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*Le Festival d’Ouadane, ou l’art de célébrer le vide*
Il existe des pays qui s’effondrent dans le tumulte, et d’autres qui s’évident dans le silence.
La Mauritanie appartient à cette seconde espèce : elle ne chute pas, elle s’immobilise.
Rien n’y est violent, rien n’y est franchement tragique. Tout s’y dissout lentement, sous l’effet combiné de la chaleur, du temps et de l’habitude. Le pouvoir n’est pas autoritaire ; il est fatigué. Il ne gouverne pas contre, il gouverne en différant. Il ne tranche pas, il amortit. Il ne projette pas, il gère la durée.
Le leadership qui en émane ne manque ni de langage ni de dispositifs. Il manque de ce qui distingue les régimes de transition des régimes d’histoire : l’ambition. Gouverner, au sens plein, suppose une vision du pays que l’on veut faire advenir, une idée claire du futur pour lequel on accepte de prendre des risques. Ici, le pouvoir se contente d’éviter l’accident, de neutraliser les tensions, de maintenir un équilibre minimal entre clientèles, sensibilités, appartenances et bailleurs. Il ne conduit pas le pays : il s’y maintient.
On proclame régulièrement la lutte contre le tribalisme. Le discours est ferme, moral, récurrent. Mais il sonne creux, car le tribalisme n’est pas une pathologie périphérique du système : il en est la charpente invisible. Le népotisme n’est pas une déviation regrettable ; il constitue une technique de gouvernement, un mode de redistribution, un mécanisme de pacification sociale. On condamne le symptôme pour préserver la cause. La rhétorique éthique sert ici à masquer une vérité plus prosaïque : l’État repose moins sur des institutions que sur des équilibres personnels.
La jeunesse, quant à elle, occupe une place centrale dans le vocabulaire officiel — et une place marginale dans les trajectoires réelles. Elle est invoquée, célébrée, convoquée lors des cérémonies. On lui promet l’avenir comme on promet la pluie : sans date, sans méthode, sans responsabilité. Les politiques publiques lui offrent des programmes d’“employabilité”, des formations sans débouché, des concours sans lisibilité. Elle devient une réserve de patience, un stock d’attente. Ceux qui le peuvent partent. Les autres apprennent à différer leur propre existence.
Faute de vision enracinée, l’État s’abrite derrière des cadres importés. Les plans de développement adoptent des nomenclatures conçues ailleurs, rédigées par des bureaux de conseil étrangers, validées par les bailleurs de fonds. Le SCAPP n’est pas une pensée nationale : c’est une nomenclature exogène bourrée de grammaire technocratique importée. On y coche des cases, on y empile des indicateurs, on y simule une rationalité. L’État ne gouverne plus : il renseigne. Gouverner devient un exercice de conformité.
Dans le même temps, le patrimoine est exalté avec une ferveur d’autant plus appuyée qu’il se défait. Ouadane, Chinguetti, cités jadis habitées par une continuité vivante, sont devenues des scènes intermittentes. On y organise des festivals comme on dresse des décors : pour rappeler, une semaine par an, que la nation possède une profondeur historique. Le reste du temps, les villes s’ensablent, les routes s’interrompent, les infrastructures se délitent. Le patrimoine n’est plus une transmission : il est une incantation.
La tradition, autrefois structurante, se retire lentement. Mais la modernité qui la remplace n’édifie rien. Elle arrive sous forme d’images, de slogans, d’événements sponsorisés, de projets pilotes sans suite. Le pays saute l’étape décisive : celle de l’institution solide. Il passe directement de l’ancien au simulacre. Il n’hérite plus ; il imite.
L’administration, qui devrait être l’ossature de l’État, en devient la faiblesse chronique. Les postes ne consacrent ni l’effort ni la compétence. Ils récompensent la proximité, la docilité, l’appartenance. La médiocrité n’y est pas un accident regrettable : elle est une politique de stabilité. L’intelligence autonome inquiète ; la compétence indépendante dérange. L’État se protège contre l’excellence comme contre un corps étranger.
