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Urgent: plusieurs morts dans une bousculade à Nouakchott
ALAKHBAR (Nouakchott)- Plusieurs personnes sont mortes ou blessées dans une bousculade survenues ce mercredi à Nouakchott près de «La CASE ».
Les victimes se précipitaient pour recevoir de la zakat (aumône) d’un homme d’affaires.
Les corps des défunts ainsi que les blessés ont été transférés au Centre Hospitalier de Nouakchott (CHN).
Ely Ould Mohamed Vall passe au rayon X les enjeux actuels et futurs de la Mauritanie: “L’homme qui a assassiné la démocratie par le coup d’Etat débile et dangereux de 2008, n’est ni apte ni disposé à organiser une élection propre et crédible”
Officier supérieur, artisan et Président de l’impeccable Transition de son pays vers la démocratie (2005-2007), personnalité de premier plan, personne-ressource de la communautéinternationale et membre d’honneur des Fondations Jacques Chirac et Yasser Arafat, Ely Ould Mohamed Vall fait partie de la poignée d’hommes et de femmes de valeur prêts à servir la patrie mauritanienne, si l’Histoire l’y convienotamment dans un contexte où celle-ci est en perpétuel équilibre entre panne politique, surplace économique et naufrage géopolitique.
Dans cet entretien pointu avec le journaliste-politologue Babacar Justin Ndiaye, Ely Ould Mohamed Vall s’éloigne du train-train quotidien, monotone et superficiel du débat permanent entre majorité et opposition, pour – tour à tour – fouiller les entrailles de la réalité mauritanienne et aiguillonner son pays vers le cap du meilleur destin, dans un environnement perturbé par les contraintes de la géopolitique saharo-sahélienne. Au vu de la nature des questions, le journaliste lui donne alternativement du « Mon Colonel » et du « Monsieur le Président ».
Mon Colonel, un gros pan de votre carrière reflète une vertigineuse mobilité. Aix-en-Provence, Meknès, guerre du Sahara, Aïn Ben Tilli (uneposition militaire où vous a précédé le défunt et prestigieux capitaine Souédad), puis le commandement de deux importantes régions militaires. Enfin, le pôle de stabilité ou le point d’ancrage fut la Sûreté nationale. Presque vingt ans de Premier policier de Mauritanie. Quel est le secret de ce record de longévité dans un poste où la gloire et la déchéance sont des sœurs siamoises ?
Je crois que le culte de la loyauté, la confiance de la plus haute autorité de l’Etat et une certaine conception de la responsabilité mettant en avant la personnalité, ont permis de servir la nation, à cet échelon-là. Sans abus. Vous savez, à ce niveau de responsabilité et dans l’exercice d’une mission nationale aussi patriotique que délicate, votre personnalité joue pleinement. En clair, vous restez fidèle à l’autorité, mais vous demeurez autonome dans la manœuvre, c’est-à-dire dans l’exécution desordres, et plus globalement dans l’accomplissement de la tâche. Si l’autorité accepte cette sorte d’accord tacite, non écrit mais convenu, tant mieux ! Sinon, vous en tirez les conséquences. Moi, ce fut mon schéma de travail..
Monsieur le Président, n’avez-vous pas le sentiment – rétrospectivement bien sûr – que votre candidature à l’élection présidentielle de 2009 fut insuffisamment mûrie voire totalement irréfléchie ?
Je vous cite Mirabeau : « On peut tout soutenir, sauf l’inconséquence ». Ayant initié et piloté une Transition démocratique validée par tous les Mauritaniens, jusqu’à son terme, je devais et dois toujours porter en bandoulière, mes convictionsdémocratiques. Sans être naïf. Car l’homme qui a assassiné la démocratie par le coup d’Etat débile et dangereux de 2008, n’est ni apte ni disposé à organiser une élection propre et crédible ; encore moins à favoriser une alternance salutaire et salvatrice pour la Mauritanie. Avec un usurpateur qui a confisqué le pouvoir suprême, c’est la baïonnette qui sortira toujours victorieuse des urnes. Dans la Mauritanie d’aujourd’hui, les campagnes électorales, les bulletins de vote et les scrutins périodiques sont faits pour amuser la galerie. Donc, je joue – sans illusions – la carte de la démocratie face à un régime fossoyeur de la démocratie, afin que les Mauritaniens ne m’indexent pas comme l’homme qui les a abandonnés au milieu du gué et à la croisée des chemins escarpés.
