Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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Flamnet- notes de lecture : Gendarme en Mauritanie de Harouna Rachid LY par Thierno Touré

harouna lyAuteur : Harouna LY

Titre : 1989, Gendarme en Mauritanie.

Editions Cultures croisées,  2007, 148 pages.

 

Les récits de vie qui retracent les calvaires de Mauritaniens en butte à la Terreur de l’Etat  sous le règne du despote Ould Taya ne sont guère légion ; mais quelques livres de témoignages, assez bien connus désormais,  restent emblématiques  de la trajectoire chaotique du jeune Etat mauritanien, qui, entre montée de nationalismes et dérives ethnicistes, a failli dangereusement à sa mission régalienne, en s’étant livré à des purges ethniques sur ses propres « citoyens » : J’étais à Oualata. Le racisme d’Etat en Mauritanie de Alassane Harouna BOYE et L’enfer d’Inal. Mauritanie, l’horreur des camps de Mahamadou SY sont devenus, en effet, des classiques pour quiconque veut s’informer sur les « années de braise » du règne de Ould Taya.

 

Il restait, tout de même, une lacune : l’année 1989, celle du limogeage de la fonction publique et de la déportation de milliers de « Négro-mauritaniens » au Sénégal et au Mali. La lacune est désormais comblée par le livre de Harouna Ly: 1989, Gendarme en Mauritanie.

 

 Le récit de vie de Harouna Ly commence en 1981, huit ans avant les douloureux évènements qui ont opposé la Mauritanie au Sénégal et l’Etat mauritanien à ses citoyens « négro-mauritaniens », assimilés à des Sénégalais. Harouna Ly (dit Rachid) n’est encore qu’un jeune élève insouciant qui passe son baccalauréat. Comme beaucoup de jeunes gens de Nouakchott, il n’a qu’une idole : Bob Marley, la star jamaïcaine du  reggae, qui, en ce début des années quatre-vingt, fascine et envoûte la jeunesse du monde entier, surtout celle du Tiers monde, en quête d’une icône en symbiose avec ses rêves et ses utopies juvéniles. Entre les accents révolutionnaires de la musique jamaïcaine et les films de Western que les « salles obscures » nouakchottoises proposaient aux jeunes gens (cinémas El Mouna, El Feth, Le Jouad etc.), il y avait peu de place à la nonchalance.

 

Le jeune impulsif  Rachid, qui vient de quitter le lycée après avoir lancé un courtois «vous êtes un colonialiste attardé ! » à son examinateur, est un petit baroudeur, provocateur à l’envie, qu’il faut urgemment encadrer par l’exercice d’un métier qui l’astreigne à un minimum de discipline. Cela se révèle désastreux pour le matériel du Centre de formation professionnelle de la SONELEC (Société nationale d’électricité), qu’il emploie son énergie à détruire joyeusement.

 

 L’oncle de Rachid, plus que jamais préoccupé par le devenir de son neveu, a une idée astucieuse : engager son neveu à prendre l’uniforme pour réfréner les ardeurs belliqueuses du jeune frondeur. De tous les corps, le jeune bagarreur ne connaissait que la police, avec laquelle il n’avait pas beaucoup d’atomes crochus ; et pour cause !

 

 « si par mégarde votre poing heurtait le menton du voisin », les policiers ont la fâcheuse habitude de « vous mettre au violon » (page 35)

           

 L’oncle de Rachid jette son dévolu sur la gendarmerie, corps d’élite de l’armée, qui saura contenir, dans les limites de l’ordre et de la discipline, les élans effrénés du tempérament du jeune « cow-boy ».

 

    Quoique voyou, le petit garnement est brillant. Il est admis, au pied levé, au concours d’entrée à l’ECOGEND (école de gendarmerie, basée à Rosso), classé troisième sur la liste des candidats reçus.

 

Chicaneur et chipoteur pour un rien, le petit indocile ne sait pas encore que les ordres sont les ordres. Il part du mauvais pied et est vigoureusement rabroué par ses supérieurs, qui lui représentent objectivement les plates-bandes sur lesquelles il ne faut pas marcher..sous peine de perdre sa peau :

 

 

« Le Lt Sall Yérino Daouda me fit ramper en pleine canicule entre les salles de classe et le poste de police sur un goudron surchauffé. Ma peau se détachait par lambeaux et n’eût été l’intervention de l’Adjudant-chef Dieng Mamadou Abdoulaye, j’aurais perdu l’essentiel de ma chair. »

 

