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M. Boubacar Ould Messaoud, président de Sos Esclaves : ‘’Nier l’existence de l’esclavage ne fait qu’accentuer la haine, renforcer les divisions entre les descendants d’esclaves et le système en place’’
‘’Architecte de formation, Boubacar Ould Messaoud s’est lancé très tôt dans le combat politique et la lutte contre l’esclavage en Mauritanie. Après Action pour le Changement (AC), le parti dirigé par Messaoud Ould Boulkheir et dont il est l’un des fondateurs (un parti qui sera interdit par Ould Taya), Boubacar fondera SOS-Esclaves en 1995, une ONG dont la vocation est d’aider les anciens esclaves à s’insérer dans la société et à recouvrer leurs droits. Un combat noble qui lui vaudra de nombreuses distinctions comme le Prix des Droits de l’Homme d’Antislavery International (2009) et de la République Française (2010).
Le Calame : Dans le cadre d’un reportage qui nous a conduits dans les squats et chantiers de Nouakchott habités essentiellement par des familles Harratine démunies, nous avons été surpris d’entendre de leur bouche qu’elles ne connaissent les organisations de défenses des droits de l’homme, notamment celles qui disent défendre les anciens esclaves qu’à travers la télévision ; ils leur reprochent même de faire de leur malheur, un fonds de commerce. Votre organisation est pionnière en la matière, que peut-elle répondre à ces familles qui vivent dans la grande précarité ?
Boubacar Messaoud : Je crois que les gens méconnaissent la mission que s’est assignée SOS Esclaves et qui consiste à venir en aide aux victimes de l’esclavage et qui désirent sortir de la servilité et qui viennent vers nous. Nous les accompagnons et leur offrons conseils, assistance juridique, et cherchons pour eux des assistances auprès de Tadaamoun sur présentation d’un document signé par la justice, mais force est de constater et déplorer, cette agence ne nous donne plus de subsides, depuis quelque temps. Parce qu’elle veut faire croire au monde qu’il n’y a pas d’esclavage en Mauritanie, ou de sorte que les victimes s’adressent directement à elle. Donc ce sont ces victimes de l’esclavage là que nous aidons, parfois hélas jusqu’à leurs tombes. En effet, il nous arrivé d’accompagner et d’assister des personnes malades et qui sont mortes sous nos yeux.
Nous avons créé SOS pour éviter justement cette confusion, nous ne sommes pas une organisation alimentaire, mais une organisation de secours des victimes de l’esclavage et de violation des droits de l’homme qui décident de lutter contre cette pratique abjecte. Nous avons eu des victimes à Nouakchott, un peu partout dans le pays, Rosso, Boutilimit, M’Beikett Lahwech, Néma, Nouadhibou, Atar etc. Nous ne sommes contre personne, nous sommes contre l’injustice tout court quelle que soit la victime.
-La question de l’esclavage continue à vous opposer au pouvoir qui nie son existence et votre organisation qui dévoile de temps en temps des cas. Comment cette question est perçue aujourd’hui par les anciennes victimes ou celles qui vivent encore dans la servilité ?
-La promulgation de l’ordonnance de 1981, les lois criminalisant l’esclavage de 2007 et de 2015 et la création des tribunaux spéciaux constituent autant de preuves que l’esclavage existe en Mauritanie. Nous déplorons cependant l’attitude du gouvernement actuel qui s’évertue ou s’obstine comme ses prédécesseurs à nier l’existence de l’esclavage, à refuser notre coopération pour l’éradiquer complètement. Mais le problème, c’est que ces tribunaux n’existent que sur le papier. Ils ne sont pourvus d’aucun personnel, contrairement aux autres tribunaux spéciaux, notamment ceux contre la corruption, terrorisme et autres qui sont dotés de personnel et de moyens. En empêchant ces tribunaux de fonctionner signifie pour le gouvernement qu’il n’existe pas de cas dans le pays, ce qui est un gros mensonge. Ce qu’on a vu, il y a quelques mois en Libye pourrait bien se passer ici, si cela ne se passe pas déjà sous le manteau. Parce que nous sommes dans la même situation ici, dans la même zone géographique. Nous vivons ici dans des sociétés profondément inégalitaires. Ce n’est pas une question d’Arabe ou de Noir, mais une question de système, avec des populations encore en retard du point de vue développement ; c’est un handicap pour nous qui combattons ces inégalités, parce que l’Etat qui devrait être garant de l’égalité entre les citoyens est hélas du côté des esclavagistes. L’Etat ne veut pas reconnaître que l’esclavage existe alors que nous le vivons au jour le jour. Nous sommes une société qui aspire au développement, par conséquent, l’Etat doit accepter de regarder la réalité en face ; il doit affronter les problèmes au lieu de nier une vérité qui crève les yeux. Depuis vingt cinq ans, il s’obstine à nier l’existence de l’esclavage ; j’ai pour ma part commencé à dénoncer cette pratique abjecte, avant la création de SOS Esclaves, en 1995. Bien avant ça, nous dénoncions cette pratique avec EL HOR. Pourquoi ce déni ? Pourquoi, si cette pratique que nous dénonçons et présentons des cas avérés