égalité républicaine, est ainsi devenue le lieu d’expérimentation abouti d’une exclusion durable et systémique de la composante noire, dans l’ensemble de ses instances et structures connexes.
Une dynamique ancienne, aujourd’hui à son point de rupture
Cette politique d’exclusion ne date pas d’aujourd’hui. Entamée depuis plusieurs décennies, elle s’est accélérée à partir des années 1990 pour atteindre aujourd’hui un seuil alarmant. La tendance observée conduit, de manière dangereuse et presque irréversible, vers la disparition quasi totale des magistrats negro-mauritaniens dans l’ensemble des juridictions du pays.
Lorsqu’une institution chargée d’incarner l’égalité des citoyens, de rendre la justice et de réguler les conflits sociaux ne parvient plus à refléter la diversité de la société qu’elle sert, il est légitime de s’interroger sur l’état réel de l’État de droit. Ce constat interroge non seulement le fonctionnement de la justice, mais aussi les fondements mêmes de la République et du vivre-ensemble, déjà fragilisés dans d’autres secteurs essentiels tels que l’école, l’armée et certaines institutions républicaines.
Un appareil judiciaire marqué exclusivement par la composante Beydane
L’analyse de l’appareil judiciaire et de ses institutions annexes révèle une réalité amère : l’inexistence quasi totale de la composante negro-mauritanienne à tous les niveaux de juridiction.
Au-delà des inégalités structurelles affectant les Haratines et de la tribalisation progressive de certains pans de la justice – souvent liée aux choix des décideurs en place – les Peuls, Soninkés et Wolofs sont presque absents de l’appareil judiciaire. Sur près de 300 magistrats, on en dénombre à peine une dizaine issue de ces communautés. Parmi eux, environ la moitié occupe des fonctions politiques ou administratives, les rendant non opérationnels pour l’exercice de la justice : un wali, un conseiller au ministère de la Justice et un magistrat affecté à la Cour de la Fatwa et des recours gracieux. D’autres sont en fin de carrière, proches de la retraite.
Parmi ces magistrats non opérationnels, deux partiront à la retraite à la fin de l’année en cours, et le troisième l’année suivante.
Une présence résiduelle et fragilisée dans les juridictions
Les magistrats negro-mauritaniens actuellement en fonction dans les tribunaux sont au nombre de cinq. L’un d’eux prendra sa retraite dès la fin de l’année, réduisant ce nombre à quatre. Parmi ces derniers :
• un siège à la Cour suprême ;
• un à la Cour d’appel d’Aleg ;
• un à la Cour d’appel de Kiffa ;
• un substitut du procureur – le seul procureur negro-mauritanien du pays – actuellement en formation à l’étranger, donc non opérationnel.
La situation globale est donc extrêmement préoccupante et ne laisse entrevoir aucune amélioration à court terme. Elle ouvre au contraire la voie à une justice de plus en plus monocolore et excluante, ne reflétant aucunement la réalité sociale du pays.
Le rôle central de l’ENAJM dans le processus d’effacement
Depuis plus de trente ans, l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAJM) a joué un rôle déterminant dans ce processus. Sa politique de recrutement a consacré une discrimination assumée dans l’accès aux fonctions judiciaires, s’inscrivant dans une tendance plus large touchant l’ensemble de la fonction publique.
Hormis quatre magistrats récemment recrutés – trois juges et un substitut du procureur – l’ENAJM n’a sélectionné aucun juge negro-mauritanien au cours des cinq dernières années. Deux facteurs expliquent cet effacement :
• d’une part, une discrimination progressive imputable aux choix politiques ;
• d’autre part, un mécanisme plus sophistiqué fondé sur un recrutement largement favorable aux diplômés de l’ISERI, privilégiant le baccalauréat série O, orienté vers l’arabisation et les sciences religieuses.
Ce système exclut de fait les candidats formés au droit moderne, toutes composantes confondues, mais frappe particulièrement les communautés déjà marginalisées.
Une justice perçue comme étrangère par une partie des justiciables
La cartographie globale des juridictions et de leurs compositions met en évidence l’ampleur des déséquilibres. Une large partie des justiciables ne se reconnaît pas dans une institution qui statue souvent dans une langue qu’ils ne maîtrisent pas et dont les décisions sont rendues par des magistrats parfois insuffisamment formés, avec pour horizon principal l’incarcération ou la restriction des droits, souvent au prisme d’affinités tribales, sociales ou de rapports de pouvoir.
Une exclusion systématique dans toutes les structures judiciaires
À l’échelle nationale, la composante negro-mauritanienne ne compte plus que six magistrats : quatre Peuls, un Soninké et un Wolof. Aucun n’occupe de fonction décisionnelle stratégique ; tous sont cantonnés à des postes de conseillers.
Sur plus de 60 tribunaux de Moughataas, aucun juge d’instruction n’est negro-mauritanien. Ils sont également absents :
• des 14 tribunaux de wilayas ;
• des 14 cours criminelles ;
• des tribunaux de commerce de Nouakchott et Nouadhibou ;
• des tribunaux du travail ;
• des cours criminelles spécialisées (corruption, terrorisme, esclavage, traite des êtres humains et des migrants).
À la Cour suprême, un seul conseiller negro-mauritanien siège parmi une trentaine de magistrats.