 Il a désormais le salut impeccable et le garde-à-vous spontané et déférent ; d’autant qu’il a fini par apprendre, à ses dépens, que dans l’armée la discipline est de fer et que l’on sait, avec beaucoup d’humour, mettre définitivement de l’eau dans les bouffonneries des petits  plaisantins qui ignorent encore la discipline militaire. Il marche, maintenant, d’un bon pied, droit dans ses souliers :

 

 

« Un matin, alors que tous les élèves étaient en rassemblement dans la cour, je restais bien au chaud dans mon lit (.) je criai devant tout le monde que ce lieu n’était pas une école mais un camp nazi ;  que ces sadiques gradés voulaient notre peau ; qu’on nous faisait bouffer une nourriture indigne d’un chien éthiopien (.) j’aurais continué mon violent réquisitoire si le Lt. Dia n’y avait mis un vigoureux holà. Pendant une journée, je fus soumis aux sévices les plus sévères : om me fit ramper avec un sac de sable sur le dos et un fusil Mauser dans la saignée des bras ; on me trempa dans la piscine et enfin on me fit chanter (le comble ! chez moi on ne chante que les louanges d’Allah et de son prophète). Bououh ! Je sortis de cette mésaventure carrément cabossé, mais avec la ferme décision de la boucler une fois pour toutes. »

          (pages  46-47)

 

 Passée la période de redressement, Rachid se révèle un bon élément : classé également 3ème à l’examen de sortie, il choisit la « Brigade mixte » et est muté à Nouakchott. Rachid ne ménage pas le gendarme qu’il est devenu et livre au lecteur des confidences sur le « corps d’élite » de l’Armée, dont les méthodes pour recueillir les aveux, n’étaient ni des plus douces, ni des plus délicates : 

 

 « Ismael Ould Baby dit le Fakir, originaire de Boutilimit et petit-fils du grand marabout Yacoub O/ Cheikh Sidiya (.) était contre les enquêtes brutales et passait le plus clair de son temps à saquer les apprentis-tortionnaires que nous étions devenus. Il est vrai qu’à l’époque, à l’insu du GMC, nous étions souvent prompts à user de la gifle et de la gégène électrique que nous branchions sans beaucoup de remords sur les parties nobles de la clientèle ». page 57.

 

 En ce milieu des années quatre-vingt, la situation politique était délétère à Nouakchott. Lorsque Rachid Ly, qui « avoue franchement n’avoir jamais nourri de penchant marqué pour la politique» (page 60),  est muté, en mai 1987, à Akjoujt, il est bien heureux de s’éloigner de la capitale. C’est à Akjoujt pourtant, où il se coulait des jours bien tranquilles depuis 1987, qu’il fut convoqué en mai 1989 par son commandant de brigade, qui l’informa  qu’il était « convoqué » à Nouakchott, à « l’ Etat Major ».

 

En quittant Akjoujt, Rachid Ly ne se fait guère d’illusions. Il constate que l’Etat mauritanien est en train de souffler sur les braises ethniques  et de trier sur le volet tous ceux qui n’appartiennent pas à la bonne ethnie :

 

 

« De jour en jour les convoqués se multipliaient et les brigades se vidaient petit-à-petit de leurs éléments négro-mauritaniens. » (page : 127)

 

Arrivé à l’Etat Major, il est accueilli, en même temps que son ami Wade Abdoulaye, par des collègues pressés de leur trouver une nationalité étrangère :

 

 

« Au B1, je trouvais une espèce de comité d’accueil composé d’un gendarme debout à l’entrée de la porte, du Capitaine Ahmed Ould M’Bareck (futur colonel), commandant les effectifs et du Lieutenant Hamama (.) J’en étais là de mes pensées quand le Capitaine Ahmed M’Bareck m’apostropha :

– « Quel sont tes nom, prénoms, date et lieu de naissance ? »

(.)

– « Les réponses à vos questions se trouvent dans le carnet que vous avez devant vous ! Répondis-je.

– Bien. Acquiesça-t-il. On vous soupçonne d’être Sénégalais. Avez-vous une réponse à ça ?

– Non !

– Donc vous êtes Sénégalais.

– C’est vous qui le dites ! Mais il reste à le prouver. »

(.)

– « C’est de vous qu’il s’agit.Répondez clairement !

– Je suis né à Wouro-Dialaw, un patelin situé à 3 km à l’Est de Bababé. Mon père, son père et le père de son père y sont nés et enterrés. Mon capitaine, je m’étonne que la gendarmerie me soupçonne d’être Sénégalais (.)

– Votre fils Mohamed et votre épouse sont nés au Sénégal.

– (.) De toute façon, le fait que mon fils et sa mère soient nés au Sénégal ne fait pas d’eux des Sénégalais. On peut voir le jour au Laos et être de nationalité chilienne (.)

– Vous reconnaissez donc avoir des attaches au Sénégal ?

