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IBRAHIMA THIAW, SOUS SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DES NATIONS UNIES : ITINÉRAIRE D’UN ENFANT DE DÉPORTÉ
Seules les défaites restent désespérément orphelines. Les victoires, elles, peuvent avoir l’embarras du choix devant la multitude de pères qui se les disputent. Si aujourd’hui la Mauritanie s’honore d’avoir en la personne de Ibrahima Thiaw un de ses fils à une position aussi élevée dans le système des Nations Unies, cela n’a pas toujours été le cas. Retour sur le parcours singulier d’un fils de déporté.
Une jeunesse au bord du fleuve
Ibrahima Thiaw naquit le 02 octobre 1957 à Fanaye Niakwar, dans l’arrondissement deTékane. Comme premier des garçons de la fratrie, il était destiné aux travaux champêtres. Mais un père visionnaire en décida autrement. Le premier jour d’école se passe dans l’émotion des adieux : le jeuneIbrahima devait aller faire l’école à dix kilomètres de chez lui, dans une famille dont il ignorait tout. Ça forge un caractère. Ibrahima comprend très vite que l’échec ne fait pas partie des options. Il réussit sans encombre sa scolarité puis fait son internat à Rosso de 1972 à 1978. Plus il avançait dans sa scolarité, plus il s’éloignait géographiquement de son village natal. Il ira à Nouakchott en 1979 passer le bac en auditeur libre et l’obtient avec la mention. L’année est marquée par une implacable sécheresse qui décime le bétail et précarise davantage la situation de nombreuses familles dont la sienne. Orienté en France, Ibrahima parvint à obtenir une réorientation pour le Maroc. Il avait une idée derrière la tête. Il lui faut une formation dans un environnement plus proche de celui de la Mauritanie afin qu’il puisse se rendre utile dans la gestion des catastrophes écologiques. Ce sera donc l’Ecole Nationale Forestière d’Ingénieurs de Salé qui dépendait de l’institut agronomique et vétérinaire Hassan II. Pendant sa formation, il s’arrange pour revenir régulièrement faire des stages à la direction de la protection de la nature.
En 1983, il rentre définitivement en Mauritanie avec son diplôme d’ingénieur forestier. Il est immédiatement « recruté dans un service qui ne disposait que de deux Land-Rover pour toute la Mauritanie ».
Servir l’Etat : un « kowri » compétent
Ibrahima semble n’être qu’au service du public. Il débute sa carrière au ministère du développement rural où il s’échine à mettre sur pied une équipe fonctionnelle. Avec son Directeur, il encadre plusieurs techniciens, dont 25 sont envoyés en formation d’ingénieurs dans les pays voisins (Algérie, Mali, Maroc). Homme de terrain, Ibrahima arpente les rues de Nouakchott et de la Mauritanie pour vanter les mérites du « foyer amélioré ». C’est là, confie-t-il à KASSATAYA, qu’il reçoit la pauvreté en pleine figure : il découvre que près du tiers des habitants de la capitale mauritanienne n’avaient droit qu’à un repas chaud par jour. Pour introduire le « foyer amélioré » dans les ménages démunis, l’agent de développement n’avait à sa disposition que l’outil radio. Les populations cibles n’avaient accès ni à la télévision ni à la presse écrite. Et comment s’assurer de la communication d’une information neutre par des médias sous contrôle ? Tout un programme. Le jeune Ibrahima ne se laisse pas démonter pour autant. Avec sa jeune équipe, il fait recours à la bonne vieille méthode du bouche-à-oreille.
Victime direct des déportations de 1989-1991
C’est dans cette ambiance que surviennent ce que les Mauritaniens appellent pudiquement « les événements », évocation des massacres, exécutions extrajudiciaires au sein des corps constitués, déportations, tortures… dont avaient été victimes les populations noires de Mauritanie au détour d’un conflit avec le Sénégal (où des populations mauritaniennes avaient également subi les pires atrocités). L’administration mauritanienne noyautée par les franges les plus extrémistes en profite donc pour régler à sa façon la question de la cohabitation entre communautés nationales.
Ibrahima Thiaw n’est pas serein. Son village d’origine, Niakwar, était en conflit ouvert avec le gouverneur de région, Mohamed Lemine Salem Ould Dah, notoirement connu pour ses thèses nationalistes arabes. Fin 1985, début 1986, le gouverneur avait été confronté à une opposition farouche des villageois d’abord du département de Keur Macène, de Rosso puis de l’arrondissement de Tékane qu’il voulait délester de quelques milliers d’hectares de terres agricoles. Le problème était pendant devant les tribunaux quand survint le conflit entre le Sénégal et la Mauritanie.