S’agissant du parquet, la situation est tout aussi alarmante : un seul substitut du procureur dans tout le pays, actuellement en formation à l’étranger.
Une exclusion étendue aux institutions connexes et aux professions judiciaires
Cette marginalisation s’étend également aux autorités administratives indépendantes liées au champ judiciaire : Autorité nationale de lutte contre la corruption, Agence judiciaire de l’État, Commission nationale des droits de l’homme, Mécanisme national contre la torture, Observatoire national de la femme et de la fille, Commissariat aux droits de l’homme, Autorité de protection des données personnelles, entre autres.
Les professions libérales et parajudiciaires connaissent la même réalité :
• un seul notaire peul sur quarante ;
• aucun huissier de justice negro-mauritanien ;
• une dizaine d’avocats sur près de trois cents ;
• une présence marginale des greffiers en chef, pourtant piliers du fonctionnement judiciaire.
Conclusion : une alerte républicaine
Ce tableau, sombre et alarmant, révèle l’ampleur des inégalités structurelles qui minent la confiance d’une large partie de la population envers l’institution judiciaire. Sans un début de redressement rapide et crédible, cette défiance ne peut que s’aggraver.
Un dialogue sans volonté réelle de changement serait un dialogue vidé de son sens. Il devient impératif d’engager des mesures fortes, rapides et structurantes afin d’éviter une rupture irréversible avec les principes fondamentaux de la République : l’égalité, la justice et le vivre-ensemble.
Khaly Mamadou Diallo
Député à l’Assemblée
CAF. Sur sa demande, et après approbation de la CAF, la Mauritanie quitte la zone Afrique de l’Ouest pour intégrer la zone Afrique du Nord.
Le rêve de certains, qu’ils soient en mode sommeil ou en mode veille, c’est de déraciner géographiquement la Mauritanie. Pour en faire quoi, donc ? Pour la transporter et la transplanter dans l’Asie occidentale, de préférence entre l’Arabie Saoudite et le Yémen ou dans les Émirats arabes Unis dont elle pourrait être, le cas échéant, le huitième État. Désir d’arabité exige : il faut quelque chose qui sonne et rime avec arabe pour faire arabité. Quand le virus du complexe identitaire s’active, difficile de le neutraliser, la fuite en avant se poursuit, sans limite. Bientôt nous modifierons notre Constitution… Et pourquoi donc ? Pour changer le nom de notre pays : de République Islamique de Mauritanie, on va passer à « République Islamique Arabe de Mauritanie ». Après tout, nous avons déjà changé de drapeau et d’hymne…
En attendant que se réalise ce rêve de transplantation du pays…, de rupture définitive d’avec l’Afrique de l’Ouest, de divorce d’avec l’Afrique noire au profit d’un ancrage, depuis longtemps entamé, dans l’Afrique du Nord (blanche) et dans le monde arabe, on agit sur deux leviers. 1) On profite au maximum de toutes les opportunités qu’offrent les organisations africaines, comme ce fut le cas récemment lors de l’élection d’un Mauritanien à la tête de la BAD : dans ces cas-là, on se souvient de l’africanité de la Mauritanie, on la revendique même, et on fait la tournée des capitales africaines, avec sourires, accolades et autres opérations de séduction pour s’assurer du soutien et des votes des pays de l’Afrique noire.
Rien d’étonnant, car on retrouve là l’extension hors de nos frontières de la méthode de gouvernance déployée à l’intérieur du pays : le recours à des cadres issus des communautés exclues et marginalisées et leur utilisation comme faire-valoir pour asseoir la domination de la composante maure du pays. Autrement dit nous retrouvons sur le plan extérieur, en matière de diplomatie et de relations internationales, l’affirmation d’une Mauritanie à identité unique, exclusive : l’identité maure ; d’où cette volonté de consolider l’ancrage de la Mauritanie dans le monde arabe ; d’où cette négation de fait de l’identité des autres entités nationales.
2) La consolidation de l’ancrage du pays dans le monde arabe s’opère à mesure que s’effectue le retrait progressif de la Mauritanie de sa zone géographique matricielle : hier (2000) elle se retirait de la CEDEAO. Aujourd’hui la Mauritanie déserte la zone Afrique de l’Ouest de la CAF au profit de la zone Afrique du Nord. On peut parier, au regard de son orientation politique définie plus haut, que si elle ne courait pas le risque de s’exposer à la perte de beaucoup d’avantages ou de prestiges symboliques, à l’étouffement économique et à l’isolement en Afrique, elle se serait volontiers retirée de l’OMVS (Organisation Pour la Mise en Valeur, du fleuve Sénégal) et même de l’UA (Union Africaine) au profit d’organisations Nord-africaines et arabes.
Mais arrêtons de rêver. Le rêve peut être un dérivatif. Laissons-lui en l’occurrence cette fonction, car la réalité, souvent indépendante de notre volonté, finit toujours par s’imposer, fracassant rêves et illusions. La Mauritanie est d’abord africaine avant d’être arabe. C’est son appartenance effective au continent africain qui fait sa proximité avec l’Afrique du Nord. Dans ses rapports avec l’Afrique noire et le monde arabe, elle doit s’employer à maintenir constamment cette ligne d’équilibre, celle qui fait sa double identité : africaine et arabo-berbère. Mais comment maintenir cette ligne d’équilibre sur le plan extérieur quand elle est inexistante sur le plan intérieur ? L’extérieur, c’est le dedans exposé dehors, comme pourrait dire l’autre.
