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Nouvelle rencontre et petites avancées sur le chemin du dialogue pouvoir/FNDU
Les représentants du pouvoir et du Forum National pour la Démocratie (FNDU) ont tenu une nouvelle réunion samedi au Palais des Congrès de Nouakchott, dans le cadre des préliminaires du dialogue politique.
La délégation du pouvoir était conduite par le ministre Secrétaire Général de la Présidence de la République, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, et comprenant maître Sidi Mohamed Ould Maham, président de l’Union Pour la République (UPR-principal parti de la majorité).
Le FNDU était représenté par maîtres Mahfoud Ould Bettah, président du pôle politique, Ahmed Salem Ould Bouhoubeiny et Sarr Mamadou du Forum National des Organisations de Droits Humains (FONADH).
Une seule certitude, au terme de la nouvelle rencontre, les délégués du camp de Mohamed Ould Abdel Aziz ont transmis aux émissaires de l’opposition une réponse non écrite au sujet des mesures préconisées par le FNDU en vue de « restaurer la confiance » dans la perspective du dialogue politique.
Les mesures réclamées par le collectif de l’opposition portent sur la libération des détenus politiques, la déclaration de patrimoine du président de la République, une réforme de l’armée (avec en toile de fond le statut du BASEP)…..
Sur le contenu du message verbal du samedi 09 mai, les 2 parties ont décidé en commun accord d’observer une discrétion maximale pour éviter les malentendus et éventuelles mauvaises interprétations.
Sur le terrain glissant d’un dialogue politique toujours renvoyé aux calendes grecques dans le passé, on note désormais de petites avancées, avec un ardent désir de contourner les peaux de bananes, les chausse-trappes et les pièges d’une communication trop débridée.
le calame
Recensement des populations mauritaniennes : Bientôt, 4 millions !
La population de la Mauritanie a dépassé le cap des 3 millions d’habitants ! C’est ce qu’a révélé le mercredi 30 avril dernier, l’Office national de la statistique qui a annoncé avec précision que la population mauritanienne s’élève désormais à 3.537.368 personnes !
Le chiffre emblématique de 3 millions – traditionnellement consacré pour évoquer le nombre d’habitants en Mauritanie– relève du passé. Désormais, la population mauritanienne avoisine les 4 millions d’habitants ! L’information a été présentée par l’ONS qui, dans un atelier organisé mercredi dernier, a révélé que les résultats du dernier recensement général des populations et de l’habitat que la population mauritanienne s’élève à 3 537 368 personnes.
Comme par le passé, la hiérarchie a été conservée entre les régions en matière de foyers de peuplement : Nouakchott occupe la première place en nombre d’habitants avec 958 399 personnes, suit le Hodh Gharbi avec 430 668 personnes, ensuite le Gorgol avec 335 917 et puis l’Assaba avec 325 897 personnes. Cette répartition s’explique par des facteurs endogènes dont le lus important est sans doute, les opportunités de travail, et les services divers qu’offre la capitale du pays.
La boutade : « la vie s’arrête à Nouakchott », a ici tout son sens. En effet, c’est à la capitale où il y a plus de chance de trouver un emploi, où l’on se soigne le mieux, où les écoles publiques et privées sont plus développées, les élèves mieux encadrés, où le secteur de la formation est le plus développé, les conditions de pratiques sportives, de culture, de farniente et de repos, sont plus nombreuses.
En outre, le problème de l’habitat qui constituait jusque-là, la plus grande entrave à la sédentarisation des populations poussées par l’exode rural, n’en est plus un depuis l’arrivée du président Ould Abdel Aziz au pouvoir et après que celui-ci ait engagé une opération tout azimut de régularisation des squats et de distribution des parcelles, à la périphérie de la ville.
Nouakchott avec ses services, et les opportunités qu’elle offre, attire ainsi près du tiers de la population, avec un risque fort d’en attirer à terme la moitié ! En outre, les résultats définitifs du recensement général révèlent par ailleurs que la population du pays est dominance féminine et très jeune. Ainsi les femmes représentent 50,7 de la population, tandis que les moins de 15 ans représentent 44,2% de la population.