A Nouakchott, les journées se suivent, plus sanglantes les unes que les autres. Par réflexe, Ibrahima Thiawcourt les rues appareil photo en mains pour l’histoire. Il photographie plusieurs cadavres baignant dans leur sang à même le sol, en plein ramadan en pays réputé 100% musulman. Il passe ses journées dans la hantise de l’arrestation. A KASSATAYA, il confie : « je mettais tous les jours mes meilleurs vêtements pour que l’arrestation et la déportation ne se passent pas en haillons ». Il envoie femme et enfants au village en espérant mettre tout le monde à l’abri. La voiture de service avec ordre de mission est arrêtée à Rosso, les passagers gardés au poste et leurs affaires confisquées. Ibrahima Thiaw se rend alors sur place pour essayer de débloquer la situation. Au bureau du Wali (Gouverneur), il trouve une file longue comme un jour sans pain. Parmi ces personnes sous le soleil venues se soumettre à une enquête de nationalité, Ibrahima Thiaw aperçoit ahuri… le gouverneur adjoint et le chef de service de la SONELEC, tous deux des noirs mauritaniens. Ibrahima rebrousse chemin et réussit, par l’entremise d’un collègue maure, à faire libérer sa famille avec les bagages mais sans la voiture que les autorités craignaient de voir voler et envoyer auSénégal (sic).
Ibrahima revient à Nouakchott et se replonge dans le travail : histoire de ne pas se laisser envahir par les scènes d’horreur et les frustrations quotidiennes ?
Grâce à ses efforts, M.Ibrahima Thiaw devient une référence au sein du ministère. Pendant les dix ans qu’il passera au ministère, l’une de ses plus belles réalisations restera sans doute la création en 1990 du Parc National de Diawling qu’il pilote de bout en bout, malgré les résistances des agro businessmen. Une performance. Et même après son départ de Mauritanie, il n’oubliera pas ce « bébé » qu’il continuera à faire financer depuis l’UICN.
Son dynamisme et sa compétence n’échappent pas à un observateur particulier : le colonel Mouawwiya Ould Sidi Ahmed Taya himself, l’homme qui règne en maitre absolu sur la Mauritanie à l’époque. Lors d’une visite au ministère, le dictateur, ébloui, glisse au ministre en charge du département : « vous avez un kowri compétent ». Ayant eu vent de la remarque raciste, Ibrahima Thiaw, encaisse cette énième vexation. Et ce ne sera pas la seule rencontre entre les deux hommes comme nous le verrons plus loin.
Toujours en 1990, il se rend à Ségou pour une réunion du CILSS. Sur le point de reprendre son vol retour à l’aéroport de Bamako, il rencontre des Mauritaniens qui lui apprennent que plusieurs villages avaient été déportés dans l’arrondissement de Tékane. Sa famille en était fort probablement. Malgré l’insistance de ses informateurs, Ibrahima décide de rentrer en Mauritanie. « Pour moi les choses étaient claires : il était hors de question que je prenne la fuite de mon propre chef, pas même pour aller rejoindre les miens de l’autre côté de la rive. La Mauritanie est mon pays et si je dois en partir ce sera contraint et forcé », confie-t-il àKASSATAYA. Mais Ibrahima prend une décision lourde de portée : les photographies prises à Nouakchott, véritables pièces à conviction qu’il avait fait développer au Mali devaient être détruites à l’aéroport deBamako. Il rejoint Nouakchott sans encombre mais continue de subir les vexations, les humiliations à travers les enquêtes et les surveillances quotidiennes.
