Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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Nouvelles d’ailleurs de Mint derwich : Des pauvres, du gasoil, des ânes et des Nous Z’Autres…

altJ’ai décidé de m’acheter un âne. Un vrai âne, un âne de compétition, un âne dans toute sa splendeur d’âne, un âne membre de la grande confrérie des Nous Z’Autres, ânes assermentés et rectifiés. Non pas que je ne puisse m’offrir autre chose qu’un âne. Un chameau par exemple, animal presque « frère » de mes ancêtres et dont nous avons – le « nous » est pour les Nous Z’Autres du grand Nord – hérité du caractère sympathique et quelque peu querelleur. Je pourrais aussi décider de m’acheter une chèvre, ou une vache « Z’à cornes » et à mamelles. Et pourquoi pas un coq ?Non. Je veux un âne. Un âne bien âne. Un âne qui serait chargé de me trimballer. Ok, j’entends d’ici les (rares) défenseurs des animaux qui crient déjà au drame national et dénonçant la maltraitance à animal. A cela, je rétorque qu’un âne de chez nous est habilité à transporter mes rondeurs… Il n’est habilité qu’à ça, d’ailleurs, au vu de certaines matrones plus que pulpeuses que je vois transportées de ci, de là, de par les rues de notre capitale… Mes rondeurs à moi n’ayant, ni plus ni moins, le même charme et le tampon estampillé «  pur produit féminin du bled, à consommer avant le … » que les autres rondeurs, je ne vois pas pourquoi je me passerais de m’acheter un âne.

Oui, je veux un âne ! C’est devenu l’urgence du moment. J’ai décidé ceci en écoutant notre ministre chargé des relations avec le Parlement nous expliquer le pourquoi du comment de la non-baisse du prix du gasoil. Exercice jouissif, truculent, bien à la sauce de chez nous, blédards festifs. Quand il nous a expliqués que, non, le prix à la pompe ne baisserait pas ; que, non, notre république dattière ne se passerait pas de la manne des taxes sur l’essence, au moment où tout va mal ; que, oui, nous étions gonflés, nous les râleurs, de râler en rond devant la facture salée, gonflés alors que nous étions les « riches » car possédant une voiture ; je me suis dit : «  La Derwichette, achète toi un âne ».

C’est la première fois qu’on me fait un truc pareil : m’expliquer, à moi simple quidame, que les « heureux » propriétaires de voitures sont des riches, donc à même de se payer le gasoil au prix où il est. Que les pauvres, ne possédant pas de voitures, ne râlent pas et qu’ils sont même très heureux d’être pauvres car ils bénéficient du programme social Emel ! Et, datte sur les niébés, qu’ils bénéficient des transports gratuits.

Mouais… Et re mouais… On ne nous l’avait jamais faite, celle là. Du moins, personne n’avait encore osé : «  Les pauvres ne sont pas affectés par le prix élevé des hydrocarbures…. ». Une belle lapalissade, si l’on s’en tient à la pauvreté fantasmée, selon nos dirigeants qui veulent nous faire avaler qu’être pauvre, c’est ne pas avoir de voitures… Basique, d’une simplicité enfantine. Tellement simple qu’on se demande pourquoi nos économistes en herbe n’avaient jamais encore osé ce genre de raccourci.

Bref. Notre Ministre a illuminé ma semaine. Grand merci à lui et toutes les bénédictions sur lui. Devant tant d’à propos ministériel et de démonstration savante, je me demande si je vais oser gâcher la fête et émettre quelques petites remarques. Oh, des remarques insignifiantes, juste histoire de ne pas rester bouche bée, devant tant d’intelligence politique et sociale. L’ânesse en moi ne peut s’empêcher de braire un peu, braire de rire d’abord, puis braire de désespoir. Car je suis une ânesse, à l’image de la majorité de mes compatriotes, vos administrés, soit « émelisés », soit « riches » ou, si vous préférez, « Z’A voitures » ou « Z’A sans voitures ».

Mais, toujours à l’image de mes compatriotes (très chères sœurs et très chers frères…), mon porte-monnaie prend ses babouches à son cou quand il passe à « l’essencerie ». Si vous avez déjà tenté d’ouvrir un porte-monnaie récalcitrant et en grève de paiement, vous savez de quoi je parle… Souvent le porte-monnaie n’abrite que de maigres billets bleus – au fait, bravo pour les billets en plastique, ça fait Monopoly des sables ! – Dans mes jours fastes je lance un royal «  5000 UM » au pompiste qui s’empresse d’abreuver ma machine auto mais, la plupart du temps, je me contente d’un « elfein » contrit… Et je vous prie de croire que ces 2000 UM de gas-oil, je les use jusqu’à la dernière goutte, avant de me représenter devant une pompe à gasoil !