n’existe pas, on ne nous embastille pas définitivement pour dénonciation calomnieuse ? Je pense que l’Etat devrait nous permettre de travailler avec lui pour faire disparaître définitivement l’esclavage. C’est nous qui avons obtenu, en 1980, l’abolition formelle de l’esclavage, mais on a continué à croire que la solution pour calmer la contestation est de procéder à la nomination de certains Harratines. Cela ne fera pas arrêter la lutte pour l’émancipation et la libération des Harratines. Les ministères de l’intérieur et de la justice ont perdu le procès de Rosso parce que qu’il a été prouvé qu’effectivement l’esclavage existe bel et bien, et que ce n’était pas une question de communauté ou de groupe. Et c’est suite à ce procès retentissant que le gouvernement de l’époque a pris le 9 novembre 1981, une ordonnance abolissant l’esclavage. Je tiens ici à rappeler qu’on nous a envoyé à Rosso pour que l’opinion internationale puisse assister, à partir du Sénégal, au procès, afin d’entendre ce que ”ces cadres Harratines ambitieux avaient comme arguments”. Nous étions sous un régime d’exception et c’est pourquoi, c’était une Cour spéciale qui nous a jugés. Certaines dispositions de l’ordonnance de 1981 comme l’indemnisation des maîtres prouvent que les autorités considèrent que l’esclavage est légitime. Pour nous, notre conviction est que notre religion. L’Islam ne considère pas licite la réduction d’un musulman en esclavage par un musulman. Depuis toujours, nous sommes accusés de faire de la question de l’esclavage un fond de commerce, de la manipuler alors que ce que nous faisons c’est juste d’aider à l’émancipation et à la prise de conscience des esclaves qui veulent se libérer. Ce sont ceux qui nous traitent de cela qui sont des menteurs et esclavagistes puisqu’ils veulent que l’esclavage continue ou disparaisse miraculeusement. On nous a enfermés, on nous a insultés, comme on nous insulte aujourd’hui, en nous traitant de menteurs, en nous accusant de faire de l’esclavage un fonds de commerce ; mais je tiens à dire que dans notre société, les menteurs sont très nombreux ; la classe féodale ment, elle qui n’a pas encore fait sa mue, elle continue à tricher et croit que tout le monde fait comme elle. Si comme ils veulent le faire croire, l’esclavage est un fonds de commerce florissant, alors pourquoi on ne vient nous le disputer ? Pourquoi certains se refugient derrière cette pratique, parfois même en se considérant comme chrétiens pour obtenir des papiers leur ouvrant les portes des USA, du Canada et de l’Europe ? Parce que tout ce qui leur permet d’avoir de l’argent est licite. Allègrement ! Le fait de nous accuser de faire de l’esclavage un fonds de commerce doit cesser, parce que ça n’a aucun sens, il s’agit purement et simplement d’allégations mensongères. Ce qui est essentiel aujourd’hui, c’est que nous continuons à lutter contre cette barbarie, pacifiquement. Pour nous, tous les mauritaniens sont utiles et indispensables à ce pays, aucun mauritanien ne peut être considéré ou traité d’étranger ; nous sommes des défenseurs des droits de l’homme, nous venons à la rescousse à tout mauritanien, blanc ou noir, nous sommes disposés à assister n’importe quel être humain, chrétien ou musulman, cela n’est pas contradictoire, et nous, nous sommes tous des musulmans ou nous prétendons l’être, il n’est pas admissible que des musulmans réduisent d’autres musulmans en esclavage. L’islam est venu libérer l’homme, non pour l’asservir. Il me semble bien qu’au temps du prophète Mohamed (PSL), l’esclavage avait été déclaré inadmissible. Il a fallu que le prophète et ses principaux Khalifes meurent pour cette pratique barbare réapparaisse.
Quelle appréciations vous faites des actions posées par le gouvernement pour éradiquer totalement ce qu’il qualifie de « séquelles » de l’esclavage en Mauritanie ?
-L’Etat a fait beaucoup de choses ou prétend avoir fait beaucoup de choses, nous pouvons dire qu’il a fait beaucoup de choses qui prouvent qu’il y a donc quelque chose. L’Etat a fait voter une loi pour criminaliser l’esclavage, ce n’est pas suffisant parce que on a toujours aboli cette pratique sans la faire disparaître. Après l’adoption de cette loi, il a promu beaucoup de personnes parmi les harratines qui luttaient contre l’esclavage ; l’un d’eux a même été nommé premier ministre, un autre a été promu ambassadeur aux USA et moi-même, j’ai été nommé conseiller du ministre de l’habitat et de l’hydraulique alors que j’étais dans la rue. Mais pourquoi tout ça ? Parce que nous sommes dans un pays esclavagiste et tout ce qu’on vous fait est considéré comme un cadeau, pas parce que vous le méritez. La lecture que l’homme de la rue, de la tente ou de la case se fait des nominations des cadres Harratines se fait à travers le prisme de la récompense. Pourquoi ? Parce que nous avons un Etat féodal et le chef régit tout. Nous ne voulons pas de cela, nous voulons que des gens soient reconnus dans leurs droits, soient considérés comme des êtres normaux, des citoyens à part entière au même titre que les autres composantes de ce pays.
