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« Ce que nous vous avons promis s’accomplira » : le Président de la République s’adresse aux Mauritaniens
AMI – Le Président de la République, Son Excellence M. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a adressé samedi un message à la Nation à l’occasion du 61ème anniversaire de l’Indépendance nationale dans lequel il a fait le bilan des premières années de son mandat marquée par la pose de la première pierre de plusieurs projets et la réalisation de nombreux autres.
Dans ce message, le Président, qui a déclaré avoir su compter sur ses citoyens pour la réussite de sa vision d’avenir pour le pays, dit compter sur eux aujourd’hui, une fois de plus, pour la traduire en réalité tangible, afin de construire ensemble la patrie que nous voulons tous : une patrie où il n’y a ni précarité ni exclusion, la patrie de la liberté, de la dignité et du développement global et durable.
Voici le texte intégral de ce message :
« Au nom d’Allah le Clément, le Miséricordieux
Mes Chers concitoyens,
Demain, nous célébrons, ensemble, le soixante et unième anniversaire de la fête nationale de l’indépendance, le fête de la fierté et de la gloire.
L’indépendance de notre pays a constitué un événement décisif dans l’histoire de notre fier peuple, dont les racines ont été plantées par les héros de notre résistance nationale, et arrosées du sang des martyrs et de l’encre de luciole, jusqu’à ce qu’elles produisent la liberté et la souveraineté, sous les auspices d’un État moderne et indépendant. Pour cela, ils ont une reconnaissance permanente et une gratitude renouvelée à chaque vingt-huit novembre.
C’est le lieu pour moi de féliciter nos forces armées et nos forces de sécurité pour leurs efforts gigantesques dans la défense de l’indépendance et de la souveraineté du pays et dans la préservation de sa sécurité et de sa stabilité. En même temps, je salue tous les fils de notre peuple qui ont contribué, génération après génération, à la libération de notre pays et à la mise en place de l’Etat mauritanien moderne, en l’engageant sur la voie du développement et de la croissance.
L’accomplissement des sacrifices de tous ceux-ci nous oblige à raffermir constamment notre détermination et notre engagement afin de construire un pays prospère sur la base d’un développement global et durable.
En cela nous comptons, après Allah le Tout-Puissant, sur notre chère jeunesse. Car ce sont vous les jeunes qui êtes le cœur battant de notre nation et le pilier de son présent et de son avenir.
Je suis intimement convaincu que l’essor de notre pays demeure tributaire de notre capacité à vous offrir une éducation de qualité et une formation professionnelle efficace, de promouvoir votre accès au marché du travail et votre participation à la prise de décision à différents niveaux. C’est ainsi que nous saurons tirer le meilleur parti de vos énergies créatrices, en tant qu’acteurs authentiques en qui nous fondons l’espoir de réaliser nos aspirations au progrès et à la prospérité.
Chers compatriotes,
Au cours de la période écoulée, nos efforts se sont concentrés sur la réalisation de la justice sociale en luttant contre la pauvreté, la précarité, l’injustice et l’exclusion, et sur la construction d’un développement global et durable. À cet égard, nous avons été en mesure d’accomplir de nombreuses et importantes réalisations.
Certes, le rythme d’exécution de certains projets n’est pas satisfaisant. Il est également vrai qu’il existe des lacunes et des difficultés à certains niveaux. Mais nous en sommes conscients, et nous travaillons à les corriger.
Je vous promets, encore une fois, qu’avec l’aide d’Allah, ce que nous vous avons promis s’accomplira, malgré les circonstances exceptionnelles dans lesquelles nous vivons, et que vit le monde dans son ensemble, depuis plus de deux ans.
