Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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FLAMNET-RÉTRO: L´INVITÉ DE FLAMNET: SAMBA THIAM

Dans le cadre de la rubrique “RETROSPECTIVE” nous  revisitons le passé. Aujourd’hui nous vous proposons la rediffusion de cette interview  du Président Samba Thiam -président des FPC accordée à flamnet le 02 Aout 2009.

Bonne lecture. 

  

 

Nous sommes pour beaucoup dans ce qui change positivement et dont certains s’adjugent la paternité. Nous ne disputerons les honneurs des victoires à personne, mais si les FLAM n’existaient on n’en serait pas là. Le plus important est de mettre en échec ce plan machiavélique de dénégrification de la Mauritanie, conçu par les nationalistes arabes racistes. Tout le reste devient secondaire face à cet objectif!  

 

 

Le Président des FLAM met les pieds dans le plat. Et ça déménage. Des vérités qui crépitent, dru. Des vérités jusque-là tues. Dans le brouhaha généralisé, où laudateurs incorrigibles, agiles accommodateurs et opposants invétérés disaient tout et son contraire, Samba Thiam avait préféré laisser les crieurs s’essouffler. Maintenant, il dit tout sur tout. Le but, rétablir la vérité et rabaisser le caquet aux conjecteurs. Tant pis pour les convenances. Seuls comptent la Mauritanie et les principes.

Cette crise, paradoxalement, a ceci de positif en ce qu’elle a permis aux Mauritaniens de se découvrir. Les mythes, les préjugés et aussi les masques sont par terre. On sait désormais qui vaut quoi et qui est où. Les barrières traditionnelles ont bougé. Le grand mythe de la mouvance négro- africaine est fortement ébranlé. Mais le Président des FLAM ne perd pas espoir. Le destin de la cause appartient à la jeune relève lasse de patienter dans l’anti-chambre. Elle ne doit plus se dérober, au risque de laisser la vieille garde finir d’effilocher irrémédiablement l’héritage sacrificiel. Pour des considérations “crypto-personnelles”, regrette le Président. Qu’elle prenne donc ses responsabilités. Voilà un message on ne peut plus clair.

Le Président avec le sens de la formule dont il a le secret, campe les principaux acteurs du moment. Aziz, un putschiste récidiviste, certes, mais les urnes ont parlé. Apparemment. Il faut lui accorder la chance de la rédemption, et l´attendre au pied du mur. Saar, un intime adversaire; il n’a pas su apprécier à sa juste valeur le poids de ses responsabilités historiques dans la consolidation de la mouvance. Messaoud, la découverte. C’est son alter-ego, partageant le même tempérament, “chaud”, (aime-t-il à confier), la même intransigeance face aux principes et aussi le refus de la compromission. L’avenir dira si les effets de la découverte iront au-delà de la “sympathie”.

Un entretien intense de franchise avec un homme qui se livre tel qu’il est, direct, spontané. D’analyses politiques pointues, en révélations fracassantes, voilà l’avant-goût des “mémoires” d’un président des FLAM que la légende avait trop vite fait de figer dans la peau d’un résistant austère mais qui se révèle aussi être un intellectuel à l’immense culture générale.Bref, le président a la parole: Entretien….

FLAMNET: Maintenant que l’élection du Général Ould Abdoul Aziz parait définitivement acquise et acceptée presque unanimement, et que la crise politique nationale semble se résorber par ce fait, quelles analyses faites-vous de ce qui s’est passé?

PRESIDENT: Il n’est pas toujours aisé de cerner les contours d’une situation à laquelle vous n’avez pas été directement impliqué. Voilà pourquoi ma perception des choses, dans le cas qui nous occupe, restera nécessairement incomplète, voire imparfaite. Si je devais donc me hasarder à décrypter l’imbroglio de ces élections, je dirais en raccourci que la chose s’est jouée sur fond des rapports de force, qui ne furent pas à l’avantage de l’opposition, c’est certain. Le dénouement de la crise aboutit à la légitimation du putsch, au finish ! Si nous suivons la chronologie des événements, nous devons reconnaitre que le général a manœuvré, habilement, tout le long de la crise .

D’abord en jouant sur la division de l’opposition, pour avoir maintenu Ould Daddah en laisse, sans jamais le laisser deviner ses intentions – secrètes – jusqu’aux Etats généraux; il a réussi à retarder, le plus longtemps possible l’unité d’action de cette opposition.

Et quand cette opposition se regroupera enfin, après moult hésitations et tergiversations de Ould Daddah, le général a déjà une longueur d’avance: il est en pleine campagne, mettant la pression à un degré supérieur sur une opposition qui, craignant alors de tomber dans le piège du boycott de 1992, a été contrainte de revoir ses ambitions à la baisse ; Il ne s’agissait plus de rejeter le putsch mais de retarder l’échéance du 6 juin, afin de ne pas se faire marginaliser. Ce qui équivalait en fait déjà à une reconnaissance implicite d’Aziz. Aller donc aux élections à tout prix, même de la manière la plus bâclée et la plus risquée! Les accords de Dakar, avec leurs pièges et leurs zones d’ombre, habilement manœuvrés par le président Wade, qui n’a jamais caché son indulgence pour le putsch, dans la situation de lassitude intérieure et de l’impatience de la communauté internationale, ces accords donc apparaissaient comme un prétexte pour sauver l’honneur à une opposition à court d’initiatives. Au terme de ces accords le Général ne cédait sur rien d’essentiel; juste sur un point d’honneur, le retour symbolique de Sidi qui constituait, disait il, “une ligne rouge”. L’essentiel, c’est-à-dire le contrôle de l’Appareil administratif,- du 1er Ministre au chef d’arrondissement en passant par gouverneurs et préfets -, le contrôle des médias publics, la date, si rapprochée, presque impossible à tenir, toutes choses que l’accord protégeait, tout jouait en défaveur de cette opposition.

De concession en concession « pour la paix civile » ce qui donc devait arriver arriva, c’est -à-dire la victoire du Général, avec des fraudes certainement importantes, mais si subtilement accomplies que les observateurs internationaux n’y virent que du feu.

Ma conviction est que si nous sommes arrivés à ce dénouement, c’est essentiellement parce que l’opposition n’était pas résolue à aller jusqu’au bout à l’action. Je veux dire à la confrontation directe, un face à face. Cette opposition a misé, pour l’essentiel, sur l’action extérieure, sur les sanctions qui ne viendront pas parce que, là aussi, les alliés secrets du Général avaient su être efficaces. Or, l’on sait que partout où l’opposition a été prête à en découdre, le compromis a été plus ou moins acceptable. Là, elle s’était presque rendue, avec armes et bagages, ce que le groupe de contact avait du reste compris, intronisant doucement un putschiste, agrippé de toutes ses forces au pouvoir parce que jouant, il est vrai, sa tête.

En résumé le Général est venu, s’est assis, nous soumettant par le fer, seule une confrontation directe et sans recul pouvait l’enlever de là, mais cette option là, nous le savons tous, ne fut jamais le penchant des tenants du « compromis- processuel ». Ce qui risquait d’être perdu ici, avec le Général, ce sont les acquis du « printemps de liberté » auquel nous avions pris goût, qui nous permettait d’exprimer nos idées, ou même d’insulter, sans nous faire embastiller; les libertés et les Généraux font rarement bon ménage.

Le dénouement de notre crise appelle des questions qui interpellent sur le devenir même du continent; Aidait-on ainsi l’UA à se sortir du cycle infernal des coups d’Etat? Et L’UA elle-même aidait-elle le continent en épaulant le genre Al Bashir ? C’est toute la question !

FLAMNET: Pensez- vous que le Général Aziz puisse combattre le racisme d´Etat en Mauritanie ?

PRESIDENT: Vous avez mis le doigt sur la plaie, en évoquant ce problème.
Le problème fondamental de la Mauritanie demeure cette discrimination raciale que nous appelons aussi racisme d’Etat, pour menacer l’unité, voire l’existence même du pays !
Voilà pourquoi nous pensons que ce problème devrait figurer comme priorité absolue pour tout celui qui a en charge le destin de notre pays, y compris donc Aziz.

Oui, pour répondre enfin à votre question.

Oui, si Aziz le veut il le peut à condition bien sûr qu’il rejette toute alliance avec les nationalistes arabes chauvins et racistes, ceux-là mêmes ayant inspiré et nourri ces politiques nocives depuis 40 ans. Oui s’il n’a pas, par derrière lui, tous ces pseudo progressistes. Pour l’instant, en tout cas, il bénéficierait d’un préjugé plutôt favorable; le parti Sawab- ce repaire du Baas – aurait migré vers Ould Daddah et les Nassériens sont restés ailleurs.

S’il le veut il le peut, dis-je, pour disposer de deux ou trois atouts majeurs : l’Armée, aujourd’hui, derrière lui, un passé plus ou moins propre, dans les événements tragiques survenus entre 1986 à 1990, le tempérament et le cran qu’il faut pour cela. Si Aziz se décidait à aborder et à résoudre ce grave et douloureux problème, l’histoire, certainement, retiendrait son nom, pour l’éternité, pour avoir rendu le plus grand service à ce pays

FLAMNET: Nonobstant toutes ces réserves, Aziz est là, bien en place. Si vous devez donc le toucher d’un mot quels Changements lui conseilleriez-vous?

PRESIDENT: Avant d’aller à un changement, il faudrait d’abord prendre lucidement conscience que la voie choisie jusque là est dangereuse et ne mène nulle part.
Une fois cela fait, je pense que le changement pour être réussi, devra reposer sur un certain nombre de lignes directrices ou principes, par une vision nouvelle de l’unité nationale, les idées -forces qui doivent la fonder, dans la redéfinition de l’Identité du pays, le respect des identités respectives, le profil des hommes à choisir, etc.

Ainsi donc, nous aurons besoin de recentrer nos rapports mutuels dans le sens du respect réciproque, les alignant sur le principe « qu’aucune minorité ne devra dépendre de la générosité de la majorité pour avoir ses droits ».
Notre vision de l’Unité nationale devra, également, radicalement se modifier. Jusqu’ici la notion que nous avons de cette Unité nationale a été réduite ou assimilée à l’unitarisme plutôt qu’à l’unité dans la diversité; on a cherché à unifier et non pas à unir.

Par cette volonté d’uniformisation, à tout prix, on a cherché, en fait, à détruire consciemment l’autre personnalité négro-africaine de la Mauritanie. Or, comme affirmait J H Griffin, chercheur en milieu Afro – américain du sud des Etats -Unis, « personne, pas même un saint, ne peut vivre sans le sentiment de sa valeur individuelle. De tous les crimes, c’est le plus odieux, parce qu’il détruit (jusqu’à) l’esprit et le désir de vivre ». Pour tous les mêmes droits et les mêmes lois, sans exception aucune, voilà les conditions pour jeter les bases d’un changement réel du futur.

Sur la base de ces principes qui fondent l’Etat de droit respectueux des libertés fondamentales, nous amorcerons alors un nouveau départ, dans un vaste mouvement d’ensemble bien compris, dont le lit majeur serait la jeunesse, réservoir approprié, dans notre futur choix des hommes. Il nous faut des hommes neufs et jeunes, en rupture totale avec l’emprise de la vieille génération source du naufrage de nos rêves et de nos illusions passées d’une Mauritanie fraternelle et riche de sa diversité.

Des hommes pilotes, propres et jeunes, soucieux du devenir en commun, conscients des enjeux du changement indispensable, nourris d’un idéal élevé, peu portés vers l’accumulation de biens matériels, détachés du carcan tribal ou ethnique qui emprisonne . C’est pour dire, en conclusion, que nous ne pouvons avancer sans le rétablissement de la grande Justice. Cette Justice qui symbolise l’équité, l’égalité; cette égalité des chances et des droits qui devra imprégner tous les actes de gouvernement, dans tous ses démembrements.

FLAMNET: Comment concrètement souhaiteriez-vous voir matérialisé ces principes généraux ?

PRESIDENT: Nous l’avions élaboré dans notre plate-forme , dont je résume les axes :

Redéfinir l’identité du pays, par l’affirmation du caractère bi-racial et multiculturel de la Mauritanie,(La Mauritanie arabe et négro-africaine, -et non pas « africaine, ce qui en fait ne veut rien dire, j’y reviendrai un jour- ),

La reconnaissance de l’égalité de toutes nos nationalités et l’affirmation de leur égalité devant l’emploi et la justice, avec son corollaire, c’est-à-dire, la reconnaissance de l’égalité de toutes nos langues et cultures nationales et leur égal droit à la promotion, l’abolition de l’esclavage. ( Je note au passage qu’en Afrique on a tendance à reconnaître les langues nationales , mais sans reconnaître les peuples qui les parlent comme Nationalités avec tous leurs droits) .

Ces principes à inscrire dans la Constitution devront être complétés par des mesures de bon sens, telle que la nomination équilibrée dans les grands postes de la République, et l’élaboration de critères légaux pour la promotion et l’équité dans le recrutement de la fonction publique.

Dans cette même plate forme nous recommandions aussi qu’après un débat de fond sur ces questions là, des états généraux, de l’Education, de l’Administration et de la justice, de l’Economie et de l’Armée, fussent organisés, afin que tout se redressât dans un même élan !

FLAMNET: On a remarqué que le candidat issu de la communauté Négro-mauritanienne n’a pas fait un bon score. Faut-il en conclure qu’il est encore prématuré qu’un Négro-mauritanien soit président de la République de la Mauritanie, après l’intermède de l’actuel président du Sénat ?

PRESIDENT: Je voudrais répondre à votre question en commençant par la fin, par le président intérimaire.
Je ne crois pas que ceux qui l’ont placé là pour les besoins de leur propre agenda l’aient jamais pris vraiment au sérieux. Il aurait dû mériter plus; mais il faut reconnaitre aussi qu’il n’aura rien tenté pour marquer son passage à la présidence.

Concernant maintenant le score de celui que vous qualifiez de « candidat des négro- africains », je dois d’abord vous rappeler qu’il n’y en eut pas un mais plusieurs, du moins au regard des proclamations et professions de foi entendues ici ou là, en 2007 comme en 2009.

Maintenant si vous faites allusion à celui qui bénéficia du meilleur score parmi eux, en l’occurrence Ibrahima Moctar Sarr, je pense que son recul tient à plusieurs facteurs:

Le premier renvoie, à mon avis, à l’attitude de la personnalité elle-même qui a crû pouvoir se passer de l’apport de ses alliés naturels et de ses sympathisants. Certains propos, mal placés, que lui prête la rumeur, tenus, semble-t-il, au cours des meetings de campagne, ont dû fortement le desservir. En laissant publiquement entendre qu’il n’avait besoin de l’aide de personne, il s’aliénait un bon nombre de ces sympathisants. Grisé par les 8% de 2007, Ibrahima Sarr n’a pas su comprendre qu’ils avaient été le fruit d’un travail collectif, souterrain, de groupes. Il se sera surestimé, oubliant que la meilleure arme d’un leader c’est d’abord l’humilité.

Le deuxième facteur de sa baisse de score tient au contexte particulier de ces élections.

Mr Sarr, en bon démocrate, s’est rangé, de facto, du côté des putschistes, alors que ses partenaires naturels ont choisi le camp anti- putsch. Ceux qui devaient tirer dans la même direction se retrouvèrent alors ramant en sens contraire.