En 20 ans, nous avons promulgué deux textes criminalisant l’esclavage, nous avons dans la foulée créé 3 tribunaux qui sont une véritable mascarade parce que leur objectif inavoué n’est pas d’éradiquer l’esclavage, mais de tromper l’opinion internationale. Pourquoi je le dis ? Parce que rien n’est fait pour les rendre opérationnels, on a tout simple nommé un président et un greffier. Là aussi, on a la prétention de bien respecter le dosage avec un tribunal présidé par un négro-africain, un tribunal présidé par un Hartani et un tribunal présidé par un arabe blanc, je suis obligé de dire un arabe blanc parce qu’il des arabes noirs dans ce pays ou qui prétendent l’être. Contrairement à ces 3 tribunaux sur l’esclavage, tous les autres sont pourvus de personnel et dotés de moyens pour fonctionner. On nous reproche de n’avoir pas des cas, ce qui n’est pas vrai, nous en avons fussent-ils pas nombreux. En effet, depuis que ces tribunaux existent, plus de cinquante cas sont en souffrance devant eux, sans jamais être programmés pour le jugement. Ces cas existent à Nouadhibou, à Nouakchott et ailleurs et dont les présumés auteurs se promènent librement, placés grâce à l’indulgence du cousin en liberté provisoire dans le pays. Pourquoi on ne les programme pas ? Parce que l’Etat veut faire croire à l’opinion internationale que l’esclavage n’existe pas dans ce pays. Mais comme il faut quand même jouer le jeu, seul le tribunal de Néma a siégé sur un cas. Qui veut-on tromper? En tout cas pas nous qui allons voir régulièrement le procureur général pour lui demander pourquoi ces cas pendants devant la justice ne sont pas programmés comme dans les autres tribunaux. J’interviens aussi auprès du ministre de la justice pour demander qu’on programme ces cas, il le promet mais hélas, sans suite. On nous laisse entendre souvent qu’il faut que ces cas soient retirés des tribunaux ordinaires pour pouvoir être programmés devant le tribunal spécial sur l’esclavage, mais cela ne demande pas une journée ou une semaine, encore qu’aujourd’hui, trois ans se soient déjà écoulés. Nous disons, face à ces obstructions que ces juridictions sont la preuve qu’on veut manipuler l’opinion internationale, non pas pour éradiquer ou dissuader les esclavagistes.
Dans ce pays, tout président qui prend les rênes du pouvoir tente et s’évertue à nier l’existence de l’esclavage, mais nier l’existence de l’esclavage ne fait qu’accentuer la haine, renforcer les divisions entre les descendants d’esclaves et le système en place. Cela nous inquiète parce que les générations montantes n’ont pas besoin de moi ou d’autres pour comprendre ce qui se passe dans ce pays, c’est visible et grave. Les générations montantes vivent chaque jour l’exclusion, que ce soit dans l’armée, dans la gendarmerie, dans la douane, dans l’information et la formation, dans les banques, à l’école, à l’université, pour avoir les bourses, c’est partout l’exclusion. Le danger nous guette, l’extrémisme violent de ces jeunes, qui vivent cette exclusion aussi.
Et moi, je suis mauritanien à part entière, je constate aujourd’hui que l’attitude du pouvoir c’est de tout faire pour conserver le pouvoir, de perpétuer ce système, de garder les esclaves et leurs descendants sous l’emprise des esclavagistes ; le vrai problème c’est ça et je suis farouchement contre ; mais, je ne vais voir personne, je ne dérange personne chez lui, mais si quelqu’un vient me voir pour se plaindre des pratiques esclavagistes, je vais avec lui, parce que je me dis que ce qui s’est passé dans ce pays en 1989 ne se reproduira pas ; nous travaillons contre cela pour que demain on n’utilise pas les harratines contre des noirs, qu’on n’utilise pas les harratines contre les blancs. Nous ne voulons plus que les harratines aient dans leur tête cette attitude ou ce réflexe de servilité, et c’est ce qu’on nous reproche. Le système veut conserver les esclaves et leurs descendants sous l’emprise des féodalités. Si les esclavagistes ont le pouvoir, c’est parce qu’ils maîtrisent le vote des esclaves et de leurs descendants. C’est pourquoi ils refusent leur émancipation. Et c’est ce qui est capital pour eux ; mais ils doivent comprendre que la libération suit son cours, elle va se faire d’une manière ou d’une autre et rien ne pourra l’arrêter. Et c’est dommage que nous acceptons de courir les risques d’une confrontation, le risque d’un conflit ethnique ou racial. Mais qu’on me comprenne bien, l’esclavage n’est pas un problème de maure et d’arabes, je n’ai jamais considéré que c’est un problème entre ces deux composantes.
Moi, je suis du fleuve, je sais que les négro-africains sont autant esclavagistes que les arabes, qu’aucun d’entre eux ne peut donner des leçons à l’autre sur cette question. Je n’ai jamais caché ça, qu’on ne me reproche pas d’être partisan de qui que ce soit. J’ai dit en 1987 que ma peau noire n’était pas un programme politique. C’est pour vous dire que la couleur de ma peau n’a rien à avoir avec ma vision des choses, je suis militant des droits de l’homme et je suis du côté des opprimés, et je reconnais que dans ce pays, il y a des arabes honnêtes, je les côtoie et je travaille avec eux dans le respect des différences et dans la justice et l’égalité.
Je tiens enfin à dire que les actions faites par le gouvernement, pour être crédibles et impacter sur la vie des populations, doivent procéder d’une volonté politique réelle, non de simples velléités.
-Vous présidez le Manifeste pour les droits Harratine qui a fêté son 3e anniversaire. Quelle évaluation vous faites de cette structure ?