Les chemins de l’exil
Ibrahima vit alors une situation personnelle difficile, tiraillé entre le sens du devoir envers son pays et un père déporté au Sénégal par ce même pays qu’il chérit et sert malgré tout. En 1991, avec deux mauritaniennes,Ibrahima est invité à une rencontre organisée par UNIFEM (devenue depuis ONUFEMME) à Dakar. A l’aéroport, il est arrêté par la police sénégalaise qui s’apprête à l’expulser en même temps que ses deux compatriotes. Au petit matin, l’intervention des organisateurs lui permet d’entrer en territoire sénégalais. A la fin de la rencontre, il rend visite à son père dont l’état de santé s’est dégradé à un point tel que l’estomac d’Ibrahima en est noué. Il n’en fallait pas plus pour le convaincre de se résoudre à s’exiler. Un an avant, il avait décliné un poste de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) au Tchad. Il ne refusera pas le second. Il est embauché la semaine d’après. Il met un point d’honneur à quitter l’administration mauritanienne dans les règles de l’art, en se libérant officiellement. C’était en janvier 1992. Un mois après, son père décède. Il repose toujours au Sénégal. C’est une blessure qui laisse des cicatrices. Ibrahima commence à s’interroger sur la justesse de ses choix : pourquoi n’avoir pas vécu avec son papa dans les camps de réfugiés ? Un papa qui croyait en la Mauritanie, qui l’a accompagné toute sa vie et pour qui, si Ibrahima doit fournir tant d’efforts dans ses études et son travail, c’est pour lui-même et pour la Mauritanie.
Faut-il serrer la main du diable ?
Pour le compte de l’UICN, Ibrahima Thiaw participe au sommet mondial pour le développement àJohannesburg. Il y retrouve de vieilles connaissances mauritaniennes. Le président Mandela, s’apprête à visiter l’exposition de l’IUCN. Le président Brésilien Cardoso est aussi attendu. Ibrahima Thiaw suggère à la délégation mauritanienne d’inviter Ould Taya. Le dictateur ne veut pour rien au monde manquer l’occasion de poser avec Mandela, icône de la lutte contre l’Apartheid. Que le sort peut parfois être cruel ! Ould Taya dont le régime s’est rendu coupable des pires abominations sur les populations noires de son propre pays réduit à faire des coudes pour se faire photographier aux côtés de l’homme qui a redonné leur dignité aux noirs d’Afrique du Sud ! Comment réagira le grand Madiba ? Entouré des présidents Brésilien et mauritanien,Nelson Mandela tint les deux par leur main qu’il soulève. On est grand où on ne l’est pas. Il a bien pardonné à Frederik Willem de Klerk, à Roelof Frederik « Pik » Botha et aux champions de l’Apartheid. Le chef de l’Etat mauritanien exulte et la rencontre fortuite devient un événement national majeur. Les images tournent en boucle à la télévision nationale. Ibrahima tient une belle revanche ! Ould Taya demande à voir le « kowri compétent ». Le dictateur est briefé quand même sur l’identité de ce cadre qui fait le bonheur des spécialistes des questions environnementales dans le monde : son père a été déporté au Sénégal.Ibrahima Thiaw n’écoute que son sens du devoir et va rencontrer son bourreau. L’entretien en tête-à-tête a duré une bonne heure, « sous la fumée du cigare qui emplissait la pièce. Il m’a paru très informé de la situation des parcs et du département de l’environnement en Mauritanie mais aussi de l’énergie, les enjeux de l’exploitation des ressources du fleuve Sénégal… Il voulait avoir mon point de vue sur la gestion des parcs nationaux et du secteur de l’environnement et dans quelle mesure il pourrait apporter des améliorations ».
A la fin de l’entretien Ould Taya interpelle Ibrahima Thiaw : « Avez-vous quelque chose d’autre à demander ? » Machiavel a fait d’heureux princes : écraser et se faire magnanime. Ibrahima Thiaw l’avait-il deviné ? Toujours est-il qu’il se contente d’engager la discussion sur les Mauritaniens expatriés, leur place, les rapports que le pays entretient avec eux. Le chef de l’Etat avoue ne pas suivre la question. A la fin de l’année une rencontre scientifique est organisée avec les cadres mauritaniens expatriés. Non ! Ibrahima Thiaw ne demandera pas le retour de sa famille en catimini. Ibrahima Thiaw confie à KASSATAYA la suite :« quand j’ai rejoint ma chambre, la première chose que j’ai faite c’est de me laver les mains symboliquement sept fois, comme pour les débarrasser d’une grande souillure ». Il n’a pas précisé s’il a utilisé du détergent ou de l’eau de Javel. Combien de personnes pourraient faire preuve d’un tel dépassement de soi et éviter de laisser leur jugement se faire altérer par la haine ou la subjectivité devant de telles circonstances ?