– Si vous prenez pour des « attaches » le fait que ma femme et mon gosse aient vu le jour dans ce pays et que mon oncle y travaille, eh bien, j’y ai des attaches. Si c’est à cause de ces « attaches » que l’on déporte, arrête et révoque le personnel du Corps, laissez-moi vous dire qu’il n’existe pas un Mauritanien sans « attaches » au Sénégal, au Congo, en Gambie ou ailleurs. »

 

Dépité, le capitaine posa deux ou trois questions, sans conviction, et me demanda d’attendre dehors.

Quand, quelques minutes plus tard, j’entendis le Capitaine M’bareck demander à Wade Abdoulaye de décliner son identité, je me dis que ces gens n’étaient pas sérieux. Wade et le capitaine Ahmed M’Bareck sont tous les deux ressortissants de Keur-Macène et ils se connaissaient suffisamment pour que le capitaine passe sur certains détails de l’interrogatoire. D’ailleurs, excédé, Wade le lui rappela bruyamment :

– « Je suis d’où ? Vous le savez autant que moi. Dites plutôt ce qu’on me reproche et qu’on en finisse ! »

(.)

– « Vous êtes mis à la disposition de l’EHR [Escadron Hors Rang] ! avait dit le Capitaine Ahmed M’Bareck à l’issue de « l’enquête ». 

                      Pages 130-131-132-133.

 

Après l’entretien, ils sont « mis à la disposition » du maréchal-des-logis Ould Diyé et sont conduits au GEMO (Groupement d’Escadrons et de Maintien d’Ordre), dans des « cellules puantes de deux mètres sur deux, » où s’entassent les gendarmes « négro-mauritaniens » arrêtés pour délit d’appartenance ethnique. Rachid sait qu’il est l’otage d’un drame qui fait peu de cas de sa responsabilité individuelle et que les démons ethnicistes (que l’intérêt supérieur de la Mauritanie eût pu exorciser, si ses dirigeants avaient une conception noble du vivre ensemble) ont besoin de boucs émissaires :

 

 

«Côte à côte, nous prîmes le chemin conduisant au GEMO où des prisons de 2×2 m nous attendaient ; des cellules dans lesquelles, devant le nombre croissant des convoqués, on fourrait jusqu’à une douzaine de personnes ensemble(.) Allah est grand ! Lui qui entend tout et voit tout sait que je n’ai commis aucun crime ; je n’ai rien à me reprocher et si au nom d’une conjecture qui ne dit pas son nom quelques tarés voulaient me faire payer je ne sais quelle faute, Dieu les jugera bien un jour. Quelle vie ! Tu te réveilles à l’heure, tu montes à l’heure, tu descends à l’heure, tu gagnes honorablement ta vie, tu ne fais tort à personne, tu te décarcasses jour et nuit pour remplir ta mission et celle des autres.au bout tu gagnes quoi ? Une place rétrécie dans une cellule puante ». pages 133-134.

 Rachid échappe au sort de beaucoup de gendarmes « négro-mauritaniens » qui se voient arbitrairement incarcérer dans de cellules exiguës et répugnantes, avant leur révocation et déportation. Sur le point d’être parqué « à l’hôtel quatre étoiles du GEMO », il croise heureusement Moctar Ould Eléyouta, chef du service général de l’EHR (Escadron Hors Rang), outré d’assister indifféremment aux mauvais traitements infligés gratuitement à une connaissance de longue date. Rachid ne fera pas partie du lot peu enviable des pensionnaires du GEMO : il sera gardé « au poste de police » (page 135), dans des conditions relativement décentes.     

 

Huit jours après la première audition, la gendarmerie a eu le temps de fabriquer de nouveaux chefs d’accusation contre Rachid LY : au crime de « sénégalité » s’ajoutent désormais d’autres crimes de lèse-majesté : délit de parenté (d’ailleurs fictive) avec «l’ex-commissaire Ly Mamadou », alors en prison à Oualata, pour son appartenance supposée aux FLAM (Forces de Libération africaines de Mauritanie) et être membre lui-même du mouvement clandestin. Il est conduit sous haute escorte auprès du lieutenant Sultane, chargé d’instruire son dossier :

 

« Le huitième jour de ma détention, vers 10 heures, quatre gendarmes armés jusqu’aux dents se présentèrent au poste de police :

– « Nous cherchons le gendarme Ly !

– Pour aller où ? leur demandai-je.

– C’est pas votre problème. Allez, passez devant !

– Non ! Je ne bougerai pas d’un poil avant de savoir là où je mets les pattes !

– Vous êtes convoqué par le lieutenant Sultane !