A cet effet, nous concentrerons notre attention sur l’instauration d’une bonne gouvernance et sur la lutte contre toutes les formes de corruption. La corruption, par sa nature, sape les piliers du développement, en gaspillant les ressources de l’État, en empêchant les projets d’atteindre leurs objectifs, en violant la justice distributive des richesses et en attentant aux règles de l’État de droit, ce qui affaiblit la confiance des individus en lui, et affecte le tissu social dans sa profondeur.
Nous ne voulons pas que la lutte contre la corruption ne soit qu’un slogan, ou qu’elle se transforme, elle-même, en corruption, par la sélectivité, les règlements de comptes et l’atteinte à l’honneur des personnes sans présomption ni preuve. Nous voulons plutôt qu’il s’agisse d’un travail institutionnel efficace, par lequel les ressources de l’État sont préservées, et les corrupteurs sanctionnés conformément aux textes en vigueur.
Ainsi, nous redoublerons d’efforts pour renforcer l’indépendance des autorités judiciaires et législatives, moderniser le code des marchés publics, ainsi qu’intensifier l’activité des organes de surveillance et de contrôle, par l’envoi de leurs équipes dans tous les établissements publics et secteurs ministériels. Nous nous pencherons, immédiatement, et chaque fois que nécessaire, sur les rapports qu’ils émettent et qui seront suivis d’effets immédiats.
Nous continuerons également à mettre l’accent sur la réforme de l’administration, car il n’est plus acceptable que notre administration ne soit pas plus proche du citoyen, plus à son écoute, et plus preste à lui répondre et à résoudre ses problèmes. Un citoyen doit pouvoir effectuer ses démarches administratives avec souplesse et aisance, obtenir les éclaircissements dont il a besoin, accéder diligemment et dignement à ses droits, du seul fait de sa qualité de citoyen.
Citoyens, citoyennes,
Au cours des deux dernières années, nous avons œuvré sans relâche pour fournir une couverture de sécurité sociale aux classes vulnérables, à travers des plans et des programmes ambitieux, que nous avons constamment adaptés avec l’évolution des répercussions de la pandémie de Covid 19, afin de renforcer la résilience de nos citoyens face à la pandémie.
Ainsi, par exemple, plus d’un million trois cents mille personnes ont bénéficié d’un soutien direct alimentaire et financier, et cent mille familles ont été intégrées au système de transfert monétaire direct. De même, il a été procédé à la distribution de plus de deux milliards d’ouguiyas dans le cadre des différentes opérations du programme Tekavoul, en plus de l’octroi d’une assurance maladie complète à cent mille familles pauvres, soit environ six cent vingt mille personnes.
Parallèlement, des actions ont été conduites pour protéger le pouvoir d’achat des citoyens face à la vague de hausse des prix. Cette hausse est consécutive à des facteurs qui ne peuvent être contrôlés ou prédits, tels que la hausse des prix des denrées alimentaires et des coûts de transport international.
En dépit de cette situation, nous continuerons à tout mettre en œuvre pour protéger le pouvoir d’achat des citoyens grâce à l’approvisionnement régulier des magasins d’alimentation, assurer la régulation du marché et empêcher diverses formes de spéculation et de monopole grâce à une centrale d’achat et d’approvisionnement, récemment mise en place.
Nous sommes conscients que la sécurité alimentaire constitue un enjeu décisif de souveraineté, et qu’il est inévitable pour nous d’atteindre l’autosuffisance, au moins en denrées alimentaires de base. Par conséquent, plus de six mille hectares de zones agricoles ont été récemment aménagés et réhabilités, et sept mille autres hectares sont en cours d’aménagement. A ces superficies s’ajoutent deux mille hectares déjà aménagés et quinze mille hectares en cours d’aménagement par le secteur privé. De plus, soixante barrages et vingt-deux ouvrages de retenue d’eau ont été construits, six cent cinquante-cinq kilomètres linéaires de clôture réalisés, au moment où les agriculteurs ont reçu des intrants agricoles, un soutien a été apporté aux agriculteurs affectés par les aléas, et 1 500 charrues ont été distribuées. Le programme de développement des oasis s’est poursuivi et plus de huit mille hectares dédiés à la culture maraîchère ont été aménagés.