Cet aspect des choses, ajouté à la position officielle très controversée de AJD/MR face au putsch militaire au sein même de ses partisans, contribua, sùrement, à la baisse drastique constatée.

Dernière raison enfin et non des moindres, l’éclatement du parti suite à l’échec de sa direction politique à trouver une solution consensuelle ou médiane face au putsch militaire.
Voilà ce qui je crois, explique la baisse de performance de IMS, comme aiment à l’appeler ses fans !

Maintenant pour revenir à l’aspect essentiel de votre question qui était de savoir « s’il n’était pas encore prématuré qu’un Négro mauritanien soit président de la République de la Mauritanie », je réponds, sans hésitation, oui !

Oui, cela me semble tout à fait prématuré, à cause de la nature du Système en cours en Mauritanie, qui verrouillait, pour l’instant, toute possibilité dans ce sens. Je m’explique :

Supposez que vous et moi, appartenant au même foyer familial élargi, décidions de compétir, pour le titre de ?’Chef de famille”. Pour que nous ayons les mêmes chances, au départ, il faudrait que vous et moi nous nous reconnaissions, mutuellement, les mêmes droits dans cette concession n’est ce pas ? Et qu’ensuite ces mêmes droits puissent nous être reconnus, vous et moi, de manière impartiale, par les autres membres de la famille, ceux-là mêmes appelés à choisir n’est-ce pas ? Dès lors qu’il y a inégalité de départ à ce niveau, il est clair que la compétition devient biaisée, forcement, pour avantager un des prétendants au titre !

Ce sont ces données égalitaires essentielles, de base, qui n’existent pas dans cette grande maison qu’est la Mauritanie, pour transposer mon exemple à ce pays. L’Etat,- cadre dans lequel devrait se situer notre compétition – n’est pas perçu comme s’il nous appartenait à tous, Noirs et Arabo-berbères, avec les mêmes droits. Une idéologie, plus ou moins dominante, plus ou moins acceptée, véhicule l’idée que la Mauritanie est arabe. Exclusivement, et rien d’autre. Et s’il se trouve que les tenants d’une telle idéologie contrôlent l’appareil politique et administratif, l’appareil militaro-sécuritaire, comment voudriez vous, dans de telles conditions, qu’un candidat Négro-mauritanien puisse passer le cap de la présidence ? Utopie pure et simple d’une telle éventualité n’est-ce pas ?
Voilà pourquoi certains slogans de campagne, mal choisis à mon avis, me font à la fois rire et pleurer ! « Ina wona !» « c’est possible ! » entendez, moi Négro- africain je peux gagner la Présidentielle! « je vais battre Aziz !».

Ils font rire, pour donner l’impression que le candidat (négro-africain) les scande pour surmonter son angoisse, pour se donner du courage devant l’impossible épreuve …dont il est convaincu, en son âme et conscience, qu’il ne peut surmonter! Il est vrai que le pré-conditionnement psychologique existe, et même marche quelque fois; on en voit parfois l’illustration concrète dans certaines compétitions sportives ; mais pas dans ce cas ! .on n’est pas sur le terrain du sport, ici !

Ces slogans font aussi pleurer parce qu’ils pourraient envoyer des messages brouillés sur notre réalité en donnant l’illusion de succès à une bonne partie de notre peuple, au point de se satisfaire du peu ( comme c’est le cas maintenant avec la glorification des 4e et 5e places, qui ne reflètent certainement pas ce que devrait être nos ambitions au sein de notre pays), en même temps qu’ils désinforment sérieusement l’opinion internationale et tous ces braves observateurs étrangers, déjà complètement égarés devant notre subtile et complexe réalité, en leur faisant croire que notre Démocratie en est vraiment une, qu’elle consacre à tous les mêmes chances et les mêmes droits, rigoureusement, alors qu’il n’en n’est rien !.

Là où il y a déni de citoyenneté pour les uns(Négro-africains), et déni d’humanité pour les autres (Haratine-Abeids-ou esclaves) l’on ne peut parler de Démocratie.

Je crois deviner la question qui doit vous brûler les lèvres: alors quoi ? Si cette démocratie n’est pas celle qu’il faut, et la lutte armée pas envisageable, alors quoi ?

Je repondrais en disant qu’il faudra continuer, continuer la pression et encore continuer, nourri de l’optimisme de Sam Cooke. Il s’agit de cet African – américain qui, pour défier les lois de ségrégation raciale en vigueur aux Etats-Unis, pénétra dans un Motel reservé aux Blancs (whites only); il fut arrêté et jeté en prison; libéré, il composa alors un chant dédié au « Changement » dont je vous livre le refrain; « it’s has been long, long time coming, but I know is gonna come.O, yes it will ! ».
Pour la Mauritanie aussi je nourris cette même conviction; le Changement viendra. Ca sera long, long à venir, mais il viendra !

FLAMNET: Revenons un peu en arrière, M. le président, si vous le voulez bien, sur les reproches faits à notre organisation. Certains se posent des questions, pourquoi les FLAM qui ont toujours refusé d’intégrer le processus démocratique s’engagent-elles subitement après le coup d’état du 6 août pour réclamer le retour du Président sidi Ould Abdallah? Quelles étaient les relations entre les FLAM et le Président déchu ?

PRESIDENT : Cette question a fait l’objet de polémique que je trouve absolument sans objet.

En effet, il n’y aucun lien entre notre position face au processus démocratique et le retour de Sidi ? Notre démarcation du processus devrait- elle nous lier les mains, nous empêcher même d’apprécier les situations internes ? Certainement pas ! Sidi a été amené par les électeurs internes, qui lui ont reconnu sa légitimité, y compris ceux qui, maintenant, le critiquent et qui se désavouent. Devrions-nous, aux FLAM, nier la réalité de son élection, de sa légitimité en dépit de l’avis unanime de tous? Il ne faudrait pas quand même pas nous demander de vivre sur la lune !

Enfin Sidi, est venu et a agi, en posant des actes significatifs de haute portée, sur lesquels je n’ai pas besoin de m’appesantir, actes qui recoupaient, du reste, nos revendications; pourquoi ne devrions-nous pas alors réclamer le retour de quelqu’un qui servait nos intérêts politiques? Ceux qui s’opposaient à son retour, ne le faisaient-ils pas par intérêt ? N’est ce pas parce qu’ils pensaient qu’il « n’était pas bon » .pour leurs intérêts ? Cette manière de voir est tout à fait stupide!

Enfin, ceux qui l’ont enlevé interrompaient brutalement et en toute illégalité un processus de normalisation de la vie politique nationale (retour des déportés, avancée des libertés publiques…). En plus, ils étaient des inconnus pour nous (du moins leur passé les situe dans le cercle de protection de Ould Taya pendant ses années de turpitude sanguinaire), nous ne savions rien de leurs intentions ou de leurs objectifs pour le pays. Avec Sidi au moins nous savions où il allait ! C’est aussi simple que ça, seule cette loi de l’intérêt était en jeu ! Nos relations avec lui étaient des relations simples, basées sur la considération et le respect mutuels en tant qu’acteurs politiques également soucieux de l’unité nationale de notre pays, et sur rien d’autre.

FLAMNET: Dans ce cas, pourquoi les FLAM ne se sont-elles pas engagées ouvertement et officiellement à la présidentielle du 18 juillet en soutenant un candidat, par exemple ?

PRESIDENT: Notre ligne politique, à nos jours, est une ligne de réserve vis-a vis du processus démocratique, que nous estimons vicié à la base. Ce que j’ai déjà expliqué !

A partir du moment donc où nous nous défions de ce processus en général, nous ne saurions soutenir officiellement un candidat sans apparaître incohérents. Maintenant le jour que nous intégrerons ce processus, malgré les réserves, par notre redéploiement à l’intérieur, alors et alors seulement nous serons dans une situation de compétition plus active, jugeant de soutenir celui-là ou celui-ci!

FLAMNET: Parlons-en justement de l’avenir des FLAM ! Comment le voyez-vous?

PRESIDENT: Les FLAM dérangent beaucoup, visiblement. Elles font aussi encore peur, terriblement, même à l’extérieur. Elles dérangent je crois, parce que ceux que nous combattons à l’intérieur ont compris que nous les avons compris !

Quand au cours de cette campagne électorale, j´ai vu pousser, ça et là, comme des champignons, des comités de soutien à X ou Y, j’ai compris combien nous inspirions, encore, crainte et frayeur ! Ma conviction a été et demeure que l’Organisation ne se “massifiera” pas de sitôt, et qu’elle devra reposer sur un noyau, dur comme l’acier. La répression a laissé des séquelles et des traces profondes dans les esprits .Mais globalement elles se portent encore bien.

FLAMNET: Venons-en maintenant aux relations entre les FLAM et l’AJD/MR, objet de toutes conjectures. Malgré tout ce que vous avez dit sur le processus, les gens se disent que les FLAM auraient dû quand même soutenir l’AJD/MR pendant ces élections.

PRESIDENT: Oui, j’ai remarqué, que cette question était devenue récurrente, quelque fois formulée avec une pointe d’irritation ou de frustration.

Il est vrai que les FLAM partagent avec l’AJD/MR rigoureusement les mêmes objectifs, un même discours, pensé, conçu, et théorisé, par les FLAM (rendons à César ce qui appartient à César. Ko jom boru loppata boru-mum !). Seulement la problématique, ici, ne se situait pas à ce niveau, le discours ou les objectifs n’étant pas en jeu. Ce qui était en jeu c’était l’appréciation d’une situation, conjoncturelle, non sans conséquences.

Il s’agissait, en fait, plutôt d’un positionnement face à une question de principe : fallait- il, oui ou non, soutenir un putsch contre une démocratie balbutiante, même très imparfaite, mais prometteuse?

C’était toute la question !

Nous, les FLAM, nous choisîmes, nettement, le camp de la Démocratie, l’AJD/MR adopta, quant à elle, une position de ni oui, ni non, basculant, de facto, dans le camp du Général. Cette réalité nous transforma donc en adversaires, conjoncturels il est vrai, mai en adversaires tout de même. Dans ces conditions, vous le comprenez, les FLAM ne pouvaient pas, sans risquer de paraître inconséquentes et incohérentes, accorder leur soutien à un parti qui, de facto, se situait du côté de l’adversaire. Ensuite, c’est certainement le plus important, personne ne s’est jamais peut-être demandé si l’AJD/MR et leur candidat avaient sollicité notre soutien ou même s’ils en avaient besoin. Malgré notre disponibilité pour la concertation entre nos organisations politiques, ils n’ont jamais exprimé le désir de se concerter avec nous. L’exemple le plus récent de ce manque d’intérêt est la dernière visite de Ibrahima Sarr aux USA où il savait pouvoir nous trouver pour débattre de ce qui nous liait et aussi de ce qui nous opposait, pourquoi pas. Nos efforts d’ouverture et de main tendue n’ont trouvé aucuns échos en retour de leur part.

Il roulait pour le putschiste et le soutenir reviendrait donc à soutenir le putsch que nous combattions. Enfin, il est bon de préciser que, de manière officielle, nous n’avons soutenu personne, même si notre sympathie allait vers Messaoud. Mais pour résumer, disons que notre argument essentiel était que Ibrahima Sarr ne pouvait pas passer, car le Système s’y opposait.

FLAMNET: Certains qui se réclament de la mouvance Négro -africaine déplorent le manque d’unité entre AJD/MR et FLAM. Y a-t-il des contentieux entre les responsables de ces deux mouvements, ou autres relations conflictuelles depuis Walata?

PRESIDENT: Je crois, à cause de l’intérêt grandissant de la question, qu’il ne serait pas mauvais de revenir, largement, en arrière, tant sur les relations de deux organisations, que sur les rapports personnels entre les dirigeants, que nous sommes.

Je parlerai ici sous le contrôle des témoins historiques.

D’abord il me semble important de préciser, que les relations de coopération entre l’AJD-canal historique et les FLAM, ont toujours été bonnes, même très bonnes, sans nuages aucun, pendant plusieurs années. Les choses vont commencer à se gâter, de manière subite, avec AJD/MR. Allez donc demander à leur leader actuel les raisons d’un tel changement, parce qu’à notre niveau, nous sommes tout aussi perplexes que le public?

Personnellement j´ai surtout connu et côtoyé Ibrahima Sarr en prison, partageant, à Walata, la même chaîne aux pieds.

Nous nous sommes retrouvés au Sénégal que j’avais gagné, sans attendre pour honorer un engagement pris depuis la prison d’aller insuffler la lutte à partir de l’extérieur, dès notre sortie de prison, en décembre 1990. Quand il s’y rendit en 1991 pour voir, je suppose, sa maman à Bokki, je lui rendis visite, parcourant près de 20 km à pied, traversant deux cours d’eau, entre Aeré- law et Bokki. Nous discutâmes longuement dans la nuit, et j’eus même à lui proposer de céder volontairement, ma place, au sein de l’Organisation, pour emporter son adhésion à rejoindre la résistance.

Le lendemain matin il me raccompagna jusqu’à la lisière du village où nous nous quittâmes. Lorsque Je parcourus à peu près une centaine de mètres, je ressentis comme un regard peser sur ma nuque; je me retournai alors et le vis au loin, debout immobile sur la place, qui me regardait fixement cheminer, comme pour graver ma silhouette dans sa mémoire. Puis je repris ma route sans plus me retourner.

Notre discussion n’ayant pas abouti, nous nous séparâmes donc en bons camarades, repartant chacun, vers d’autres horizons. Le climat entre lui et l’Organisation, et partant ses responsables, va se détériorer, quelques années plus tard, par ses prises de position négatives, très critiques à l’endroit des FLAM. Cela commença à travers des articles et des interviews, où il attaquait les FLAM dont il se démarquait, pour ne pas dire qu’il reniait; puis cela continua dans l’hostilité de ses rapports avec quelques camarades de l’intérieur, au sein de l’Alliance- (AMN), restés sympathisants, ce qui finira par la purge ultérieure de l’AC de tous ces éléments qu’il indexa, les soupçonnant d’être proches des FLAM.

Et comme l’histoire recèle de ces petites ironies, ce sont ces mêmes éléments qui le tirèrent de sa traversée du désert, pour en faire, aujourd’hui, un leader politique connu !

La même phobie de l’infiltration des FLAM devait refaire surface dans la première crise de l’AJD/MR .

A la veille des élections présidentielles de 2007, nous tentâmes de le joindre, comme du reste nous le fîmes avec Ba Mamadou Alassane, pour concertation, à propos de l’attitude commune que nous pourrions adopter, face aux élections en perspective; il se déroba, à l’opposé de Mr Ba.

Quand il récolta ses 8%, j’eus toutes les peines du monde pour le joindre, parce qu’il s’y refusait. C’était pour le féliciter, mais surtout l’inviter à coordonner pour déterminer, ensemble, une stratégie commune, face à Daddah ou Sidioca qui pourraient, éventuellement, nous solliciter tous les deux, mais séparément. Je m’entendis répondre qu’il exigeait, au préalable, une délégation des FLAM, pour d’abord laver le linge sale de famille, avant d’envisager un quelconque échange. Me faisant violence, dans l’intérêt de la lutte, je me résolus alors à lui envoyer deux personnes de l´intérieur; Il leur contesta toute légitimité.