– Allez lui dire que je n’ai nul besoin d’être escorté par un carré d’affreux pour répondre à sa convocation. Comme si j’étais un criminel, comme si j’avais tué, pendu, enterré vivant ou gazé quelqu’un. Dites-lui que je suis venu d’Akjoujt à Nouakchott seul et sans escorte ; que si je voulais m’échapper ou fuir, je ne me serais pas présenté à l’Etat-Major où je savais que je ne serais nullement accueilli avec des fleurs.. 

L’adjudant Moctar intervint :

– «Ne fais pas le con, hé ! Il faut aller avec eux. Tu as peur qu’ils te trouent la peau en cours de route ou quoi ?

– Bof ! Allons-y !

– Mettez-vous en tenue correcte, vous allez comparaître devant un officier.

– Non ! Si la gendarmerie était la gendarmerie telle qu’elle est connue, je ne serais pas là avec une aussi triste compagnie que la vôtre. Je vais comparaître comme ça, en tenue débraillée car je sens que bientôt, je n’aurais plus besoin de ces oripeaux-là. »

(.)

 

Sultane me pria de m’asseoir, ouvrit un énorme dossier déposé devant lui et me dit, sans préambule :

– « On vous soupçonne d’être sénégalais.Quelle. ?

 – Le B1 m’a déjà posé cette question ; ça devient une idée fixe !

– Répondez !

– Qu’est-ce que vous voulez que je vous réponde ? (.)

– Selon nos informations, vous avez des parents au Sénégal.votre femme.

-. et mon fils sont nés là-bas ! (.) j’en ai aussi en France, au Gabon, en Côte d’ivoire et en Italie. Est-ce à dire que j’ai ces nationalités-là ?

– Bon. Connaissez-vous les FLAM ?

-Votre question n’est pas claire !

– Est-­ce que vous connaissez les FLAM ?

– J’en ai entendu parler.

– Connaissez-vous quelqu’un de ce mouvement ?

– Je sais que des individus qu’on dit appartenir à ce mouvement avaient été arrêtés en septembre 1986, jugés, condamnés et incarcérés dans des prisons de l’intérieur du pays.

– Avez-vous un lien de parenté avec au moins l’un de ces individus ?

– Non !

– Et l’ex-commissaire Ly Mamadou, ancien membre du Comité Militaire de Redressement National ?

– Je ne sais même pas de quel patelin il est.

– Et pourtant tous les Ly sont de la même famille.

– Il y a des « Ly » au Mali, suis-je censé les connaître tous ?

– Lors de l’arrestation de ces «  individus » (comme tu dis), beaucoup de gens ont constaté votre changement d’humeur ;  vous étiez devenu mécontent et méconnaissable.

– Confrontez-moi avec ces « beaucoup de gens » !

– De sources dignes de foi, vous êtes membres des FLAM et vous teniez des réunions à Akjoujt.

– Ecoutez, mon lieutenant ! Je ne répondrais plus à aucune de vos questions

 (.)

 

Le lieutenant sonna son planton et lui intima l’ordre de me ramener au poste de police.

J’étais furieux. Sénégalais, Membre des FLAM et quoi encore ? Demain, ils finiraient bien par m’accuser d’avoir attenté aux intérêts supérieurs de la nation. Ah ! La politique, je m’en étais toujours fichu comme de mon premier béret. »

                      (pages  143-147)

 

 

Le 4 juin 1989, Rachid Ly est convoqué une nouvelle fois auprès du lieutenant Sultane, dont l’expression du visage indiquait que l’instruction de son dossier était bouclée: toutes les charges qui étaient retenues contre lui sont abandonnées. L’officier lui signifia que « 60 jours d’arrêts de rigueur » lui étaient infligés « pour mauvaise manière de  servir »

 

Deux jours plus tard, Rachid Ly est convoqué au service général de l’EHR, où on lui notifie, sans autre forme de procès, sa « radiation » de la gendarmerie qui, en cette triste année 1989, avait fait les bouchées doubles pour se débarrasser de tous ses éléments non maures :

 

 « Le 6 juin, je fus encore convoqué mais cette fois par le Service général de l’EHR. J’y allai sans escorte, ce qui me fit comprendre que le dénouement était arrivé. Je n’avais fini de mettre les deux pieds dans le bureau du Chef de Service (.)que ce dernier poussa devant moi ma décision de révocation de la Gendarmerie Nationale. Il s’agissait plutôt d’un message court signé du Chef d’Etat-major (.) et spécifiant que le gendarme de 4ème Echelon Ly, matricule 2506, était radié du Corps pour mauvaise manière de servir (.) En sortant, je tombai sur un adjudant qui me fit une remontrance acerbe :

– « vous ne voyez pas que vous passez à côté d’un gradé ?!