En tout cas, la conjoncture politique est étonnamment calme. Est-ce une torpeur grosse de tornade ou une léthargie lourde d’abattement et de découragement ?
Détrompez-vous ! Au demeurant, je n’ai pas besoin de vous détromper, vous qui connaissez la Mauritanie, ses habitants et son histoire. Rappelez-vous, jusqu’au début des années 30, l’ordre colonial – malgré les moyens militaires et les rigueurs administratives de la France – était contesté. Autrement dit, la Mauritanie n’a jamais figuré parmiles colonies entièrement soumises. La pacification y a été lente, laborieuse et heurtée. Donc, ce n’est pas un putschiste sans une once de légitimité, qui domineraindéfiniment notre pays. L’Histoire n’est pas une course de vitesse, c’est une course de fond. L’usurpateur le vérifiera obligatoirement à son détriment. Et l’opposition est d’autant méthodique que sa vocation n’est pas de casser ou de calciner le pays. Bien au contraire : elle veut sauver et sauvegarder la Mauritanie, pour mieux la gouverner demain, en la plaçant sur les rails de l’émergence. La boulimie de pouvoir et de tous les pouvoirs, c’est l’apanage de l’auteur du coup de force de 2008. Moi, j’ai une autre conception de la magistrature suprême qui rime avec mission, sacerdoce et grandeur.
Par-delà l’actuel Président de la république, il y a l’armée qui bouche totalement l’horizon démocratique depuis le 10 juillet 1978. Elle bivouaque en permanence au Palais présidentiel. Ne craignez-vous pas une « turquisation » définitive de la Mauritanie, avec une armée qui a son Etat et non l’inverse ? Autrement dit, est-ce que la Mauritanie n’a pas désormais intégré le club des pays où l’armée gouverne ou surveille la gouvernance : Turquie, Pakistan, Guinée-Bissau… ?
C’est justement le sens de mon engagement et de mon combat qui n’ont jamais été politiciens mais éminemment politiques. Nous devons conjurer une telle perspective et éviter un tel destin pour notre pays. C’est d’autant plus inacceptable que nous n’avons la même trajectoire historique que les pays qui ont été cités. En Mauritanie, ce n’est pas un mouvement armé en lutte qui a conduit le pays à l’indépendance. C’est un Etat de type originellement républicain qui a forgé un magma d’institutionsparmi lesquelles figure l’institution militaire. Jusqu’en juillet 1978, la hiérarchie militaire était subordonnée au pouvoir politique et civil, comme leveut l’orthodoxie républicaine. C’est la guerre du Sahara, c’est-à-dire une conjoncture lourde de périls, qui a provoqué cette accidentelle sortie de route.
Bien entendu, le loup militaire dans la bergerie, c’est commode et confortable pour les loups gradés et ambitieux, mais c’est dévastateur pour la bergerie. Certes, l’armée est un chef d’œuvre d’organisation, de discipline et de hiérarchisation ; toutefois elle estune entité lovée dans l’entité nationale. Du coup, l’activité politique peut y injecter le sérum de la division à travers les virus que sont les clans, les coteries, les ethnies et les tribus. Voyez-vous, dans tous les pays africains en guerre ou en voie de dislocation, c’est l’armée cassée et morcelée qui en est l’élément tantôt détonateur, tantôt amplificateur. Bref, le groupe socioprofessionnel qui a le monopole du feu (l’armement) doit faire très attention, en se mettant en marge de l’échiquier politique, notamment dans un pays comme la Mauritanie où les fêlures identitaires et les fractures communautairess’effacent lentement, sans être parfaitement refermées En un mot, comme en mille, la démocratie reste notre radeau. A condition, évidemment, qu’elle ne soit ni biaisée ni biseautée ni pipée.