Si tous ceux qui possèdent une voiture étaient riches, ça se saurait, Mheusieur le Miiinistre ! On peut être pauvre et avoir une voiture, du moins la version « carcasse » de ce que, sous d’autres latitudes, on appelle voiture. Chez nous, tant que ça roule, ça roule. Et quand ça ne roule plus, ça roule quand même ! Chaque Mauritanien fait sa prière rituelle, tous les jours, en regardant sa voiture ou autre objet roulant et à quatre pneus qui lui sert de véhicule : «  Mon Dieu, Mon Dieu, Ya Rabbi, évite-moi le mécanicien et la panne ! ». Car aller chez le mécanicien, c’est un peu comme la roulette russe. Tu as plus de chance de te prendre la balle que de l’éviter. Et, après, tu dois rentrer chez toi annoncer à toute la famille que, ce mois-ci, ça sera pâtes et patates à tous les repas et la viande que le vendredi…

Bref. Ce Nous Z’Autres-là, qui est, quand même la grande majorité, est pauvre mais pas pauvre au point de bénéficier des boutiques Emel. Il se démerde comme il peut. Il zigzague entre sa carcasse à moteur, le prix de l’essence, les pots de vin aux autorités en uniforme censées nous protéger sur la voie publique, les amendes pour non assurance – ça coûte cher, une assurance… – ses factures, son loyer, les soins onéreux pour le petit dernier, ses crédits, sa famille qui pense qu’il est un arbre à ouguiyas, etc., etc.

Et ce péquin-là, toujours la grande majorité, je vous le rappelle respectueusement, Monsieur notre ministre des « Pauvres non affectés », il trouve, quand même, que l’essence coûte un bras, et une jambe, et la tête entière… Il trouve que tout augmente trop. Que le riz qu’il mange, le midi, doit être en or, vu son prix ; que le sucre qu’il met dans son thé lui coûte les yeux de la tête ; que la viande est devenue produit de luxe ; que le poisson, le lait, le pain, l’huile, le beurre, etc., etc., que tout ça devient inabordable ; que les commerçants s’en mettent un peu trop dans les poches, quand ses poches, à lui, rétrécissent, elles. Il trouve que ce qu’il met dans sa voiture, pour la faire avancer, est devenu produit de luxe. Et il trouve qu’il a le droit de protester et de s’indigner, quand il entend les propos tenus par votre grandeur gouvernante et ministrée.

Vous comprendrez, Monsieur le Ministre, mon désir d’âne à quatre pattes (un âne à deux pattes ne me servirait à rien…) : un âne ne tète pas de gas-oil. Un âne ne passe pas à l’essencerie. Un âne n’enrichit pas mon mécanicien. Un âne, on lui donne à manger, on lui parle gentiment et il fait son boulot d’âne. Un âne à quatre pattes ne me raconte pas de sornettes. Il n’en a que faire, des « pauvres » ou des « riches ». Et il n’en a que faire du prix de l’essence et des ministres chargés des relations avec le Parlement… C’est le propre des ânes à quatre pattes : ils ne font pas dans la sculpture sur les nuages, ils sont dans la vraie vie.

Je rejoins donc le cri de guerre des soi-disant « riches Z’à voitures », véritables vaches à lait du politique : « Maa ni chaari gas-oil ! », slogan des mécontents après la sortie peu éclairée de notre ministre… et je m’achète un âne. Serais-je, alors, assez pauvre pour être «  Pauvre non affectée » ? Plus pauvre que pauvre ? Tellement pauvre que je serais l’argument ultime pour expliquer et cautionner une politique économique qui étrangle les Mauritaniens ? Tellement pauvre, encore plus bas que le tellement pauvre, que j’expliquerais, à moi toute seule, la non baisse des prix à la pompe ?

Nous n’avons pas édifié de pyramides, ni inventé le zéro, ni le fil à couper le beurre, mais nous inventons des concepts – chacun fait ce qu’il peut, hein ? – après celui du coup d’Etat permanent, le concept de la Rectification, le concept du Dialogue, nous voilà avec le concept du « pauvre riche, du riche pauvre, du pauvre, du riche et du Ministre » ou, si vous préférez, du « Manuel d’économie à usage des ânes ». Sur ce, je vous laisse. Je dois trouver un nom à mon futur âne. Les choix ne manquent pas… Salut.