Nous avons également œuvré au développement de notre élevage. A l’effet de promouvoir ce secteur, nous avons créé un département ministériel et lancé de vastes programmes de construction de parcs de vaccination animale, d’abattoirs, de marchés à bétail et d’unités de transformation laitière, afin d’intégrer cette importante filière dans le circuit économique et de développer sa valeur ajoutée. Nous avons également pris des mesures préventives pour protéger les éleveurs des répercussions négatives du déficit pluviométrique de cette année sur le couvert végétal.
Afin de résorber le chômage des jeunes, la formation professionnelle a été renforcée par la création de nouvelles institutions de formation, l’organisation de nombreuses formations, la création de dizaines de milliers d’emplois dans les secteurs public et privé, et le financement de centaines de projets pour les jeunes dans les différentes wilayas, en plus du lancement de la deuxième phase d’un programme élargi visant à créer neuf mille emplois en partenariat avec le secteur privé.
Pour renforcer la participation des femmes à la vie active et leur inclusion dans le cycle économique, de nombreuses coopératives et petites entreprises ont été financées au profit de six mille femmes, et cinq mille parcelles de terrain ont été allouées à la construction de logements sociaux au profit de familles vulnérables.
Le pilier du développement étant par essence la promotion des ressources humaines, nous nous sommes attelé à renforcer notre système éducatif en élargissant l’offre, en élevant le niveau de qualité de l’éducation et en améliorant fondamentalement les conditions des enseignants. La création du Conseil national de l’éducation et le lancement du processus de concertation sur la réforme du système éducatif ont constitué un tournant important dans le cadre de la réforme à laquelle nous aspirons tous.
Nous avons également travaillé à développer notre système de santé et à fournir les vaccins nécessaires pour vacciner nos citoyens les plus vulnérables. Cela a renforcé notre capacité à faire face à la pandémie et à prendre en charge les malades de manière appropriée. Parallèlement à ces actions, il a été procédé au lancement de plusieurs grands projets pour favoriser l’accès régulier des citoyens aux services de base de qualité, tels que l’eau et l’électricité.
Au cours de l’année écoulée, cent quarante-cinq réseaux d’eau ont été achevés, deux cent soixante-cinq puits artésiens ont été forés et cent quatre-vingt-quinze puits ont été dotés d’équipements à énergie solaire.
Ces installations d’eau ont coûté environ onze milliards d’ouguiyas anciennes et ont profité à quatre cent quarante-sept villages dans les différentes wilayas du pays.
Le système de production et de distribution d’énergie de notre pays a également été amélioré grâce à la poursuite des travaux d’extension des réseaux dans une centaine de villes, et la construction des lignes à haute tension pour relier Nouakchott à Nouadhibou, Nouakchott et Zouerate, Nouakchott avec le la République sœur du Sénégal, en plus des réseaux basse et moyenne tension dans les régions de l’est et du sud.
Des travaux sont en cours pour réorganiser la Société mauritanienne d’électricité afin de compléter la séparation entre les fonctions de production, de transport, de distribution et de commercialisation, d’une manière qui améliore les programmes d’éclairage et étend et intensifie les réseaux dans les villes et les zones rurales.
Toutes ces réalisations et d’autres, qu’il serait fastidieux de citer ici, ont été accomplies dans une atmosphère politique apaisée et responsable, que nous avons tenu à assurer dès les premiers instants, en nous ouvrant à toutes les sphères de notre scène politique et sociétale, et en échangeant avec elles sur les grandes questions nationales.
La préparation en cours du lancement d’une concertation nationale inclusive, dans laquelle personne n’est exclu, et aucun sujet n’est tabou, préfigure de l’ancrage progressif chez nous de la tradition d’ouverture et de concertation responsable, et comme une approche fondamentale de gestion des affaires publiques.