La consécration
Son tempérament et son sens du devoir seront les principaux marqueurs qui façonneront la carrière d’Ibrahima Thiaw. Au siège de l’UICN en Suisse comme chargé de programme Sahel, Ibrahima est le seul africain et le seul musulman. Il passe ensuite chargé de programme Afrique de l’ouest (1994) puis Afrique(1995). En 1997, il s’occupe de l’ouverture d’un bureau régional pour l’Afrique de l’ouest au Burkina Fasoavec poste de Directeur. Il restera en poste pendant 10 ans au cours desquels il ouvre le bureau national de l’UICN en Mauritanie en 1999 alors que le pays était en mauvaise posture avec les bailleurs. Pour faire bénéficier le pays de financements, il fallait monter des programmes régionaux puisque la Mauritanie n’était plus éligible aux financements bilatéraux de plusieurs pays notamment ceux des Pays-Bas (alors principal bailleur en matière d’environnement pour l’Afrique de l’ouest) suite à la déportation des paysans que ce partenaire finançait par l’entremise de la SONADER (Société Nationale de Développement Rural). Le bureau régional Afrique de l’Ouest deviendra le plus important de l’UICN.
En 2006, le Conseil d’Administration de l’UICN lui demande de quitter toutes affaires cessantesOuagadougou pour venir assurer la Direction Générale par intérim en attendant la désignation d’un DG. Il y restera six mois. L’année suivante (2007), il migre vers le PNUE comme directeur de division. Il restructure le département, le dote d’un programme, fait accroitre son budget de 950% et en fait la plus grosse division de l’institution aussi bien en personnel qu’en budget.
Pour autant, Ibrahima n’est pas un homme pressé. En 2010, le poste de Directeur exécutif adjoint se libère mais il ne juge pas opportun de postuler. La seconde occasion sera la bonne. En 2013, il soumet sa candidature qui est soutenue par la Mauritanie. Le processus est long et complexe. Il y a 85 postulants avec de sérieux atouts. Sa candidature est finalement retenue et il devient Sous secrétaire général des Nations Unies, directeur exécutif adjoint du PNUE. Il est à ce jour, avec son compatriote Ismail Ould Cheikh Ahmed, le Mauritanien le plus haut placé dans le système des Nations Unies.
Au chevet de l’environnement mondial
Ibrahima est à présent bien positionné pour poursuivre le travail qu’il fait depuis maintenant trente ans au service de l’environnement et du bien-être des populations. Il est incontournable sur les questions complexes comme celle des objectifs de développement durable au sujet desquels les négociations sont en cours. Il est également impliqué dans la lutte contre la pauvreté, les changements climatiques, le développement humain, le droit à l’eau potable, à l’air pur, à une production saine, à une bonne santé…
Mais, l’enfant du terroir qu’est resté Ibrahima ne s’intéresse pas moins à la situation de son pays d’origine. De son point de vue, la Mauritanie n’est pas confrontée à un problème de disponibilités de ressources mais plutôt à leur bonne mise en valeur. « Même les dunes y sont une richesse ». Il suffit pour s’en convaincre de regarder du côté du Cap-Vert, grand importateur de sable. Il déplore qu’un pays qui dispose de ressources comme le soleil et le vent puisse être déficitaire en énergie. Il ajoute que « Le Sahara est la zone de concentration maximale en matière d’énergie. Je regrette que les aliments pourrissent entre Kaédi et Nouakchott à cause du soleil alors qu’on pourrait utiliser cette énergie justement pour la conservation ».Ibrahima Thiaw appelle donc de ses vœux une bonne politique énergétique qui soit à même d’exploiter ce potentiel.
Mais Ibrahima Thiaw va aussi à contre-courant de la réflexion dominante en matière de politique agricole. Il se dit favorable au développement de l’agriculture mais rappelle que « ce n’est pas la vocation de la Mauritanie. Le pays doit davantage privilégier la filière pastorale. Vouloir courir derrière la souveraineté alimentaire et l’autosuffisance en céréales est une chimère. Le riz asiatique coutera toujours moins cher que celui produit chez nous ». Faut-il donc courir le risque de dépendre de la production étrangère et des importations pour nourrir les Mauritaniens ? Ibrahima ne rejette pas cette option même s’il ajoute que les petits producteurs doivent être encouragés.