Après le décès de notre frère Mohamed Said Hamody, je devrais, en tant que vice-président, hériter de la charge de président du Manifeste, en attendant la désignation d’un successeur par un congrès. Mais quelques jours après le décès, une crise a éclaté, à cause des gens qui ne voulaient pas eux que j’assure l’intérim alors que moi-même je ne m’étais pas prononcé sur ceci ou cela ; eux se sont prononcés et m’ont déclaré indésirable à la tête du Manifeste. Ceci s’explique par le fait peut-être que je ne suis pas l’initiateur ou membre fondateur du manifeste alors que eux le sont, mais moi je n’ai pas de complexe à adhérer à une structure que je n’ai pas créée quand je suis convaincu que cette structure peut apporter quelque chose d’utile et de positif pour la communauté. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai accepté sans avoir de préjugé de présider le Manifeste. Pourtant lors de la création du Manifeste beaucoup avaient estimé que nul autre que moi ne pouvait présider le Mouvement, mais j’étais persuadé à l’époque que Said Hamody pouvait apporter quelque chose au Mouvement. D’ailleurs, je n’étais même pas présent à la cérémonie de désignation du président Said, je n’ai même pas été consulté pour ce choix, mais quand j’ai appris la nouvelle, j’ai applaudi, parce que comme je l’ai dit, Said pouvait apporter quelque chose de positif au groupe de Harratine que nous sommes, il pouvait apporter du crédit au Mouvement aussi bien au sein de la composante Harratine mais aussi rassurer les aux autres composantes du pays. J’ai donc été enchanté par le choix opéré par le petit groupe qui s’était réuni alors que j’étais en mission à Atar. Je n’en ai pas fait un problème, par contre quand Said est décédé, on a fait de Boubacar un problème pour la succession. Alors là, j’ai décidé de résister parce que j’ai compris que ce petit groupe n’avait rien à avoir avec la question Harratine, c’est un groupe qui a un projet qu’il fallait combattre, ils ne sont pas Harratines au sens noble du combat que nous, nous menons ; ils n’ont jamais pris part au combat avant et s’ils lèvent la tête aujourd’hui, c’est tout simplement pour diviser les Harratines. Pour moi, je considère que la question Harratine est une question objective que nul ne peut nier ou refuser, même si on a voulu y introduire tous les anciens administrateurs et autres retraités, tout cela pour noyer le poisson. Je pense qu’on ne peut empêcher ou refuser aux Harratines le droit de se constituer en une communauté nationale comme les autres, je me bats pour cela, qu’on me pende ou qu’on me laisse tranquille, ou qu’on me félicite, cela ne me détournera pas de cet objectif, de ce combat que je mène. Nous avons un passé certes, nous savons que nos parents ont été asservis, mais, aujourd’hui, nous sommes indépendants et savons où nous aller.
Pour moi, le Manifeste est un donc cadre de concertations et de débats d’idées, un lieu où on cherche des solutions aux problèmes des Harratines, mais ce n’est là l’essentiel, l’essentiel c’est la marche des Harratines vers l’édification d’une composante sociale et ethnique distincte des autres. Et comme je l’ai dit tantôt, cette marche a commencé et rien ne l’arrêtera.
-Vous avez reçu la visite de Biram Dah Ould Abdeid, il y a quelques jours. De quoi est-il venu vous parler ?
-Effectivement, Biram m’a rendu visite et nous avons échangé sur diverses questions d’actualité. Mais, même si nos chemins se croisent sur un certain nombre de sujets, je tiens quand même à dire tout de suite que Biram est acteur politique, tandis que Boubacar est un militant des droits de l’homme. L’avenir de ce pays nous préoccupe tous les deux et nous travaillons pour que les dangers qui le menacent, comme je l’ai dit tantôt, soient écartés de notre horizon.
Propos recueillis par Dalay Lam
le calame
Mauritanie: Des experts des droits de l’homme demandent une réforme immédiate de la nouvelle loi sur la non-discrimination
GENEVE (31 janvier 2018) – Une nouvelle loi adoptée en Mauritanie représentant une tentative positive pour lutter contre la discrimination, soulève de graves préoccupations pour les droits de l’homme et doit être réformée, a déclaré un groupe d’experts des droits de l’homme des Nations Unies.
” Nous craignons que plusieurs dispositions de cette loi puissent sérieusement porter atteinte aux droits des Mauritaniens “, ont déclaré les experts.
” Bien que nous saluons l’initiative prise par le Gouvernement de la Mauritanie de criminaliser la discrimination, nous sommes préoccupés par l’inintelligibilité, l’inexactitude et l’insuffisance de protection juridique qui caractérisent plusieurs dispositions de cette loi. Dans l’ensemble, celle-ci ne respecte pas un certain nombre de traités internationaux ratifiés par le pays. “
” Plusieurs dispositions, y compris la définition même de la discrimination, sont inexactes et confuses, ce qui pourrait conduire à une application exagérée, à des restrictions excessives aux droits de l’homme et à la persistance de pratiques discriminatoires inhumaines, y compris l’esclavage. “
” Nous appelons les autorités mauritaniennes à réviser d’urgence cette loi, afin d’éviter une utilisation désastreuse et une interprétation de celle-ci qui pourrait conduire à de graves violations des engagements internationaux du pays en matière de droits de l’homme “.
Les experts ont noté que la loi n’assure pas une protection claire et adéquate de l’État contre les actes discriminatoires et la violence fondés sur des facteurs tels que la race, l’origine ethnique, le sexe, la langue, la religion ou les opinions politiques. Pourtant, certains actes insuffisamment qualifiés et définis tels que ” l’incitation à la discrimination ” sont passibles de lourdes peines, mettant potentiellement en danger les journalistes, les défenseurs des droits humains et d’autres personnes.
” Bien que nous condamnions fermement toute incitation à la haine et à la discrimination, l’interprétation de certains articles de cette loi pourrait conduire à des dérives graves et néfastes des droits de l’homme et des libertés, notamment concernant la liberté d’expression “, se sont inquiétés les experts.