Mariem mint Derwich

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Sen Petit Galle 2015: Fatou de la Mauritanie succède à Aïcha Koné

content_imageElles étaient trois sur le podium, Mame Diarra, Fatou et Ndakhté, au finish c’est la Mauritanienne Fatou qui remporte le trophée de l’édition 2015 de Sen Petit Galle, tandis que la talentueuse Diarra occupe la deuxième place.

 

seneweb

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Mauritanie : hommage au poète et dramaturge disparu Djibril Hamet Ly

altEn Mauritanie, une prière aux morts est donnée, ce dimanche 25 octobre, à la mosquée Ibn Abbas de Nouakchott en hommage à Djibril Hamet Ly, dramaturge et poète mauritanien, décédé brusquement, il y a une semaine, au Canada,

alors qu’il participait au congrès de Pen International, une ONG de défense des écrivains et de la liberté d’expression. C’est un intellectuel aux multiples facettes qui s’est éteint, à 69 ans.

Il a été le premier président des Forces de libération africaines de Mauritanie (Flam), un mouvement né en 1983 qui disait vouloir libérer les communautés noires de Mauritanie d’un système jugé raciste. Trois ans plus tard, la publication du « Manifeste du Négro-mauritanien opprimé » lui vaut d’être emprisonné à Oualata. Plusieurs de ses camarades dont l’écrivain Tene Youssouf Geye n’y survivront pas. Djibril Ly, lui, se réfugie dans l’écriture, comme il l’a confié à la poétesse Mariem Mint Derwich.

« Il me disait que c’est grâce à l’écriture qu’il n’est pas devenu fou parce qu’il faut regarder les heures passer ; les jours passer et il n’a pas perdu espoir malgré la souffrance, malgré l’absurdité de ce temps de bagne. Il a commencé à écrire et depuis, il n’a jamais pu arrêter. Il écrivait comme on respire. C’est un de nos plus grands intellectuels, un de nos plus grands artistes et un de nos plus grands humanistes qui est parti », confie, à RFI, Mariem Mint Derwich.

Djibril Ly se consacre à la poésie, mais aussi au théâtre. Il crée une école, Diamly, qui donne une large place aux langues nationales et aux arts.

« C’était quelqu’un qui se battait pour l’apprentissage des langues nationales, pour un apprentissage croisé et qui refusait cette Mauritanie unilingue, “unicolore” comme on dit. Il s’est battu pour que tous les Mauritaniens, “toutes les Mauritanies” comme il disait, puissent se parler. Il s’est battu pour que les gens apprennent ; pour que les gens se reconnaissent comme fils et filles de ce pays-là. Il disait :”Nous habitons ensemble. Il faut bien que nous apprenions à vivre ensemble mieux, dans le respect des droits de chacun et dans le respect des spécificités aussi de chacun” », ajoute Mariem Mint Derwich.

Militant infatigable, sa dernière pièce, L’arbre à la cour criminelle, était un émouvant plaidoyer pour la défense de l’environnement.

Source : RFI

 

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Eternels les poètes

altPoète, homme de culture et directeur des rencontres littéraires Traversées Mauritanides, Bios Diallo a connu feu Ly Djibril Hamet. Il rend, à travers ce poème inédit, un hommage aux maîtres des joutes qui demeurent…

Eternels les poètes

Elle est comme ça

La vieille dame

Du lac

Des montagnes

Du désert et

Des fleuves

                  Elle a son calendrier à elle

 Elle, notre voisine à tous

 Parée de plumes

 Et au parfum singulier

                  La vielle dame

Dans chacun de nos souffles, gestes

          elle impose son rite, son mot, son regard

Elle est comme ça, la vieille dame 

Elle agit sans prévenir

                                              La mort

Hirondelle

Hibou

Lièvre

Et tortue

Sur les tiges

Sur les braises

Sur les épines

           Elle est comme ça

           La vieille dame

Elle érode l’âge

           Jeune, il est beau

           Grabataire, un charme docile

           Gaillard, un ruisseau d’amour

Elle admire la taille

Puis susurre à ses soldats l’élégance du portrait

Haie de cimetière

             Vous marchez, vous voilà ver de terre

             Attablez, votre gorgée d’eau est au tiers

             Vous dormez, la belle confession du silence

Et la douce prière de vos hôtes, sans votre accueil

Elle est comme ça

La vieille dame

L’héroïne poussière qui n’en fait qu’à sa fête

Envers et contre les charmes

Mais il est des héros

Dont elle tient la main

          pour l’éternité

          car leur mort, un laiteux vers à leur Nation

          servie sans égoïsme ni haine

Elle est comme ça

La vieille dame

Reconnaissante aux patriotes

          qui ne meurent jamais

          car derrière le buisson, ils veillent

          sur la paix de la Nation, et de ses fils

Les héros de la vieille dame, poètes

             Et la tombe, leur clairière

Bios DIALLO

Directeur du Festival
Traversées Mauritanides

 

Kassataya

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Repenser les termes Arabo-berbère, négro-africain, Harratin etc.…

altPlusieurs compatriotes s’offusquent quand on leur dit qu’ils sont « arabo-berbères ». D’autres n’aiment pas le qualificatif « négro-africains ». Certains trouvent inappropriés les termes : « Haratins », »Maures », « Halpoular », « Bidan » etc…. Ne doit –on pas repenser notre vocabulaire identitaire devenu source de stigmatisation, frustration et méfiance ? Il n’est que temps.