À cette mécanique s’ajoute une donnée plus ancienne, plus souterraine, que les diagnostics techniques ne savent ni formuler ni corriger. Lorsque les rênes du pouvoir échoient aux héritiers d’un fatalisme mental séculaire, il ne faut pas s’étonner que l’histoire se mette à marcher au pas, jusqu’à l’arrêt. Ces hommes ont été façonnés par une théologie de l’attentisme, où le temps tient lieu de décision et l’abstention se déguise en sagesse. Ils croient à l’efficacité des gestes invisibles, aux coups portés sans trace, à l’art d’agir sans s’exposer. La cible, pensent-ils, ne se vise pas à bout portant ; le succès réside dans l’obliquité, parfois dans le coup porté de biais, que l’on peut toujours renier. Dans un tel univers moral, l’initiative devient une imprudence, la frontalité une faute de goût, la volonté une témérité suspecte. Gouverner ne consiste plus à transformer, mais à durer.
À force de craindre l’empreinte, on finit par confondre la prudence avec la sagesse. L’absence de décision passe pour une forme supérieure de maîtrise, et le retrait pour une profondeur morale. On croit ainsi se préserver du jugement de l’histoire, alors qu’on s’en retranche. Car l’histoire, indifférente aux précautions, n’enregistre que ce qui fut tenté, fût-ce au prix de l’erreur. Ce qui n’a pas été osé ne laisse ni faute ni trace — mais il ne laisse rien.
Dans ce contexte, le dialogue national devient la figure ultime de l’impuissance organisée. Un pouvoir élu devrait porter un cap, une orientation, une promesse structurée. Ici, le dialogue remplace la vision. On consulte pour ne pas trancher. On invite pour diluer. On parle pour différer. Le consensus n’élève plus : il neutralise.
Ainsi s’installe une soumission douce, non idéologique, non spectaculaire. Une soumission thermique, presque climatique. On s’adapte au système comme on s’adapte à la chaleur : par économie d’énergie. Personne ne croit vraiment, mais chacun compose. La résignation n’est pas imposée ; elle est intériorisée.
La Mauritanie ne manque ni d’histoire, ni de poésie, ni de ressources. Elle manque de muscles. Elle parle comme un pays ancien, mais elle agit comme un pays épuisé. Elle célèbre ce qui disparaît, administre ce qui survit, et diffère ce qui devrait commencer.
Le danger n’est pas l’effondrement. Le danger est plus subtil, plus profond : l’habituation au vide.
Après la remise du rapport sur le dialogue : Quelle suite ?
Le Calame — Les acteurs politiques mauritaniens, majorité et opposition sont suspendus à la décision du président de la République relative à la poursuite du processus de préparation du dialogue. Le rapport sanctionnant la première phase lui a été remis au début du mois d’Octobre.
Que va-t-il décider ? Reconduire le facilitateur Moussa Fall, afin de poursuivre lesdits préparatifs, en mettant en place une commission d’organisation laquelle va piloter le déroulement du dialogue… ou opter pour une autre stratégie ? Tenter de convaincre le RAG du président Biram Dah Abeïd et l’AJD/MR de Bâ Mamadou Bocar à prendre le train en marche ?
Comme on le sait, ces deux partis ont décidé de boycotter le processus préparatoire, arguant que le processus en préparation est dévoyé de ses vrais objectifs. En tous les cas, le temps presse et les acteurs politiques voudraient être fixés sur le sort que le Raïs va réserver au travail abattu par Moussa Fall et son équipe.
Depuis que le dialogue a été annoncé par le président de la République, on s’interroge en effet sur sa pertinence et ses opportunités : Il n’y a pas de crise politique ou autre qui justifierait sa tenue, même si certains pensent qu’il faut toujours deviser pour anticiper les problèmes.
Le président de la République dit avoir décidé de convoquer le dialogue pour trouver des solutions à ceux que connaît le pays actuellement. Il dit vouloir un dialogue inclusif, franc et sincère, sans sujet tabou. Les acteurs politiques – en tout cas, ceux de l’opposition – entendent le prendre au mot.