Chers compatriotes,
Hier, j’ai su compter sur vous pour la réussite de notre vision d’avenir pour ce pays, et vous ne m’avez pas déçu. Aujourd’hui, je compte sur vous, encore une fois, pour la traduire en réalité tangible, afin de construire ensemble la patrie que nous voulons tous : une patrie où il n’y a ni précarité ni exclusion, la patrie de la liberté, de la dignité et du développement global et durable.
Longue vie à vous
Vive la Mauritanie libre, sûre et prospère.
Que la paix et la miséricorde d’Allah soient sur vous ».
Commémoration du 28 novembre : déclaration de presse des FPC
Le 28 novembre ne pourra plus jamais être, pour tous, ce jour d’optimisme symbolisant la renaissance à la dignité et à la liberté du peuple mauritanien tout entier. Depuis le 28 novembre 1990, ce qui aurait dû rester un grand jour- symbole de notre libération du colonialisme français s’est transformé en un Jour de douleur, de deuil, de grande tristesse pour toute la communauté négro-africaine, et en particulier pour toutes celles et tous ceux qui ont perdu des êtres chers.
En effet, le 28 novembre 1990, le pouvoir arabo-berbère, symbolisé par le régime du Colonel ould Taya, fait pendre, de sang-froid par leurs frères d’arme, 28 soldats noirs mauritaniens, pour fêter le trentième anniversaire du pays ! Ils ont été pendus pour célébrer l’arabité exclusive de la Mauritanie, en solidarité avec l’Irak de Saddam Hussein, et parce qu’ils étaient noirs et non arabes.
Depuis, ils gisent dans la solitude des fosses anonymes. Depuis, ils attendent des sépultures décentes…
Par devoir de mémoire et par exigence morale, nous Forces Progressistes du Changement ( FPC), demandons à toutes celles et à tous ceux qui aspirent à l’unité de notre pays – la Mauritanie- à ceux qui croient au respect des droits humains, d’avoir, en ce jour, une pensée pieuse de recueillement pour ces victimes du racisme , du chauvinisme et de la barbarie humaine .
Nous Forces Progressistes du Changement ( FPC) , exigeons du gouvernement mauritanien actuel qui tente par des artifices de solder ce dossier :
– La restitution des dépouilles des pendus du 28 novembre 1990 à leurs familles,
– L’application du devoir de vérité , du devoir de justice , du devoir de mémoire , des réparations matérielles et morales pleines et entières ; au bout du processus la nécessité du pardon .
La Paix des cœurs et des esprits, pour une véritable réconciliation nationale, passe nécessairement par là.
La lutte continue !
Nouakchott le 27 novembre 2021.
Le département de la Communication
Dialogue : À petit trot…
Les tentatives de dialogue entre les acteurs politiques se poursuivent à petit trot. La mayonnaise tarde à prendre, surtout du côté de l’opposition. Après plusieurs réunions, ses membres peinent à harmoniser leur position. Si le principe d’aller au dialogue est acquis, certains traînent des pieds, notamment l’APP. Selon des sources proches de ce parti, même si des représentants ont été envoyés pour assister aux réunions chargées d’examiner la plateforme de dialogue, « on reste réticent ». Car, nous dit-on, c’est entre le gouvernement et l’opposition que devraient s’établir les concertations. Or, estime l’APP, c’est loin d’être le cas : le président de la République se cache derrière l’UPR pour refuser d’engager un débat de fond sur les questions majeures que sont l’unité nationale, l’esclavage et ses séquelles, le passif humanitaire, l’officialisation et l’enseignement des langues nationales, la cohabitation entre les différentes communautés, le partage équitable de nos ressources…Pour l’APP, ces questions majeures requièrent une volonté politique réelle et un engagement fort du président de la République, quant à la mise en œuvre des résolutions qui seront prises par les parties prenantes.