Boye Alassane Harouna
21 décembre 2025
FLAMNET-RÉTRO : Chronique de la Question Nationale en Mauritanie – à travers les Mémoires de Ould Daddah,” la Mauritanie contre vents et marrées “
J’ai lu les mémoires de Ould Daddah – ” La Mauritanie contre vents et marrées” .
Je voudrais partager avec vous,chers lecteurs , son témoignage sur juste un aspect de ces mémoires touchant la question culturelle . Mon intention est de montrer combien cette question fut récurrente et chargée. Combien également les gouvernements arabo-berbères louvoyérent , à chaque fois qu’elle se posât avec accuité, voire avec passion le plus souvent, trainant les pieds de report en report, pour qu’enfin on l’enterra, pour de bon .
J’aimerais aussi montrer comment par glissement, volontairement choisi , on est passé de la dimension politique –Question nationale à la dimension culturelle –question de langues-, pour ne retenir , en définitive, que cette dernière ; et cela même présentement chez la plupart de nos leaders politiques arabo-berbères !
A ceux qui s’obstinent à penser que le problème nègre a été ou demeure juste un problème culturel, les faits retracés par Ould Daddah les controdisent formellement en soutenant le contraire à travers les confessions qu’il nous fait , ici même dans ces pages .
Cette question est d’essence politique , fondamentalement .
Dans ce témoignage que je rapporte ici, le plus fidélement autant que possible , je ne manque pas, de temps à autre, de faire ici et là, mes propres commentaires, à certains propos . Vous saurez faire la différence .
Ecoutons plutôt Mokhtar Ould Daddah .
Le Congrès d’Aleg 1959 , Congrès – départ de la dérive , et à partir duquel Ould Daddah remonte .
” Pendant ce Congrès un débat houleux , voire passionné s’était engagé sur la Question nationale. Le groupe Négro- Africain proposait la solution fédéraliste , à défaut exigeait des garanties constitutionnelles; le Groupe recommandait en outre l’adhésion de la Mauritanie à la Fédération du Mali , position sur laquelle ils étaient même soutenus par le groupe des maure de l’Est .
La Question n’ayant pas trouvé de solution fut donc suspendue , en raison de son acccuité pour être confiée , au groupe parlementaire , au sortir du Congrès.
Il était question , nous confie Daddah qui rapporte les choses , de procéder à une révision constitutionnelle qui serait favorable à la minorité ( entendez Négro-Africains ) suite à leurs inquiétudes exprimées à propos de l’évolution du pays.
“Les Noirs disaient , nous rapporte Daddah , que si la régle démocratique selon laquelle la majorité numérique impose sa loi à la minorité était appliquée telle quelle chez -nous , la majorité maure pourrait dans certains domaines importants , imposer des mesures qui léseraient la minorité. Pour prémunir cette dernière contre de telles éventualités, des garde-fous , des garanties devaient être prévues dans la constitution” .
Il ajoute plus loin , que puisque ” le Président de la République serait toujours maure , théoriquement , il fallait instituer une vice -présidence dont le titulaire serait issu de la vallée “.
Il fallait donc réviser la constitution dans le sens d’un exécutif bi-céphale.
Le groupe parlementaire se mit donc au travail , et après d’âpres discussions , se mit d’accord , pour l’essentiel , sur la proposition. Il fallait passer à exécution .
Mais Ould Daddah , en fait secrétement hostile à l’idée , saborda la proposition le 8 Mai 1959, pour la raison qu’il révéle ici lui même :” les rivalités entre les candidats potentiels à la vice-Présidence empêchaient tout accord sur une personnalité acceptable par tous les représentants de la Vallée “, disait-il .
Puisqu’il y’avait rivalité entre différents postulants , il fallait enterrer l’idée , soutient apparemment Daddah . Raison fallacieuse , s’il en fut , qui cachait mal un cynisme et une hypocrisie manifeste, en vérité ! car Daddah ignorait délibéremment les recommandations des Négro-Africains et les principes arrêtés par le groupe parlementaire , stipulant « que le candidat Négro-Africain issu de la Vallée devrait être élu , au même titre que le Président de la République , pour bénéficier d’une plus grande légitimité ».
Pourquoi exigea –t-il un consensus autour d’un candidat pour ressortissants de la vallée qui n’avait pas de raison d’être, logiquement parlant, alors que ce critére n’avait pas été retenu par le groupe parlementaire chargé de la question ?
Pourquoi n’avoir pas imaginé plutôt, organiser des primaires entre les candidats, ou simplement les laisser compétir , et que le meilleur gagne ?
Non ! la vraie réponse est qu’en fait Ould Daddah ne souhaitait pas résoudre ce problème , et cette apparente dissension au sein des Nègres fut un prétexte , une aubaine …pour enterrer l’idée .
Ould Daddah évacua donc ainsi la Question , de maniére cavaliére.