Et ce n’est pas fini ! J’avais entendu dire qu’il serait remonté à cause d’un article écrit par notre camarade Bara Ba qui l’aurait écorché quelque peu. Mais Bara, ne l’avait-il pas aussi, me semble-t-il, dès le lendemain, inondé de fleurs pour avoir battu le MND à plate couture ? Alors ? Quelle est cette susceptibilité à fleur de peau venant d’un homme politique ?

J’avais attendu et espéré l’occasion propice pour qu’on « lavât », enfin, ce linge sale, en famille. En tournée de campagne électorale, il vint aux Etats-Unis en juin 2009, mes militants et moi mêmes lui souhaitâmes la bienvenue. Il repartit sans même daigner nous retourner la politesse!

S’il y a problème entre l’AJD/MR et les FLAM il faut, je crois, à la lumière de ce que j’ai affirmé plus haut, en chercher les raisons du côté de l’AJD/MR. Comprenez bien que je sois navré de nous offrir en spectacle devant des adversaires qui en feront des gorges chaudes, mais les FLAM ont beaucoup encaissé, et le public méritait de savoir.

Quelle fut son attitude dans les FLAM, en 83, en 86, après 86, quel rôle il joua dans la rédaction du Manifeste, quelle est la personnalité de ce compagnon de détention que j’ai observé attentivement, quels étaient ces hommes qui furent « l’âme » même de cette Organisation, les réponses vous seront données dans nos mémoires, si Dieu le veut.

Si à mon niveau je ne perds pas de vue la ligne d’horizon entre ces deux formations politiques que tout devrait unir, je ne vois la solution de l’avenir que dans la relève. Les directions vieillissantes devront céder la place à des jeunes moins marqués, loin des complexes et des considérations crypto-personnelles. Pour ma part, je suis prêt, dans l’intérêt supérieur de la cause. L’unité se refera car il y a de part et d’autre tant de gens convaincus qui ont tant donné à cette lutte, qu’ils ne permettraient jamais le sabotage de l’œuvre commune.

FLAMNET: Vous pensez là certainement à nos ex-Camarades partis sous d’autres cieux ?

PRESIDENT: Ils sont partis, mais leurs cœurs continuent de battre encore pour l’Organisation. J´ai comme l’impression, que ceux qui se sont intégrés dans d’autres structures, sont très mal dans leur peau; et tous les autres qui flottent sans pouvoir se choisir un point de chute, est révélateur que la flamme des FLAM, cette teneur du discours, sans concession et ni compromission, sans flip-floperie, ils ne le retrouvent nulle part! Ils ne sont en harmonie ou en phase qu’avec les positions et discours du mouvement, qui portent aussi leur empreinte indélébile.
Qu’ils reviennent donc, car l’Organisation a besoin de tous ses fils !

FLAMNET: Despote vous, parait-il monsieur le Président, si on en croit certains ?

PRESIDENT: Quand j’entends ce genre d’attaque, à mi-voix quelque fois même de l’intérieur des rangs, je souris. Je souris face aux réactions, parfois virulentes, d’anciens camarades, hors des rangs aujourd’hui. Et puis, quel homme politique n’a pas ses détracteurs, extérieurs ou même intérieurs ?
Je crois deviner ce qu’on me reproche, derrière ce jugement ; Je suis un homme rigoureux, exigeant vis-à-vis de moi-même ; exigeant vis-à-vis des cadres avancés de l’Organisation qui, à mon avis, doivent servir de modèle, être d’une certaine hauteur, et refuser de trainer certaines faiblesses dignes de simples militants de base; prendre conscience qu’ils doivent constituer le socle dur du mouvement, avec tout ce que cela implique comme conséquences.

Je suis peut être autoritaire, mais sûrement pas excessif; Je suis également, et surtout quelqu’un d’allergique au désordre et à l’anarchie. A chacun ses devoirs, à chacun sa place et pas de confusion de rôles. Enfin je hais ce « JE », si inconvenant, comme dirait Yehdih. En tout état de cause, c’est bientôt la relève, je souhaite à mon futur successeur plus de succès, qui sera peut -être beaucoup plus cool » dans cette entreprise, loin d’être facile, de gestion, à mains nues, d’hommes et de femmes, aux origines, caractères et tempéraments si divers et complexes

FLAMNET: Pensez -vous comme certains que la question identitaire n’a plus de pesant et n’est plus au centre des préoccupations des Négro- mauritaniens?

PRESIDENT: Ce n’est pas du tout mon avis. La question identitaire ne peut pas disparaître, comme ça, comme par magie, pour demeurer la question centrale en Mauritanie. Ceux qui tiennent ces propos sur la base unique de la baisse, il est vrai, drastique, du score de Ibrahima Sarr ou de celui, faible, de Kane Hamidou Baba se trompent complètement. Non la question identitaire demeure vivante à l’intérieur, de sa prise en compte ou non dépendra pour beaucoup l’avenir de notre pays.

FLAMNET: Dans ce combat pour la reconnaissance de nos diversités, il y a quand même certains groupes qui brillent par leur discrétion. Notre ami Boubacar Diagana a osé récemment secoué le cocotier, comme on le dit ailleurs. Cela doit vous interpeller, non ? Votre Guidimakha natal, Mr le Président?

PRESIDENT : Camarade Boubacar Diagana, nous a confié ses impressions, au cours du vote pendant ces élections, sans susciter, je crois, trop de susceptibilités sur la question. Si je devais quand même m’y risquer, je dirais que je partage tout à fait son dépit; depuis des années je ne cesse de dire que les Soninko sont absents de la lutte. Et les Wolofs, où sont-ils ? Et lorsqu’il se produit des nominations en Conseil des Ministres, on entend ici et là des récriminations sur l’absence de tel ou tel groupe. Tristement comme pour demander « l’égalité dans l’oppression du Système » comme le soulignait Tocqueville. Mais l’histoire nous apprend qu’on ne respecte que ceux qui luttent, pas ceux qui gémissent !

FLAMNET: On le sait, vous attendez beaucoup de vos cadres. De façon générale, que pensez-vous de nos Intellectuels? Jouent-ils leur rôle dans notre société en crise?

PRESIDENT: Ma conception du rôle de l’intellectuel, je la tire un peu de Garaudy, de Bourdieu et de Troyat. J’adhère parfaitement au rôle selon eux, qui devrait être dévolu à l’intellectuel : un rôle de vigile et d’alerte au danger, à l’image des oies du Capitol ; un rôle d’objecteur de conscience, de « porteurs de flambeaux pour éclairer l’injustice dont souffre l’humanité ».

L’intellectuel doit sortir de sa réserve, analyser et critiquer la réalité sociale en vue de contribuer à sa transformation, nous dit P Bourdieu. Pour une fois au moins, sur ce point là, Ibrahima Sarr ravit mon adhésion; n’est pas toujours intellectuel « celui-là bardé de diplômes », loin s’en faut ! J´ai le sentiment, pour ma part, au regard des considérations ci-dessus mentionnées, que les nôtres ont, pour la plupart, démissionné !

Démissionné vis-à-vis de leur conscience pour nos compatriotes arabo-berbères, par leur silence, assourdissant face aux événements, par leur silence général tout court. Les Intellectuels Négro- africains en majorité ont, quant à eux, opté dans leur capitulation, pour la fuite, au sens large du terme, en cherchant à se sauver,- se sauver tout seul- , laissant l’immense majorité, seule, face à ses problèmes vitaux. Et les plus hardis parmi ceux-là se complaisant dans des rôles de chroniqueurs littéraires ou politiques, choisissant, comme dirait Bourdieu « de penser la politique sans penser politique » Faut il peut -être rappeler cette pensée de B. Plain : « chaque homme porte, outre sa propre charge, le poids de tous les autres hommes ».

FLAMNET: On tend à fonder notre unité sur un dénominateur commun. Alors, l’Islam et l’Arabe, n’est-ce pas tout trouvés? L’avenir donc aux tenants de l’islamisme modéré!

PRESIDENT: Islamiste « modéré » c’est comme ca que ça commence, pour finir en GIA algérien, dont l’évocation me donne toujours la chair de poule. Franchement je me méfie un peu de cet Islamisme modéré, surtout à travers un homme, qui donne l’impression de dissimuler sa trace, cheminant, toujours tout seul, silencieux et nébuleux sur toutes les questions vitales. La Mauritanie a-t-elle besoin d’un parti islamiste ? Un parti islamiste dans une République islamique!!! J’avoue que souvent cette question me taraude l’esprit; peut -être parce que je me sens un musulman tiède ? ou peut-être une crainte plus profonde que ça, contenue dans ces mots de Kateb Yacine : « je ne suis ni arabe ni musulman , mais algérien », il criait sa révolte contre l’envahissement de cette culture arabo- islamique qui étouffait son identité kabyle.

Je me méfie aussi de cette confusion entre l’Islam et l’Arabe qui, quelque part, à contribué à nous perdre. L’Islam est un message accessible à tous les peuples, l’arabe est une langue d’un peuple. « Dieu ne nous impose pas une langue, il nous impose une foi » disait un célèbre auteur. Par ailleurs, L’unité nationale ne se fait pas forcément autour d’une langue. L’unité se fait quand on parle un même langage, plutôt qu’une même langue, pour emprunter cette métaphore à quelqu’un.

FLAMNET: On vous compare souvent à Ibrahima Moctar Sarr, dans vos qualités de leader dirigeant, qu’elle est votre réaction ?

PRESIDENT: Franchement, pour parler comme les ivoiriens, au moins sur un point, je crois qu’il n’y a pas match! J´ai conduit ce mouvement pendant 16 ans, avec des hauts et des bas, bien entendu, mais dans la cohésion, sans fissure majeure. Et la scission intervenue en février 2006 ( 16ème année), fut le résultat d’une conjonction de deux facteurs; une intoxication, intensive venue de l’extérieur, croisant une subversion interne dont j’avais mal mesuré l’ampleur et la profondeur, qui aurait pu être jugulée.
Combien a-t-il fallu à mon vis-vis pour casser l’AJD/MR? moins de deux ans !

16 ans et deux ans, il n’y a pas match, avouez le !

FLAMNET: Et cette guéguerre entre FLAMNET et AVOMM.COM?

PRESIDENT: Je ne partage pas toujours ce qui se fait ici et là, mais enfin le PRÉSIDENT n’est pas toujours tout puissant, comme le lui prête la rumeur. Il me parait utile de rappeler que l’avomm n’est pas une organisation satellite des FLAM.

Il faut dire enfin qu’on ne peut vanter la liberté d’expression, et s’offusquer à chaque fois que nous sommes griffés, dès lors que cela se fait dans les règles; avec courtoisie , avec des idées , sans insultes inutiles.

Mais j’ajoute que si l’AVOMM souhaite toujours réussir sa mission de bons offices entre l’AJD et les FLAM, elle devra s’éloigner de la ligne partisane, sans se faire l’avocat ni de l’un ni de l’autre. Que l’AJD et les FLAM s’agrippent, mais qu’ils le fassent dans leurs sites respectifs !

Maintenant que FLAMNET et l’Avomm.com ont fait la paix des braves, calmons-nous, et tentons de gérer l’avenir de manière plus coopérative et plus ouverte; consacrons nos énergies aux défis qui nous concernent tous et qui demandent notre solidarité. Je ne récuse pas le droit au débat, c’est nécessaire. Mais je rappelle avoir toujours demandé que les militants croisent le fer, se battent pied à pied, si nécessaire, mais par la force de l’argumentation, sans arguties.

Maintenant que de temps en temps on nous griffe un peu, Ibrahima avec ses grandes oreilles et moi avec mon grand nez, c’est normal, pour des hommes politiques; pourvu simplement que cela fut fait à la manière du Cafard libéré, avec civilité.

FLAMNET: Quelles sont vos relations avec les autres partis d’opposition et acteurs politiques, Daddah , Messaoud entre autres ?

PRESIDENT: Nous entretenons de bons rapports avec le PLEJ, DEKALEM, ADEMA du Dr Zein, de L´IMEJ, nous approchons l’APP, à travers son leader Messaoud Ould Boulkheir, avec lequel nous espérons construire des relations de confiance.

FLAMNET: Que pensez-vous du rapatriement des réfugiés en Mauritanie ?

PRESIDENT : Quand j’entends certaines personnes dire, même dans nos rangs, que les réfugiés ne doivent pas rentrer, parce qu’il n’y a pas ceci, il n’y a pas cela, je suis attristé; parce qu’ils me donnent l’impression de n’avoir rien compris !
En effet, la question fondamentale n’est pas les petites misères qu’ils vivent une fois revenus, bien qu’il faille améliorer, mais le droit fondamental du retour !
Le plus important est de mettre en échec ce plan machiavélique de dénégrification de la Mauritanie, conçu par les nationalistes arabes racistes. Tout le reste devient secondaire face à cet objectif ! Il ne faudrait donc pas tirer sur la corde au point de perdre de vue cette finalité première!

Maintenant ces réfugiés doivent comprendre, qu’il ne suffit pas seulement de revenir, en demeurant des observateurs passifs, face à leurs droits fondamentaux, encore spoliés. Ils doivent continuer activement à se battre pour recouvrer leurs biens et leur dignité !

FLAMNET: A quand le retour des FLAM en Mauritanie justement ? Beaucoup nous reprochent d’être loins du terrain, et pensent que nous sommes en déphasage avec les questions de l’heure ?

PRESIDENT: Je ne puis vous donner une date précise, mais une chose est sûre, elles s’y préparent, très sérieusement.

Maintenant ceux qui pensent que nous sommes en déphasage avec l’intérieur se trompent lourdement. Nous n’avons jamais été absents de nos réalités. L’important n’est pas d’être à Nouakchott ou à Tachott mais d’avoir de l’influence sur le cours des choses, d’être utile à ceux qui sont là bas. Nous sommes pour beaucoup dans ce qui change positivement et dont certains s’adjugent la paternité. Nous ne disputerons les honneurs des victoires à personne, mais si les FLAM n’existaient on n’en serait pas là. Si les FLAM n´existaient pas il y´a longtemps que la question négro-africaine aurait été mise en coupe réglée. Nous sommes à l’air de la Communication, il ne se passe pas un événement qui nous échappe de l’intérieur. Mieux, j´ai quelque fois l’impression d’être plus informé que certains de l’intérieur. Ces affirmations donc ne reposaient sur rien !

FLAMNET: Et notre projet d’Autonomie, abandonné ?

PRESIDENT: Pas du tout. Je vous renvoie au Mémorandum qui en définissait les grands contours. Seulement il demeure un point de vue sectoriel de parti,- notre mouvement-, or les lignes générales définies plus haut, sorte de questions principielles, transcendent les projets de partis politiques. Ce sont des lignes que doit intégrer chaque programme de formation politique, pour que la Mauritanie soit viable.

FLAMNET: Dernier mot aux militants et à nos compatriotes.

PRESIDENT: Juste leur rappeler que la voie choisie, n’est pas simple. Qu’elle exige sacrifices et abnégation. Voilà pourquoi ils doivent s’armer de courage, et tenir quoi qu’il arrive, il n’y a pas d’autre option. Ils se doivent enfin d’être confiants; confiants en eux-mêmes, confiants en leur direction, confiants en l’avenir car notre victoire est certaine.