La population mauritanienne se présente donc comme une population jeune, avec une forte dominance de femmes et de jeunes. Des conclusions qui ont marqué le dernier recensement de la population en 2013 et qui viennent confirmer la forte croissance annuelle de la population qui était alors et qui reste de 2,4%.
On se rappelle qu’en 20 13 le recensement avait arrêté le nombre de la population à 3.387.868 habitants, composée de 1.669.457 d’hommes (49,3%) et de 1.718.411 de femmes (50,7%). C’est au niveau des moins de 15 ans que les données ont évolué : alors que ceux-ci ne représentaient que 40%, ils sont aujourd’hui de 44,2 %.
C’est dire que plus du tiers de la population n’ont pas vécu au temps de Ould Taya, puisqu’au départ de celui-ci, ils n’avaient que 5 ans ou moins ! S’il a été question de la densité des populations dans chacune des régions de Mauritanie dans le recensement 2015, les données relatives aux ethnies et aux communautés composant cette population n’ont pas été rendues publiques.
Pourtant, elles ont bien été relevées par les agents chargés dudit recensement et seraient disponibles. Il semble que cette disposition provienne d’une volonté des pouvoirs publics qui ne veulent pas réveiller certaines susceptibilités préjudiciables à la paix civile dans le pays.
On sait en effet, que la question de la densité, ou plutôt, du nombre des personnes constituant telle ou telle communauté a toujours prévalu dans le pays, notamment quand on évoque la nécessité de la « juste répartition des richesses nationales » entre l’ensemble des citoyens. En tout état de cause, pour nombre d’observateurs, ici encore, les anciennes données prélaveraient -peu ou prou- toujours, avec environ 44% des populations d’origine haratine, 32% négro-africaine et 24% maures.
Les negro-africains sont de diverses souches qui sont, les Halpoulaars : Toucouleurs (18,5 %) et Peuls (4,8 %), les Soninkés (ou Sarakolés, 8,7 %), les Wolofs, les Bambaras.
Il est toutefois à noter que l’élément maure qui avait connu ces dernières années une forte stagnation, si ce n’était une régression dans sa croissance, est en train de se reprendre petit à petit alors que acculés par la crise financière et les difficultés économiques et de survie, les africains de Mauritanie suivent la courbe inverse, avec des familles dorénavant réduites à un ou deux, et aux maximum, trois enfants !
JOB
l’ authentique
Découverte d’un cas d’esclavage au Tiris Zemour
L’organisation SOS esclave a saisi mercredi le wali du Tiris Zemour de l’existence d’un cas d’esclavage dans la wilaya.
C’est au cours d’une rencontre avec le wali dans le bureau de l’association que Salma mint VREIKINE a accusé la famille EHEL Salek ould Amar ould Mohamed de l’asservir elle et sa famille.
Dans une déclaration à Sahara Medias le coordinateur régional de SOS esclave et membre fondateur du mouvement Yacoub ould Salem Vall a révélé que le wali a été réceptif et des instructions ont été données à la gendarmerie pour se rendre chez la famille incriminée dans la moughata de Bir Moghrein, dans l’extrême nord du pays et rencontrer la famille de la plaignante, son époux et ses enfants.
Le responsable de SOS esclave a salué la parfaite collaboration de l’ensemble des autorités de la wilaya et l’intérêt porté à cette affaire.
Le site Mondafrique répond à Ould Abdel Aziz
Du grand classique! Déja quand un autre général, le président tunisien Zine Ben Ali, était à la belle époque de la dictature affaibli par la crise économique ou attaqué par des opposants pour corruption, il ne manquait pas, en jouant sur la fibre nationaliste, de s’en prendre à la presse internationale. Sans grande créativité, le président mauritanien, le général Aziz, joue la même carte.