Monsieur le Président, c’est bien dit ! Toutefois, il y a un télescopage entre l’agenda démocratique des peuples et l’agenda sécuritaire de la communauté internationale qui, elle, privilégie le tout-sécuritaire, c’est-à-dire la lutte à outrance contre le terrorisme synonyme d’islamisme dansl’entendement des Occidentaux. Est-ce que ce choc des agendas ne ruine pas les perspectives démocratiques dans une Mauritanie installée sur la ligne de front anti-terroriste ?
Le fruit de mon analyse est que les agendas doiventêtre concomitants et non concurrents. On peut assurer la sécurité de la Mauritanie sans sacrifier les aspirations légitimes de son peuple sur l’autel des vicissitudes géopolitiques. La meilleure façon d’apporter de l’eau au moulin du terrorisme, c’est précisément et fâcheusement, de geler ou d’enterrer le progrès économique et social des pays africains, au profit d’une démarche exclusivement martiale. La frénésie militaire n’est pas la solution, car le terreau fertile et l’engrais fertilisant du terrorisme ont pour noms : le déficit de démocratie et le déficit de développement. Nous devons, avec beaucoup de pédagogie, expliquer cela à nos partenaires de la communauté internationale. Sinon, le combat contre le terrorisme se transformera en une bouée de sauvetage pour des régimes essoufflés qui n’hésiteront à puiser dans l’arsenal des mesures d’exception : état d’urgence, état de siège etc. Pour me résumer et pour simultanément mettre en garde, je dis que l’arbre du combat louable et nécessaire contre le terrorisme ne doit pas cacher la forêt des calculs bassement politiques. Car des régimes impopulaires trouveront aisément dans la montée du terrorisme, une vraie aubaine ou du pain béni, pour bâillonner la presse, geler les libertés publiques, enterrer les acquis démocratiques chèrement conquis et, in fine, congeler l’alternance. Pour moi, la réelle bombe atomique contre le terrorisme, c’est le tandem « démocratie-développement ».
Toujours en connexion avec les agendas nationaux, internationaux et électoraux, beaucoup de pays s’installent dans ce que j’appelle : « la saison africaine des 1er tours gagnants ». Monsieur le Président, ne redoutez-vous pas les effets contagieux du syndrome du printemps continental des 1er tours, en Mauritanie ? En clair, l’occupant du Palais fera-t-il sauter – par voie référendaire – le verrou constitutionnel des deux mandats, en vue de gagner proprement au 1er tour, en 2019 ?
D’abord, le squatter du Palais n’a jamais gagné proprement. Lui, il confisque ou usurpe avec ou sans comédie référendaire. Et pour un hold-up, on n’a pas besoin de premier ou de second tour. Quand on triche, on peut passer au quart de tour. Plus profondément, votre question met en exergue l’équation et/ou le défi de la démocratie, sous nos cieux. Et, bien sûr, le regard condescendant ou respectueux que la communauté internationale porte sur notre gouvernance. Pour moi, la démocratie n’est pas un apparat juridique (des textes) ; elle n’est pas un décor électoral (des scrutins à répétition). La démocratie est une question de sincérité, car les institutions et les organes de toute nature (Administration, CENA, CENI etc.) ne valent que ce que valent les hommes et les femmes qui les animent. Par exemple, une Constitution n’est ni bonne ni mauvaise dans l’absolu. Tout dépend de l’usage sérieux, sincère et productif qu’on en fait. Il y va de la crédibilité, de la vitalité et de la pérennité de nos Etats. Vu sous cet angle, les victoires électorales au premier ou au second tour deviennent secondaires voire dérisoires. S’agissant de la limitation des mandats, je crois que les antécédents burkinabé et burundais ont démontré amplement qu’il y a un feu constitutionnel avec lequel il est interdit de jouer, lorsqu’on aime son pays.
Monsieur le Président, on n’est pas encore sorti de l’auberge. Tenez, on murmure que le Président Mohamed Abdelaziz voudrait – par des artifices juridiques, des astuces politiques et un zeste de pression militaire – installer un successeur à la tête de l’Etat. Est-ce vraisemblable, plausible et possible ?