Cette question politique , comme on le verra , allait toutefois ressurgir de manière récurrente , mais déviée… ou rebaptisée “ question culturelle “ , à travers l’Arabisation .
Alors que la Communauté de la vallée du fleuve n’avait pas fini de s’inquiéter sur son avenir , le second Congrès de 1961 – congrès de l’unité- adopta le principe de l’officialisation de la langue Arabe , attisant le feu comme par provocation . Ce qui naturellement accrut l’inquiétude nègre, et suscita une atmosphére encore plus tendue .
Ould Daddah le confirme en page 294 , décrivant l‘atmosphére du Congrès : ” d’un côté , les maures dans leur écrasante majorité voulant l’officialisation et l’application immmédiate de cette mesure . Quant aux noirs de la vallée , ils ne voulaient pas l’entendre évoquer “.
Ce fut là le point de départ de l’appelation “probléme culturel” occultant la dimension politique fondamentale initiale .
Manière subtile de faire oublier aux Négro-Africains, (par diversion ?) la dimension politique de la problématique négre ? Sans nul doute !
Cette question , à son tour , – officialisation de la langue Arabe – fut différée au cours des assises , comme du reste celle de la suppression de la chefferie traditionnelle , pour avoir suscité de vives controverses , une tension élevée , par l’ambiance surchauffée pendant les assises du Congrès .
Les seuls points de “convergence” au cours de ce Congrès furent : l’admission du principe de « prédominance du Parti sur l’Etat », l’adoption du régime présidentiel_ c’est à dire la suppression du Régime parlementaire_ ( début de la dérive autocratique) , et la révision des accords avec la France .
Le Bureau Politique National (BPN) élu fut chargé , au sortir du Congrès , de trouver des solutions à la question culturelle , laissée en suspens , pour l’horizon du Congrès 1962 .
Ainsi le BPN , à son tour, mit en place une commission chargée d’étudier les question qui s’étaient posées au Congrès . Cette commission était composée de Youssouf Koita, Ahmed Baba Ould Ahmed Miske, Dr Racine Toure , Mohamed Ould Cheikh.
Pas de solution pendant toute l’année 1962 où la question des garanties constitutionnelles fut resoulevée de nouveau, simultanément à l’officialisation de la langue Arabe.
Le BPN -nous relate Ould Daddah- y consacra , aprés le retour des travaux de la commission , plusieurs réunions dont la plus longue dura une semaine du 27 juill au 2 Août 1962). Les discussions achoppérent , toutes “.
Nouvelle commission mise sur pied-encore- en juillet 1962, chargée de “la mise en forme des garanties constitutionneles accordées à chaque Ethnie ( notez la filouterie …comme si l’inquiétude, ou le besoin de garantie existait de part et d’autre !) , de l’officialisation de la langue arabe, l’institutionalisati on d’une vice Présidence de la république dont le titulaire n’appartiendrait pas à la même Ethnie que le chef de l’Etat, mais serait élu dans les mêmes conditions que lui ; l’identification de critéres légaux pour l’équité au recrutement aux fonctions publiques , l’Organisme paritaire veillant au respect des garanties “ , fin de citation .Tel fut l’exposé de motifs du travail confié à la commission .
On croirait entendre les FLAM !
Les quatre membres précédents de la commission antérieure sont renforcés par Dah Ould Sidi Heiba , Kane Tidjane , Kane Elimane , Mohamed Mamoune , pour constituer une nouvelle commission.
Celle-ci à son tour crée une Sous-commmission technique ; laquelle sous commission technique adopte les propositions suivantes : Rejet du bilinguisme Arabe peu viable par manque de cadres , rejet de l‘unilinguisme français ,vu les différences sociales et politiques et la mutilation culturelle qu’il entraine , formation de maîtres bilingues , perspective d’une réforme du Secondaire .
Notez encore la filouterie , par cette maniére de louvoyer !
Ces propositions sont soumises au BPN pour adoption ; mais discussions, longues , âpres et passions exacerbées empêchent tout accord . Nouveau report…encore.
La question ( en suspens ) est reportée donc , pour le Congrès de 1963 . Aucune solution, à la fin des travaux de celui-ci ; elle est alors reconfiée au BPN ( nouveau ) qui charge sa commmission d’orientation de la tâche .
Octobre 1965 … le problème refait surface mais de maniére plus aigue; L´assemblée nationale désormais inféodée à Ould Daddah vote une loi en 1965 réorganisant L´Enseignement secondaire , entendez rendant obligatoire l ´Enseignement de l´Arabe à partir de la 6éme , à côté du Français . La suite vous la connaissez ;… Manifeste des 19 , émeutes à Kaëdi , Boghé . Discours musclé et plein de menace de Ould Daddah face à l’agitation Négro-africaine ; discours Daddah dirigé contre les 31 cadres Noirs soutenant la gréve scolaire de 1966, et les 19 signataires du Manifeste.
Désapprobation à ce discours côté Négre , et en réaction … démission du Président de l’assemblée nationale ( Mamoudou Samboly Ba ) et des membres Noirs du Gouvernement. Daddah refusera ces démissions sur le coup, par stratégie , mais sanctionnera de maniére humiliante, plus tard, Mamoudou Samboly, et Elimane Kane .
Sanction, à pas de course , des 19 cadres signataires du Manifeste qui soutenaient l’action des Eléves Noirs.