Le fantome du “Ghana Gate”
Aujourd’hui, les preuves se multiplient sur la participation du général président au scandale du “Ghana Gate”. Depuis des années, la presse mauritanienne avait révélé courageusement les écoutes, où l’on entend une voix proche de celle du président Aziz, alors chef de la garde présidentielle, évoquer au téléphone en 2005 la remise de faux dollars avec un corespondant en Guinée. Mais traditionnellement, Aziz protestait de son innocence: un faux grotesque, tonnait-il! Et une voix qui n’était pas la mienne!
Or dans “le Monde Afrique” du 24 avril, l’édition africaine du quotidien français le “Monde”, le journaliste et spécialiste de l’Afrique, Thomas Hofnung, révèle que l’ONG Sherpa, animée par maitre William Bourdon, connu pour avoir dénoncé, entre autres, les biens mal acquis en Afrique et le travail forcé des salariés de Vinci au Qatar, a fait expertiser les fameuses écoutes par un expert judiciaire assermenté. Il s’agit bel et bien de la voix du président Aziz.
Voici l’article du Monde : “En Mauritanie, l’opposition tire à boulets rouges sur le pouvoir”
Que faire face à ces preuves irréfutables? Le président mauritanien, dans sa conférence de presse, n’a plus nié l’existence de ces écoutes, ni même qu’il était bien un des deux interlocuteurs de cette conversation étrange. Pour se désouaner, le chef de l’Etat s’est lancé dans des explications rocambolesques.
“C’est une affaire de gadget ou de la fourberie, a expliqué Aziz. Une personne m’avait appelé en 2005, un Arabe. Il dit qu’il est qu’il est officier Iraquien. Son père a des problèmes. Lui est au Ghana. Il veut venir en Mauritanie, car il a des petits enfants et ne veut les éduquer que dans un pays islamique comme la Mauritanie. C’est ça la cause. Il dit qu’il a un budget et il veut investir. C’était une arnaque. Ce n’est la première fois qu’on rencontre ces genre de problèmes de ce pays ou dans le monde. Des gens qui disent qu’ils vont venir. Ils ont tout. Or rien n’existe de se qu’ils disent”.
“Mondafrique”, le coupable!
Surtout le président Aziz, pour dénoncer la campagne du Ghana Gate, a préféré s’en prendre à l’Etranger, incarné par le site “Mondafrique”. Voici les propos: « Je le dis, à vous les journalistes, de ne jamais croire à ce que les journaux internationaux écrivent loin du pays comme le cas de Mondafrique, où travaille le journaliste Nicolas Beau, infésodé à Sherpa”. Pas de chance, le site Mondafrique n’a JAMAIS évoqué cette affaire du “Ghanagate”, faute des preuves qui ont été apportées tout récemment par le Monde Afrique (voir l’article plus haut). Le bon général devrait faire appel à de meilleurs communicants.
Pour appuyer sa démonstration, le président mauritanien est revenu que le livre que Nicolas Beau, le rédacteur de chef de Mondafrique, a écrit en 2013: “Papa Hollande au Mali”. Il y est effectivement question du Sahel, du Mali et de la Mauritanie; des travaux effectués par l’ONG Sherpa sur la mauvaise gouvernance du président actuel et de la corruption de son clan. Et du risque que constituent des régimes illégitimes en matière de terrorisme. “Nicolas Beau, déclare-t-il, est venu ici envoyé par un homme d’affaire Mauritanien. Le site Mondafrique est acheté. Quelques journalistes Mauritaniens l’aident ici pour récolter des informations”.
Diable! Que des journalistes mauritaniens envoient des papiers, c’est éxact, et nous les remercions. Pour le reste, le site créé par un ancien du Monde, du Canard Enchainé et de Marianne, comme Nicolas Beau, et par des journalistes comme Jacques Marie Bourget, Philippe Duval et d’autres, est totalement indépendant. Sur le plan financier, la rédaction posssède la majorité du capital et accepte l’aide de quelques mécènes, à conditions que leur gestion soit irréprochable et non infestée par l’argent de la corruption et de la drogue. Il en existe!.