Aux compatriotes je dirais qu’il est possible de faire de ce pays un havre de paix et de prospérité, où il fait bon vivre, il suffit de le vouloir, avec un bon commandant en chef, ferme et déterminé, doté de vision, entouré de jeunes, tels que décrits plus haut, et dans un vaste mouvement d’ensemble c’est parti. C’est ma conviction «quand les hommes changent les nations changent » dit-on.

FLAMNET: Merci monsieur le Président et la lutte continue!

Propos recueillis par:
Kaaw Touré, Ibra Mifo Sow, Abdoulaye Thiongane et Moustapha Barry
Le 02 août 2009

Source: flamnet

 

 

 

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FLAMNET-RÉTRO: INTERVIEW DU CAMARADE SOW IBRAHIMA MIFO

altDans le cadre de cette rubrique rétrospective, nous vous proposons aujourd’hui la rediffusion de cette interview du VP en 2007.

Bonne lecture.

 

“Le flamisme est une attitude, un état d’esprit, une fidélité à un idéal de justice, c’est la défense de la diversité, c’est l’appel à la complémentarité. C’est pourquoi, Les FLAM constituent une nécessité pour la Mauritanie ”


Sow Ibrahima Mifo, Secretaire National a l’Oganisation et a l’Orientation politique des FLAM

Á COEUR OUVERT

 

Flamnet reçoit comme invité, un haut responsable des Forces de libération africaines de Mauritanie (FLAM), l´actuel numéro 2 du mouvement et responsable des structures de base et de l´orientation politique des FLAM, le camarade Sow Ibrahima, Ibra Mifo pour les intimes.

Membre-fondateur du Mouvement des Élèves et Étudiants Noirs (MEEN), des FLAM et de l´UNESM, militant très actif de l´organisation, arrêté et condamné en 1986 après la publication du Manifeste du Négro-mauritanien Opprimé, banni et radié de la fonction publique pour “activités subversives”, après sa liberation de prison, il est forcé à l´exil. Il atterit d’abord au pays du vieux Houphouet Boigny où il crée et anime, avec des camarades miraculés du bagne de Walata, une Section des FLAM. Puis, juste avant le déclenchement de la guerre civile en Côte d’Ivoire, il s’envole pour les USA où il poursuit son long exil au service de son Organisation.

 

Ancien président de l´Association Culturelle et Sportive de la jeunesse de Djeol, ancien responsable du mouvement Jaalo-waali, une fédération d’une dizaine d´associations culturelles des riverains de la vallée du fleuve, ancien Secrétaire à l´organisation de la section des FLAM- Amérique du Nord, l’ex professeur de français au lycée de Sélibaby, de Kaëdi et de Dimbokro (Côte d´ivoire) revient, pour nous, de long en large sur l´actualité politique mauritanienne, sur l´état de son organisation, les FLAM, sur le retour des Déportés, sur les problèmes de la cohabitation et du passif humanitaire, et aussi sur la création de l´AJD/MR.

Entretien à coeur ouvert avec l´enfant de Bilbassi.

Bonne lecture, la lutte continue!

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FLAMNET: En tant que premier responsable des structures de base des FLAM, peut-on vous demander le bilan de santé de notre organisation, sa vie actuelle? Comment se portent les FLAM ?

 

IBRA MIFO SOW : Les FLAM portent gaillardement leur quart de siècle de lutte, de résistance et de fidélité à un idéal de vie en commun normalisé. Eu égards à toutes les épreuves – et quelles épreuves!- qui ont jalonné ses 25 années de constance, le fait que notre Organisation ait pu relever le simple défi de la présence représente en soi une prouesse politique inédite sur le plan national. Et c’est peu dire que d’affirmer que les FLAM continuent de susciter aujourd’hui encore autant, voire davantage, de passions qu’au lendemain de la publication du “Manifeste”.

Notre Mouvement vit et fonctionne en mettant en oeuvre son programme politique et ses activités militantes qui concourent à la réalisation de ses trois missions principales, qui sont: construire une organisation politique solide, mobiliser l’opinion publique autour des grands problèmes nationaux, et contribuer à l’édification d’un véritable Etat de droit dans notre pays. Un rapport exhaustif sur l’état de notre Organisation a été récemment dressé par notre Bureau Exécutif National à l’intention de toutes nos structures. Il est inutile et inapproprié de revenir ici sur les détails de ce document. Ce qu’il importe de retenir c’est que la consolidation organisationnelle demeure un défi permanent, surtout dans notre cas, quand on sait qu’on doit faire fonctionner des structures aussi dispersées que nous le sommes sur 3 continents. En dépit de l’usure du temps, des affres de l’exil et des contraintes de la distance, l’ardeur militante des flamistes est restée aussi vivante que leur foi commune dans la justesse de notre combat.

A l’heure actuelle, nos militants, tout comme nos responsables nationaux, sont occupés à finaliser les réformes structurelles ainsi que les réorientations politiques qui maintiennent actuels et adaptés notre dynamisme et nos stratégies par rapport aux donnes nationales et internationales.

 

Quant au chantier de la sensibilisation et de l’information, il est sans nul doute celui qui nous a valu d’être aujourd’hui l’organisation politique la plus connue de la Mauritanie. Un important travail continue de se faire en faveur de la prise de conscience de l’acuité des principaux contentieux nationaux. Sans verser dans une auto-célébration insouciante, nous pouvons à juste titre réclamer notre part de mérite dans l’évolution politique et sociale frémissante dans notre pays. Il reste encore du chemin à faire pour arriver à l’essentiel, c’est-à-dire, la traduction dans les faits des intentions de consolidation de l’unité nationale qui, en aucune façon, ne pourra se réaliser sur le lit des discriminations raciales et sociales dont fait l’objet l’immense majorité de nos populations. C’est pourquoi, les FLAM se posent-elles désormais comme un mouvement porteur de projet de société fédérateur qui place la justice sociale, l’égalité entre nos races et nos communautés et le développement économique et social harmonieux de notre pays au centre de leur action politique.


Flamnet : Depuis le discours du président de la république sur les Déportés, on assiste en Mauritanie à une campagne violente et haineuse contre les FLAM dans une certaine presse et auprès de certains cercles politiques. Comment expliquez-vous cet acharnement contre les FLAM?

 

IBRA MIFO SOW : Les FLAM n’agitent que ceux dont la normalisation de la vie politique et sociale de notre pays déjoue les sombres desseins exclusivistes, eux et leurs bras séculiers, une horde de génocidaires en cabale, mais aussi ceux à qui la diabolisation de notre Mouvement assurait un plan de carrière prospérant sur une lâcheté tranquillement assumée. On se serait amusé de cette fébrilité si on n’était pas suffisamment édifié sur leurs capacités de nuisance, si on ignorait tout le mal qu’ils ont causé à l’unité nationale.

 

Le discours du Président de la République et la confirmation qui en a été faite par le Premier Ministre dans sa Déclaration de Politique Générale font justice à la Plate-forme dite de “Discussion pour une Mauritanie réconciliée” que nous avions soumise au candidat Sidi et plus tard au Chef de l’Etat qu’il est devenu. On ne peut que se féliciter du fait que le schéma de sortie de crise que nous avions dessiné soit suivi par les plus hautes autorités de l’Etat. Globalement on réclamait que le Président de la République reconnaisse et assume, au nom de l’Etat, les graves violations des droits humains commises à l’encontre d’une partie de nos populations, que les Déportés soient ramenés dans la dignité et rétablis dans tous leurs droits, que des mesures courageuses de réhabilitation des anciens esclaves soient prises, et en fin que le problème du passif humanitaire reçoive un traitement juste et équitable. On reste tout à fait évidemment serein sur les difficultés à vaincre avant de parvenir à la mise en œuvre de ces bonnes intentions, et en particulier celles sur le dossier du passif humanitaire. Nous ne partageons pas les propositions qui voudraient solder ces crimes à bon compte par le biais de quelques compensations pécuniaires de condescendance distribuées aux ayants-droit. C’est à la fois simpliste et dangereux en ce qu’il constituerait un précédent préjudiciable à l’instauration d’un Etat de droit que nous appelons de tous nos vœux. Pour nous, il faut concilier le refus de l’impunité, les exigences de la vérité, le droit à la réparation avec la nécessité du pardon.

 

Pour important qu’il soi, le règlement de ces dossiers humanitaires, qui sont, on ne le répétera jamais assez, les conséquences logiques d’une politique aveuglément particulariste, ne constitue qu’un préalable apaisant à l’ouverture d’un débat de fond sur la cohabitation, contradiction principale qu’on n’arrive pas à dépasser faute d’avoir eu jusqu’à présent le courage d’y faire face avec lucidité. C’est ce à quoi appelait le Manifeste de 1986 qui invitait ” toutes nos nationalités à un dialogue de races et de cultures dans lequel nous nous dirons la vérité pour guérir nos maux”. C’est ce même souci de rencontre et de reconnaissance mutuelle de nos diversités entre elles qui continue de motiver l’engagement et la détermination des FLAM. Aussi longtemps qu’elle continuera à rassembler sur le même territoire les communautés qui la composent actuellement, la Mauritanie sera condamnée à assumer son destin biracial et sa diversité culturelle. Et nous pensons que la meilleure façon de pérenniser cette coexistence, c’est de fixer les règles de son fonctionnement par des lois constitutionnelles qui reconnaissent et sécurisent chacune de nos identités.


Flamnet: Certaines mauvaises langues pensent qu´après le retour des Déportés et le règlement du passif humanitaire, qu´ils considèrent comme votre “fond de commerce”, les FLAM n´auront plus leur raison d´être, que répondriez-vous à ces allégations?

 

IBRA MIFO SOW :  Les FLAM n’ont pas le destin lié avec les douloureux dossiers humanitaires de notre pays. Nous avons estimé que c’étaient des causes justes qui méritaient l’engagement et la mobilisation de tous ceux que la justice et la paix préoccupaient dans notre pays. Peut-être avons-nous été les plus déterminés, les plus actifs sur le terrain, mais nous n’étions certainement pas les seuls à nous en soucier. En tout cas, je l’espère, pour la Mauritanie. C’est pourquoi, nous, au niveau des FLAM, nous ne sommes même pas surpris par l’engouement actuel, presque général, autour de ces problèmes. On est même satisfait de la profusion d’organisations qui se sont subitement créées et qui sont dédiées à la bonne cause, devenue miraculeusement priorité nationale. Et toutes ces propositions généreuses et inspirées, tous ces grands discours patriotiques, tous ces appels pathétiques, toute cette mauvaise conscience qui s’en veut, tous ces nouveaux ralliés rivalisant d’ardeur et de zèle, tous ces enquêteurs-compilateurs, experts avisés de la gestion des préjudices, toutes ces bousculades audacieuses, je veux dire, tout ce don de soi bruyant ne peut tout de même pas être que factice. Nous, nous voulons croire qu’il y avait bien une prédisposition qui n’attendait qu’un prétexte, par exemple la volonté du prince, pour s’exprimer au grand jour. Si, aujourd’hui, tout le monde est unanime à reconnaître qu’un grand mal a été fait et qu’il mérite d’être réparé, on ne peut donc pas reprocher aux FLAM de s’en être occupées.

 

Sur le cas particulier de ces dossiers conflictuels et sur celui plus général de la cohabitation, notre seul tort est d’avoir eu raison avant tout le monde. C’est parce que nous sommes conscients des menaces sérieuses que constituaient à terme ces problèmes contre la paix et la stabilité aussi bien de notre pays que de la sous-région, que nous nous sommes opposés à leur occultation.

 

Pour les Déportés, nous avons refusé la solution de l’incognito que les racoleurs du régime défunt voulaient imposer dans les camps en les vidant rien que pour sauvegarder l’image de marque de O/ Taya dont ils étaient devenus des alliés objectifs contre les FLAM et la justice. Tout comme nous nous opposons à l’absolution pure et simple des bourreaux que le système a utilisés pour la basse besogne de la purification éthique. Cette attitude d’intransigeance n’est dictée que par notre amour pour notre pays. Malheureusement, on ne peut pas en dire de même de nos autorités nationales et de la classe politique traditionnelle bien accommodante qui s’étaient toujours illustrées dans une indifférence suicidaire face aux barricades et aux tranchées qui assiégeaient la République.

 

Nous n’avons rien à nous reprocher, rien, ni d’avoir porté à nu les plans de dénégrification ourdis par le système, ni d’avoir résisté activement sur le champ de bataille pour notre survie, ni encore moins d’avoir refusé notre soutien inconditionnel à une transition qui a excellé dans l’exercice du dilatoire face aux problèmes essentiels de notre unité nationale.

Ceux qui prédisent ou souhaitent la disparition des FLAM méconnaissent la portée de notre combat, l’impact incommensurable de notre influence morale, politique et philosophique sur l’immense partie de nos populations. Tous ceux qui luttent pour la sauvegarde de nos identités, pour le respect des droits nationaux et qui refusent le règne de l’arbitraire et de l’exclusion sont des flamistes qui s’ignorent. Le flamisme est une attitude, un état d’esprit, une fidélité à un idéal de justice, c’est la défense de la diversité, c’est l’appel à la complémentarité. C’est pourquoi, Les FLAM constituent une nécessité pour la Mauritanie. Notre lutte continuera donc en se raffermissant, en mobilisant davantage et surtout en s’inscrivant plus résolument dans la dynamique de la proposition et de la rencontre. Rien ne nous divertira de cet engagement. Nous laissons par conséquent le terrain de l’anathème et de l’invective à ceux auxquels il ne reste plus que la gestion de la vacuité et du spécieux.


Flamnet: Envisagez-vous un retour ou un redéploiement de votre organisation à l’intérieur compte-tenu de l’évolution de la situation? Que diriez-vous à ceux qui se demandent si l’exil a encore un sens ou pourquoi les FLAM sont toujours en exil?

 

IBRA MIFO SOW : Il y a eu à un moment donné dans l’histoire politique de notre pays des conditions objectives qui ont contraint notre Organisation à l’exil. Ce n’était ni une solution de facilité, ni une option irréversible. Il n’a jamais été dit, nulle part dans nos textes, que les FLAM doivent demeurer indéfiniment en exil. On peut même dire que cela a été un accident de parcours. Mais nous avons pu positiver cet accident, en nous saisissant de cette opportunité ni voulue, ni même prévue, il faut le reconnaître, pour en faire un outil redoutable au service de notre résistance et de la lutte contre les injustices auxquelles peu de gens osaient s’opposer de l’intérieur. Ce combat-là n’a pas été vain.

Si les conditions qui nous ont poussés, puis maintenus pendant si longtemps hors de chez nous disparaissent, il n’y aura aucune raison pour que nous ne rentrions pas. J’espère même que cela se fera le plus tôt possible. Mais, c’est nous qui devons évaluer la réalité de l’évolution de ces conditions et en particulier de celles liées à la sécurité. Car, il ne faut pas oublier que ce sont nos militants et nos sympathisants qui ont été les principales victimes de la terreur qui prévalait dans notre pays. Nous avons subi la fureur du système dans nos libertés, dans notre chair, dans nos vies de famille, nous et tous ceux qui sont susceptibles de sympathie pour notre combat afin que soit étouffée à jamais toute velléité de remise en cause du cours hégémonique de la beydanisation de la vie politique et socio-économique de la Mauritanie.