Il faut dire que Ould Daddah tenta d’abord de faire prendre la mesure de sanction contre les 19 par le BPN ; « ce fut un échec , du fait d’un profond désaccord tranché entre la tendance maure et Négro- africaine, nettement divisée sur la question en deux blocs , à l’exception de un ou deux maures qui soutenaient le clan négre_ » c’est toujours Ould Daddah qui parle .
Ayant échoué au niveau de cette plus haute instance , Ould Daddah fait prendre la mesure en Conseil de Ministres, plus inféodé .
Le Pays est en pleine crise . La tension ne baisse pas .
Nouvelle Commission nationale en juin 1966, choisie par le BPN, au sortir du Congrès d’Aioun , dont l’objectif était ,disait- on “de maximiser tous les aspects de relation entre les deux communautés nationales, en faisant le point de la situation et en dégageant les perspectives d’avenir “, de réaliser en même temps “un bilinguisme plaçant l’Arabe au même pied que le Français .” sous le couvert de la “repersonnalisation dépouillée de tout chauvinisme et de toute xénophobie “. Fin de citation.
Nouvelle sous-commission (encore !) chargée de traduire ces idées en terme de réforme.
Seck Mame N´diack, Mohameden Ould Babbah, Baro Ali, Mohamed El Moctar O/ Bah , Ahmed Ben Amar , Baro Abdoulaye , Abdellahi O/ Maouloud O/ Daddah , en seront les membres designés.
Remise des travaux trois mois plus tard au BPN ; désaccord ?, insatisfaction ? Daddah n’en dit rien dans son livre. En tout état de cause rebelotte ; le BPN décide d’en reconfier l’étude approfondie à une sous-commission technique…encore une autre !
Babacar Fall, Mohameden O/ Babbah, Elimane Kane , Ba Alassane , Mohamed El Moctar O/ Bah, Sidi Mohamed O/ Deyine, Abdoulaye Baro, Salem Fall , Ely O/ Alaf, en seront les membres . Cette sous-commission fait les recommandations suivantes :
Accent mis « sur la recherche de l’efficacité et de la justice , repersonnalisation dépouillée de tout chauvinisme , renforcement et consolidation de l’unité nationale , ne pas couper l’enfant de son milieu ». Sur la base de ces recommandations , nait la réforme de 1968 instituant la 1ére année du primaire entiérement arabisée, puis celle de 1973 , où les 2 éres années seront entiérement arabisées ; pour le cours élémentaire et cours moyen, l’horaire sera moitieé Arabe , moitié- Français ..
Cette réforme consacra , en 1978 , l’échec le plus massif des écoliers Négro-africains.
Entre temps Ould Daddah est balayé par la premiére junte militaire .
Vous aurez compris que si cette question culturelle n’a cessé de rebondir , sans trouver de solution c’est bien parceque Ould Daddah n’y tenait pas , en réalité . Son projet de reéquilibrage ethnique au sein de l’Administration – les maures étaient lésés par le fait colonial- la repersonnalisation de l’homme mauritanien , entendez maure-arabe , lui tenait trop à coeur .
Ce fut pourquoi également , je me permets ici une digression , il jugea et sanctionna différemment les personnalités qui, disait -il, avaient été impliquées dans les émeutes de 1966 . Ainsi, faisant semblant d’être à égale distance de ces leaders en cause, que sont Mohamed Ould Mohamed Salah (appelé ministre des Maures par la vox populis ) et Mohamed Ould Cheikh ( appelé ministre des Noirs) tous deux têtes de pont de son régime ,Ould Daddah opta , en fait , pour un parti pris manifeste en faveur…de la réaction.
Mohamed Ould Cheikh qu’il dépeignait comme généreux et progressiste fut sacrifié au profit de Mohamed Ould Mohamed Salah qu’il dépeignait comme traditionnaliste et conservateur . Il limogea tous les partisans de Mohamed Ould Cheikh , tel Yahya Ould Menkhouss et Bamba Ould Yazid , sans toucher à ceux de Mohamed Ould Mohamed Salah…Qu’il réhabilitera du reste plus tard au congrés d’Aioun…
Des hommes justes , progressistes et généreux – dépeints par lui- même comme tels-furent limogés parcequ’ils avaient eu le courage de leurs idées face au problème nègre, et pensé comme le groupe nègre dans la gestion de cette question politico-culturelle , Ould Daddah choisit donc de liquider le clan progressiste au profit du clan réactionnaire et raciste … le tout sous le couvert de l’équité …quelle filouterie !
Je me suis permis cette digression pour mieux vous éclairer sur le penchant et les motivations sécrétes du marabout, lecteur ,… mais revenons à nos moutons .
De 1958 à 1978 , cette question culturelle sera donc balottée de commissions en sous-commissions ; Daddah avait lu Clémenceau.
Elle continuera de l’être de 1978 à 2000 .
Sous la pression sociale des Négro-Africains , le systéme à filiére ( Arabe /Francais ) est institué sous Ould Haidalla . Léger changement , légére concession .
Mais là également , au fil des années et des manigances de maitres d’Ecole partisans d’une Mauritanie Arabe, la filiére française se retrécira comme une peau de chagrin dans les Ecoles du Sud, que l’on arabisera un peu plus , chaque année après l’autre , en dépit de la liberté de choix proclamé .