– Excusez­-moi ! Depuis quelque temps, je ne vois même pas les étoiles du ciel à plus forte raison celles qui tiennent sur les épaules d’un humain. »  (pages 195-1956)

 

 Les évènements sanglants de 1989 restent plus que jamais gravés dans la mémoire de millions de Mauritaniens et de Sénégalais, victimes de l’aveuglement et de l’inconscience d’hommes politiques qui, en fouinant dans les bas-fonds de l’ethnicité et des identités grégaires, ont dangereusement ethnicisé l’Etat.

 

 En Mauritanie, on sait ce que l’Etat fit de ses citoyens « négro-mauritaniens »: licenciements massifs des soi-disant  sénégalais, déportations, exactions dans le sud de la Mauritanie, dont les charniers n’ont pas encore livré tous leurs secrets etc.

   

Les cris d’orfraie offensés des démocrates qui militaient pour une Mauritanie plurielle n’avaient pas réussi à infléchir la trajectoire de l’Etat mauritanien qui pataugeait gaiement et insouciamment  dans les eaux troubles de l’ethnicisme, de l’exaltation d’une identité mono-ethnique, dont les idéologues étaient tout yeux tout oreilles pour Saddam Hussein, l’ancien maître de Bagdad.

 

Tout le mérite de Rachid est d’avoir écrit un livre de témoignage sur cette page sombre de l’histoire politique de la Mauritanie. Par devoir de mémoire et pour les générations futures. Pour que plus jamais, en Mauritanie, on ne définisse l’Humanité au taux de mélanine, à la coloration épidermique. 

 

 

    Note de lecture de Mohamadou Saidou TOURE (Thierno) :

     Paris, 02 novembre 2008

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SOS Citoyens maltraités par Madina Touré

altVendredi 11/3/2011, à 23 h 20 min environ, un mini bus 12 places des transports en commun en provenance de Kaédi avec à son bord 11 mauritaniens et un 1 étranger a été arrêté par le poste de gendarmerie mobile 32 pour ce qui devait être un contrôle de routine. Il est demandé aux passagers de présenter leur pièce d’identité. Après vérification, tout le monde est en situation régulière. Le gendarme en faction fait appel à un collègue pour un contrôle plus poussé, ce qui jusque là n’était pas contraire à la règlementation. Les bagages sont pris un à un, sous l’éclairage des phares de leur véhicule et des lampes torche, déballés du plus grand boubou au plus petit pagne. Les passagers ont voulu les laisser faire leur travail, quoi de plus normal? La conscience professionnelle doit être encouragée et même facilitée.

Ce qui n’est pas du tout normal par contre c’est ce qui va suivre. Un autre véhicule ralentit derrière le mini bus, c’est une voiture de luxe 4/4 flambant neuf avec deux passagers à son bord. Le premier gendarme alla vers eux. Et là, surprise! Non seulement notre homme de loi ne leur demande pas leurs pièces d’identité mais les laisse partir sur le champ. Les passagers du mini bus, médusés, lui demandent les raisons de cette attitude. Il répond tout bonnement que le véhicule venait de Ouad-Naga selon ses passagers. Outragés, nos chers citoyens venant de Kaédi lui demandent si leur ville ne fait pas partie de la Mauritanie ou si c’est le fait d’être Noirs ou de voyager en mini bus qui faisait d’eux des suspects.  

La sécurité de notre pays doit être assurée par des hommes et des femmes censés être justes avec l’ensemble des citoyens. La justice doit-elle se baser sur des critères ethniques ou raciaux? Doit-on continuer à subir des vexations et du mépris à cause de la couleur de sa peau ou de son origine géographique? Les forces de l’ordre et de sécurité doivent-elles privilégier leurs sentiments au détriment de la justice sociale et de la sécurité de notre territoire? Le terrorisme et le banditisme sont-ils l’apanage d’une ethnie ou d’une zone géographique ?

Nos autorités nationales et régionales doivent se montrer très vigilantes vis-à-vis de leurs agents afin que des dérives raciales et régionalistes soient évitées dans l’intérêt de notre cher pays. Les routes nationales doivent être des voies de communication et de rapprochement entre les fils et les filles de ce pays et non une hantise pour les uns et un privilège pour les autres.

Que signifie la couleur de la peau dans la nationalité ? Un Haalpulaar, un Soninké ou un Wolof n’est pas forcément étranger comme un Maure Hassani n’est pas forcément mauritanien. Les exemples historiques et géographiques ne manquent pas. Rien ne prouve que les passagers du véhicule 4/4 fussent mauritaniens, rien ne prouve non plus que leur voiture ne contenait pas des armes ou de la drogue. Alors que le contrôle minutieux du mini bus a blanchi de facto ses passagers de tout soupçon.