Ceux rencontrés par le facilitateur du dialogue ont retenu cinq thèmes : unité nationale et cohésion sociale ; État de Droit et démocratie pluraliste ; gouvernance ; diaspora ; émigration. Ils y ont ajouté six autres axes à débattre : justice, éducation, santé, économie, défense et sécurité.
Une réforme électorale préalable
La rencontre politique attendue par les Mauritaniens pourrait discuter, dans son second thème, de la réforme électorale qui ouvrirait la voie à des élections municipales, législatives et régionales.
En effet, l’absence de partis de l’opposition démocratique à l’Assemblée nationale et dans les mairies, la fondation de nouveaux partis et l’adoption de la nouvelle loi sur les organisations politiques, ainsi que les critiques à l’endroit de la CENI pourraient servir d’arguments à certains acteurs.
Une réforme électorale acceptée de tous pourrait aérer quelque peu la démocratie mauritanienne toujours contestée à chaque élection, excepté celles de 2007, avec cette demande de les voir se dérouler de manière transparente.
Le tribalisme, le régionalisme, l’argent et l’influence patente d’officiers généraux se mêlent toujours de ces scrutins, faussant souvent les résultats, offrant une chambre de résonance aux chicanes et cantonnant ainsi l’opposition dans la contestation.
La tenue d’élections locales anticipées pourrait également permettre au président de la République – lui qui parle de transparence, de bonne gouvernance et de priorité à la jeunesse – de passer à la trappe tous les dinosaures, les faucons extrémistes tapis dans l’Administration depuis des lustres, perpétuant le tribalisme, la corruption, les exclusions et les injustices criantes. Ceux de ceux-là opposés au dialogue lui permettront-ils de gagner ce pari ?
Des élections anticipées, transparentes et incontestées pourraient, de surcroît, donner l’occasion au président de la République de siffler la fin de la récréation pour les potentiels prétendants à sa succession.
Phénomène inédit dans ce pays, on a vu circuler des noms pour la succession d’un président aussitôt réélu. Sa visite au Hodh Charghi lui a permis d’en évoquer les miasmes et de mettre quasiment en garde ceux qui se sont déjà engagés dans une campagne avant l’heure, soulignant, au passage, qu’ils n’auraient pas de place à ses côtés, lui qui ne se préoccupe que de la mise en œuvre de son programme électoral.
Mais depuis son retour de Néma, rien n’a bougé : ni par rapport à cette menace ni contre le tribalisme et le népotisme. Peut-être, comme l’affirment certains, le marabout-président n’est pas pressé. Mais les Mauritaniens, eux, seraient fort aises de voir ses déclarations se concrétiser rapidement.
Dalay Lam
CAF. Sur sa demande, et après approbation de la CAF, la Mauritanie quitte la zone Afrique de l’Ouest pour intégrer la zone Afrique du Nord.
Le rêve de certains, qu’ils soient en mode sommeil ou en mode veille, c’est de déraciner géographiquement la Mauritanie. Pour en faire quoi, donc ? Pour la transporter et la transplanter dans l’Asie occidentale, de préférence entre l’Arabie Saoudite et le Yémen ou dans les Émirats arabes Unis dont elle pourrait être, le cas échéant, le huitième État. Désir d’arabité exige : il faut quelque chose qui sonne et rime avec arabe pour faire arabité. Quand le virus du complexe identitaire s’active, difficile de le neutraliser, la fuite en avant se poursuit, sans limite. Bientôt nous modifierons notre Constitution… Et pourquoi donc ? Pour changer le nom de notre pays : de République Islamique de Mauritanie, on va passer à « République Islamique Arabe de Mauritanie ». Après tout, nous avons déjà changé de drapeau et d’hymne…
En attendant que se réalise ce rêve de transplantation du pays…, de rupture définitive d’avec l’Afrique de l’Ouest, de divorce d’avec l’Afrique noire au profit d’un ancrage, depuis longtemps entamé, dans l’Afrique du Nord (blanche) et dans le monde arabe, on agit sur deux leviers. 1) On profite au maximum de toutes les opportunités qu’offrent les organisations africaines, comme ce fut le cas récemment lors de l’élection d’un Mauritanien à la tête de la BAD : dans ces cas-là, on se souvient de l’africanité de la Mauritanie, on la revendique même, et on fait la tournée des capitales africaines, avec sourires, accolades et autres opérations de séduction pour s’assurer du soutien et des votes des pays de l’Afrique noire.