Il y a des urgences assez brûlantes et des perspectives assez grises – donc pas du tout roses dans mon pays – qui me décommandent de commenter une telle blague sans saveur. Ces histoires de dauphin et de poulain sont de schémas irresponsables et risibles. Je me hâte d’ajouter que la Mauritanie n’est pas une monarchie : ni réelle ni déguisée.
Monsieur le Président, le réquisitoire contre le régime du Général Aziz ne cache-t-il pas votre difficulté à vous mouvoir sur l’échiquier politique face au rouleau compresseur de l’UPR? C’est bel et bien le sentiment de quelques chroniqueurs de la presse qui trouvent que l’opposition n’a pas su dégager un leadership…
Je ne polémique jamais avec la presse qui est un acteur incontournable, remarquable et respectable de la vie politique, en général et du bon fonctionnement de la démocratie, en particulier. A mon avis l’épicentre du débat se situe ailleurs. Le préalable, pour moi, est de créer un rapport de forces dans l’opinion et chez les citoyens, un rapport de forcesdis-je, qui impose l’émergence de procédures électorales et de réflexes démocratiques assez fiables, à l’abri de toute tricherie grotesque et des micmacs malsains, comme on en voit depuis l’avènement du présent régime. C’est un travail de longue haleine. Je le répète : l’Histoire n’est pas une course de vitesse, c’est une course de fond. Même, s’il urge, parfois, d’accélérer la cadence.
Monsieur le Président, on enregistre la chute des cours du fer, de l’or et des hydrocarbures. En éprouvant l’économie mauritanienne, cette conjoncture rend encore plus pénible la vie des populations. Quel est votre plan et/ou votre parade contre cette descente sociale aux enfers ?
Il n y a pas de panacée. On ne peut pas mécaniquement et immédiatement peser sur les cours mondiaux. En revanche, un gouvernement travailleur peut profiter des embellies – même passagères – pour alimenter un Fonds National de Souveraineté destiné précisément à amortir ou, tout au moins, à amoindrir les effets des mauvaises surprises, comme la baisse soudaine et drastique des recettes dans les secteurs moteurs de l’économie nationale. Mais la vraievocation de ce Fonds National de Souveraineté (FNS) sera d’anticiper sur les crises cycliques, en fortifiant les piliers de notre économie ; et des’évertuer, durant les moments d’embellies, à cibler des investissements créateurs de richesses. Gouverner, c’est prévoir et prévenir, a-t-on l’habitudede dire.
Toujours au chapitre économique et social, le chef de l’Etat s’est très tôt autoproclamé « le Président des pauvres ». Apparemment, il est content de cette appellation. Votre commentaire ?
L’usage de ce slogan est abusif et trompeur. Car, emprunté à un autre pays baignant dans un autre contexte politique puis fallacieusement transposé en Mauritanie. Et comme d’habitude, la copie est pâle comparativement à l’original. Au demeurant, demandez « aux pauvres » de Mauritanie, s’ils le reconnaissent comme un des leurs dans sa nouvelle situation ! En tout état de cause, éradicateur de la pauvreté, c’est mieux.
Pourtant, en écoutant les officiels et les thuriféraires du régime, on apprend qu’il y a des progrès spectaculaires, réels et chiffrés …
L’économiste américain d’origine écossaise, Alfred Marshall – à ne pas confondre avec le Secrétaire d’Etat Georges Marshall, auteur du célèbre Plan – avait l’habitude de dire à ses étudiants, je le cite : « L’économie réelle, c’est le ventre et la poche. Tout le reste n’est que littérature économique et forêt destatistiques ». Démarrez une enquête économique auprès des couches populaires en Mauritanie, vous entendrez des réponses aux antipodes des discours d’autoglorification !