Privation de passeport
Rendons grace au président mauritanien pour reconnaitre, dans un sursaut de sincérité, comment son régime traite les journalistes étrangers suspects. “Lorsque Nicolas Beau est venu en Mauritanie, les renseignements généraux «Moukhabarattes en hassanya » se sont jetés sur lui dès son premier jour sur le sol mauritanien… Il a écrit son livre Papa Hollande qui me critique sans me connaitre moi Aziz.. » Il est vrai que dès l’arrivée du journalsite à Nouakchott, Nicolas Beau recevait la visite musclée de quelques policiers en civil qui lui retiraient le passseport ( sans se jeter sur lui pourtant, là le président exagère). Ces fonctionnaires de police lui donnaient l’ordre de rester à l’HoteL Dans un deuxième temps, il sera invoqué un “trafic de passeports” qui rendrait le titre de séjour du journaliste caduc. Finalement, dans leur mansuétude, les policiers d’Aziz rendront le passeport, sans excuses ni autres explications, une douzaine d’heures plus tard, avant de suivre le journalsite dans le moinde déplacement.
Nous serions heureux à Mondafrique si le président Aziz acceptait de répondre à un entretien. Et cela afin d’éviter que dans les prochains livres et articles, “nous ne le critiquions sans le connaitre”. L’année prochaine à Nouakchott?
le calame
Une présentation de l’histoire de la fondation mauritanienne – journal et entretiens avec Ahmed Baba Ould Ahmed Miske automne de 1967
Suite de leur publication des 11, 18, 25 mars & 8, 22 avril derniers
L’identité mauritanienne
L’analyse des clivages ethniques que donne Ahmed Baba Ould Ahmed Miske est plausible – elle était en partie celle aussi de Mohamed Ould Cheikh. C’est volontairement que Moktar Ould Daddah a refusé d’en faire une question d’identité et l’a toujours réduite à une sociologie professionnelle et la politique d’éducation nationale. Les vues de l’ancien ambassadeur sur les relationnements souhaitables de la Mauritanie avec l’extérieur ne correspondent pas avec celles, initiales, de la Nahda. Quant au portrait – au vitriol – que donne l’exilé, à l’automne de 1967, du président alors régnant, l’Histoire a confirmé qu’il n’est en rien ni ressemblant ni explicatif. Moktar Ould Daddah a été à la fois un homme de grandes et vives décisions, et un homme d’équipe, de débat et de consensus. Il est d’ailleurs le seul à avoir eu ces deux traits de caractère et cette pratique dans l’histoire de la Mauritanie moderne. Il a su tenir tête et il a su discerner, formuler et réaliser des perspectives tellement mauritaniennes que celles-ci demeurent – intégralement – la destinée et les moyens du pays, malgré tant d’années de régimes hostiles au père-fondateur.
Bertrand Fessard de Foucault – Ould Kaïge
Entretien avec Ahmed Baba Ould Ahmed Miske
à Paris, le mercredi 25 Octobre 1967. 14 heures 30 à 15 heures 30
Le problème ethnique
Les origines et les premières manifestations
En Mauritanie, les premières manifestations qui ont mis cela à l’avant-scène, ont eu lieu en 1961. Au Congrès de l’Unité, il y a eu un retrait spectaculaire des délégués noirs. Il s’est alors créé chez les originaires du Fleuve, une certaine unanimité qui ne s’est pas retrouvée par la suite. A ce moment là, ils sont même arrivés à entraîner les vieux et les opportunistes. Ce qui ne se reverra pas par la suite. C’est devenu alors une question importante de la politique nationale.
L’ancienne idée d’une nation Peul-Toucouleur
Le prétexte en 1961 fut, comme par la suite, la langue arabe. Mais en marge de tout cela, et c’est pourquoi il faudrait peut-être remonter plus loin, il y a l’idée de Fédération. Dès le début, il fut question de Fédération. C’est là qu’il faut chercher l’origine profonde du problème. On dit souvent – il y a quelque chose de fondé – que c’est surtout un problème d’intellectuels noirs. A l’origine – c’est vrai – je ne sais pas si cela le restera toujours.
Pendant la période coloniale, ces intellectuels étaient beaucoup plus tournés vers le Sénégal et Dakar. Il n’y avait pas en cela de problème puisque les différenciations entre les deux territoires n’étaient pas très nettes. Le problème s’est posé au moment de l’indépendance. Ils se trouvaient alors à Dakar, ou sur la rive gauche du Fleuve.