Les experts ont rappelé que le droit à la liberté d’expression implique aussi le droit et la capacité à exprimer pacifiquement des opinions critiques envers la situation politique et la conduite du Gouvernement ou des agents gouvernementaux.
Une révision immédiate de la loi est essentielle car le Comité des Nations Unies pour l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale examinera le pays en avril, ont ajouté les experts. Ils proposent de fournir toute assistance technique au Gouvernement s’il le souhaite.
Les experts indépendants de l’ONU ont été en contact avec le gouvernement mauritanien pour clarifier la situation.
FIN
Lire:
http://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=22618&LangID=F
Prestation de services
Ah, les soucis de la presse réputée indépendante ! J’évoquais, dans un précédent édito, ceux de « Jeune Afrique » rampant à peshmerguer* pour le pouvoir nouakchottois. Voilà maintenant que la gangrène touche de plus prestigieux titres ! Ce n’est, en effet, pas moins que le « Journal du Dimanche » (JDD) qu’on vient de surprendre à fouiller les poubelles du Palais gris ! Triste. Après avoir vu ses ventes baisser de près d’un quart, compressé son personnel et fusionné ses locaux avec ceux d’Europe 1, JDD complète, comme il peut, sa gamelle. En s’avançant imprudemment à défendre une justice aux mains d’une dictature africaine, assimilée, localement, à une « régie des prisons ». Mais le peshmerguisme à la française est autrement plus fin – et sournois – dans ses méthodes, que son homologue africain…
Petite analyse du texte publié, dimanche 28 Janvier 2018, dans les colonnes de l’édition-papier de JDD. La complaisance envers Ould Abdel Aziz est signée de Pascal Ceaux, « enquêteur expert, spécialisé dans les affaires policières ». Elle débute par un astucieux message subliminal, avec une photo du président de la célèbre ONG Sherpa, maître William Bourdon, en sa tenue d’avocat, « au tribunal de grande instance de Paris », précise le journaliste ; photo suivie, immédiatement, de ce commentaire : « l’association de défense des droits de l’homme est mise en cause pour son rôle auprès de Mohamed Bouamatou ». Tribunal, mise en cause… une affaire judiciaire, donc ? On en est, évidemment, à des années-lumière, mais le suggérer suffit à introduire « l’argumentation » de l’habile scribouillard.
Argumentation au demeurant faiblarde, pour ne pas dire étonnamment frivole, de la part d’un si réputé expert. S’étonner, par exemple, que Sherpa n’ait jamais mentionné Bouamatou, en une seule des quinze pages du rapport de Juillet 2017, consacré à la dégradation, depuis 2013, de la situation en Mauritanie, c’est, à tout le moins, ignorer le fait que le richissime cousin d’Ould Abdel Aziz s’était volontairement exilé de Mauritanie… dès 2010. Preuve, s’il était nécessaire, que l’homme d’affaires était déjà très loin des « bénéficiaires » du pouvoir d’Ould Abdel Aziz qu’il avait, pourtant, très généreusement aidé, lors du putsch de 2008 et, encore sans compter, lors de la campagne électorale de 2009. Ignorance imputable à un manque de professionnalisme, défaut d’informations ou… sélectivité obligée de leurs sources ?
Quoiqu’il en soit, c’est surtout en voulant trop bien faire, au passage des « preuves » de la corruption présumée de Sherpa par Bouamatou, que l’enquêteur de JDD dévoile, sans ambiguïtés, ses accointances privilégiées avec le pouvoir mauritanien. D’où tient-il, en effet, les « 11 308 emails » (sic !) dont il a extrait celui évoquant les aides financières du magnat à l’association ? Mais Pascal, je l’ai souligné tantôt, est habile. Il se contente d’en déduire une « familiarité » entre l’un et l’autre, laissant, à « l’entourage présidentiel », la matraque de l’accusation de « corruption ». Sans cesser, pour autant, de marquer de quel côté du bâton se trouve-t-il, lui, le grand expert réputé objectif. Quel est, en effet, cet « on » qui « dresse portrait du multimillionnaire ? […] Un homme », écrit-il, « qui a profité de sa proximité avec les régimes précédents, tout en dirigeant le patronat local, et qui n’admet pas de ne plus être en cour auprès d’Abdel Aziz » ?
Le clou est pointé ; il ne reste plus qu’à l’enfoncer. Et c’est précisément là que Pascal Ceaux va, lamentablement, se le planter dans la main. Car affirmer que c’est « alors qu’il tente de quitter le pays » (sic !) qu’Ould Debagh « est interpellé par les douaniers […], parvient à s’enfuir à pied » (re-sic !), abandonnant voiture et matériel informatique dont les gendarmes extrairont les fameux emails et autres documents, c’est étaler, publiquement, son incompétence professionnelle ; probablement conjoncturelle, soyons indulgents, attribuable aux seules nécessités de son peshmerguiste et, on le lui souhaite, très exceptionnel emploi.