Il ne croit pas aux vertus de l’agro industrie. Selon lui, « les agro businessmen ne font que spéculer. Ils vont investir des sommes énormes dans des pays pauvres, surexploiter et fragiliser leurs sols avant de s’en aller ailleurs. L’Arabie Saoudite et d’autres pays riches ont essayé mais ça n’a pas marché, comment vont-ils réussir ailleurs ce qu’ils n’ont pu chez eux ? » s’interroge-t-il ? Il poursuit : « par contre il y a beaucoup de viande. Il faut améliorer la production animale, améliorer la zootechnie, réduire les importations de viandes de poulet, exporter de la viande. La Mauritanie est un pays d’élevage. Elle doit par exemple produire des fourrages et non du riz ». Avec ses trente ans d’expérience dans l’environnement, il conclut « qu’on ne peut pas forcer la nature, on travaille avec la nature ! La Mauritanie se situe dans une zone aride à vocation pastorale. Elle doit mettre en avant cet avantage comparatif. Si on respecte cette vocation on peut produire, vendre et se servir des ressources générées pour acheter le complément ailleurs ».
Au moment où la famine tenaille en Mauritanie, ces réflexions prennent un relief particulier. Trente ans après avoir été mis sur les chemins des rapports de l’homme avec son environnement, Ibrahima Thiaw garde intactes ses préoccupations. Encore une marche à gravir et il sera au faîte de la hiérarchie de l’environnement mondial. La diplomatie mauritanienne a maintenant à travers lui une belle carte à jouer.
En attendant, Ibrahima Thiaw continue de rendre visite à sa Mauritanie natale, en repensant sans doute à ce père mort en exil forcé, et sans qui le destin aurait été tout autre.
Abdoulaye Diagana et Ibrahima Athie pour kassataya.COM
Abdelaziz Bouteflika, le président fantôme
Après 14 ans à la tête de l’Algérie, le président Abdelaziz Bouteflika a été réélu, vendredi, malgré ses problèmes de santé. Si sa réélection ne faisait aucun doute, des interrogations demeurent sur le rôle qu’il tiendra durant son mandat.
Il aura fallu attendre le jour du vote, jeudi 17 avril, pour qu’Abdelazziz Bouteflika apparaisse en public. Durant toute la campagne, le président sortant, victime d’un AVC il y a un an, est resté invisible, laissant ses adjoints le représenter sur la place publique. Une posture qui n’a pas manqué de susciter de vives critiques de la part des figures de l’opposition. Nombreux sont ceux en effet qui s’interrogent sur sa capacité à gouverner.
>> À lire sur FRANCE 24 : Sans surprise, Bouteflika réélu président de l’Algérie avec 81,53 % des voix
Le président Bouteflika, âgé de 77 ans, n’a pas toujours été ce vieil homme à la silhouette fatiguée. Né le 2 mars 1937 à Oujda, au Maroc, il est issu d’une fratrie de cinq frères, une sœur et de trois demi-sœurs. On ne lui connaît ni femme, ni descendance. Vétéran de la guerre d’indépendance, il devient président en 1999 et reste très populaire auprès d’une partie de la population pour avoir mis un terme à dix années de guerre civile dans les années 1990 et pour avoir contenu les manifestations lors du printemps arabe.
“Je ne suis pas un trois-quarts de président”
Entré en politique à l’âge de 25 ans, il devient le plus jeune ministre des Affaires étrangères en 1963. Mais à la fin des années 1970, il est contraint à l’exil à cause des tensions au sein du Front de libération national (FLN) – auquel il appartient. Il ne reviendra en Algérie qu’à la fin des années 1990, après la “décennie noire”. Il sera élu une première fois président en 1999. “Je ne suis pas un trois-quarts de président”, avait-il lancé alors en réponse à ses détracteurs qui l’accusait d’être une marionnette de l’armée.
Il est vrai que Bouteflika ne s’est jamais vraiment affranchi de la présence de l’armée, malgré sa volonté d’infléchir son influence et de limiter les pouvoirs des services de renseignement qui ont toujours dominé la vie politique algérienne depuis l’indépendance en 1962. C’est d’ailleurs avec le soutien de l’armée que Bouteflika, candidat du FLN, s’est imposé en 1999 après que tous les autres candidats se sont retirés de la course – redoutant de massives fraudes électorales.
Un homme populaire
“Boutef'”, comme l’appellent familièrement ses compatriotes, est surtout un homme populaire, symbole pour de nombreux Algériens de paix après la décennie noire ayant fait quelque 200 000 morts. Cette posture d’homme de compromis lui donne l’opportunité de remporter un “oui” massif en septembre 1999 lors du référendum sur la loi de la “concorde civile”, qui amnistie les islamistes armés n’ayant pas commis de crimes de sang et de viols pendant la guerre civile et qui se soumettent à l’autorité de l’État. La loi entraînera la reddition de milliers d’islamistes et surtout une forte diminution de la violence. Ce succès politique contribuera à propulser Bouteflika pour un second mandat en 2004.