En fait, chacun sait que les Historiens, anthropologues, ethnologues, explorateurs et chercheurs s’accordent à dire que la bande sahélo saharienne dont fait partie la Mauritanie, était , avant sa colonisation ,habitée à majorité par des berbères et /ou populations noires.

Sa 1ere colonisation le fut ,vers le XVe siècle par les tribus arabes Hassan. Elle aboutit à imposer, à la plupart des autochtones, la culture arabo-islamique (dont la langue arabe, métissée en Hassanya). La 2éme invasion de ces terres sahélo-sahariennes l’était par les Français vers le XIX éme siècle, introduisant et imposant quant à elle, les termes : « Maures et Mauritanie ».

Cette Mauritanie devenue Etat indépendant en 1960, est constituée divers groupes sociaux s’identifiant chacun sous une dénomination inappropriée mais pourtant, communément admise.

Il y’a les Maures pour désigner les Bidane . Mais ces deux termes ne portent pas le même sens. Le premier est un mot français ainsi défini : « Les Maures, ou anciennement Mores, sont originellement des populations berbères peuplant le Maghreb… le terme « maure » va devenir un synonyme de « musulman », plus particulièrement de n’importe quel musulman vivant en Andalousie, qu’il soit d’origine berbère, arabe ou ibérique ».

Dans notre cas en Mauritanie ce terme est restrictif car attribué à une partie et non pas tous les habitants de la Mauritanie. Le second terme ou « Bidan » est un mot arabe qui fait référence au blanc épidermique et couleur de la peau.

Or, il se trouve que les individus qui se reconnaissent sous ce pseudo « Bidane » ne sont pas tous blancs. Ils sont en majorité Khi6driyine, noirs, bleus, rouges et surtout « café au lait » (entendre mixage du lait ou blanc d’Arabie et café noir d’Afrique).

Il y’a les Harratins. Ce terme est définie Wikipédia ainsi : « Les Haratins (ou Haratines ; singul. hartani), également appelés Maures Noirs, sont les habitants noirs des oasis du nord-ouest de l’Afrique. C’est un exonyme, qui contient des connotations négatives ».

Chez nous en Mauritanie, Il concerne en premier, les descendants d’anciens esclaves mais dans le langage courant il désigne tous les Maures noirs à cheveux crépus, y compris les nés « du concubinage servile , (droit du maitre sur sa servante) » et autres divers métis dont certains descendants des Chorfas, Emirs ainsi que tous les fortement bronzés par le soleil.

Il y’a ensuite les peuls, toucouleurs communément appelés Halpoular . Ce terme qui signifie littéralement : « Ceux qui parlent la langue poular » n’est, lui aussi, pas approprié. Il en est de même pour les termes « Hassanophones » , « Soninkés » et « Ouolofs » car Les Hassanophones, Soninkés, Ouolofs et Fulaphones (Halpoular) sont les locuteurs des langues Hassanya, Soninkés, Ouolof et poular où qu’ils résident et pas seulement en Mauritanie (dans les pays voisins).

Il y’a aussi ce qu’on appelle les négro-africains et les arabo-berbères. Le terme « negro » (noir en Espagnol) est, pour certains, péjoratif ou tout au plus diminutif. Sous cette appellation « Negro-Africains »sont classées les appartenant aux groupes ethniques Halpoular, Soninké et Ouolof considérés d’origine généalogique Africaine. Et les Haratins ? Ne sont –ils pas issus aussi de cette origine Africaine ? Pourquoi les en priver ?

Le terme « Arabo-berbère » se dit des « Bidane » ou Maures. Là aussi, le terme prête à équivoque. En Fait ! Il est vrai que ce groupe social est arabe de par sa culture et berbère de par sa généalogie et souvent sa biologie mais en quoi cela diminue-t-il de son Africanité ? Arabo-berbero-Africain est plus conforme.

Ely Salem Khayar

 

http://lauthentic.info

 

 

http://lauthentic.info/spip.php?article10759
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