Il y a, actuellement, au sein de toutes nos structures, un débat ouvert sur l’appréciation de la nouvelle donne nationale et sur l’impulsion à donner à notre lutte. Il permettra à nos militants de faire des propositions motivées sur les objectifs et les stratégies à assigner à notre Mouvement. A l’issue de leurs réflexions, nous convoquerons l’une de nos instances de délibération, le congrès ou le conseil national, pour statuer. Il n’y aura donc ni précipitation, ni improvisation. Une chose est cependant sure, comme ne cesse de le rappeler notre Président, les FLAM ne se déroberont pas devant leur devoir. Le terrain national, nous le connaissons bien et nous avons des atouts solides à y faire prévaloir.


Flamnet: Que pensez-vous de la naissance de l’AJD/MR? Les FLAM ont-elles été consultées pour la création de ce rassemblement ? Quelles seront les relations entre les FLAM et ce parti dans la perspective d’un redéploiement?

 

IBRA MIFO SOW :  Je voudrais d’abord rendre hommage à la constance de l’AJD qui a ainsi aujourd’hui pu servir de socle à un plus grand rassemblement, et puis, saluer l’humilité et la générosité de ses dirigeants. Nous connaissons la valeur de ces hommes et de ces femmes qui ont été, pour la plupart, des camarades de combat et avec lesquels les ponts n’ont jamais été coupés. Les FLAM et l’AJD ont su maintenir entre elles des rapports utiles et respectueux de la souveraineté de chacune de nos Organisations. Nous ne doutons pas non plus des qualités du Président Sarr. Je crois qu’il n’a jamais perdu de vue le caractère prioritaire de la résolution de la question nationale. Nous nous félicitons de l’unanimité qui l’a porté à la tête de son nouveau parti. De façon générale, nous considérons que cette organisation a en son sein beaucoup d’hommes et de femmes de convictions qui prennent parfaitement au sérieux la mission qu’ils se sont assignée.

Est-ce que les FLAM ont été contactées? Je réponds que non. Du moins, pas dans les règles de l’art. Il est vrai, il y a eu, in extremis, quelques initiatives individuelles, relevant plutôt de l’ordre de la confidence, comme par acquis de conscience. Or, il en faut beaucoup plus pour engager les FLAM. A notre connaissance, il y avait bien une commission de contacts qui a eu, sans doute, des alliances plus stratégiques à négocier. Nous ne reprochons rien à personne. Chacun a ses priorités. L’essentiel actuellement sera de garder solides les passerelles qui existent et qui nous permettront à un moment donné d’envisager l’avenir ensemble. A condition évidemment que l’excès de “réalisme” ne prenne pas en otage la substance de la cause que nous avons en partage. Dans tous les cas, les défis à relever sont si immenses que nous ne serons jamais de trop à plusieurs pour y faire face.


Flamnet : Votre dernier mot à nos militants et aux mauritaniens d´une manière générale …

 

IBRA MIFO SOW : Nos militants sont actuellement entrain de finir la réflexion sur des sujets d’importance capitale pour notre combat pour la Mauritanie. Il s’agit entre autres d’une proposition de Projet de Société et d’une Charte sur la Cohabitation pour que la Mauritanie règle ses contentieux nationaux et se prépare à un développement harmonieux. C’est un nouveau cap pour notre Organisation et je sais que nos militants sont prêts et parés à l’aborder avec disponibilité et discipline. C’est parce qu’ils sont restés mobilisés et déterminés que des pans entiers d’injustices commencent à tomber.

Les FLAM n’ont aucun autre dessein que celui de contribuer, ensemble avec toutes les forces progressistes de notre pays, à l’édification d’un véritable Etat de droit. Notre combat acharné contre les injustices et en faveur de l’égalité de nos races et de nos cultures le prouve éloquemment. La normalisation de la cohabitation entre nos communautés est possible. C’est ensemble qu’on le fera en nous enrichissant de nos différences et en assumant le droit de chacune de nos identités à la reconnaissance pleine et entière.

Je remercie Flamnet et ses animateurs pour le travail de promotion de la liberté et de la justice qu’ils font en faveur de la Mauritanie. Je vous encourage à continuer le travail d’informations et d’explications que vous menez pour mieux faire comprendre le sens de notre combat. Nos concitoyens ont besoin de mieux nous connaître, eux qui sont restés si longtemps abusés par une presse aux ordres d’une dictature qui a bati sa longévité sur le mensonge et la falsification. La Lutte continue.

 

FLAMNET : Merci camarade et nous disons encore avec vous : La lutte continue de plus belle!


Propos recueillis par Kaaw Touré et Abdoulaye Thiongane

Le 14 Septembre 2007

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FLAMNET-RÉTRO : Gros plan sur le Président Samba Thiam-président des FPC

altDans le cadre de la rubrique “RETROSPECTIVE” nous  revisitons le passé, en vue d’instruire la jeunesse  sur notre  longue marche .., .Aujourd’hui nous proposons aux internautes la rediffusion de cette interview  du Président Samba Thiam -président des FPC accordée à l’avomm en décembre 2004.

Bonne lecture.

                          

Gros plan sur le Président des FLAM dans un entretien exclusif

Lundi 6 Décembre 2004


Monsieur Samba Thiam est l’un de ces hommes politiques qui oppose à toutes les incertitudes ses convictions et son engagement. Il s’est battu durant toute sa vie pour la dignité de sa communauté et pour une Mauritanie égalitaire, digne et respectueuse des différences qui sont bien plus une richesse qu’un handicap.

Ce combat lui a valu l’internement dans la prison mouroir de Oualata. Puis l’exil qui ne semble pas l’avoir déraciné, ni altéré sa lucidité dans l’analyse de la situation de son pays. Dans cet entretien l’homme livre ses réponses avec ce sens aigu de l’histoire et une approche qui invoque le contexte et admet la différence. Le tout décliné avec honnêteté intellectuelle, humilité, franchise et de pertinence des propos. Samba Thiam répond sans détours, argumente et convainc. Il n’a pas hésité à répondre sans détours à nos questions. Résultat: Nous avons été bien servis. 

 Med

AVOMM : Nous savons, Monsieur le Président, que vous abhorrez parler de vous. Mais nos militants et de très nombreux Mauritaniens dont vous représentez l’espoir demandent à vous connaitre un peu mieux. Qui êtes-vous, Monsieur le président? Comment le fonctionnaire “ consciencieux” que vous êtiez s’est-il laissé tenter par la galère de la résistance?

LE PRESIDENT DES FLAM : Parler de soi est toujours, quelque part, se mettre en valeur, se flatter un peu. Et je déteste cela. Profondément. Je suis un homme de l’ombre, un homme ordinaire, sans vraiment rien de spécial. Le crépitement des Flash, ça n’est pas pour moi. J’aurais aimé, un peu comme Engels, être un second volontaire auprès d’un Marx.

C’est pour dire que cette position que j’occupe aujourd’hui et qui me place sur un piédestal, je ne l’ai pas recherchée, car en opposition totale avec ma personnalité, au point que des fois je me surprends à me demander ce que je fais là.

Qui suis- je? Un fils de paysan né dans un petit village du Guidimakha, vers 1948 me dit-on; j’appartiens à cette génération dont l’âge se compte en hivernages, loin des fichiers d’Etat civil. Ma famille immigra à Sélibaby quand j´avais entre 4 et 5 ans. Puis suit l’Ecole. Sans trop d’histoires. Le Primaire, à Sélibaby, le Collège à Kaédi, l’ENI et l’ENS à Nouakchott, puis Saint-Cloud, en France. Une filière donc plutôt professionnelle que les arrestations de septembre 1986 sont venues interrompre.

Mon engagement politique, je devrais dire ma première révolte d´adolescent, remonte à ma scolarité à Kaédi. Mon score en Arabe cassait mes résultats qui auraient pu être meilleurs, invariablement. Pourtant, Je ne ménageais pas mes efforts pour apprendre cette langue et m’en servir, en bénéfice. Malheureusement, je finissais toujours par baisser les bras, face à des Professeurs sans pédagogie aucune, parce que sans formation, agissant comme s’ils dressaient cette langue contre moi …contre les autres. Evidemment, il a pu y avoir quelques heureuses exceptions. La seule fois où je fus très intéressé et sur le point d’y arriver ce fut avec le professeur ABDOULAYE DIA. Un homme fin, cultivé, mais surtout un pédagogue. Il resta avec nous 3 mois pour se voir muté, je ne sais où.

Puis surviennent les évènements de 1966, cette révolte collective des Elèves du Sud contre l’ordonnance de l’Assemblée nationale “rendant obligatoire l’enseignement de l’Arabe au Secondaire ” qui les pénalisait. J’étais en classe de troisième .Plusieurs Élèves allaient se voir exclus, et obligés de se rendre au Sénégal pour poursuivre leurs Etudes.

Le second facteur de mon engagement politique reste surtout lié à ma carrière d’Instituteur. Pendant dix ans, je fournissais le meilleur de moi même, en formant correctement et consciencieusement je crois, les enfants que j’avais en charge. Alors je m’aperçus de quelque chose, qui m’avait échappé lorsque j’enseignais à Nouadhibou et ALEG : mes élèves du Sud échouaient ou étaient déclassés immanquablement, aux examens alors qu’ils étaient bons, et même très bons certaines fois, à cause de la note en Arabe, la seule. Ce que j’avais vécu au secondaire ils le revivaient à leur tour, dès le primaire, du fait de ces réformes intempestives du Système Educatif, pour lesquelles ould Daddah avait un dessein inavoué.

Je pouvais comprendre la démarche de ould Daddah visant à recréer un équilibre, légitime, en raison du legs colonial entre les différentes composantes nationales, mais on s’attela davantage à éliminer, systématiquement, qu’à rééquilibrer.

L’observation de la vie autour de moi, la nature de la reproduction sociale, je devrais dire ethnique de L’Etat, l’ampleur et la vitesse à laquelle cette élimination des Négro-africains se fit, avaient fini par me convaincre, que rester indifférent face à cette situation serait opter pour la démission.

Et comme J’aime les défis… Je me mis donc à rechercher un cadre de lutte, des compagnons, c’est alors que je rencontrai Ibrahima A. Sall ; et débuta alors l’aventure passionnée qui allait nous conduire aux FLAM d’aujourd’hui. Voilà par quel cheminement je suis arrivé à la politique.

AVOMM : Que représentent, Monsieur le Président, aujourd’hui les FLAM; pour être précis quel rôle voudriez-vous faire jouer à votre organisation?

LE PRESIDENT DES FLAM : Je pense sérieusement que les FLAM constituent présentement une force importante, de plus en plus incontournable, dans l’échiquier politique national. Comme l’écrivait récemment quelqu’un à Flam-net, elles incarnent, d’abord, le refus et la résistance négro-africaine, en un mot symbolisent, à mon sens, la conscience politique des Négro-africains. Elles jouent, et doivent continuer de jouer, un rôle d’avant-garde, qui signifie éveiller les consciences, accoucher les esprits, donc initier, impulser, orienter, encadrer mais aussi fédérer l’ensemble des forces de la résistance au dessein de bâtir une Unité nationale qui repose sur la justice, l’égalité et le droit à la différence.

AVOMM : C’est certainement cette vocation revendiquée qui fait que beaucoup voient les Flam comme étant “l’ANC” de la Mauritanie. Le peuple attend-il trop de votre formation?

LE PRESIDENT DES FLAM : Peut-être que le peuple attend beaucoup de notre formation. Et c’est quelque part normal. A y regarder de près, à comparer l’histoire de l’ANC avec celle des Flam (loin d’être finie pour ces dernières) rien ne permet de s’opposer à cette similitude. Il a fallu 72 années à L’ANC pour arriver là où il est et nous, nous en sommes seulement à notre 21 année, c’est-à-dire que nous sortons juste de l’adolescence. Mais rassurez-vous, nous n’attendrons pas 70 ans pour réaliser notre projet d’établir la justice et l’égalité dans notre pays. Alors pourquoi pas ANC de Mauritanie? L’histoire comparée des deux Organisations, soit dit en passant, serait un thème de recherche, bien venu, pour nos Etudiants!

AVOMM : Croyez-vous, Monsieur le Président, en l’Etat unitaire en Mauritanie? Sinon quelles seraient vos propositions pour que toutes les nationalités vivent pleinement dans l’espace national ?

LE PRESIDENT DES FLAM : Sans équivoque, je dis oui. Mais la question qui demeure est quel type d’Etat unitaire? Je crois davantage aujourd’hui à l’Etat fédéral qu’à l’Etat unitaire centralisé dans sa forme actuelle. Certains ont tendance à exagérer l’opposition entre Etat unitaire et Etat fédéral, à mon sens. Mais, certaines considérations d’ordre strictement liées à la définition mises à part, ce dernier demeure, malgré tout, unitaire, mais de type spécial. Voilà tout. Fédération ne rime pas nécessairement avec séparation. Certaines peurs alimentées à la perspective d’une fédération me semblent injustifiées. Nous nous sommes largement expliqués sur cette question du Fédéralisme, également; il serait donc fastidieux d’y revenir ici.

Mon choix pour ce type d’Etat reste surtout justifié par le pragmatisme. Nous avons, pendant plus de quarante ans, tenté l’expérience de l’Etat unitaire centralisé qui a complètement échoué, avec huit Régimes successifs. Pourquoi devrait-on continuer à s’imposer quelque chose qui ne marche pas, plutôt que d’explorer de nouvelles voies ?

Les expériences historiques doivent nous servir.

AVOMM : Nous savons en effet qu’il faut beaucoup de courage pour le reconnaitre. Que diriez-vous donc à la classe politique mauritanienne et à l’opposition intérieure et extérieure ?

LE PRESIDENT DES FLAM : Rassemblez-vous. Ou plutôt rassemblons- nous, mais sur des bases vraies. Qu’on arrête de tourner autour des questions superficielles, périphériques pour poser les vraies questions, sans amalgame. Et là encore je vais devoir me répéter. Rien de durable ne saurait être construit, pour nous, sans la résolution correcte de la Question nationale et de celle de l’esclavage, préalable à l´instauration d’une Démocratie réelle. En effet, nous continuons de penser qu’on ne peut ériger une “démocratie” sur le socle du racisme et de l’esclavage. Ces deux plaies doivent être pansées, voire guéries, en prélude à l’instauration d’une démocratie durable. Autrement, on aura fait que les reculer, les masquer, ce qui ne pourra que rendre, malheureusement, la situation encore plus délicate, et encore plus difficile à redresser. Voilà pourquoi je ne partage pas l’approche qui consiste à poser notre problématique essentiellement sous l’angle de la “carence démocratique” .

Par ailleurs, sans prétendre donner des leçons -loin de moi cette idée-, j’ai le sentiment que l’opposition interne aurait à gagner en choisissant une stratégie précise cohérente et durable vis-à- vis du Pouvoir actuel. Enfin, une coordination de l’opposition interne et externe me semble souhaitée, pour l’efficacité de nos actions communes, et nécessairement complémentaires.

AVOMM : Monsieur le Président, les appels au dialogue et à la concertation de votre organisation commencent à être entendus et de plus en plus de nos compatriotes semblent disposés à vous écouter. Peut-on penser, avec cette dynamique de rencontres en cours, que vous seriez prêt à dialoguer avec le régime de TAYA? Sinon auriez-vous des préalables?