Tawassoul est aussi accusé de traîner les pieds, tandis qu’en d’autres partis tout aussi réputés d’opposition, on peine à s’entendre sur la représentation au dialogue. De quoi alimenter l’accusation de placer leurs intérêts devant ceux du pays ? Être au-devant, faute de quoi jouer l’« obstruction » ? C’est en tout cas ce qui expliquait, par le passé, les divergences autour de l’organisation des dialogues précédents…
Pendant que les partis de l’opposition tentent de mettre en place une plateforme commune, on explique le retard, côté pouvoir, par la volonté de certains groupes hostiles à un dialogue qui« ne s’impose pas », selon eux, « puisque le pays ne connaît aucune crise ». Et les voilà donc à s’agiter pour « torpiller » les efforts en cours. Parmi ces groupes, il y a ceux qui ne veulent pas de débats sur le passif humanitaire et la question des langues : les partisans du statu quo, donc. C’est précisément pour cette raison, s’accordent à dire plusieurs observateurs, que le gouvernement s’est employé à anticiper cette dernière question qui préoccupe, en particulier, la composante négro-africaine. Ils estiment que cette question devrait être débattue lors du dialogue politique en gestation.
Vers quelle issue ?
On suivra avec intérêt les résolutions des journées de concertations nationales sur la réforme de l’Éducation. Les acteurs politiques en débattront-ils lors du dialogue ? Est-ce pour ne pas couper l’herbe sous les dialoguistes qu’on s’est en quelque sorte empressé à évacuer cette réforme ? Autre sujet qui taraude également beaucoup d’observateurs :la question de l’unité nationale. Elle doit poser celles de la cohabitation et du vivre ensemble, fortement entamés depuis quelques années et surtout remis en cause par les pratiques d’exclusion dont les Négro-africains et les Harratines se plaignent. Il convient ici d’être particulièrement lucides : toutes ces interrogations qui risquent d’exacerber les tensions dans le pays ne peuvent pas être reportées à chaque fois qu’un dialogue est engagé. C’est en refusant de les traiter et de les évacuer qu’on a accentué – accentue ? Pour quelle fatale issue ? – les plaintes et les méfiances.
Dalay Lam
Seigneur de miséricorde, abrège nos souffrances !
Le document faisant état de malversations à la banque Centrale de Mauritanie au temps d’Ould Abdel Aziz, que l’ex-conseiller du ministre de la Justice affirmait détenir par devers lui et qui lui valut d’être interpelé pendant deux jours par la police, a été divulgué par l’Observatoire du Civisme et des Libertés. Et il n’a dévoilé qu’une infime partie de ce que tout le monde savait déjà, un petit morceau d’un énorme iceberg de prévarication et de gabegie, une symphonie savamment jouée par tout un clan. Où la BCM joua allègrement sa partition, comme toutes les autres institutions de l’État. Comment aurait-il pu en être autrement, d’ailleurs ? Quand, dans un pays qui se dit islamique, son raïs reconnait avoir lui-même trempé dans des affaires louches avant même d’arriver à la tête de l’État, il faut s’attendre au pire une fois qu’il aura toutes les cartes en main. Et l’on n’a pas été déçu. On aura tout vu en une décennie. Même la banque Centrale, dont les méthodes de gestion et les procédures étaient systématiquement frappées du sceau de la rigueur – n’exagérons toutefois pas outre mesure… – n’a pas échappé à la boulimie ambiante. Elle s’est transformée en passoire où les principales devises se retiraient ou s’échangeaient en toute opacité. La suspecte N°1 dans l’affaire dite de la BCM déballa tout aux enquêteurs. Le procureur de la République en fit rapport à sa tutelle. C’est de cela que parlait Ould Haroun. Mais il n’y eut jamais de suite : pouvait-on, de fil en aiguille et d’aveux en dénonciations, inculper toute la république ? Il ne s’agit pas de couper un doigt gangrené ; la main, le bras – la tête ? – sont pourris. Y a-t-il donc une chance de sauver notre Nation ? On se prend parfois à souhaiter que le Jour Dernier vienne au plus vite…
Ahmed ould Cheikh
Remous fonciers en Mauritanie : les bords du fleuve en terres troubles de Trarza à Brakna
Afrique Midi – Des populations en colère, manifestant désarmées face à des forces de l’ordre lestées de gaz lacrymo et matraques pour protéger des opérations foncières au profit de riches entrepreneurs. Les uns arguent la légalité d’autorisations dûment signées, les autres la légitimité d’une occupation plusieurs fois séculaires.