Rien d’étonnant, car on retrouve là l’extension hors de nos frontières de la méthode de gouvernance déployée à l’intérieur du pays : le recours à des cadres issus des communautés exclues et marginalisées et leur utilisation comme faire-valoir pour asseoir la domination de la composante maure du pays. Autrement dit nous retrouvons sur le plan extérieur, en matière de diplomatie et de relations internationales, l’affirmation d’une Mauritanie à identité unique, exclusive : l’identité maure ; d’où cette volonté de consolider l’ancrage de la Mauritanie dans le monde arabe ; d’où cette négation de fait de l’identité des autres entités nationales.
2) La consolidation de l’ancrage du pays dans le monde arabe s’opère à mesure que s’effectue le retrait progressif de la Mauritanie de sa zone géographique matricielle : hier (2000) elle se retirait de la CEDEAO. Aujourd’hui la Mauritanie déserte la zone Afrique de l’Ouest de la CAF au profit de la zone Afrique du Nord. On peut parier, au regard de son orientation politique définie plus haut, que si elle ne courait pas le risque de s’exposer à la perte de beaucoup d’avantages ou de prestiges symboliques, à l’étouffement économique et à l’isolement en Afrique, elle se serait volontiers retirée de l’OMVS (Organisation Pour la Mise en Valeur, du fleuve Sénégal) et même de l’UA (Union Africaine) au profit d’organisations Nord-africaines et arabes.
Mais arrêtons de rêver. Le rêve peut être un dérivatif. Laissons-lui en l’occurrence cette fonction, car la réalité, souvent indépendante de notre volonté, finit toujours par s’imposer, fracassant rêves et illusions. La Mauritanie est d’abord africaine avant d’être arabe. C’est son appartenance effective au continent africain qui fait sa proximité avec l’Afrique du Nord. Dans ses rapports avec l’Afrique noire et le monde arabe, elle doit s’employer à maintenir constamment cette ligne d’équilibre, celle qui fait sa double identité : africaine et arabo-berbère. Mais comment maintenir cette ligne d’équilibre sur le plan extérieur quand elle est inexistante sur le plan intérieur ? L’extérieur, c’est le dedans exposé dehors, comme pourrait dire l’autre.
Boye Alassane Harouna
21 décembre 2025
« Résistants sans guerre : chronique d’une haine postcoloniale fabriquée »
Franchement, il va falloir qu’on m’explique.
J’essaie vraiment de comprendre, mais je n’arrive toujours pas à saisir cette haine obsessionnelle de la France chez certains Mauritaniens surtout arabophones. Je peux comprendre celle des Algériens après 132 ans de colonisation, un génocide culturel, une guerre totale ou même celle des Vietnamiens, qui ont subi des bombardements et une guerre longue et sanglante. Mais chez nous, tout ça ressemble plutôt à une pièce de théâtre historique un peu amateur.
Un jour, on s’est réveillés en se découvrant soudain une « guerre de libération » héroïque, avec des martyrs recyclés, des mythes bricolés et des récits gonflés à l’ego postcolonial. On brandit la mort de Coppolani, on cite Om Tounsi comme si la Mauritanie avait été un champ de bataille comparable à l’Algérie… alors qu’en réalité, notre « résistance » a surtout été diplomatique, négociée, fragmentée et, il faut le dire, assez accommodante.
Le pire, c’est qu’on oublie soigneusement de parler de l’invasion arabe, de la traite négrière arabo-berbère, de la domination des émirs guerriers ou de la hiérarchie raciale interne. Mais, bizarrement, la France devient l’ennemi absolu, tandis que notre histoire locale bénéficie d’une sorte d’amnistie morale totale.