Monsieur le Président, on est à l’orée du 6huin2016 début du ramadan. Votre dernier mot en guise de souhait pour vos compatriotes et pour votre pays. Voire notre pays, car la Mauritanie est ma seconde patrie…
Je souhaite que le ou les futurs anniversaires – je conjugue au futur immédiat, pas au futur lointain – soient célébrés sous les auspices d’une rupture historique et démocratique. J’insiste : « Rupture » avec un grand R. Autrement dit, un sursaut démocratique et pacifique via lequel le peuple récupère puis redistribue librement la légitimité dont il est l’exclusif et le souverain détenteur.
(Propos recueillis par Babacar Justin Ndiaye
le calame
L’éditorial du calame: Pandore, Pandore es-tu là ?
Ould Abdel Aziz l’a répété au moins trois fois, à des journalistes français à qui il a accordé un entretien de près d’une heure, vendredi dernier : il respectera son serment, jurant, de surcroît et à deux reprises, de ne toucher à aucun des articles relatifs à la limitation des mandats. Malgré l’insistance de ses invités, il n’a cependant pas dit clairement qu’il ne participerait pas à une troisième élection. Le « raisonnement » n’a cependant pas surpris nos confrères qui, manifestement, se foutaient, comme d’une guigne, du nombre de mandats que notre guide éclairé ou tout autre dirigeant du continent noir fera ou ne fera pas. Ils ont été choisis pout « gober » tout ce qu’on leur dira et pondre, en suivant, des articles où une image positive de notre pays, stable, démocratique, sur la voie du décollage économique, rempart contre le terrorisme et l’immigration, apparaîtra en filigrane. Leur programme, concocté par un certain Marc Bousquet qui travaille, désormais, avec la nouvelle égérie de la communication présidentielle, Khira mint Cheikhani (directrice générale de la TVM et, accessoirement, de l’UPR), prévoyait un séjour dans la zone franche et un entretien avec le président de la République, lors d’un dîner. Et autres choses moins avouables qui ne militent pas, nécessairement, en faveur d’une objectivité à toute épreuve. Ould Abdel Aziz, dont les relations avec la France n’ont jamais été aussi mauvaises, n’a pas trouvé mieux que de choisir les media du colonisateur pour lifter son image à moindre frais. Il n’en pourtant obtenu aucun grand. Le Monde et la Lettre du Continent ont décliné l’offre, aucune chaîne télé n’a fait le déplacement. Quel message voulait-il donc faire passer ? Pourquoi n’a-t-il pas choisi, comme par le passé, les media nationaux, pour atténuer l’impact de son lamentable discours de Néma et expliquer ce qu’il voulait y dire ? Il est vrai que ses deux dernières conférences de presse furent loin d’être des succès : bafouillages, emportement, empêtrements dans les chiffres…Avec des étrangers et entre quatre murs, on peut dire tout et son contraire. Sinon, comment prétendre respecter son serment et refuser de dire, clairement, qu’on ne se présentera pas à la prochaine élection ? Il y est des raisonnements que la raison ne connaît pas.
On en reste donc à l’hypothèse de ce que l’homme du 6 Août ne lâchera pas aussi facilement le pouvoir. Le dialogue qu’il s’apprête à lancer, sans le FNDU et le RFD, participe de cette logique. Les modifications constitutionnelles qui en découleront ne seront pas aussi neutres qu’on voudrait bien nous le faire croire. La suppression du Sénat ou la fondation de conseils régionaux n’ont jamais été une fin en soi. Le plus important se situe ailleurs. Suivez mon regard. Pandore, Pandore es-tu là ?
Ahmed Ould cheikh
Biram n’a fait que 8 % dans les présidentielles de 2014 dit Ould Abdel Aziz (Extrait)
Droit dans ses bottes, le Président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz accordé une longue interview au journal français « l’Opinion ». L’homme de Nouakchott y répond sans détours à toutes les questions.
raconte n’importe quoi. Où étaient les militants anti-esclavages il y a 20 ans ou 40 ans. Il y avait alors beaucoup plus d’esclaves et plus de séquelles apparentes et personne n’en parlait. Ce même personnage (NDLR : Biram Ould Dah Ould Abeid, fondateur de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste) qui se fait le chantre de la lutte contre l’esclavage était greffier de justice, attaché au cabinet du Premier ministre et dans une instance des droits de l’homme, il percevait trois salaires. Mais il ne s’intéresse à ces questions que depuis quelques années au moment où on a commencé à assainir les finances publiques et qu’il a perdu son train de vie. Il s’est ensuite porté candidat à la présidence en 2014. Il n’a fait que 8 %. Et s’il y avait plus de candidats, il n’aurait pas fait 2 %.