LE PRESIDENT DES FLAM : J’ai comme l’impression que votre question, implicitement, reconduit un stéréotype monté par le Régime et nos adversaires Politiques. Un stéréotype assez entendu sur les FLAM qui voudrait que notre organisation fût “radicale et opposée à tout dialogue”. Mais cela est complètement faux! Il suffit de se référer au Manifeste et à notre littérature générale pour s’en rendre compte. Les vertus du dialogue, toute personne censée, tout homme politique doit y croire.

Maintenant il reste que pour dialoguer il faut être deux … et motivés par la même volonté. Seulement l’expérience de ces 12 dernières années a montré clairement que Ould Taya n’était pas disposé au dialogue; Il ne l’est toujours pas. Vouloir dans ces conditions ériger le dialogue en principe, l’appeler à cor et à cris en désespéré, est tout simplement, selon nous, ridicule voire absurde. Il faut, au contraire, tirer objectivement les leçons de toutes ces années et déterminer la conduite la mieux adaptée face à l’attitude provocatrice et figée du Régime. C’est cela, nous semble-t-il, une démarche objective et lucide.

On dit souvent qu’une bonne théorie est une théorie qui fonctionne; et l’on peut dire d’une théorie qu’elle fonctionne quand elle permet d’expliquer des faits observés, et de prédire de nouvelles données qui, après vérification, s’avèrent exactes. De ce point de vue, nous pouvons dire, que face à notre réalité, seules nos théories tiennent encore la route. En toute modestie.

AVOMM : C’est cette justesse de vue qui vous vaut, sans doute, le mérite d’être à la tête du tout nouveau Forum de l’opposition à l’extérieur, par l’intermédiaire de votre homme de confiance, j’ai nommé Ba Mamadou Bocar. Cela voudrait-il dire que vous auriez atteint l’âge de la maturité si on sait que dans ce forum il y a des signataires arabo-berbères en grand nombre?

LE PRESIDENT DES FLAM : Encore un autre cliché, un autre préjugé que vous reconduisez, inconsciemment peut-être! Ce n’est pas nous qui avons mûri mais les autres. Nous avons mûri depuis longtemps, nous autres!

Encore une fois si notre Discours de toujours, nos appels à la raison et au dialogue n’ont pas été entendus à l’époque, ce fut moins par notre faute qu’à cause d’un climat de passion exacerbée, impropre à l’écoute. Ould Taya avait réussi, par la manipulation et l’intoxication à mystifier les masses arabo-berbères sur la vraie nature des Flam. C’est de moins en moins le cas aujourd’hui.

Il est donc normal, puisque le contexte a changé, qu’il y’ait eu, comme vous dites, des signataires Arabo-berbères en grand nombre. Ce FOME est le couronnement de tous nos Appels au dialogue, et alliances contractés (UTM 86, UNESM), depuis 1986 à nos jours ; je suis sûr que Mamadou Bocar Ba, responsable des relations extérieures, et aujourd’hui President de cette structure, en mesure toute l’importance et la portée.

Il est évident que ceux qui disent que ” les Flam ne se sont ouvertes aux Maures que maintenant ” ne savent pas de quoi ils parlent. Leur passage furtif aux Flam justifie leur méconnaissance de notre cheminement.

Nous ne sommes pas le “Front National” comme – dit-on-le chuchotent certains à l´ombre. Les Flam sont toujours demeurées égales à elles mêmes, constantes dans leurs principes et dans leur position. Nous n’avons donc pas changé, nous autres.

AVOMM : Venons-en, maintenant, si vous le voulez bien, Monsieur le Président, au fonctionnement interne des Flam. D’aucuns disent que les Flam détestent les alternances à leur tête, et ont du mal à tenir leur Congrès. Ajouté à ces allégations, les récentes déclarations de SiiKAM, et avant lui, le départ tapageur de Saidou Kane, aujourd’hui à l’Alliance patriotique qui vient de naître. Que diriez-vous pour éclairer l’opinion surtout mauritanienne qui suit ces soubressauts ?

LE PRESIDENT DES FLAM : J’aurais sincèrement désiré ne pas intervenir sur ces dossiers individuels, car je déteste parler de quelqu’un, surtout dans une situation de conflits inter-parties, dès lors que l’une des parties est absente, c’est-à-dire donc ne peut se faire entendre ou se défendre à l’instant même. J’aurais voulu inscrire ces départs dans le cadre normal et naturel de la marche de notre Organisation qui, pour paraphraser quelqu’un, ressemble à la marche d’un train “à chaque gare des passagers montent et d’autres descendent.” Ils sont juste descendus du train de la lutte!

Mais puisqu’il faut en parler, allons-y; seulement je ne verserai pas dans la calomnie, ni dans l’information du Pouvoir. Sans être long, je dirais que pour l’un il s’était agi d’une prétention à diriger L’Organisation – du reste légitime pour tout militant!- mais l’Assemblée générale des militants, souveraine, en avait décidé autrement. Ce qui n’avait pas été sans frustrations; une frustration mal contenue qui s’est transformée alors en attaque en règle contre l’Organisation, maquillée sous forme de conflit d’Orientation qui n’existait pas en réalité. Un adage dit que “le peuple plébiscite ses héros ou les foule aux pieds”.

Telle est la stricte vérité.
Pour l’autre, les raisons étaient encore plus superficielles. Lorsqu’on soutient que la ligne est juste – c’est le plus fondamental – mais que l’équipage et son capitaine sont incompétents, on reste au poste pour se battre à le changer. On ne quitte pas un bateau qu’on dit se diriger droit sur le récif alors qu’on prétend être capable de le sauver du péril. Ce n’est ni élégant, ni militant, ni moral.

Dans les deux cas, il faut le souligner, peut-être que l’Ego, ce que d’aucuns appellent le “ petit moi”, aura été le facteur dominant.

Vous avez parlé de l’Alliance Patriotique à laquelle appartient l’un de ces éléments en cause, ici… Je dois rappeler, pour mémoire, à l’opinion, que celui-là même qui fustigeait les Flam et en était sorti justement à cause de l’option de la lutte armée qu’il trouvait incongrue et funeste, s’est rallié depuis à l’AP pour curieusement cette même option qui devient du coup vertueuse! Peut-on bien m’expliquer alors ici où se trouve le problème d’orientation censé constituer, à l’époque, la pomme de discorde ?

En tout état de cause, l’histoire écrite des FLAM révèlera peut-être un jour, avec clarté, toute la vérité sur les zones d’ombre de ces dossiers, qui ne sauraient prendre place ici. Quant à l’alternance, le problème ne s’est jamais encore posé. Créées en 1983, Les Flam ont enregistré quand même leur première alternance en 1990! Il ne faut donc pas poser ce problème, comme s’il n’y avait jamais eu d’alternance!

En second lieu, les Flam sont plus un mouvement de libération qu’un parti politique ordinaire, classique en dépit des retouches du Statut. A ce titre, elles exigent naturellement plus de stabilité. Enfin, comme je le soulignais au début c’est quand même aux militants de base qu’il revient d’en décider. Mon espoir, c’est connu, est qu’émergent enfin ces jeunes capables, aptes à reprendre l’étendard de la lutte. Des jeunes “sac à dos” bien connus pour leur fidélité à l’Organisation et leur détermination prouvée, des jeunes forgés dans l’acier. Des jeunes avec ce toupet bien connu qui a fait qu’il y a eu Mai 68, Shaperville et Soweto, et Avril 79 chez-nous. C’est mon souhait car, en m’observant un peu, je constate que même si l’esprit reste encore alerte, le corps, malmené, prend de l’âge, et ne suit pas toujours. Qu’on se détrompe, personne n’est accroché!

Diriger une organisation du type des FLam -mouvement de libération – n’est pas une tâche facile. Le pouvoir et le poids des responsabilités s, ici plus qu’ailleurs je crois, vous rongent la santé, et vous empêchent de mener une vie normale, comme les autres… On ne se rue pas vers le pouvoir lorsqu’on en mesure toutes les contraintes, pour un homme normal. On y est poussé, bien souvent malgré soi; On y reste par devoir bien plus que par intérêt bassement matériel, d’autant plus que les Flam ne nourrissent pas leurs dirigeants, du moins pas encore. “La lutte pour les dollars” ça n’est pas pour moi. Je n’ai ni voiture, ni maison, et travaille un part-time job… pour justement pouvoir ménager un espace de temps libre pour l’action politique.

Ce poste,au contraire, exige une somme de privations, une pression intense, permanente, une grande solitude quelques fois devant certaines décisions difficiles qui rythment la vie du dirigeant. Non, diriger une organisation du type Flam n’est pas une sinécure, croyez-moi.

Pour ce qui concerne cette question du 6e Congrès ,je dois dire que s’il a été anormalement retardé , c’est tout simplement dû à des aléas et contraintes liés à des facteurs externes ,et à des lourdeurs internes ; rien de plus . Mais qu’on se rassure, le BEN travaille pour que ses assises se tiennent dans la courant de 2005. C’est impératif.

AVOMM : Il y a quelques années vous aviez suspendu la lutte Armée. Les mauvaises langues disent que depuis cette date les Flam se cherchent sans savoir quelle lutte ou quelle stratégie mener face au Pouvoir. Ne peut-on pas penser devoir reprendre les armes quand on sait que les raisons pour lesquelles nous les avions prises restent plus réelles que jamais avec Taya et la constance de la négation et de l’exclusion?

LE PRESIDENT DES FLAM : C’est exact, la lutte armée avait été suspendue en 1992. Mais cela prouve justement, contrairement à ce que vous pensez, que nous savons ce que nous faisons! Nous avons évalué froidement, lucidement, après quelques années de sa mise en action, que les conditions minimales n’étaient pas réunies… Nous avons donc réapprécié la situation à la lumière de l’expérience, et de certaines données qui n’avaient pas été prises en compte, initialement. Qu’est-ce que cela prouve ?

Que nous sommes capables de marquer un temps d’arrêt et de réexaminer nos analyses, nos méthodes et nos stratégies, de les repenser en profondeur, et au besoin les réajuster. je ne pense pas que cette manière de faire signifie manquer de stratégie ou tourner en rond. Au contraire! Notre stratégie est claire, bien réfléchie. Vous vous en rendrez compte dans le futur. C’est bien souvent après la victoire ou la défaite que l’on peut juger de la validité d’une stratégie. Nous ne sommes, encore, ni dans l’un ni dans l’autre cas. Pour ce qui est de reprendre la lutte armée, nous nous sommes longuement appesantis sur la question dans le document intitulé “la longue marche des FLAM”. Je n’y reviendrai pas. Mais nous demeurons confiants en l’avenir. Très confiants.

AVOMM : L’actualité brûlante de l’heure nous amène à parler des Cavaliers du Changement que vous aviez, semble-t-il, rencontrés à un moment donné. Peut-on savoir aujourd’hui, Monsieur le Président, pourquoi vous n’aviez pas jugé bon d’en parler à l’opinion mauritanienne et, ensuite, sur quoi vos contacts avaient porté?

LE PRESIDENT DES FLAM : Permettez-moi d’abord d’exprimer au Commandant Ould Hannana,_ homme courageux -, et à travers lui à tous ceux qui sont aujourd’hui détenus avec lui, tout le soutien moral de L’Organisation. Ce qui leur arrive aujourd’hui est le tribut que tout combattant déterminé doit s’attendre à payer. C’est le coût de la lutte; car la vraie lutte comporte toujours un coût, parfois très élevé. Ma compassion va aussi à leurs familles, aujourd’hui dans l’inquiétude, la tristesse et la douleur.

Maintenant, pourquoi n’en avais-je pas parlé à l’opinion, demandez-vous?

D’abord parce que j’étais, naturellement, tenu par le sceau du secret; les discussions étaient en cours et loin d’être achevées. Je ne pouvais donc certainement pas, en parler. Ensuite Leur procès est quand même en cours, me semble-t-il. Alors faudrait parler d’eux quand on sait que le Pouvoir pourrait les charger encore plus. En effet, mes propos, même dénués de tout caractère subversif, pourraient être tendancieusement interprétés, déformés et retournés contre eux? Je pense que je les aiderai davantage en me taisant. Du moins pour l’instant. Mais un jour, là aussi, nous parlerons. Rien ne presse.

AVOMM : Nous voudrions vous dire notre gratitude pour avoir bien voulu partager votre temps chargé avec nos lecteurs. Mais avant de vous laisser retourner à vos précieuses occupations, permettez-nous de vous demander une toute dernière confidence sur votre ami et compagnon d’infortune à Walata et à Aouin, M. Ousmane Sarr qui dirige aujourd’hui l’ONG AVOMM.

LE PRESIDENT DES FLAM : OUI, C’est un Sarr que j’ai connu en prison; semblable à tous ces SARR que j’ai connus, intelligents astucieux et féconds. A cette différence toutefois, ce Sarr là est courageux; les autres étaient plutôt des “lapins”, pour reprendre la célèbre pique de SADAT à ASSAD de SYRIE.

Plaisanteries mises à part, j’ai été séduit chez Ousmane par deux traits de caractère à Walata: la force du sourire et la force de conviction, malgré toutes les peurs quotidiennes de prison. Et comme la permanence dans la conviction et le courage ne sont pas, nous le savons, les choses les mieux partagées chez nous, on comprendra pourquoi je porte tant de considération pour l’homme.

Maintenant concernant l’Avomm, si je puis exprimer franchement ma pensée, je dirais que “militaire droit de l’hommiste ” c’est bien, mais il y a mieux! la prise en charge des Orphelins et veuves des militaires est une noble entreprise, mais qui ne devrait servir que d’appoint, ou constituer un volet d’un programme plus ambitieux.

Mais peut-être que ma vision reste, elle aussi, stéréotypée, déformée par une conception populaire -faussement? – orientée du militaire?

Cela dit je me sens très honoré d’avoir été votre invité. C’est donc à mon tour de vous remercier, pour l’intérêt que vous portez à ma personne, et à l’Organisation que je dirige.

Je souhaite plein succès à votre site.
La lutte continue !

Propos recueillis par SARR ADAMA et Mohamed Dogui. 

Lundi 6 Décembre 2004

 

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FLAMNET-RÉTRO: INTERVIEW AVEC SAMBA THIAM ANCIEN PRESIDENT DES FLAM (MARS 2002)

altDans cette rubrique  intitulée ‘’ RETROSPECTIVE’’ Flamnet se propose désormais  de  rediffuser , périodiquement,  de vieilles  interviews  qui avaient sembler marquer les lecteurs , dont celles du Président Samba Thiam  ancien -Président des  FLAM, aujourd’hui  Président  des FPC (Forces Progressistes du Changement).  Une manière pour nous d’instruire, entre autre, la jeunesse sur ce long chemin vers la liberté.

Aujourd’hui nous vous proposons cette  interview qui date de Mars 2002,  il y’a 12 ans, qui reste d’une  actualité brûlante.

Bonne lecture.

 

C’est certainement la désespérance et la révolte qui faisaient dire à Ibrahima Dieng, le personnage principal du ” LE MANDAT “, que “L’honnêteté est un délit”. Une sentence sans appel prononcée par un vieux notable désabusé que ses mésaventures d’inadapté rendent finalement à la lucidité. La société vomie du vieux marabout à sa règle, la fourberie, et ses caïds, des prédateurs aussi féroces que malicieusement imaginatifs. 