Ould Taya , le plus grand despote de tous les temps arrive entre-temps , radicalise l’Enseignement de l’Arabe ; 90% des Ecoles mauritaniennes sont arabisées , les 10% restant ont toutes les peines du monde à dispenser les quelques cours de Français encore existant , de 1984 à 1999.
Au bout de son oeuvre , l’impasse et un gâchis énorme pour des générations d’écoliers sacrifiés .
Suite à ce constat d’échec Ould Taya entreprend une nouvelle réforme …celle de 1999/2000, sous prétexte ‘’ d’unifier le système’’; Il fera supprimer l’Institut des langues, qui pourtant réussissait,…on ne supprime pas quelque chose qui reussit à moins de…..… .
Mais , comme toujours l´idéologie de la Mauritanie Arabe- permanent soubassement des politiques racistes – prend le pas sur la raison ; L’unification se fait à nouveau au détriment des Ecoliers Négro- Africains .
En effet, dans cette nouvelle réforme l’Enseignement des matiéres définies comme « matiéres culturelles » comme la philosophie , la langue , l’histoire , la géographie , l’instruction civique , la morale et la religion , sera dispensé en Arabe. Les 2 premiéres années du primaire _ comme ce fut pour la réforme de 1978 _ sont entiérement arabisées . Les Ecoliers engagés dans cette réforme sont aujourd’hui ,en 6 éme année , leur niveau plus bas que jamais . Encore des sacrifiés de la vie …des sacrifés à vie !
Il ressort de ce témoignage , pour conclure , que manifestement Ould Daddah lui-même reconnaissait l’existence du problème nègre –comme problème politique qui se posait en termes de garanties constitutionnelles , voir de partage du pouvoir. Ce fut progressivement que l’aspect culturel prit le pas sur l’aspect politique , comme certaines forces l’avaient conçu , pour conduire à l’appelation « probléme culturel ». Ce glissement ne se fit par hasard . Il et ne fut ni gratuit ni innocent , nous l’avons dit !
A entendre encore aujourd’hui beaucoup de leaders politiques , comme Mohamed Ould Maouloud de l’UFP (cfrt récente déclaration )… comme Conscience et Résistance qui ne retient de notre problématique que l’aspect culturel et humanitaire (déportés,)… comme Ould Daddah Junior dont le mutisme de carpe sur ces questions est encore plus révélateur, nous sommes frappés par la continuité de pensée !
Cette dimension politique que nos leaders politiques s’évertuent à nier ou à gommer , Ould Daddah lui même , à travers ses Mémoires , la reconnaît pourtant . Seul CHBIH Ould Cheikh Malainine osa, par honnêteté, faire entendre une voix discordante. La fuite en avant n’a jamais réglé les problèmes … Elle contribue plutôt à toujours les aggraver , en les faisant durer.
Depuis 1958 il en fut ainsi ; même idéologie de domination , même négation de l’autre personnalité de la Mauritanie , même obstination absurde à vouloir assimiler les Négro- Africains …mais également , même résistance timide, timorée et velléitaire du Négro- mauritanien . Hélas !
Sommes-nous suffisamment indignés par notre Condition dans ce pays ?
A chacun d’en faire l’examen de conscience.
La lutte continue !
SAMBA THIAM.
Dakar- Sénégal
LE 4 JUIN 2008.
Source: site flamonline – FPC
Quand les frontières trahissent la fraternité
Plaidoyer pour la dignité, la mémoire et la justice
Jamais notre peuple n’a connu une blessure aussi profonde.
Imposer la carte de séjour des deux côtés de la frontière, c’est ériger une barrière dans les entrailles d’une communauté qui partage la même langue, la même histoire, le même sang. C’est séparer des frères nés d’une même mère. C’est déchirer un tissu social ancestral, séculaire, bâti bien avant l’existence des États modernes.
Le fleuve Sénégal n’a jamais divisé, il a uni. Il fut et reste un pont entre les peuples, un carrefour d’échanges, un berceau commun pour les Soninkés, les Peuls, les Wolofs, les Halpulaar, les Bambara, les Maures, les Haratines… Pourtant, aujourd’hui, certains veulent faire de cette frontière naturelle un mur d’exclusion, une barrière identitaire.
Le Sénégal, pour la Mauritanie, n’est pas une terre étrangère, mais une terre sœur. Il fait partie de notre histoire, de notre culture, de nos racines les plus profondes. Et dans cette rupture imposée, c’est la Mauritanie qui perd le plus :
1- Nos enfants partent au Sénégal pour étudier, car l’enseignement y est accessible, structuré, et plus ouvert.
2- Nos malades y cherchent soin et guérison, car nos structures sanitaires manquent cruellement de moyens et d’humanité.
3- Nos familles y retrouvent les leurs, nos artistes s’y expriment librement, nos commerçantes s’y approvisionnent, surtout en période de fête.
4- Nos grands commerçants y prospèrent, dans un climat d’affaires plus stable, plus juste.