>> À lire sur FRANCE 24 : Interdit de candidature, l’islamiste Ali Belhadj attend son heure
Toujours impeccablement vêtu d’un costume trois-pièces et cravate même lors des grandes chaleurs estivales, Abdelaziz Bouteflika sera ensuite reconduit en 2009 grâce à une révision de la Constitution – supprimant la limitation du nombre de mandats présidentiels. En 2011, toutefois, le vent de révolte qui souffle en Tunisie et en Égypte le force à manœuvrer pour éviter que le printemps arabe ne touche l’Algérie et ne le balaie comme les autres “vieux” dirigeants des pays voisins (Ben Ali et Moubarak). Il se lance dans plusieurs réformes à la suite des émeutes contre le coût de la vie et propose notamment une augmentation des salaires et la reconnaissance des partis indépendants. Des mesures insuffisantes juge cependant l’opposition.
Un président omniprésent par son absence
Ce troisième mandat fut surtout remarqué par son… absence. À la suite d’un AVC en avril 2013, Abdelaziz Bouteflika a été hospitalisé pendant près de trois mois à Paris. Depuis son retour mi-juillet, il n’est presque plus sorti de chez lui. Déjà hospitalisé à Paris en 2005 pour un ulcère hémorragique de l’estomac, il avait alors déclaré avoir survécu “miraculeusement”. Il ne s’est pas exprimé en public ces deux dernières années.
Lors de la campagne électorale, les internautes n’ont pas manqué de railler ce président fantôme, désormais incapable de se tenir debout et de s’exprimer devant son peuple. Très vite, les images de l’apparition de Bouteflika en fauteuil roulant lors du vote du 17 avril ont fait le tour de la toile, avant d’être partagées et re-twittées en masse.”Bouteflika a été réélu dans un fauteuil”, se sont moqués, vendredi 18 avril, de nombreux Algériens sur Twitter, partagés entre affliction et ironie devant l’état de la présidence en Algérie.
Avec AFP
Source: france24.fr
Commémoration de la journée mondiale de la santé bucco-dentaire
Le programme national de lutte contre les maladies bucco-dentaires a organisé aujourd’hui, vendredi, à Nouakchott un atelier de sensibilisation sous le thème “pour un sourire saint”.
Le Dr. Moktar Dah Ould N’Dioubnane, conseiller technique du ministre de la santé a précisé, lors de l’ouverture de la cérémonie que la santé bucco dentaire occupe une place de choix dans les activités quotidiennes de l’individu de l’enfance à la vieillesse.
Il a rappelé que la prévention des maladies de la bouche est une nécessité mettant en garde contre l’habitude de fumer et soutenant l’intérêt de suivre un régime alimentaire équilibré en plus de la pratique du sport.
Le Dr. N’Dioubnane a réaffirmé que la redynamisation du programe élaboré en vue de lutter contre les maladies et pour promouvoir la politique sanitaire de la Mauritanie en la matière a pour objet de relever le niveau de santé des citoyens et d’élargir la couverture sanitaire conformément aux instructions du Président de la République Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz.
Le représentant de l’OMS, Dr. Jean Pierre Baptiste a, pour sa part, indiqué qu’en Mauritanie les affections bucco-dentaires prennent une bonne place dans les motifs de consultations avec un accès limité à la prévention – néanmois presque sans coût – particulièrement à l’intérieur du pays.
“La prise de conscience de l’importance de la santé bucco-dentaire a permis, dit-il, la mise en place d’un programme de lutte qui a besoin d’être renforcé et d’avoir une vision lui permettant d’aller de l’avant en axant sur la prévention” mais également en rendant disponibles des outils et mécanismes facilitant la prise en charge des cas dont le nombre baissera crescendo au fur et à mesure que la prévention portera ses effets.
Source: AMI
Communiqué du conseil national de suivi, d’orientation et de mise en œuvre du manifeste des haratines
Au cours des journées du 10 au 11 Avril 2014, soit près d’un an suite à la publication du MANIFESTE sur les droits politiques, économiques et sociaux des Haratines au sein d’une Mauritanie unie, égalitaire et réconciliée avec elle-même, se sont tenues à Nouakchott les assises du forum des organisations et personnalités indépendantes constituant le conseil national de suivi, d’orientation et de mise en œuvre du MANIFESTE du 29 Avril.