Il faut parler de la F.E.A.N.se, fédération des étudiants d’Afrique noire française, organisation très importante à partir de Paris. Cette fédération a joué un rôle important dans l’élaboration du nationalisme noir. Elle a eu un rôle de revendication et de contrôle, en dehors des organisations politiques. Les hommes politiques se situaient par rapport à elle. C’était un organisme radical, qui devait avoir des relations avec l’extrême-gauche française. Je n’ai personnellement jamais milité en son sein.
Dans cette fédération, les originaires du Fleuve ont joué un rôle assez important. Dans toute la région du Fleuve, sur les deux rives, on parle la langue poular. Il y a matière à un nationalisme peul-toucouleur. On a l’impression – sans que l’on sache s’il y a eu une sous-organisation occulte – qu’il s’est créé à partir de là, chez certains, une ambition de créer un Etat peul. Les peuls sont un peuple écartelé entre trois Etats. Ce qui est le cas des Kurdes par exemple, et d’autres peuples. On a l’impression que les premières manifestations de fédéralisme ont été le fait d’anciens militants de ces organisations, et comme une première tentative de concrétiser ces espoirs. Je ne sais pas s’il y a eu la même chose en Guinée et au Sénégal. Les Peuls ont créé des difficultés en Guinée, mais pas en rapport avec ces projets. Il s’agissait donc de créer en Mauritanie une base autour de laquelle s’édifierait un Etat peul et toucouleur.
Peuls et Toucouleurs parlent la même langue et ont le même genre de vie. Ils sont très imbriqués par l’histoire. Personne n’a jamais émis cette revendication officiellement. Mais même quand la question de Fédération n’était pas avouée, les garanties demandées par les porte-paroles tendaient à cela. Il se serait agi d’une Mauritanie fédérale, avec une certaine autonomie des deux ethnies.
La politique suivie en 1961 et le contenu des revendications présentées
Après les manifestations du Congrès de l’Unité, le B.P.N. a chargé une commission de résoudre le problème. Cette commission s’est réunie plusieurs mois – j’en ai moi-même fait partie – a discuté très longuement, et a proposé des conclusions communes. Le B.P.N. a a-t-il commencé l’étude ? Toujours est-il que cela s’est enlisé.
Les porte-paroles demandaient
– la constitution d’une vice-présidence,
– des garanties contre l’assimilation et l’arabisation,
– des garanties pour les participants à la fonction publique.
La commission n’a plus fonctionné et le problème est resté en suspens. Les suggestions de la commission atténuaient considérablement les garanties demandées (1).
Les Noirs les plus exigeants demandaient l’élection du vice-président, et non sa nomination. Les Maures trouvaient que ce n’était pas possible, ainsi que les dirigeants noirs, pour la plupart. Les revendications étaient surtout le fait de jeunes, mais avaient un écho profond chez les fonctionnaires. Les politiciens professionnels se sont dissociés de ce mouvement, par crainte de voir les jeunes les supplanter, et ont conclu qu’en étant modérés, ils garderaient leur place, contre les jeunes dont ils craignaient la montée. Aussi la politique suivie a été de garder en place les leaders politiques noirs traditionnels, tout en attirant les jeunes qui se laisseraient tenter par des postes.
Le problème a continué cependant de s’envenimer. Le ferment de la F.E.A.N.se n’était pas tout. Le mouvement revendicatif a existé par lui-même, et peu à peu les arrière-pensées auxquelles j’ai fait allusion ont disparu. Et très peu de jeunes doivent connaître actuellement l’origine du problème et pensent à la création d’une nation peul-toucouleur.
Comment se pose maintenant le problème
Il y a quelque chose d’incompréhensible dans tout cela.
Le problème s’est cristallisé sur la langue. Nos compatriotes noirs exagèrent beaucoup. Autant je comprends leurs appréhensions devant une intégration dans le monde arabe, autant je trouve injustifiée la peur panique qu’ils ont devant la langue arabe. La langue arabe est devenue pour eux le danger mortel, alors que ce n’est pas si simple. D’ailleurs jusqu’à présent, toutes les réformes de l’enseignement sont restées timides.