Manifestement, l’impartial expert n’a pas pris la peine de recueillir la version d’Ould Debagh ou, à défaut, du moindre observateur mauritanien non corrompu par le pouvoir azizien. Il eût ainsi appris que l’homme d’affaires était en mission, routinière, vers Dakar ; a passé, sans encombres, les contrôles de douane et de gendarmerie ; s’est vu détrousser, on ne peut plus illégalement, de ses outils de travail par la police et a dû se résigner à continuer sa route, avant d’apprendre leur exploitation outrancière et malhonnête qui l’obligera à rejoindre son ami Bouamatou en exil au Maroc. Comble de sournoiserie, la parole donnée, pour finir l’article, à maître William Bourdon, rappelant combien « juste est la cause de Sherpa, dans son enquête sur la Mauritanie […] gravement minée par la corruption », n’a d’autre objet que de préparer ce que le piètre matador croit l’estocade : « À Nouakchott », écrit-il, « c’est enquêter sur Mohamed Bouamatou qui paraît légitime ». Pourquoi lui, omet de s’étonner monsieur Ceaux ? Bouamatou, mécène qui soutient l’opposition démocratique de son pays, la société civile nationale et internationale pour l’égalité des chances en Afrique…
Aussi apparemment nuancée, hors contexte, la conclusion hâtive de l’expert policier, s’apparente, bel et bien, après un tel discours, à une facture de… prestations de service. JDD nous en révèlera-t-il le montant ? L’éclat de l’or aveugle bien des compétences.
Ahmed ould Cheikh
* Du mot « peshmerga », expression célèbre détournée, en Mauritanie, pour évoquer ceux qui s’avancent en journalistes pour se vendre au plus offrant.
LE CALAME
FNDU : Déclaration évènements Mauritanie Sénégal
Les relations mauritano-sénégalaises ne cessent de connaître de graves tensions, dues à des incidents douloureux que rien ne peut justifier.
En effet, comment justifier, d’une part, le fait de tirer à balles réelles sur des pêcheurs sénégalais désarmés et tuer l’un d’eux ? Et comment justifier, d’autre part, que les commerces de citoyens mauritaniens paisibles soient livrées au pillage et au vandalisme ?
Les relations entre les deux pays exigent, de la part de leurs autorités réciproques, de faire preuve de responsabilité et de traiter chacune les citoyens de l’autre comme le dictent les règles de bon voisinage, le caractère séculaire des relations entre les deux peuples et l’importance des intérêts partagés par les deux pays frères et voisins.
La Mauritanie et le Sénégal sont tenus, par la force de l’histoire et de la géographie, de s’entendre et de coopérer. Comme tous les pays voisins, aucun d’eux ne peut ignorer l’autre et, qui plus est, aucun d’eux ne peut vivre en paix et sécurité s’ils ne parviennent pas, ensemble, à construire des relations fondées sur la confiance et la préservation des intérêts mutuels.
L’Opposition Démocratique Mauritanienne :
• Tout en reconnaissant le droit de la Mauritanie à préserver ses eaux territoriales, condamne énergiquement l’usage disproportionné de la force qui a conduit à la mort d’un pécheur sénégalais, tout comme elle condamne énergiquement le pillage des boutiques appartenant à des mauritaniens. Elle s’élève contre tout acte et tout agissement de nature à perturber les relations mauritano-sénégalaises et les relations avec les voisins en général.
• Invite les autorités des deux pays à faire preuve de responsabilité, à désamorcer la crise, à privilégier l’intérêt des deux pays sur toutes les considérations particulières et étroites et à œuvrer pour que ce genre d’incidents douloureux ne se répète pas. Elle fait porter aux autorités des deux pays la responsabilité des conséquences fâcheuses qui pourraient découler de toute gestion irresponsable d’une telle situation.
• Exhorte les autorités des deux pays à conclure, dans les meilleurs délais, un accord de pêche qui, tout en préservant la souveraineté et les intérêts de la Mauritanie, renforce les liens de bon voisinage, de solidarité et d’avantages réciproques qui doivent unir les deux pays frères.
• Appelle les forces politiques et sociétales et toutes les bonnes volontés dans les deux pays frères à faire face aux propagandes fallacieuses dont les auteurs tentent d’envenimer les relations entre les deux pays frères.
• Exprime ses condoléances attristées à la famille de la victime sénégalaise et sa compassion aux commerçants mauritaniens touchés dans leurs biens.
Nouakchott, le 29 Janvier 2018
L’Opposition Démocratique Mauritanienne
CRIDEM
Résolution finale: 3ème CONGRES ORDINAIRE d’IRA – Mauritanie DENOMME «Mère HOULEYE SALL »

Au nom de Mère Houleye SALL, dont le fils unique Lieutenant Abdallahi Moussa Sall a été assassiné en 1990 à Inal ;mère Houleye, âgée aujourd’hui de quatre-vingt-douze ans, mène depuis lors le combat pour rétablir la vérité et la justice non seulement pour son fils unique, mais pour tous les martyrs disparus dans la tentative de génocide qui continue à marquer les mauritaniens.
I. Préambule
Au début de l’année 2018, le contexte international se caractérise par la conjugaison de trois nouvelles menaces à la paix, dont l’impact sur la Mauritanie reste inégal :
1. Après l’élection de Donald Trump à la Présidence des Etats unis d’Amérique, les errements de sa diplomatie en Palestine et sa polémique avec la dictature nucléaire de Corée du Nord, le monde entre dans une phase d’incertitude porteuse d’hypothèques graves sur la stabilité du consensus hérité des deux grandes guerres du 20ème siècle et de la décolonisation. La dissuasion atomique s’effrite au profit d’une prolifération accélérée. Du chantage du fort au faible, la polémologie moderne laisse entrevoir la crédibilité de la destruction réciproque.