La tentation est forte de faire le rapprochement entre la société honnie de Dieng avec l’arène politique nationale, un milieu où la duplicité et la versatilité sont sanctuarisées, érigées en dogmes. Ce milieu-là n’est pas celui de Samba Thiam, le Président des FLAM. Il s’y sentirait égaré, désorienté. Pourtant, ce ne sont pas les motifs de l’endurcissement qui lui manquent. Mais il a décidé de ne pas hurler avec les loups. C’est une règle de vie. Sa vie. Une vie de dévot au service d’un idéal incarné par une organisation. Une croix qu’il porte vaillamment depuis ce jour de rencontre décisive qu’il aime rappeler. Parce que le président des FLAM est avant tout un guerrier peulh, qui combat à la traditionnelle. Et le code d’honneur de la bataille, il le connait: ni trahir, ni se rendre. L’ennemi est coriace, sournois, mais l’adversité ne lui fait pas peur. Il faut de l’audace pour décider de défier cette hydre informe, ce Système avec un S grand comme le “ racisme structurel de l’Etat mauritanien ”. Un mal absolu dont un tyran nommé Maouya a été l’incarnation. Quand il a fallu le combattre il l’a fait sans concession, mais maintenant que l’adversaire est défait, il se refuse à se précipiter sur sa gorge. C’est contre son “code éthique”. 

Cet homme-là a du courage physique et la patience d’un pédagogue. Et cela fait la différence. Ainsi, là où ses adversaires foncent sur le foin, lui prend de la hauteur pour mieux faire partager sa “vision globale” des solutions aux maux qui gangrènent l’unité nationale. Car la vérité est que la Mauritanie ne guérira pas de son instabilité tant qu’elle n’aura pas osé affronter la question lancinante de la cohabitation de ses peuples. Le président des FLAM en est convaincu. Il le dit à haute et intelligible voix. Il le dit avec cette éloquence qui refuse l’emphase et le superflu. Avec Samba THIAM comme interlocuteur, c’est la politique qui retrouve ses lettres de noblesse. 


Entretien…
 

 

FLAMNET : Merci Monsieur le Président de nous donner de votre temps et d’accorder á FLAMNET et au FLAMBEAU cette interview malgré votre surcharge habituelle; tout d’abord, les FLAM ont 19 ans d’existence et de résistance au système de discrimination raciale érigé en règle de gestion du pays, vous êtes un des membres fondateurs du mouvement et aujourd’hui vous êtes le premier responsable de l’organisation, si on vous demandait de nous conter les FLAM qu’en diriez-vous? 

 

PRÉSIDENT : Une évolution non rectiligne, ponctuée d’allers-retours, beaucoup de pesanteurs, de multiples défis – et pas des moindres – à relever. Une Organisation dont la maturation est loin d’être achevée, avec ses lacunes et ses insuffisances, face à une adversité tenace et farouche de tous horizons, qui ne désarme pas. Il a fallu se forger dans l’épreuve en faisant front à tout ça. Une force aguerrie donc par une longue marche loin d’être finie, et au bout de laquelle un espoir fort que les causes justes finissent toujours par triompher. 

Un optimisme tout de même justifié au vu des acquis importants certains, et l’immense réconfort devant l’histoire d’avoir posé correctement et durablement la vraie question mauritanienne. Enfin et surtout une détermination toujours plus forte à continuer le combat.  

 

FLAMNET : Qu’est-ce qui vous a le plus marqué pendant ce “long chemin vers la liberté “pour parler comme le président Mandela, la prison de Walata, l’exil ou autre chose?

 

PRÉSIDENT : Je n’aime pas vraiment parler de moi. Je préfère plutôt en laisser le soin aux autres. Les rares fois que je le fais j’ai l’air de quelqu’un qui cherche où se fourrer; alors j’ai toujours hâte d’en finir au plus vite. Mais enfin, allons-y ! 

Face aux multiples épreuves de la vie, il n’est pas toujours aisé de retenir toutes celles qui vous ont marqué, surtout lorsqu’on a eu une existence quelque peu heurtée. Toutefois, je crois que la prison a été de celle-là. 

La prison fut pour moi à la fois un choc, pour être franc, et une Ecole. Je la découvrais pour la première fois, et ce premier contact reste gravé dans la mémoire. Elle fut, comme j’ai dit une Ecole où je redécouvrais les notions de liberté et “d’instinct de conservation”. Pour comprendre réellement le sens et la portée du mot LIBERTE il faut en avoir été privé, pendant un certain temps. Autrement on verse dans le discours abstrait. 

J’ai également mieux compris, pour l’avoir observé ce qu’on appelle généralement “instinct de conservation”, et la notion de “régression primaire “. Placé dans certaines conditions, l’homme a tendance à perdre ses valeurs de référence; J’ai eu l’impression que la prison rendait la proximité entre l’homme et l’animal plus visible, plus lisible .Il se produit un dysfonctionnement de la dynamique du groupe qui n’obéit plus aux mêmes règles classiques, et qui éclate en segments ressoudés autour de valeurs “primaires” que l’on croyait dépassées. 

La prison m’a aussi révélé une certaine psychologie du prisonnier, pour lequel le monde s’arrêtait de tourner parce qu’il était là “immobilisé” .Tout, derrière les murs, se colportait et se lisait, à travers le prisme de sa vie carcérale. Les séances matinales quotidiennes de divination de rêves dont parlait BOYE ALASSANE dans son livre, renvoient, en fait, à cette psychologie. 

D’un autre côté, je puis dire que la prison a accru ma détermination; si j’ai survécu c’est parce que J’étais, comme bon nombre de camarades, moralement armé ; convaincu qu’il serait bête et absurde de mourir en détention, ce qui donnerait un immense plaisir au tyran. Il fallait absolument l’en priver ! 

Derrière les barreaux, je réalisais avec M GRAY ” la force qu’un homme peut avoir en lui; s’il veut il peut mourir sans un cri, s’il veut il peut survivre”. C’est donc un peu par défi, si j’ai survécu. La prison c’est aussi un immense gâchis de temps, dans l’inaction ! 4 ans entre 4 murs à ne rien faire, alors que la situation était mûre! 

Autre chose enfin, qui n’a pas moins marqué ma vie d’exilé; C’est ce sentiment ambivalent que partagent peut-être, ensemble les lutteurs ou les combattants de la liberté, et que MANDELA décrivait ainsi. “Ces Noirs nous considéraient non comme une menace à la structure du pouvoir Blanc, mais comme une menace aux intérêts des Noirs; car les BLANCS maltraitaient tous les NOIRS à cause de quelques agitateurs de la sorte “. Ce que BEGIN face à l’armée britannique, résumait par ces mots “devant, le feu de l’ennemi, derrière, le dénigrement de tes frères “. 

Je me console toutefois à l’idée, comme le montrent souvent les nombreuses expériences historiques, que demain, quand la victoire changera de camp, cette attitude aussi changera; c’est la vie. 

 

FLAMNET : Monsieur le président, pouvez- vous nous faire le bilan de santé des FLAM ?

 

PRÉSIDENT : Les FLAM ne se portent pas trop mal, DIEU merci. Sans démagogie, nous pouvons nous targuer d’acquis formidables, que tempèrent toutefois, pour être honnête, beaucoup d´insuffisances à surmonter; chose que j’ai déjà évoquée dans votre première question. 

 

FLAMNET : Quel est l’état des rapports entre les FLAM et l’opposition? Où en est le dialogue amorcé en 2000 avec certains secteurs de l’opposition radicale ? 

 

PRÉSIDENT : Depuis la parution du Mémorandum, il faut le dire, la situation n’a pas beaucoup évolué, pour parler de l’opposition interne. Si certaines franges de l’opposition avaient positivement réagi au Mémorandum, on semble depuis, retomber dans la léthargie habituelle. 

Avec l’opposition externe, le dialogue se poursuit ; timide, en deçà des normes souhaitées, mais se poursuit quand même. Nous souhaiterions à nouveau, relancer le débat sur la nécessité de voir ensemble ce qu’il y’a lieu de faire, présentement. 

Nous demeurons convaincus qu’il faut arriver à mettre en place un large front de l’opposition pour le changement. Comment, dans quelles conditions ? Cela reste à déterminer, mais nous devons réussir cette ambition .Sur la base peut- être d’une large plate-forme, où chacun se retrouverait. Encore une fois, nous restons favorables à une concertation sérieuse, soutenue, en vue de mieux se connaitre et élaborer, ensemble, une stratégie plus adaptée. 

 

FLAMNET : Avez-vous des nouvelles de nos camarades déportés au Sénégal et au Mali, quelle est leur situation actuelle et que comptez-vous faire pour soutenir nos compatriotes sinistrés de la vallée suite aux pluies diluviennes de janvier dernier ?

 

PRÉSIDENT : Nous sommes en contact permanent avec les camps de réfugiés, tant au Sénégal qu’au MALI. Des missions régulières sillonnent les camps; la dernière remonte à fin Février; elle avait pour objectif de témoigner aux réfugiés notre compassion devant la calamité qui les frappait cruellement, par un apport financier de quelques milliers de dollars, pour les camps les plus touchés .Chose, apparemment, bien accueillie, vu le rush observé récemment en direction des FLAM .

 

Les réfugiés resteront au cœur de nos préoccupations, et rien ne sera négligé pour alléger leur souffrance. Les FLAM, contrairement à ce qu’espéraient certains esprits, loin de vider le Sénégal, entendent bien y rester, pour ne pas dire s’y consolider. 

 

FLAMNET : Avec la plainte déposée par nos amis de l’AVOMM contre le Colonel-fasciste de Nouakchott, le “passif humanitaire”, est revenu au devant de l’actualité, quelle est la position des FLAM sur cette importante question?

 

PRÉSIDENT : Je me dois d’abord de féliciter de manière appuyée les camarades de l’A.V.O.M. M., pour l’initiative bien venue, et menée enfin à terme, par leur acte posé. Les coups portés à ce Régime raciste, tyrannique, d’où qu’ils viennent, sont les biens venus; Nous devons, comme on dit communément, faire feu de tout bois. 

Je saisis cette occasion pour dire, que si les Organisations de Droits de l’Homme attaquent le Régime sous l’angle des droits humains, cela peut paraitre naturel; Mais que des leaders politiques s’en saisissent pour en faire la question du jour, au risque de réduire notre question nationale en une question humanitaire – qui requiert des solutions humanitaires -, je dis attention ! Une tendance, au centre des discours politiques, devenue habituelle, à poser le règlement du passif humanitaire (tués et déportés, radiés), comme solution essentielle à notre problème; Venant d’Acteurs politiques cette approche me paraît dangereuse, car elle évacue la DIMENSION POLITIQUE, centrale, de notre QUESTION NATIONALE et dont le passif, entre autres, n’est qu’un aspect secondaire. 

Il faut redresser cette manière de poser les choses à la fois mystificatrice et dangereuse, car non porteuse de solution véritable. Nous devons donc rester vigilants et veiller à ce que le débat ne soit pas biaisé, ou déplacé vers des questions périphériques. 

 

FLAMNET : Depuis le cinquième congrès ordinaire des FLAM, on parle de plus en plus de “L´AUTONOMIE” certains mauvais esprits pensent même que notre “Autonomie” rime avec “Indépendantisme du Sud” ou “Séparatisme” tout court, pouvez- vous nous expliciter ce que les FLAM entendent par “Autonomie” et pourquoi “L’autonomie” ?

 

PRÉSIDENT : Il me semble que votre question contient en elle-même sa propre réponse, car vous dites bien ” mauvais esprits”. Avec les mauvais esprits il n’y a rien que vous puissiez proposer qui soit à l’abri de leurs critiques ; rien qui puise les satisfaire; ils trouveront toujours à redire; il faut donc aller son chemin. 

Cela dit, nous devons autant que possible, rappeler toujours notre position sur la question de l’Autonomie .Je dis rappeler, car je ne dirai rien ici qui ne figure déjà dans nos documents. Mais d’abord j’aimerais que ceux-là se pénètrent l’idée que l’Autonomie est une réponse que nous formulons face à une situation de crise devenue structurelle. 

Il ne s’agit pas de critiquer pour critiquer mais de trouver des réponses correctes a notre “Question brûlante”. Et dans ce cadre toutes les pistes doivent être explorées, toutes les options doivent rester ouvertes comme disait BOYE ALASSANE sur FLAMNET; y compris l’Autonomie; y compris la séparation pure et simple, si la voie de la raison et du dialogue tournait à l’impasse. (C’est bien NYERERE qui disait à propos de la question du BIAFFRA que la volonté de vivre ensemble relevait de l’assentiment des peuples, en présence). Cette dernière solution, extrême, à la différence des autres, ne résultera pas d’un choix affirmé, mais de conditions de maturation de la situation interne. Mais alors personne n’y pourra rien.  

En second lieu, nous pensons que l’Autonomie n’est pas quelque chose de nouveau. Elle a cours dans plusieurs pays d’Europe et d’Afrique dont je vous fais l’économie.

Pourquoi serait-elle plus explosive chez -nous plus qu’ailleurs? L’argument -objection que les populations sont très imbriquées est un faux argument, qui cache mal une fuite en avant; car il n’existe pas, à ma connaissance, d’espace habité exclusivement par une seule souche ethnique, dans ce monde de mobilité et de brassage ! Qu’est-ce qu’il y’a de plus imbriqué que la zone BRUXELLOISE ? Pourtant une solution a été trouvée .Il suffit de chercher, si la volonté existe, pour trouver. 

Ce qui existe par contre ce sont des zones à dominante Maure (Samassides, Tajekant, Awlad Ebierry etc.); des zones à dominante Négro-africaine (Pulaar,Soninké , Wolof, etc… ), chez nous! Ce que justement OULD TAYA cherche à modifier dans le Sud, par une nouvelle politique imposée de ré- peuplement, en vue de changer l’équilibre démographique de la Vallée pour s’en assurer le contrôle; 

J’entends déjà venir l’objection: Et les HRATINES, qu’est-ce que vous en faites ? Sur cette question la réflexion n’est pas épuisée, dans nos rangs, mais je suis tenté de répondre quels HRATINES ? LES HRATINES Arabes (“ communauté noire Arabe non blanche” pour citer un des leur leaders), ou les HARATINS NEGRO-AFRICAINS ? Ou encore l’entité Hartani ? Car là également le débat sur leur identité est loin d’être clos, même dans leur propre rang ! 

Nous devons rappeler, que nous ne faisons pas de notre proposition pour l’autonomie un point de fixation. Nous ne demandons qu’à être convaincus, par d’autres propositions ! 

Ce que nous refusons par contre c’est de nous laisser embarquer dans cet attelage de l’Etat unitaire centralisé, dans sa forme actuelle. 

Nous entendons des voix régulièrement prôner que la solution c’est la Démocratie; mais quelle Démocratie? Celle des partis politiques, de la liberté d’expression, d’association et de réunion, “d’un homme une voix ” ? 