Soyons honnêtes même si ça pique un peu : Notre indépendance ne nous a pas été arrachée par les armes, elle nous a été remise avec un stylo. Pas de guerre totale, pas de villes rasées, pas de millions de morts.
Et si on lit les écrits de nos propres émirs et marabouts ceux qu’on aime citer quand ça nous arrange qu’est-ce qu’on y trouve ? Des lettres de remerciement à la France, des alliances assumées, un soutien clair contre les Ottomans, une reconnaissance explicite du rôle de la France comme arbitre face aux puissances régionales.
Mais évidemment, tout ça s’efface comme par magie dès qu’il s’agit de jouer les révolutionnaires de salon.
Ce qui est le plus frappant dans cette indignation sélective, c’est le double standard géopolitique :
Pourquoi les pays du Golfe ne ressentent-ils pas cette haine viscérale envers l’Angleterre ? Pourquoi le Qatar, les Émirats ou l’Arabie saoudite n’organisent-ils pas de conférences hystériques contre Londres, alors que leurs États modernes sont des produits directs du protectorat britannique ?
La réponse est simple (mais un peu gênante) : Parce qu’eux, ils assument leur histoire au lieu d’en faire un complexe identitaire.
Chez nous, par contre, on a :
• collaboré avec le colon,
• étudié dans ses écoles,
• administré avec lui,
• fait des enfants avec lui,
• hérité de sa langue, de ses institutions, de ses frontières…
Et puis, tout à coup, on se découvre une vocation de résistant radical mais seulement après coup.
Le français, qu’on le veuille ou non, fait partie de notre histoire. Pas parce qu’il est sacré, mais parce qu’il est là, tout simplement. Le nier, c’est nier notre propre parcours, notre propre complexité.
À force de rejouer une guerre qui n’a jamais vraiment eu lieu, on évite surtout de regarder les vrais problèmes en face : la domination interne, le racisme structurel, l’exclusion linguistique, la hiérarchie héritée… C’est tellement plus facile de crier « impérialisme français » que de se regarder dans le miroir.
Bref, il serait peut-être temps de vivre notre époque sereinement, d’assumer notre histoire sans se raconter d’histoires, et de comprendre qu’une nation mature ne se construit pas sur des haines importées, mais sur une lecture lucide et parfois franchement honnête de son passé.
Ironique……wetov
Sy Mamadou
LE PROTOCOLE DU CAP MANUEL : AUTOPSIE D’UN PACTE TRAHI
Par Mbaye Oppa
Il se trame quelque chose de grave au sommet de l’État. Le silence apparent, les sourires diplomatiques et les discours calibrés masquent une fracture politique profonde entre deux anciens compagnons de lutte : Ousmane SONKO et Bassirou Diomaye FAYE. Une fracture qui prend racine dans un pacte secret, conçu entre les murs de la prison du Cap Manuel, et qui s’effrite aujourd’hui sous le poids des ambitions contrariées, des agendas personnels et des calculs tactiques.
Le pacte initial : DIOMAYE par intérim, El-Malick en superviseur, SONKO en ligne d’arrivée
En prison, face à une interdiction de candidature qui pesait sur SONKO, les deux hommes auraient convenu d’un scénario politique à trois actes :
Acte I: DIOMAYE candidat à la présidentielle, avec le soutien massif du PASTEF et de SONKO, pour porter une victoire symbolique, révolutionnaire, mais contrôlée.
Acte II : Une fois élu, DIOMAYE devait dissoudre l’Assemblée nationale, provoquer des législatives favorables à la majorité présidentielle, puis démissionner volontairement quelques temps après pour ouvrir la voie à une présidentielle anticipée sous la supervision du Président de l’Assemblée nationale, El-Malick.
Acte III : Avec une situation maîtrisée, Sonko redevenait éligible, reprenait le flambeau et s’installait à la magistrature suprême, selon les plans.
Ce plan audacieux, surnommé dans certains cercles le “Protocole du Cap Manuel”, reposait sur une loyauté totale et un contrôle étroit de la temporalité politique.