2. Le défi du changement climatique, que les Etats Unis s’aventurent à nier, ajoute à la déstructuration des équilibres fondateurs de l’ordre international. L’explosion de la natalité en Afrique accentue les conséquences immédiates de la désertification à laquelle le Continent entier s’expose. Les migrations vers l’Europe résultent, à la fois, de l’attractivité du Monde libre mais aussi de l’échec de la gouvernance vertueuse au sud de la Méditerranée.
3. Le terrorisme islamiste achève de plonger l’avenir de l’humanité dans une logique de la régression, aux nuisances fortement sous-estimées. Le néonazisme de l’intolérance et de la brutalité n’en est qu’à ses prémices ; le monde musulman, gouvernements et praticiens du culte confondus, prétend endiguer le péril par une série d’approches trompeuses où prévaut le déni. La plupart des Etats de la communauté islamique se débattent dans la contradiction d’éradiquer l’extrémisme violent, tout en appliquant ses lois et son programme. Entre autres cas, la persécution des objecteurs ainsi que le calvaire des associations féministes en Afrique du Nord et au Moyen Orient soulignent la distorsion tragique entre les sociétés islamisées et la modernité.
II. La Mauritanie d’aujourd’hui
1. Dans cette configuration aléatoire, la Mauritanie et son environnement régional subissent déjà le faix des deux dernières hypothèques et ne paraissent y opposer une réponse, ni d’anticipation, ni de traitement empirique. Notre pays navigue à vue, faute de vision au sommet de l’Etat et d’alternative parmi sa frange lettrée. Le fatalisme, la souplesse morale et la paresse consumériste maintiennent l’élite d’antan dans une attitude de conservation des acquis, sans élan, dépouillée du rêve et de l’imagination fertile qui alimentaient l’instinct séculaire de survie au milieu d’une nature de désolation.
2. En ce contexte de crise de valeurs et de panne dans la faculté de concevoir un devenir fiable, s’enracine l’impératif de la relève historique. Ira Mauritanie, les organisations de défense de la dignité humaine et la minorité consciente au sein du bloc hégémonique incarnent cette alternance et en promettent l’avènement. Telle évolution équivaut à une fatalité de la physique élémentaire, quasiment de même nature que la loi de la gravitation.
III. Pourquoi la refondation ?
Le troisième congrès d’IRA – Mauritanie, après avoir examiné l’état général du pays, a retenu les principaux enjeux de la lutte, pour une citoyenneté inclusive :
1.Du legs honteux
Le Congrès réaffirme le caractère structurel de la poursuite des pratiques d’esclavage et des discriminations afférentes, en ce sens qu’elles dessinent l’identité intime de la domination. Produit d’une confusion originelle entre raison du plus fort et religiosité du plus retors, le racisme mauritanien crée la violence symbolique, les privations de libertés, l’usurpation de biens, l’humiliation et la torture. L’exclusion matérielle et l’inégalité de naissance en constituent la normalité, le fonctionnement rationnel. Les terres arables ou arides appartiennent toujours aux descendants de maîtres, malgré la réforme foncière et domaniale de 1981. Certes, la législation interne s’améliore dans son énoncé mais l’imposture perdure grâce à la volonté de ne pas appliquer le droit. L’adhésion aux instruments internationaux procède, aussi, d’un calcul de dissimulation. Mieux, lorsque la pression des victimes s’accentue, le pouvoir et les factions où il recrute recourent au bouclier de la religion, pour retarder, du moins intimider l’exigence de mieux-être, celle qui donne sens à l’existence. La posture de l’alibi perpétuel derrière le sacré relève, à présent, du réflexe, d’où son usure imminente sous l’effet de l’excès.
2.De la nationalité au rabais
Le silence de l’Etat persiste, face à l’impunité des auteurs de crimes de sang, déportations et disparitions, exécutés aux motifs de la race et de la culture non-arabes. Le compromis à l’œuvre dans le pays tend à se consolider, sur la foi de cette immunité ; de surcroît, la majorité des forces politiques et religieuses y consent, désormais. Pourtant, au-delà de considérations éthiques, l’histoire de l’espèce humaine nous apprend que rien de stable ne s’élève sur le mal fait aux innocents. C’est cette triple injonction de la mémoire, du rappel et de la réparation qu’IRA – Mauritanie se doit de perpétuer, pour l’ambition de l’unité nationale. Il n’y a pas de cohésion, non plus de fraternité quand l’un opprime l’autre et lui enjoint d’oublier. Aliénés, en voie d’assimilation et leur sol usurpé, les compatriotes négro-africains mettront beaucoup d’années à sortir du statut de citoyens de troisième zone. Dans l’épreuve, leur pays ne sut leur témoigner la solidarité requise par l’âpreté de l’agression.
3.Des violations de l’intégrité du corps
Le recours à la torture – y compris en privé – et la banalisation des mauvais traitements durant la garde à vue et l’emprisonnement, atteignent un niveau tel que la Mauritanie figure en tête de la liste des rapports et enquêtes ad-hoc, d’experts des Nations unies. Le cas récent du dénommé Ethmane Ould Brahim le prouve assez, un noir en conflit avec la loi s’expose davantage aux sévices et lynchage, explicitement accompagnés d’insultes à caractère raciste. Le refus de ratifier des traités permissifs, l’inflation d’articles portant application de la peine de mort et l’aversion à la Cour pénale internationale (Cpi) participent d’un chauvinisme négrophobe, hostile à l’Occident et résolument fécondé par l’inclination à l’extrémisme violent. La Mauritanie d’aujourd’hui s’enfonce dans le fantasme de la pureté essentialiste et y dissout ses traditions, son âme et la tranquillité de ses habitants.