L’arabe est très peu enseigné dans le primaire, et il n’est qu’une langue étrangère obligatoire dans le secondaire. Le problème a été à l’origine des événements raciaux. Alors que la langue arabe est la langue de culture traditionnelle, même sur le Fleuve. C’est aberrant.
Il faut rechercher le problème dans ses origines, et dans le transfert qui s’est fait de toutes les exigences précédemment évoquées, sur le problème de la langue.
La solution ébauchée par la Commission issue d’Aïoun est en fait la seule possible dans l’avenir proche, au moins sur le fond. Mais l’approche politique aurait pu être faite différemment, pour ne pas donner l’impression aux Noirs que cela se faisait contre eux. Elle a été présentée dans un contexte politique, qui fait qu’elle paraît faite contre les intellectuels et les jeunes, avec l’appui de politiques considérés comme traîtres.
Je ne crois pas personnellement à une solution fédérale : la Mauritanie elle-même n’est déjà pas viable économiquement, comme tous les mini-Etats africains. Il faut déjà que la Mauritanie s’insère dans un contexte plus viable ; pour avoir des chances de se développer vraiment, il faut que se constituent des ensembles plus vastes. Un Etat noir et un Etat maure mauritaniens, c’est donc complètement ridicule, même au sein d’une fédération. Le découpage territorial est d’ailleurs impossible : les Maures et les Noirs sont très imbriqués sur le Fleuve. Par exemple, à Kaédi, il y a ¼ de Maures ; à Sélibaby, 1/3. Dans le Brakna, l’imbrication est encore plus grande.
L’arabisation – ou plutôt l’utilisation de la langue arabe – est inévitable. C’est un atout précieux qu’il serait absurde de négliger. C’est d’ailleurs une langue connue par une élite importante. L’utilisation plus poussée de la langue arabe est inévitable chez les Maures Le français restant la langue de communication extérieure. Actuellement l’arabe est moins utilisé que le français ; il est considéré comme une langue étrangère ou comme le latin. Peut-on faire jouer au poular le même rôle que l’arabe chez les Maures ? Sur le Fleuve, l’arabe était également langue religieuse et langue de culture, diffusée par l’enseignement coranique. Il faut dépassionner le débat, et tenir compte des objectifs techniques. Au Viet-Nam, il existe des minorités parfois très peu nombreuses, que l’on aide à maintenir leur culture. Mais je ne suis pas allé voir comment est la réalité. Le français répond à l’utilité d’avoir une langue internationale, mais aussi peut être présenté comme une concession à l’élite noire.
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LA PATRIE MAURITANIENNE
La nation mauritanienne : l’identité à préserver et la nécessité de groupements plus vastes
L’idée d’insérer la Mauritanie dans un ensemble plus vaste n’est pas mettre en cause le concept de nation, c’est simplement tenir compte du problème essentiel du développement. L’identité mauritanienne doit subsister dans l’intérêt-même du développement. On n’a pas intérêt à supprimer les personnalités nationales dans les Etats qui se fédèrent.
Pour un groupement intéressant la Mauritanie, le choix des partenaires est très ouvert. On peut penser à un groupement avec le Mali et l’Algérie, ou un autre avec le Sénégal et le Maroc. L’ensemble idéal doit obligatoirement comporter les voisins du nord et les voisins du sud. Bien sûr, un tel groupement n’est possible que si les revendications marocaines ont cessé.
Un aspect supranational est cependant nécessaire ; il faudrait que l’union se fasse sur le plan des affaires de souveraineté, de diplomatie, d’armée à un large échelon, et surtout en matière de planification économique. Une large autonomie interne subsisterait, sur le plan culturel et sur le plan intérieur, de façon à préserver l’identité nationale. Ce serait un peu ce qu’aurait dû être la Fédération du Mali. Dans cette fédération, presque mort-née, il ne pouvait être question que la Mauritanie y entre, pas plus que dans toute autre fédération à l’époque, même plus large. Il était nécessaire à l’époque que ce crée une identité nationale et qu’un peu d’isolement y aide.