Cela justifiait-il de le mettre en prison ?
Ce n’est pas le président qui l’a mis en prison. Il a été arrêté par les forces de sécurité, lors d’une manifestation, qui ont fait un procès-verbal et la justice l’a condamné à deux ans de prison. La même justice, via la Cour Suprême, vient de le libérer.
Le dernier rapport des Nations Unies dénonce le sort des Haratines (descendants d’esclaves) et les Afro-Mauritaniens « exclus de nombreux aspects de la vie économique et sociale »…
Ce ne sont pas les Nations Unies dans leur ensemble mais le rapport d’un individu (Ndlr : Philip Alston, Rapporteur spécial des Nations Unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme) qui se comporte très mal vis-à-vis de notre pays. Il tenait les mêmes propos en 1995 et éprouve une haine viscérale pour la Mauritanie. Il n’a pas pris les bonnes attaches, notamment auprès de la société civile. J’ai reçu plusieurs émissaires et secrétaires généraux des Nations Unies. Ce n’est pas la position officielle. Il n’y a pas un seul esclave enchaîné ni de traite d’êtres humains vendus sur les marchés. L’acte d’esclavage est aujourd’hui criminalisé. Nous avons condamné récemment deux personnes à l’est du pays pour des faits d’esclavage qui se sont passés en dehors de notre territoire. Mais je reconnais qu’il existe toujours des disparités liées à la misère et la pauvreté. Ce sont les séquelles de l’esclavage, qui ne sont pas propres à la Mauritanie. Cela est encore le cas aux États-Unis. Des populations ont été à la marge du système éducatif, ont grandi avec des parents absents. Mais des enfants de parents esclaves ont aussi trouvé leur voie et sont insérés. D’ailleurs, la misère touche aussi des descendants d’anciens maîtres qui n’avaient pas l’habitude de travailler et se sont retrouvés démunis. On parle beaucoup de l’esclavage car certains en font un fonds de commerce
L’anthologie de la discorde
La polémique enfle. Sur les réseaux sociaux comme sur la minuscule scène culturelle mauritanienne, la divulgation, en catimini, de l’anthologie de la littérature mauritanienne d’expression francophone fait la Une, au grand dam de ses compilateurs, le Groupe de Recherches en Littératures Africaines (GRELAF). C’est avec l’appui de l’ambassade de France en Mauritanie, par l’entremise du projet Appui au FRAnçais en Mauritanie (AFRAM) que le GRELAF a sélectionné trente-quatre œuvres (romans, poésies, théâtres et nouvelles) de dix-neuf auteurs (1). Un parrainage synonyme de parti pris ?
« Censé combler un immense déficit », de l’avis de Kalidou Ba, « celui du traitement et de la vulgarisation de la littérature mauritanienne de langue française, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays », l’ouvrage pèche, il est vrai, par l’oubli de nombreux auteurs. Des omissions à ce point volontaires qu’il ait fallu préciser qu’« échantillon assez représentatif des œuvres mauritaniennes francophones, [cette anthologie] n’est pas exhaustive » ? Parmi les inexplicables absences, on peut citer les défunts Bal Mohamed Moctar (Crapauds et Nénuphars : Souvenirs d’un enfant de Dimbé : un véritable succès de librairie) ; Djibril Hamet Ly (L’arbre à la cour criminelle), Mariam mint Derwich (Mille et un je), Issagha Coréra (La Légende de Samba Guéladiégui), Ba Amadou Racine (Tribus, ethnies et pouvoir en Mauritanie), Sneïba El Kory (Mémoires d’un enseignant), Ba Amadou (L’obsession du retour)… Des langues qui se sont déliées pour condamner cette « aberration », celle de Mariem mint Derwich est, probablement, la plus virulente, à ce jour. Elle récuse le mode de sélection, dénonce des censures sciemment perpétrées, le manque d’honnêteté et de sérieux des responsables de l’ouvrage. Ils appartiennent, dit-elle, à « un monde rigide et exclusif ». Et de leur souhaiter « beaucoup de bonheur autocentré et ignorant, beaucoup de joie dans votre volonté de tuer littérairement. Vous êtes minables, minables et malhonnêtes. A l’instar de ce pays, vous êtes dans la médiocratie. Rien de neuf sous le soleil… Malheureusement ».