Ressaisissons-nous avant qu’il ne soit trop tard, avant que les vieux démons du racisme et de la xénophobie ne détruisent ce que nous avons de plus cher : notre pays. Battons nous contre tous les hommes et toutes les femmes qui œuvrent dans l’injustice dans tous les domaines. La Mauritanie appartient à tous ses fils et à toutes ses filles sans distinction de races ni de couleurs. Que ceux qui vont à l’encontre de cette réalité soient punis.

Quelle douleur, quelle indignation et quelle honte pour des citoyens et des cadres de ce pays de se voir piétinés par des agents subalternes tout simplement à cause de leurs origines ethniques ou raciales.

Le président des pauvres doit sévir contre tous ces agents de maintien de l’ordre qui s’adonnent à des exactions en faisant subir toutes sortes de vexations aux citoyens ordinaires.   

A bon entendeur !

Madina Touré et ses compagnons d’infortune

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Témoignage: J´accuse Ould Taya par Kane Chérif-Journaliste -Rouen-France

ould tayaJournaliste, j’ai été engagé dans la fonction publique en tant que cadre. J’ai été détaché à l’office de Radio Mauritanie en 1977. J’y ai travaillé sans interruption jusqu’au moment des graves évènements qui ont secoué le pays en 89 entre le Sénégal et la Mauritanie. Evènements qui ont été à l’origine de ma cessation d’activité et de mon exil en France.

 

Après les affrontements ethniques en avril 89 entre le Sénégal et la Mauritanie, j’accuse Ould Taya et son régime d’avoir engagé un vaste mouvement de déportations de citoyens noirs, en particulier contre une des composantes du pays, les Haalpulaar, une ethnie qui vit également du côté du Fleuve Sénégal.

 

J’accuse le régime Ould Taya d’avoir prémédité et entrepris cette opération par l’établissement d’abord de listes par la direction générale de Sûreté.

 

Parmi celles-ci figuraient notamment de hauts fonctionnaires, des universitaires, des journalistes, cadres moyens ainsi que du personnel subalterne, des militaires et de simples villageois paysans. Certains ont été conduits directement de leur lieu de travail à l’aéroport, d’autres ont comparu d’abord devant le directeur de la Sûreté ou un directeur régional de la police ou parfois même devant un simple commissaire de police de quartier avant de subir le même sort.

 

Ce qui était encore la meilleure chose qui pouvait arriver à la personne. Car il arrivait que l’on soit gardé dans des “villas” réservées à cet effet pour on ne sait combien de temps et soumis à des tortures. C’est dans ce contexte que j’ai été à plusieurs reprises amené et convoqué à la police.

 

Ce jeudi 22 mai à 11h, deux policiers en civil sont venus me chercher à la Radio au moment où je m’apprêtais à effectuer un reportage. Avant de les suivre, j’ai informé mes collègues de cette convocation. A bord d’une R5 blanche de la police, nous sommes passés par la Télévision pour y prendre un collègue réalisateur Bâ Moussa Sidy avant d’être conduit au commissariat du quartier du Ksar.

 

Arrivés à destination, les policiers nous ont introduits dans une grande salle d’attente bondée de monde, des négro-mauritaniens et essentiellement des haaalpulaar. Vers midi, le commissaire m’a tout simplement demandé de lui présenter mon certificat de nationalité.

 

Après cette vérification d’identité, je suis reparti à la radio par taxi. J’ai appris par la suite que mon collègue de la Télévision avait été relâché .Ce jeudi 1er juin, j’étais encore à la radio. A 9 h, un policier en tenue, cette fois-ci est venu me chercher en présence de mes collègues. Il m’a emmené à pied au commissariat de la police qui se trouve en face de mon lieu de travail.

 

A notre arrivée, il m’a immédiatement introduit dans la salle d’attente. Vu la longue file d’attente, je ne fus introduis dans le bureau du commissaire que vers 16h pour y subir un interrogatoire. J’ai décliné comme d’habitude mon identité.

 

Mais à ma grande surprise, l’interrogatoire a porté sur mes “supposés relations” avec le mouvement FLAM ( Forces de Libération Africaines de Mauritanie). Ne voulant pas et ne pouvant pas répondre à aucune des questions sans m’enferrer davantage j’ai préféré garder le silence. Le commissaire me renvoya à une autre audience le samedi 3 juin. Rentré chez moi, j’ai appris que Bâ Moussa Sidy a été déporté au Sénégal.