Au sujet du R.D.A.(2), personne n’en a entendu parler en Mauritanie. Certains mauritaniens noirs ont pu militer dans le R.D.A. malien ou sénégalais. Mais rien n’a été créé en Mauritanie.
Le régime présidentiel
Pour un peuple comme celui de la Mauritanie, toutes les formes politiques modernes : parlementarisme, présidentialisme, etc… sont étrangères. On ne peut donc pas dire que telle formule est plus ou moins conforme à la mentalité de tel peuple, dans ce cas. Le problème de l’incarnation et de l’utilisation effective du pouvoir est le plus important.
Il se trouve qu’en Mauritanie, on a choisi le régime présidentiel.
En Mauritanie, il n’existe pas d’opinion publique vraiment consciente, ni de contrepoids populaire. Les élections dépendent du gouvernement quel qu’il soit. Le parti dépend du pouvoir. Qu’il devienne une force réelle dépendait du président. Dans de telles conditions où tout dépend du pouvoir, Moktar n’exerce pas le pouvoir complètement. Il ne le partage pas non plus, à l’exception peut-être de ce qui a existé entre Moktar et Mohamed Ould Cheikh, – et pas non plus avec une équipe. Il n’y a pas de pouvoir qui décide rapidement, qui revendique les responsabilités, qui les accepte sans problème. La personnalité de Moktar est très complexe. Il a peur d’assumer les responsabilités, et cherche toujours à les faire endosser par d’autres. C’est toujours le fait d’institutions anonymes : le gouvernement, le B.P.N., le Parti, alors que tout le monde sait qu’il n’y a rien en dehors de lui. Il se dérobe derrière les autres ; il répond à tout le monde : c’est le conseil des ministres. Alors que le gouvernement n’est pas une équipe, que chacun est pris individuellement, et que les ministres demandent l’accord du président même pour engager un planton.
Je pense au contraire qu’il faut assumer le pouvoir, qu’une direction qui assume les responsabilités est nécessaire.
La façon dont Moktar se comporte constitue un handicap. S’il se convainc qu’il ne peut échapper à ses responsabilités, qu’il ne perde pas de temps. Qu’il agisse seul ou qu’il agisse en équipe, mais qu’il revendique les responsabilités. Le stade de l’arbitrage était utile au temps de la Loi-cadre. Mais maintenant il n’y a plus à arbitrer.
Il n’existe pas de force en Mauritanie capable de s’opposer au pouvoir. Les chefs traditionnels ont été transformés par la colonisation en valets serviles du pouvoir quel qu’il soit. La dispersion géographique est une faiblesse pour la Mauritanie, mais une force pour le pouvoir.
Moktar pouvait constituer toutes les équipes possibles ; d’éléments traditionnels ou d’éléments progressistes. En fait, depuis le début de l’indépendance, nous ne faisons qu’expédier les affaires courantes. Si on ne fait un gouvernement fort que pour maintenir l’équilibre, ce n’est pas la peine. Si l’on a voulu l’indépendance, c’est pour que la Mauritanie avance plus vite et plus loin. Il faut savoir décider, et décider vite. C’est ce qui manque le plus à la Mauritanie.
Le Parti unique
J’étais partisan de l’unité, et de la création d’un parti unique. J’ai d’ailleurs joué un rôle important pour cela. Mais il n’a été question de parti constitutionnellement institutionnalisé qu’après mon départ. On a en discuté en marge du congrès de Kaédi. Mohamed Ould Cheikh et Ahmed Ould Mohamed Salah en étaient partisans. J’ai alors exposé des réserves sérieuses. Je pensais que ce n’était pas à faire, vu la personnalité de Moktar. Je savais qu’avec le régime que nous avions, l’institutionnalisation du Parti amènerait à une atrophie totale, que le Parti s’abâtardirait et qu’on reviendrait au P.R.M. Si on voulait un parti dynamique et moderne, il fallait laisser se constituer une opposition qui aide à clarifier la situation, et donne la possibilité de se retrouver et de se compter. A l’époque, quand Mohamed Ould Cheikh devenait l’élément de plus en plus en vue du Parti, on pouvait penser que la parti moderne serait celui du pouvoir, et que l’opposition serait un parti de vieux et d’éléments traditionnels. J’estimais qu’il serait dangereux d’institutionnaliser le Parti, que ce serait s’enfermer, d’autant que dans les pays sur lesquels on prenait alors ouvertement exemple : la Guinée et le Mali, on n’a pas constitutionnalisé le parti.