Mais au-delà de ces échanges concrets, il faut rappeler une vérité que l’on tait trop souvent : la Mauritanie moderne ne fonctionnerait pas sans la main-d’œuvre sénégalaise. De Nouakchott à Rosso, de Kaédi à Sélibaby, ce sont des Sénégalais qui posent les briques, qui tracent les routes, qui cuisinent, qui soignent, qui enseignent. Plombiers, maçons, tailleurs, aides-ménagères, chauffeurs, agriculteurs… leur présence est vitale.
** Et pourtant, ils sont maltraités.
– Le système mauritanien ne cherche pas à sécuriser son territoire, mais à humilier, à dominer, à effacer ceux qu’il ne veut pas voir : les Noirs, les Subsahariens.
– La carte de séjour devient un outil de contrôle, d’exclusion, et parfois de chantage.
– Derrière cette façade légale, c’est un mépris profond qui s’exprime.
¥¥ Le noir mauritanien, quand il rêve d’avenir pour son enfant, ne peut compter ni sur son État, ni sur sa société. C’est au Sénégal qu’il trouve un espoir. Une université, une formation, une porte ouverte, même modeste. Car le Sénégal n’a jamais érigé son hospitalité en privilège réservé à certains.
£££ La haine que subissent les Noirs dans certaines sphères de pouvoir mauritaniennes n’est pas seulement un problème interne. Elle s’exporte, se manifeste dans les rues, dans les commissariats, dans les décisions administratives. Pendant ce temps, les ressortissants syriens, maghrébins, libanais, ou même européens jouissent de privilèges et de respect. Deux poids, deux mesures.
### Le Sénégal a enfin pris une décision courageuse : répondre par la réciprocité. Mais cette décision, aussi symbolique soit-elle, ne changera pas fondamentalement les comportements racistes ancrés dans les mentalités et les institutions mauritaniennes.
– Car ce n’est pas d’un papier que le peuple sénégalais a besoin, mais de respect.
– Ce n’est pas d’un visa, mais d’une reconnaissance mutuelle de la dignité humaine.
++ Le Sénégal devrait aller plus loin :
A- Exiger un accord bilatéral clair sur le respect des droits humains et la protection des ressortissants.
B- Condamner officiellement les exactions et humiliations subies par ses citoyens sur le sol mauritanien.
C – Suspendre les privilèges et facilités offertes aux dirigeants et commerçants mauritaniens tant que le respect n’est pas réciproque.
D- Et surtout, créer un observatoire indépendant des droits des Africains en Mauritanie, *avec l’appui d’organisations panafricaines et internationales.
Car au Sénégal, tous les Mauritaniens sont accueillis sans distinction. On n’y demande pas l’ethnie avant d’ouvrir une porte, on n’y interdit pas un commerce parce qu’on est Haratine ou Peul, on n’y brutalise pas pour un simple contrôle.
Le Sénégal, c’est la Teranga.
Une terre de paix, d’hospitalité, d’humanité.
C’est ce qui attire des centaines de milliers de visiteurs, d’étudiants, de réfugiés, de commerçants.
Mais la Teranga n’est pas synonyme de naïveté.
Elle doit aujourd’hui se dresser, s’affirmer, se protéger.
Car la dignité d’un peuple n’est pas négociable.
Et la fraternité, elle, ne se déclare pas par décret : elle se vit, ou elle se trahit.
Berlin, le 27 juillet 2025 _
Djeynaba Dramane Kamara.
Parle-moi de Mauritanie : Terre des hommes, de grandeur. Par Pr ELY Mustapha
À la Mauritanie,
grande par sa géographie, mais plus encore par son âme.
À ses peuples du sable et du fleuve,
à ses voix plurielles, ses langues entremêlées,
ses silences chargés d’histoire et ses chants de résistance.
À celles et ceux
qui croient encore à l’intelligence, à la beauté,
à la justice et à l’avenir.
Ce livre est pour vous –
pour que la Mauritanie cesse d’être racontée à voix basse,
et commence enfin à se dire debout.
“La Mauritanie ? Qu’est-ce que c’est ?” demanda le petit prince, penchant légèrement sa tête blonde. L’aviateur sourit, se remémorant ses vols au-dessus de ces vastes étendues désertiques qui l’avaient tant marqué. Comment expliquer ce pays à un enfant qui voyageait d’astéroïde en astéroïde et qui cherchait toujours l’essentiel des choses ?
“La Mauritanie,” commença-t-il, “est un grand pays du désert, où le sable s’étend à perte de vue, comme une mer figée.”
“Une mer de sable ? Est-ce qu’on peut y voir des couchers de soleil ?” s’enquit le petit prince qui, sur sa minuscule planète, pouvait observer jusqu’à quarante-quatre couchers de soleil en une journée. “Oui, et ils sont parmi les plus beaux du monde. Quand le soleil descend sur les dunes dorées, tout le ciel s’embrase de couleurs que l’on ne peut décrire avec des mots.”
Le petit prince réfléchit un moment. “Et y a-t-il des gens qui y vivent ?”
“Oui. Des hommes vivent là-bas, et c’est pourquoi on l’appelle parfois ‘Terre des hommes’. Des hommes qui ont appris à vivre dans un environnement où d’autres ne verraient qu’hostilité et désolation.” “Ce n’est pas facile de vivre dans le désert,” remarqua le petit prince, qui connaissait bien la solitude.