Le rôle de Cheikh DIBA : garant de la patience économique
Pour faire patienter la base militante et occuper l’espace politique, il fallait gagner du temps, sans créer de chaos économique. C’est là qu’intervient Cheikh DIBA, figure technique, réputé proche des deux hommes, et négociateur silencieux des conditions d’amnistie et de libération. Son rôle : maintenir le statu quo budgétaire, créer une illusion de continuité, tout en préparant discrètement le terrain à la transition programmée. Le refus d’engagements économiques forts, la focalisation sur des chiffres “falsifiés” ou “manipulés”, et les discours contre l’héritage de Macky SALL, tout cela ne serait qu’un rideau de fumée, en attendant la bascule politique planifiée.
Le point de rupture : l’ambition, l’argent et la peur
Mais les choses ont mal tourné. D’un côté, SONKO devient impatient, voire gourmand. Les enjeux économiques liés à certains postes clés, les circuits de financement et les compensations promises ne suivent pas. DIBA résiste, refuse de couvrir certains abus, et rompt progressivement le fil de la complaisance.
De l’autre côté, SONKO sent le vent tourner. Il pressent un danger : la justice pourrait prendre un acte qui compromettrait son éligibilité. Il pousse alors pour une manœuvre brutale : limogeage du Ministre de la Justice, M. Ousmane DIAGNE, promotion de magistrats-PASTEFiens, dissolution de la Cour suprême, nomination de juges “conformes”, réforme de la magistrature. Il veut reprendre la main sur le judiciaire et éviter l’arrêt fatal. Mais DIOMAYE s’y oppose. Il refuse de franchir cette ligne rouge institutionnelle. Il ne veut pas d’une rupture frontale avec les principes de l’État de droit. Il freine. Et c’est là que tout s’écroule : la justice confirme le rabat d’arrêt sur l’affaire Mame Mbaye NIANG-Ousmane SONKO, le rendant inéligible pour cinq ans. Le scénario est mort. Le protocole est caduque !!!
La méfiance installée : la guerre froide commence
Pour SONKO, c’est une trahison déguisée. Il soupçonne son ancien frère de lutte d’avoir écouté les sirènes du système, de s’être laissé convaincre qu’il valait mieux le sacrifier pour asseoir sa propre légitimité jusqu’en 2029. Il voit dans le silence de DIOMAYE une forme de complicité passive. Une froideur calculée. Un coup d’État doux.
Pour DIOMAYE, au contraire, il s’agissait de protéger la République, d’empêcher une dérive autocratique, de rompre avec la logique des deals de coulisses, de ne pas reproduire ce contre quoi ils ont tous deux lutté.
« Qu’on me laisse gouverner » : la menace derrière la phrase
Dans ce contexte, la fameuse phrase de SONKO « qu’il règle le problème ou qu’on me laisse gouverner » prend un tout autre sens. Ce n’est pas une doléance. C’est un ultimatum politique : « Ou bien DIOMAYE trouve une solution pour me rendre éligible, ou bien il me cède le pouvoir réel, celui de faire plier la République pour annuler la sentence. » SONKO ne réclame pas seulement de l’espace, il veut le levier de la revanche. Et s’il ne l’obtient pas, il est prêt à briser l’unité du pouvoir, quitte à faire du toj-toj (imploser l’expérience DIOMAYE) comme aimait le dire Me Madické NIANG.
La suite : entre révolutionnaire déçu et président désillusionné
Le véritable problème entre SONKO et DIOMAYE, ce n’est ni une divergence idéologique, ni une dispute de style. C’est la rupture d’un pacte politique secret, conçu dans l’ombre et désormais impossible à exécuter. Le Cap Manuel devait être un tremplin. Il est devenu une prison psychologique. DIOMAYE ne veut pas marcher sur la ligne rouge. SONKO pense qu’il a été vendu.
La suite ? Seul Dieu sait. En attendant : une guerre froide larvée au sommet, un pouvoir bicéphale devenu belligène, et un peuple qui attend encore les fruits d’un changement pour l’instant confisqué.