Le but de cette rencontre est d’étudier et d’évaluer les parcours de lutte antérieurs, de réfléchir sur les procédures de lutte les plus efficientes ainsi que la mise en œuvre des mécanismes et stratégies de nature à assurer la synergie des actions de lutte contre la marginalisation continuelle et l’iniquité sempiternelle que l’état mauritanien n’a de cesse de perpétuer – voire même d’accentuer – par le truchement de ses institutions.
La réalité sociale du pays, rendue chaque jour plus turgescente par des regains de tension consécutifs à la perception grandissante des inégalités et de la marginalisation programmée, fut mise en exergue à travers le contenu du MANIFESTE publié au cours de l’année écoulée. La fin de non recevoir réservée, de fait, à cette mise en garde précoce, dénote d’un déficit de clairvoyance et d’un manque de prise de conscience de la gravité de la situation du pays de la part des gouvernants. Elle prouve, du même coup, l’obstination de l’état mauritanien moderne à poursuivre ses pratiques bien enracinées et tendant toutes à maintenir les Haratines sous l’emprise de l’indigence, de l’ignorance et de la marginalisation aux fins de leur barrer la route d’une participation effective à la vie nationale.
La participation d’organisations nationales connues pour leur lutte honorable pour les causes justes, a permis d’enrichir et de rehausser le niveau des débats de ce symposium qui s’est tenu à un moment crucial de l’histoire de notre peuple ; celui-là même qui reste, malgré tout, d’une opiniâtreté intransigeante quant à la consolidation de son unité, de son harmonie sociale et ce sur la base des principes de justice, d’égalité et de la préservation des droits de la citoyenneté.
En conséquence des failles et fissures, de plus en plus évidentes et consécutives, lézardant le socle de la nation et son tissu social sans que cela soit pris en compte ou simplement entendu, le conseil national du MANIFESTE a décidé, avec le concours bienveillant de nos concitoyens, de s’obliger lui-même à fournir tous les efforts pour battre en brèche toute les failles, désamorcer toutes les menaces et unir toutes les composantes sociales et ethniques dans le but de parer au plus pressé à toute menace de la concorde nationale.
Conscient de la nature grandiose des missions qu’il s’est assigné, le conseil national du MANIFESTE a décidé d’entamer une série d’actions sur le court et moyen terme et qui débutera, avec la grâce de Dieu, par une marche pour les droits politiques, économiques et sociaux en commémoration du premier anniversaire de la publication officielle du MANIFESTE qui coïncide avec le 29 du mois courant.
En cette occasion, le conseil national du MANIFESTE lance un appel pressant à toutes les citoyennes et tous les citoyens mauritaniens pour descendre massivement dans la rue en cette journée mémorable dans une marche pacifique qui s’élancera de toutes les Moughata’a après la prière de DHOHR et se terminera par un meeting à la place IBN ABBASS.
Nouakchott, le 17 Avril 2014.
LE CONSEIL NATIONAL DE SUIVI , D’ORIENTATION ET DE MISE EN ŒUVRE DU MANIFESTE DES HARATINES
Source: le calame
Non à la parodie du dialogue ! Halte à la comédie !
Le pseudo dialogue politique qui devait être sauvé in extremis lundi soir dernier, c’est finalement révélé au fur et à mesure une simple parodie de négociations destinée à leurrer une opinion naïve.
Un public qui continue de croire à tous les cirques de concertations joués publiquement toutes ces dernières années entre le pouvoir et ses opposants , avant que leurs masques ne tombent l’un après l’autre.
Un dialogue intermauritanien présentant le fond d’une coquille vide dés lors où les principaux concernés par ces concertations étaient tous aux abonnés absents de ces discussions décisives pour l’avenir du pays. En effet, comment des pourparlers sincères, importants, déterminants peuvent-ils se tenir à l’absence du chef de file de l’opposition et omniprésent leader politique Ahmed Ould Daddah ?
Passons cette condition. Comment, des concertations peuvent-elles être constructives, ouvertes, imprégnées de tolérance et patriotisme, mettant l’intérêt général au dessus de toutes les considérations peuvent-elles avoir lieu en dehors du président de l’UFP Dr Mohamed Ould Maouloud ?