“Non, ce n’est pas facile,” acquiesça l’aviateur. “Mais c’est dans cette difficulté que les hommes du désert ont développé une sagesse particulière. Ils savent, par exemple, que l’eau est plus précieuse que l’or et que l’hospitalité envers l’étranger est sacrée.”
“Dans le désert, on est à la fois loin de tout et proche de l’essentiel,” ajouta-t-il, se souvenant de ses propres expériences à Cap Juby, non loin de la Mauritanie actuelle.
Le petit prince semblait méditer ces paroles. “Et ces hommes du désert, sont-ils heureux ?”
“Ils connaissent un bonheur différent de celui que recherchent souvent les habitants des grandes villes. Un bonheur fait de simplicité, de silence et de contemplation. Ce petit poste de Mauritanie était alors aussi isolé de toute vie qu’un îlot perdu dans la mer,” se rappela l’aviateur, citant presque mot pour mot ce qu’il avait écrit dans “Terre des hommes”.
“J’ai appris beaucoup de choses en volant au-dessus de ces terres. J’y ai rencontré des Maures, ces hommes du désert enveloppés dans leurs grands voiles bleus, qui émergeaient des territoires interdits que nous franchissions dans nos vols. J’ai compris là-bas que ce n’est pas la distance qui est difficile, mais le premier pas.”
Le petit prince hocha la tête, comprenant parfaitement ce langage. “Chez moi aussi, l’espace est immense comparé à la taille de ma planète. Droit devant soi, on ne peut pas aller bien loin…” “En Mauritanie,” poursuivit l’aviateur, “j’ai découvert que le désert ne ment pas. Il te montre qui tu es vraiment, sans fard ni artifice. C’est un pays où la lumière est si pure qu’elle révèle l’âme des choses.”
“Est-ce qu’il y a des fleurs en Mauritanie ?” demanda le petit prince, pensant sûrement à sa rose. “Elles sont rares, mais quand elles apparaissent après une pluie, elles transforment momentanément le désert en jardin. Leur beauté est d’autant plus précieuse qu’elles sont éphémères. Comme ta rose, elles sont uniques par le temps qu’on a ‘perdu’ pour elles.”
Le petit prince sourit, satisfait de cette comparaison.
“Et sais-tu ce qui est le plus extraordinaire en Mauritanie ?” ajouta l’aviateur. “C’est que dans ce pays à la frontière du Maghreb et de l’Afrique noire, différentes cultures se rencontrent et s’entremêlent. C’est un pays où l’on parle le hassanya, une langue que l’on retrouve aussi au Sahara occidental, au sud du Maroc et au nord du Sénégal.”
“Une langue que tu ne connais pas ?” s’étonna le petit prince.
“Je la connaissais peu, mais j’ai appris à échanger avec ceux qui la parlaient. Et figure-toi que ton histoire, ‘Le Petit Prince’, a été traduite dans cette langue. C’est la 300e langue dans laquelle ton aventure est racontée.”
Le petit prince parut impressionné, mais il revint vite à l’essentiel : “Alors, la Mauritanie est une terre des hommes parce que des hommes y vivent malgré les difficultés ?”
“C’est plus que cela,” expliqua l’aviateur. “C’est une terre des hommes parce que là-bas, j’ai compris ce qui fait la grandeur de l’humanité : la capacité à créer des liens, à trouver du sens même dans l’adversité, à voir avec le cœur ce qui est invisible pour les yeux. En Mauritanie, j’ai appris que ‘l’essentiel est invisible pour les yeux’, tout comme tu me l’as enseigné.”
Le petit prince médita longuement ces paroles, dessinant du doigt des dunes imaginaires sur le sol. Puis il leva les yeux vers l’aviateur et dit avec cette simplicité désarmante qui le caractérisait : “Je crois que j’aimerais visiter la Mauritanie un jour. Pour voir si les étoiles y brillent aussi fort que dans mon désert, et pour rencontrer ces hommes qui ont appris à lire le langage du sable et du vent.”
L’aviateur sourit. Le petit prince avait, une fois de plus, saisi l’essentiel. Car la Mauritanie n’était pas seulement un pays sur une carte, mais un état d’esprit, une façon de voir le monde avec émerveillement et profondeur, tout comme le faisait son jeune ami venu des étoiles.
Présentation du livre
À travers un dialogue vivant entre un maître et un disciple, se dresse une fresque magistrale de la Mauritanie qui traverse les époques, déconstruit les héritages postcoloniaux, interroge les politiques passées, mais surtout appelle à relever la tête.
Refusant les discours fatalistes, ce livre affirme :
La Mauritanie est une nation noble, née d’une histoire millénaire, forgée par le désert, les lettrés, les résistances, et les rencontres.
Chaque chapitre éclaire une facette de cette grandeur: la richesse des langues et des identités, la dignité des peuples du fleuve et du désert, la vitalité des traditions, la profondeur spirituelle, les potentiels de jeunesse, de terre, de mer, de lumière. C’est un livre qui rend fier. Un livre qui redresse. Un livre qui construit. C’est un livre de réveil. Un appel à réenchanter l’idée de nation, à bâtir une prospérité partagée, une culture d’excellence, une justice réelle, une démocratie enracinée.
Pr ELY Mustapha
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