Le synopsis qui peut se filmer dans toutes les zones du continent africain, se trame à Ngawlé dans la Wilaya de Trarza, en Mauritanie. et l’opposition ne détonne pas : des riverains contre des étrangers voulant s’approprier leurs terres cultivables.
David vs Goliath
La situation est sous tension à Ngawlé où des habitants qui, ce 3 novembre 2021, s’opposaient pacifiquement à l’installation de gros engins envoyés par de riches entrepreneurs à la solde de nababs qui veulent s’approprier des terres.
En lieu et place d’une posture d’arbitre, les autorités locales, le parti-pris flagrant, ont fait cavalièrement intervenir les forces de l’ordre qui, non contentes de gazer les manifestants, ont procédé à l’arrestation musclée de quelques notables détenus au commissariat de Lexeiba II, envenimant la situation et suscitant la colère de toute une contrée laissée à elle-même et délestée de la seule richesse vivrière qui lui restait : ses terres.
Pis, des oiseaux de mauvais augure y ont mêlé leur langue provocatrice, mettant dos à dos des communautés qui ont longtemps cohabité dans la paix et la cohésion.
Laisser-aller étatique
C’est à croire que le gouvernement ne perçoit pas l’enjeu vital de la terre pour des autochtones qui, face aux crises multiformes et l’absentéisme étatique du quotidien des populations, pour se prendre en charge, cultivent leurs terres.
Aussi laisser des promoteurs et autres nantis de la République envahir ces terres pour imposer leurs sous sonnants et trébuchants, relève-t-il d’une cécité programmatique et d’une surdité aux clameurs des peuples défavorisés.
Vigie citoyenne
C’est tout le sens de l’appel de politiques et autres activistes ou membres de la société civile qui, dans cette opposition entre les populations Ngawléennes et le richissime homme d’affaires Ould Wedi’a, rappellent au Wali de Trarza, Moulaye Brahim Ould, que la solution ne doit pas qu’être policière. Et pour cause, l’expropriation de terres de cultures communautaires et ancestrales est foncièrement illégale et la revendication des populations légitimement établie.
Ils en veulent pour preuve l’injustice des travaux d’aménagement au profit de l’usurpateur qui n’a que le soutien du Wali face aux documents légaux brandis par les populations de Ngawlé attestant leur propriété des terres en litige.
Dar el Barka
Tout comme à Ngawlé, la région du Brakna dans sud mauritanien bruit aussi de bottes policières chargeant des peuplades qui n’ont que le recours à la manifestation pacifique pour contrer la cession par l’Etat de leurs terres de culture de céréales à un investisseur arabe du Golfe qui, depuis 2015, s’acoquine avec deux hommes d’affaires mourabitounes en possession de permis fonciers pour mettre en valeur 3200 ha de terres agricoles. Une initiative louche en passe d’être évitée grâce à la vigilance citoyenne des populations autochtones.
C’est dire que la diplomatie intérieure gagnerait à disposer de ses lettres de nobles créances pour éviter que la grenade foncière ne se dégoupille, car les ondes de la déflagration pourraient éclabousser d’autres secteurs et induire d’autres crises pas facilement apaisables.
Par Mamadou LY