Elle rappelle, à ces censeurs, qu’il leur « reste beaucoup d’honnêteté à apprendre, en particulier en ce qui concerne les femmes écrivains. Où sont les premières ? Mon Dieu, mon Dieu, tant de contre-vérités ! Tant de petits arrangements entre soi… Et vous décidez qui peut vivre et qui peut mourir ????? » Elle sonne la charge : « Ce pays ne m’aime pas. L’anthologie de la littérature mauritanienne francophone vient de paraître. Mon nom n’a même pas été cité. Même pas un mot… Bref, au pays de la cooptation entre amis, cela ne devrait pas m’étonner. Pays de la médiocrité où tout se passe entre « tribus »… Dégoûtée, en colère… Dégoût de cet entre-soi… Non-sens. Quand on se tourne, autour du nombril, entre écrivaillons qui se prennent pour des prix Nobel de littérature. Amère, amère… ». Mariem tacle et retacle les censeurs qui se sont arrogés « le droit de vie et de mort littéraire et leur dénie « tout droit de critique » en matière d’écriture.
Réagissant à un post de maître Mohamed ould Moine, manifestant son soutien à Mariem, soulignant qu’être listée comme « poète n’est pas chic, pour un esprit libre comme celui de Mariem mint Derwich », Idoumou Mohamed Lemine Abass répond : « Maître, parce que votre avis compte, pour moi, je vous prie de ne pas vous laisser entraîner derrière des humeurs très subjectives, nées de procès d’intention et de parti pris que rien ne justifie. Une anthologie, je ne vous apprends rien, est un travail de choix de textes, suivant des critères souvent subjectifs, qui n’engagent que le ou les auteurs de l’ouvrage. Elle n’est jamais exhaustive, ni même une source de consécration absolue. Et ce n’est le droit de personne d’y figurer, tout comme il est vrai, aussi, qu’en être absent n’attente, en rien, au talent de personne, ni à la qualité de son œuvre. L’amertume de Mariem et de ses fans (dont je suis, du reste) n’est compréhensible que dans la limite du respect du droit des auteurs de cet ouvrage à le faire comme ils veulent et suivant les critères de choix qu’ils se sont fixés. On se contredit, gravement, en leur déniant ce droit, tout en clamant celui de Mariem à figurer dans le travail qu’ils ont fait. Ce n’est, également, pas très courtois, vis-à-vis des auteurs qui figurent dans le livre ». Poursuivant, il indique que : « les légendes littéraires se créent elles-mêmes, par leur talent. Et toi, tu as du talent. Beaucoup de talent. Être dans une anthologie ou non n’enlève rien à ta notoriété, ni à la valeur de tes écrits. Et je crois que tu dois prendre les choses comme ça ». Sans doute mais le succès de cette anthologie de la discorde en librairie est loin d’être, pour le moment, garanti.
Synthèse Thiam
(1) : Oumar Ba, Tene Youssou Gueye, Assane Youssoufi Diallo, Djibril Zakaria Sall, Moussa Diagana, Isselmou ould Abdel Kader, Ousmane Moussa Diagana, Abdoul Ali War, El Ghassem ould Ahmedou, Moussa ould Ebnou, Oumar Diagne, Mbareck ould Beyrouk, Haroun Rachid Ly, Idoumou ould Mohamed Lemine Abbass, Aïchetou mint Ahmedou, Abderrahmane N’gaidé, Bios Diallo, Mama Moussa Diaw et Mamadou Lamine Kane.
le calame