 

J’apprendrais plus tard qu’il était question que je sois déporté en même temps que mon collègue de la Télévision, n’eût été l’intervention de ma tante Aïssata Kane, ex-ministre aux Affaires sociales sous le régime de Ould Daddah et à l’époque consultante d’une ONG et conseillère au Ministère de la Condition Féminine et actuellement à la retraite.

 

Elle a joué un grand rôle de médiation dans cette affaire. C’est ainsi que je me suis présenté au commissariat central la date susmentionnée accompagné de ma tante Aïssata Kane muni de la copie du certificat de nationalité. Auparavant je lui avais confié tous mes originaux par mesure de sécurité.

 

En effet, je craignais qu’on me les confisquât après l’interrogatoire comme ce fut le cas de la plupart de ceux qui avaient été convoqués. L’interrogatoire cette fois-ci en présence de ma tante portait sur nos liens de parenté.

 

Les autorités connaissaient bien ces liens de parentés avec elle et avec d’autres cousins comme Ibrahima Abou Sall et Kane Saidou et un collègue de travail Ibrahima Mocktar Sarr qui étaient à l’époque détenus à la prison d’Aioun, prisonniers d’opinion pour avoir publié le Manifeste du Négro-mauritanien, une diatribe contre le racisme des noirs en Mauritanie et soutenus par Amnesty International.

 

Après cette introduction , le commissaire demanda à un policier de me faire sortir pour le laisser en tête à tête avec ma tante. Il me conduisit dans une cellule en me poussant violemment à l’intérieur puis m’enferma à clé. J’étais seul dans une cellule réservée généralement aux délinquants.

 

J’y suis resté jusqu’au moment où le même policier est venu m’ouvrir pour me reconduire chez le commissaire. Il était 10h. Le commissaire m’a dit que j’étais libre et je suis reparti avec ma tante. J’ai voulu reprendre aussitôt service mais à ma grande surprise, le directeur de la radio m’a notifié verbalement que j’étais remis à la disposition du Ministère de tutelle.

 

Ce que me confirma verbalement le directeur général à l’issue d’un entretien qu’il m’a accordé .Et c’est le début d’un camouflage qui ne dit pas son nom. Après d’interminables va et vient au Ministère de l’information, j’ai appris que j’avais été licencié pour abandon de poste. C’est le procédé utilisé pour donner une couverture légale aux nombreuses déportations ou licenciements abusifs.

 

J’ai néanmoins procédé à un recours hiérarchique qui bien sûr est resté sans suite. Je pensais que mon licenciement était la finalité de toutes ces persécutions et que j’en avais fini avec les tracasseries policières.

 

C’était lourdement me tromper Ce jeudi 29 juin à 20h, deux policiers en tenue sont venus à la maison. Nous sommes montés dans une 404 camionnette noir blanc de la Police. Ils m’ont emmené au commissariat Toujounine, à 10 km environ de la capitale. Ils m’ont introduit dans le bureau du commissaire qui m’attendait.

 

Ils sont ressortis me laissant seul avec lui. Le commissaire a commencé à parler en Hassanya, dialecte maure. Ne comprenant pas tout ce qu’il me disait j’ai gardé le silence. Puis il reprit son discours en français pour me dire que c’était une preuve que je n’étais pas mauritanien parce que ne parlant pas Hassanya.

 

J’ai rétorqué que je parle le pulaar et le français. Cela l’a exacerbé et il m’a menacé de me faire retourner chez moi qui pour lui était le Sénégal. Il a commencé lui aussi à me parler des FLAM et a prétendu que j’en faisais parti. Puis le commissaire a appelé les deux policiers qui m’ont jeté par force dans une petite salle. Ils m’ont tabassé à coup de matraque avant de fermer la porte sur moi.

 

J’ai passé la nuit dans cette salle minuscule jusqu’au petit matin. Au réveil je divaguais dans un esprit vague par manque de sommeil. Je tournais en rond dans cette cellule. A 7 h j’étais enfin libre. Vu l’état dans lequel j’étais, je suis parti chez ma tante. Celle-ci s’est plainte aux autorités qui ont prétendu que c’était une erreur.

 

Craignant pour ma sécurité, j’ai décidé d’habiter chez un ami pour éviter l’isolement. Je suis resté ainsi sans emploi et sans ressources jusqu’au 23 août, date de mon embauche comme coordinateur et responsable de la mobilisation sociale à l’UNICEF dans le cadre des journées maghrébines de vaccination du 15 octobre au 18 décembre 1989.

 

Ce contrat de travail me donnait en quelque sorte une protection internationale. Je ne me trompais pas puisque certains hauts responsables du Ministère de l’information sont effectivement venus, à plusieurs reprises, à l’UNICEF pour s’entretenir avec le représentant de ma présence au sein de cet organisme.