4. De la liberté rudimentaire
Sur un plan plus politique, même si une réelle faculté d’expression semble s’instaurer après des décennies de régime militaire, certaines période de crise favorisent les arrestations arbitraires et les détentions hors procès, de longues durée et au secret ; dans la plupart des situations observées jusqu’ici, le trouble à l’ordre public s’avérait mineur, donc en disproportion au châtiment. Souvent, la sanction visait à restreindre puis punir l’aspiration au droit de manifester. Les prisons de Mauritanie n’offrent, au détenu, fût-il de droit commun, les conditions minimales de salubrité et de santé. La personne s’y dégrade et son humanité s’estompe, pour le restant de ses jours.
A titre d’illustration, la séquestration de nos militants Moussa Bilal Biram, Abdallahi Maatala Saleck, du sénateur Mohamed Ould Ghadda et du sergent Mohamed Ould Mohamed Mbareck, autorise de sérieuses inquiétudes sur la détermination du pouvoir à les briser. Les poursuites, sous le régime de la liberté provisoire, n’épargnent des parlementaires, des journalistes ; des mandats d’arrêts contre des opposants à l’extérieur, tels Mohamed Bouamatou et Moustapha Limam Chafi participent à compromettre le consensus national et la perspective d’une alternance apaisée en 2019, échéance du second et dernier mandat de l’actuel Chef de l’Etat.
5. Du détournement des institutions
La recrudescence des atteintes aux libertés de presse, d’association et de conscience érode la relative crédibilité du modèle de pluralisme en Mauritanie ; de facto, la gendarmerie, la police et le magistrat aux ordres disposent d’une marge de manœuvre en constante extension. A tout moment, ils peuvent interpeller, convoquer et mettre à l’écrou, sur la base d’une présomption à peine étayée. A ce potentiel d’abus s’ajoutent d’autres armes sans recours ni contrepoids ; envers le capital privé, le pouvoir du moment use du redressement fiscal et exerce, contre toute velléité d’indépendance chez le fonctionnaire, la menace du licenciement sec ou du contrôle de gestion. Pour accorder à cette prérogative, l’onction de l’acceptable, le cursus de cooptation ethno-tribale avait prévu le recrutement massif des médiocres et l’abolition conséquente du mérite. Retombée de la faillite de l’enseignement après le triomphe du populisme sous le régime des juntes, la culture du faux n’épargne les diplômes, les curriculum vitae et même la généalogie. Autant la fabrication de pseudo ancêtres infeste le champ du privé, mêmement la contrefaçon imprègne les divers échelons de la fonction publique et s’étend à la médecine. Hubris et trivialité tracent ainsi l’architecture d’un mode de vie sans cesse tiraillé, de la compétition pour l’excellence en tout à l’exercice permanent de la fraude. Le mauritanien contemporain excelle dans l’art de se mentir à lui-même. La schizophrénie devenant sa boussole sur un chemin de perdition dont il ne perçoit l’horizon, il s’adapte à tout, déjoue la rationalité et transmet, à sa progéniture, l’appétence du raccourci et la passion du court terme.
6. De la prévarication
La corruption ronge la sphère de l’Etat, réduisant ainsi l’efficience des politiques publiques mais il s’agit, in fine, d’un ensemble de normes antimorales et de pur ménagement, qu’exige la reproduction de l’hégémonie en cours. Loin de signifier une exception réformable en Mauritanie, voler le bien collectif, récompenser l’incurie et s’assurer une prébende sans effort, ressortissent des mœurs nécessaires à l’allocation préférentielle des ressources. Le dispositif ne saurait perdurer, encore moins continuer à entretenir ses milices gardiennes du statu quo ante, sous les seules auspices d’une République du droit. La paix dans l’injustice se paie en privilège, faveur et dérogation. Déjà, la découverte de gisements d’hydrocarbures en mer aiguise la tentation de s’éterniser au pouvoir et complique le lien avec le voisinage immédiat. La diplomatie de la Mauritanie se résume, maintenant, à une succession hystérique de susceptibilité et de crise de nerfs qu’accentue la propension infantile à changer d’alliance.
7. De l’urgence
Des attendus précédents, le Congrès constate la pertinence et l’utilité d’une rupture radicale d’avec une cité incapable d’assurer, à ses membres, le sentiment de participer à une œuvre commune; il est impensable que la Mauritanie prospère plus longtemps dans un tel degré de mépris à l’endroit de ses ressortissants, voire de l’étranger de passage. La misère, l’obscurantisme, le fanatisme et le repli réfractaire au reste du monde ont façonné une mentalité du pire dont la théocratie liberticide demeure l’unique perspective. Envers et contre la dérive, pour un pluralisme du partage, de l’équité, du bonheur terrestre et de la diversité dans le métissage, le Congrès atteste :
– Compte tenu de la censure imposée aux courants de l’audace et du renouveau, Ira accorde, à ses adhérents et sympathisants, le bénéfice – extraordinaire – d’une autorisation à concourir en candidat indépendant, pour incarner une autre Mauritanie, lors des prochaines élections municipales, législatives, régionales et du Président de la république.
– Biram Dah Abeid reçoit mandat délié, aux fins de promouvoir une large concertation avec les partis, la société civile et le commandement des forces armées et de sécurité, en vue d’accélérer la réconciliation des mauritaniens, avant le vote et parvenir à une entente solide, sur les règles de l’impartialité, dans le strict respect de la Constitution.
Votée, à Nouakchott, le 28 janvier 2018
le calame