Il n’est pas aussi évident que ça le parait, que cette Démocratie classique apportera la solution à notre problème, du moins dans l’immédiat, dans cette situation de crise majeure, si elle avait pour socle la structure de l’état actuel, rouage essentiel du système; car il n’y aurait alors qu’une faible différence avec ce qui existe actuellement, l’élément de fraude mis à part; On reconduirait exactement les problèmes, le système restant intact. Pire cette question de fond serait masquée encore plus dangereusement ! Et c’est reparti pour l’aventure d’une Cohabitation sans contours définis. . 

Le préalable ou facteur déterminant à une démocratie véritable, est la prise en charge, en amont, du problème de la cohabitation, qui est une question vitale pour mettre en jeu l’existence même du pays, dont le cadre serait défini par un forum national consensuel, et les règles établies servant de fondement au jeu démocratique, qui transcende les programmes de partis. 

Nous avions déjà dit, il faut le rappeler, que pour optimaliser les chances de réussite de ce dialogue national, il faudrait des mesures propres à apaiser le climat social ; comme le retour des déportés et leur réhabilitation, la réintégration des cadres arbitrairement radiés, l’amnistie générale des exilés politiques, une commission d’enquête pour les crimes commis et les disparitions, une commission vérité-réconciliation . 

Pour terminer sur cette question de l’AUTONOMIE je dirais qu’il ne sert à rien de vouloir s’opposer à la marche du monde; Aujourd’hui la tendance générale du monde est à la diversité et non au rouleau compresseur de l’uniformité. 

Comment définissons-nous l ‘Autonomie, au risque de nous répéter? L’AUTONOMIE est, pour nous, ce mode et ce cadre d’expression des Identités Nationales, qui prendraient en charge la gestion de leurs affaires, à travers des institutions propres, dans la préservation du lien unitaire, et dans la complémentarité.

 

FLAMNET : En fin pour terminer, camarade avez-vous un appel à lancer aux mauritaniens en général et a nos militants en particulier ?

 

PRÉSIDENT : C’est d’abord en direction de la classe politique et des intellectuels, pour dire que rien n’est encore perdu, pour entreprendre ensemble. 

C’est ensuite en direction des jeunes, pour les appeler à ne jamais perdre de vue que ce pays est le leur, et doit le rester. Que l’exil par l’exode n’a de sens que s’il participe du combat. 

Aux militants je dirais, la lutte pour la vie tout court est une rude épreuve: Que rien de grand ne se construit à la va-vite; il faut de la patience, de la persévérance, et de la ténacité.

 

La lutte continue.

 

Mars 2002

 

www.flamnet.info

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FLAMNET-RÉTRO: L’autonomie, une option viable pour la Mauritanie

Avant toute chose, permettez-moi de remercier tous ceux qui ont pris la peine de réagir (positivement ou négativement) à la proposition des  Forces Progressistes du Changement (FPC), Ex-FLAM, concernant la nécessité de l’application de l’Autonomie en Mauritanie. Il est heureux  de voir que notre choix suscite un intérêt particulier de la part de certains intellectuels et/ou politiques du pays. Mais surtout la sincérité et l’honnêteté de certains compatriotes maures donne l’espoir qu’une Mauritanie juste et démocratique est possible. À mon tour, je tenterai de répondre aux différentes analyses faites de notre programme politique.  Ainsi, mon commentaire se fera sur deux niveaux : d’une part, une considération des attaques politiciennes et subjectives de certains adversaires politiques et d’autre part  une réponse aux inquiétudes légitimes émises par d’autres compatriotes plus sincères. 

 

Sitôt  notre organisation révélait son option politique, certains compatriotes militant au sein des partis au pouvoir commençaient leurs attaques contre les FPC en nous accusant d’être des ‘’séparatistes, divisionnistes, extrémistes, et des racistes…’’  À dire vrai, ces diatribes ne nous ont pas surpris. Déjà, il y a de cela un an, je publiais un article ‘’La Mauritanie : quel modèle de gouvernement choisir ‘’ dans lequel je définissais ce que j’entendais par autonomie en disant que ‘’par autonomie, j’entends différentes régions qui s’auto- gouvernent partiellement par leurs propres lois mais sans séparation les unes des autres’’. C’était une anticipation aux délires de ces racistes. Mais pour ce genre de détracteurs, tout ce que nous proposons est jugé d’office comme négatif sans même qu’ils prennent le temps d’en connaître le contenu. Les faits et la substance de nos propositions ne les intéressent pas. Il me semble que cette catégorie de personnes est muée, non pas par l’intérêt de la nation Mauritanienne unie, mais par un agenda exclusiviste en faveur du système d’État discriminatoire. Mr Ahmed Jiddou Aly dans son article intitulé ‘’Parler de l’autonomie  ne constitue pas une hérésie ‘’ révélait que le gouvernement en 2009 avait commandité une étude pour un projet de décentralisation et/ou autonomie en Mauritanie. Dès lors comment comprendre les comportements d’Ould Maham, du président de Ravah et leurs semblables. Une attitude de deux poids et deux mesures : d’une part condamner avec violence le projet du parti des FPC tout en taisant l’étude faite par leurs alliés au gouvernement qui, pourtant, militent pour le même principe. Les tenants du système discriminatoire et raciste en Mauritanie continuent de camper dans du mensonge. Ils ne réalisent pas que les temps ont changé. Désormais avec le développement du social-medias, les moyens de communication rendent audibles les discours contradictoires à ceux des autorités démagogues. S’ils ne font pas attention, ils réaliseront très tard que la lecture et l’assimilation des mémoires d’Adolf Hitler « Mein Kampf » et l’emprunt du style et des techniques de Joseph Goebbels ne garantissent pas une propagande réussie à tous les coups.

 

Pendant que les défenseurs du système discriminatoire se mobilisent pour tuer l’espoir d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même, nous, aux FPC, continuerons à chercher des solutions viables aux difficultés de la cohabitation de nos populations dans l’intérêt de toutes les communautés mauritaniennes sans distinction aucune. Et nous redoublerons nos efforts pour faire partager notre projet avec tout en chacun. Alors, je concentrerais mes énergies en direction de ceux et celles, qui de bonne foi, ont fait part de leurs inquiétudes par rapport à l’option autonomique de notre organisation. Je m’intéresse plus particulièrement aux contributions formulées par  les Sieurs Bocar Oumar Ba et Ahmed  Jiddou Aly. En effet, ces deux honorables compatriotes reconnaissent au Président Samba Thiam et son parti, les Forces Progressistes du Changement (FPC), le mérite d’un certain courage politique. Ahmed Jiddou va même jusqu’à dire qu’il partage le principe de l’autonomie. Cependant, tous les deux ont fait part de leurs réserves auxquelles je me fais le devoir de réagir.

 

En effet, mon cousin Bocar Oumar Ba pense qu’il fallait des préalables avant d’officialiser le projet d’autonomie.  En clair, les FPC, Ex FLAM, ont péché par l’amateurisme et le manque de préparation. Pour lui, l’autonomie ne devait concerner que le sud de la Mauritanie car philosophiquement on ne peut pas demander l’autonomie de soi et celle de quelqu’un d’autre en même temps. Enfin, il a soulevé le problème du découpage territorial qu’il faut résoudre.  Pour Mr. Ahmed  Jiddou Aly la principale difficulté se trouve dans le choix de quatre grandes régions. Quelque chose qui semble laisser la situation inchangée car au vu du nombre de la population et la superficie du pays, l’autonomie ne changera pas l’ingouvernabilité du pays. Mais surtout certaines communautés vont perdre un certain pouvoir, dont ils jouissent dans la situation actuelle, et qu’elles ne se retrouveront pas dans le grand ensemble des grandes régions préconisés par ce projet autonomique.

 

Pour répondre à ces inquiétudes et reproches, je vais tout d’abord rappeler les différentes étapes des orientations politiques prises par notre organisation. Les FLAM ont connu trois grandes orientations : l’État Unitaire, le Fédéralisme et l’Autonomie. On peut dire que chaque période correspond à une situation politique donnée du pays. Le rôle joué par le sentiment des militants (espoir ou scepticisme) dans la vie commune de nos différentes communautés était primordial à ces différents choix.

 

Ainsi, à la création des FLAM, en 1983 jusqu’en 1990, l’État unitaire n’a jamais été remis en cause malgré le système discriminatoire en vigueur. Nous avions toujours pensé que si la volonté de changer le racisme d’État se matérialisait, il sera toujours possible de vivre en harmonie dans un État unitaire. Mais après que Taya ait mis en application sa politique de denégrification du pays par le génocide, la déportation et l’emprisonnement de la population noire non harratine du pays, les FLAM ont opté pour le fédéralisme. Durant la période des années 1990 jusqu’en 1998 certaines voix du coté de nos compatriotes maures commencèrent à s’élever contre les abus du système discriminatoire. Le langage de vérité se faisait entendre de la part de ceux comme Jamal Ould El Yessa, Habib Ould Mahfoud (paix a son âme), Hindou Mint Ainina, Chbih ould Mélanine, Mohamed Ould Dougui (paix a son âme) et d’autres encore. Ce courant progressiste au sein de la population maure pouvait permettre une renaissance de l’espoir dans le cœur de certains flamistes. Mais ce n’était pas suffisant tellement qu’ils étaient minoritaires. Alors nous avions jugé qu’il était approprié de revoir notre orientation politique. Ainsi, les congressistes ont opté pour l’Autonomie comme projet politique de notre organisation aux assises de Dakar en 1998.

 

De 1998 à 2014, depuis 16 ans les militants des FLAM travaillent activement et réfléchissent continuellement sur l’applicabilité de l’option de l’autonomie dans notre pays. À différentes occasions, que ça soit au moment des Assemblées générales des sections ou dans la préparation pour les différents congrès, les militants se sont penchés sur cette orientation pour approfondir leur connaissance par rapport à ce concept d’autonomie. Et à chaque fois les militants ont majoritairement choisi la reconduction de cette ligne politique. Je crois pouvoir dire en toute objectivité que seize ans de réflexion sont loin d’être négligeables pour un choix d’une orientation politique. En tout cas, la qualification  de ce projet du ‘’bâclage’’ et de la ‘’précipitation’’  semble être inappropriée et même excessive. 

 

Par ailleurs, devrions-nous limiter la proposition de notre projet aux seules populations noires du sud ? Y aurait-il une contradiction philosophique entre le fait de vouloir sa propre autonomie et en même temps celle des régions des maures ? A la première approche, et surtout si nous raisonnons en termes d’antagonisme des intérêts, il peut sembler logique que la contradiction est évidente. Mais regardons de plus près la signification philosophique du concept. Sans rentrer dans une  dissertation  philosophique, chose qui ennuierait nombre de mes lecteurs, mais je pense qu’Il est peut être important de revisiter la source philosophique, politique et morale du concept de l’autonomie dans certains de ses aspects. Emmanuel Kant  a fait de l’autonomie un élément central de sa réflexion sur l’obligation morale basée sur la raison. C’est dans notre capacité de nous autogouverner que chacun trouve la justification  de considérer son prochain comme un être plein qui mérite  égal respect. En effet, l’autonomie est considérée par nombre de penseurs comme une raison morale d’égalité de tous les individus.  Quant à John Stuart Mill, il pense que le concept de l’autonomie renferme une valeur intrinsèque qui est un des éléments du ‘’ bien être’’. Comme l’autonomie a un caractère vertueux que nous aimons détenir, alors nous devons le vouloir pour notre prochain. Par conséquent, par analogie, et en combinant les deux positions (de Kant et de Mill) nous déduisons que c’est du bon sens de vouloir son autonomie et celle des autres. C’est ce qu’on appelle dans le domaine moral et éthique, la règle d’or : ‘’traite ton prochain comme tu aimerais être traité’’.

 

Sur le plan purement politique, cette revendication nationale apparaît encore comme plus justifiée. Les FPC, qui se veulent un parti national, ne pouvaient ignorer toute une partie de la Mauritanie dans son programme politique. Pour une question de viabilité politique et économique, le sud a besoin de certaines ressources des autres régions pour se développer. Chose qui est valable pour les autres régions aussi.

 

Maintenant, que faut-il dire des reproches communs de Bocar et d’Ahmed concernant le droit des minorités dans différentes régions et le problème de découpage territorial. Il est opportun de préciser que l’autonomie préconisée par les FPC ne se repose pas exclusivement sur le communautarisme ; elle prend aussi en compte les liens historiques et géographiques du pays. Craindre de la marginalisation de certaines communautés dans certaines provinces serait oublié la réalité des relations entre certaines de nos populations. Il n’y a pas d’homogénéité parfaite des peulhs par exemple pour empêcher une autre communauté minoritaire à accéder au pouvoir. Si cette homogénéité existait, on n’en serait pas là aujourd’hui dans cette situation de dépendance politique. L’autonomie pensée par notre organisation n’interdit pas qu’un membre d’une communauté minoritaire ait le pouvoir local. Un maure qui est reconnu dans son amour de bien faire pour les populations du sud, par exemple, n’aurait aucun problème d’être élu gouverneur, préfet ou maire. Et ce principe devrait aussi être valable pour n’importe quel noir vivant dans la zone à majorité maure. J’avoue que la tendance actuelle me réconforte dans mes convictions de voir l’instauration d’une société idéalement démocratique en Mauritanie. De plus en plus, nous remarquons une volonté d’ouverture d’esprit qui se manifeste tous les jours en plus de ceux qui avaient commencé il y a déjà une vingtaine d’années. Je veux parler de notre camarade Ould Babah des FPC, Ahmed Jiddou, Ould Bettar, mon ami et frère Ahmed Fall Sidatt et tant d’autres encore.

 

Sur le point spécifique du découpage en quatre régions, je ne pense pas qu’il y aurait un problème majeur comme  Ahmed l’entrevoit. D’abord, la division se fera en régions et celles-là seraient reparties en provinces. Par ailleurs, la situation géographique et sociale peut sembler énorme aux yeux de tout le monde, mais en réalité quelque millions de personnes avec un million de kilomètres carré ne seraient rien dans un pays que nous voudrons être développé. Une fois que nous arriverons à résoudre le problème d’infrastructure, le développement des réseaux de transport et de communication, le problème d’ingouvernabilité sera vite résolu.

 

Enfin, je partage l’adage rappelé par Ahmed Jiddou Aly selon lequel ‘’le diable se cache derrière les détails’’ comme on dit de ce côté de l’Atlantique ‘’the Devil Is in the détail’’. Mais doit-on reprocher au parti FPC de ne pas avoir une règle droite et un crayon bien taillé pour réussir un trait parfait du découpage territorial ? Le 25 Mai 1961, Président John F. Kennedy donnait un discours devant le parlement Américain pour annoncer son projet d’envoyer un homme sur la lune et de le ramener intact sur terre.  Les responsables de l’époque de la NASA et ‘’Mercury Project’’, des astronautes qui travaillaient pour la réussite de ce voyage pensaient que président Kennedy était fou car ils n’étaient pas prêts techniquement et matériellement. Pourtant le 20 Juillet 1969 Neil Armstrong réussissait sa mission. C’est dire tout simple que le propre de l’homme politique c’est d’avoir une vision et de pouvoir communiquer cette vision aux techniciens et professionnels pour l’exécuter. À chacun son rôle, il s’agit de bien le jouer !

La lutte continue!

 

Mamadou BARRY 

Conseiller politique du président des FPC.

Flamnet 08 decembre 2014

 

www.flamnet.info

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