Telle qu’elle se manifeste actuellement en Afrique, la formule du parti unique est la cause directe des coups d’Etat. L’opposition n’a plus que la violence à sa disposition pour faire surface.
Questions politiques diverses
La France continue de jouer un grand rôle en Mauritanie. La situation objective fait dépendre la Mauritanie de la France. C’est encore normal. Un désengagement de la France serait une catastrophe pour Moktar. On a parlé d’une intervention française pour que Moktar se sépare de Mohamed Ould Cheikh. Cela a paru incompréhensible, car Mohamed Ould Cheikh était dans les meilleurs termes avec la France, et qu’il ne remettait nullement en cause les liens préférentiels avec la France.
La sortie de l’O.C.A.M.(3) m’a paru personnellement très maladroite. Bien sûr, il s’est agi d’un camouflet cynique pour Moktar. Houphouët a de son propre chef fixé une date de réunion, et un ordre du jour, alors que Moktar était président en exercice de l’O.C.A.M., qu’il avait fixé la réunion à une date ultérieure, sur la demande de plusieurs chefs d’Etat, dont Ahidjo. Se réunir comme cela a été fait, était absolument inadmissible. Mais la nature et le moment de la riposte m’ont paru disproportionnés. L’O.C.A.M. n’a pas de politique commune. C’est un simple ensemble dont fait naturellement partie la Mauritanie. Sa sortie l’a affaiblie : elle, et elle n’y a rien gagné. Mais son appartenance à l’O.C.AM. ne la limitait pas sur ce plan. J’aurais plutôt pensé à une déclaration fracassante, et à une absence à quelques conférences. En tout cas, maintenant, la Mauritanie devrait y assister en tant qu’observateur, au moins.
Le Hodh ne pose pas de problème national particulier. Il s’agit d’un simple problème d’intégration économique et surtout en matière de communications. L’unité est faite.
La Fédération du Mali : la Mauritanie ne pouvait s’y insérer. Elle était très réticente, même pour un ensemble qui aurait compris toute l’A.O.F. Or, il s’est finalement agi de deux Etats seulement. A cette époque, la Mauritanie avait besoin de se différencier.
à suivre : synthèse personnelle BFF sur la Nahda
et lettre d’Ahmed Baba Ould Ahmed Miske contestant l’ensemble de ces notes d’entretien
(1)- une prochaine série de reproduction des documents diplomatiques français comprendra la publication de ces demandes ainsi que la carte annexée – été 1962, avec l’analyse alors de l’Ambassade
(2)- Rassemblement démocratique africain dirigé par Félix Houphouët-Boigny et rival du Parti fédéraliste africain de Léopold Sédar Senghor : les clivages étaient nombreux, principalement le refus d’une « fédération primaire » pour les relations avec l’ancienne métropole, et le maintien d’une relative intégration avec celle-ci – finalement, les gouvernements animés par le R.D.A. s’agrégèrent autour de la Côte d’Ivoire et formèrent l’Entente
(3)- née à Nouakchott en Février 1965, sous la présidence de Moktar Ould Daddah, elle a été la dernière institution ayant pour vocation la réunion de l’ensemble des Etats africains d’expression française, au sud du Sahara. La Mauritanie refusant que l’ancien Congo belge y adhère avec le gouvernement de Moïse Tshombé, ex-sécessionniste katangais, quitta l’organisation dès le mois de Mai suivant. Sans être dissoute, l’O.C.A.M. a cessé ses activités en 1985
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