Pourquoi les leaders Messaoud Ould Boulkheir et Boidiel Ould Houmeid, ne se sont pas donnés la peine de participer à cette œuvre nationale qu’est le consensus, s’il en est un réellement, si leurs cœurs n’étaient pas pris par l’accord de dialogue d’octobre 2011 et que le fait de déléguer des représentants à ces présentes discussions n’est qu’une précaution pour ne pas rater un train venant à l’improviste ?
Pourquoi Ba Mamadou Alassane, le président du PLEJ au cartable plein de thérapies pour sortir le pays de l’impasse politique n’a pas été investi pour représenter la COD à ces pourparlers ?
Les mêmes interrogations se posent aussi pour Kane Hamidou Baba, qui a le privilège d’avoir bataillé ces derniers mois pour contraindre les frères ennemis et farouchement hostiles l’un à l’autre à prospecter des terrains de rencontre et de concertation.
Le fait que toute cette élite historique et glorieuse de l’opposition mauritanienne d’hier et d’aujourd’hui se retire du dialogue, en refusant d’assumer ses responsabilités patriotiques constamment défendant à cor et à cri, est suffisant pour comprendre qu’il y a un vers dans le fruit.
L’opposition toutes catégories confondues, les syndicats et les acteurs de la société civile ont tué le dialogue ou ce qui en reste.
Le pouvoir est conscient de cette vérité est joue allégrement le jeu de l’ouverture, sachant au départ qu’en déléguant des opposants de second rang, sans représentativité, du moins significative ni au parlement ni dans les conseils municipaux à ces concertations, l’agenda électoral présidentiel déjà lancé sur la rampe ne souffrira d’aucun soubresaut.
C’est d’autant vrai qu’il ne peut jamais y avoir un dialogue sincère entre un ancien Premier ministre, en l’occurrence Yahya Ould Ahmed Waghef, délégué par le forum et l’ex chef d’état-major du bataillon civil du coup d’Etat d’aout 2008 (Me Ould Maham), du simple fait que l’actuel ministre de la communication s’estime comme son Président, l’UPR et la majorité, venus tirer à l’époque le pouvoir de mains de prévaricateurs, à opérant un mouvement de rectification.
Rien qu’à décrypter la photo officielle du dialogue, il est très clair que le ministre de la communication (tout sourire) est consterné par la survivance politique de l’ex chef du gouvernement, voire même de son endurance au point d’être le mieux indiqué parmi les dizaines de leaders de l’opposition pour négocier avec le pouvoir.
Un régime qui l’a déposé hier de la Primature, l’a envoyé en prison suite à l’affaire du riz avarié, qui se retrouve par effraction politique autour ‘hui face-à-face à ses tombeurs pour réclamer une grâce.
Une requête rejetée d’avance, car en faisant du rajeunissement de la classe politique l’un de ses principaux slogans et de la lutte contre la gabegie l’une de ses raisons de cuirasser le sérail de toutes les anciennes pontes du système Etat mauritanien de ces dernières années, le pouvoir se trouve ipso illico dépouillé de toute volonté de soutenir un dialogue défendu par des avocats inappropriés.
D’ailleurs, le discours du délégué du forum Ould Ahmed Ould Waghef à la première séance du dialogue politique national entre la coalition des partis de la majorité, la convention pour l’alternance pacifique au pouvoir (CAP) et le forum national pour la démocratie et l’unité, a immédiatement embourbé les discussions.
L’intervenant, malgré plusieurs détours, est venue marcher sur la plaie du tigre en évoquant ces interdits politiques pour lesquelles les autorités supérieures du pays sont demeurées et restent tenaces jusqu’à l’instant.
« Au moment où nous entamons ce dialogue, notre préoccupation essentielle doit être une réforme générale de la situation politique de nature à rétablir la confiance dans toutes nos institutions » a-t-il dit.
Et de préciser que cet objectif requiert d’entreprendre des mesures réalistes qui substituent la confiance à là suspicion, l’échange responsable et respectueux aux manœuvres stériles qui ne parviennent plus à convaincre leurs auteurs ni à tromper les autres.
Citant les mesures les plus importantes pour cette fin, il a évoqué en premier la formation d’un gouvernement de consensus. Sans doute la goutte qui a fait déborder le vase renvoyant le dialogue aux calendes grecques.
Md O Md Lemine
Source: le renovateur