 

Ce dernier qui envisageai de me mettre dans un autre projet à la fin de mon contrat, s’est vu, pour un problème de sécurité, obligé de me conseiller de quitter le territoire avec une proposition d’une mission à Paris.

 

Cela devenait nécessaire car ma sécurité n’était plus assurée dans mon propre pays. J’ai quitté Nouakchott le 1er janvier 1990 à 00h 35 par un vol Air Afrique et depuis je vis en exil en France.

 

Cherif Kane-Journaliste-Rouen-France

www.flamnet.info

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Devoir de mémoire et refus de l´oubli : TÉMOIGNAGE: MÉMOIRE D’UNE SITUATION

SOLDATS25 avril correspond au 29 du mois de Ramadan. Il est 11heures, nous causons tranquillement devant l’unique boutique du village lorsque des nouvelles alarmantes nous parviennent: des gardes ont occupé le village de Mafondou (Gorgol) situé à 10 km de là. Ils ont battu des gens à mort. Pourquoi? s’enquiérent certains. Parce qu’ils n’ont pas prié pour la fête aujourd’hui: nous avons écouté la radio jusqu’à 10heures et la commission a décrété que la fête serait pour demain. L’inquiétude qui régne revient sur les visages. Quelques minutes plus tard, chacun regagne sa maison, attendant anxieusement et avec résignation son sort. Les heures passent longues et inquiétantes. Puis on recommence à éspérer que c’est une fausse alerte. Les gens reprennent leurs activités normales.

 

A15 heures, les voitures entrent dans le village. Beaucoup dorment en cette fin chaude de Ramadan. Certains sortent de leurs cases. On leur dit que le lieutenant demande une reunion hors du village avec tous les hommes. Je dormais. A mon réveil, il est 16 heures. J’ignore complétement ce qui se passe. Je fais mes ablutions et prends le coran pour lire, quand un garde se présente. “Qu’est ce que tu fais là”, me dit-il alors que tous les hommes sont aux puits? Je dormais, repondis-je. “Allez: sors et va rejoindre les hommes”. Je m’éxécute.

 

En sortant, nous rencontrons deux autres gardes dans la cour de la maison. Ceux-ci me rappellent pour que je leur donne les clés du bâtiment. “C’est à vous”, me demandent-ils en désignant la maison? Oui, dis-je.”Vous êtes peut- être le chef, mais vous serez battus, sale négre!” Quand je retourne pour leur donner les clés, le premier garde me dit: “Ah bon, vous nous frapper”. Je comprends que cela des provocations et je ne reponds pas. Il me conduit jusqu’a l’assemblée et fait un signe que tout le monde a vu pour indiquer qu’on doit me frapper. Je trouve A.S. Ndaw en train de répondre au brigadier combien nous sommes des citoyens exemplaires. Je sais , dit le brigadier, et tout ce que vous dites est vrai et se voit à l’oeil nu, mais j’ai recu l’ordre du lieutenant que voici là-bas de vous faire frapper. Il nous partage en trois groupes: les jeunes, les moins jeunes et les vieux. Comprenant qu’il s’exécutait malgré lui, je demande à rejoindre le groupe des vieux et j’invoque des raisons de santé. D’accord, dit le brigadier: “que tous les malades et handicapés rejoignent ce groupe en colonnes. Pour les autres, allez-y, déshabillez-vous!” Les coups commencent à pleuvoir sur les torses nus. Pendant que les autres gardes nous intiment à coups d’injures l’ordre de ne pas baisser les yeux et de regarder la scéne. Dès que le supplice commence, le lieutenant et son escorte s’en vont. L’un d’eux, en souriant, nous fait un signe d’adieu de la main.

 

La scéne de punition dure 40 minutes. Le brigadier donne l’ordre d’arrêter et demande à tout le monde de se rassembler. Il nous donne des conseils et s’étonne de la chance que nous avons eu. Si vous aviez vu les gens de Mafondou ce matin, vous sauriez que vous avez eu de la chance. Maintenant, attendez que les gardes qui sont partis pour la fouille reviennent et on vous laissera partir. Sur ces entrefaites, mon premier garde-toujours lui-se présente et me désigne du doigt. Il dit au brigadier: “celui-là nous a frappé, nous voulons qu’il recoit une correction exemplaire”. D’accord, dit le brigadier, prenez-le et faites le coucher là-bas. Cinq gardes, dont les trois qui étaient venus chez moi, s’emparent de moi, me déshabillent, me retourner les bras derriére le dos, sur les omoplates, à la manière d’un animal qu’on immole, et me font coucher sur le ventre. Les coups commencent, donnés par cinq gardes, chacun faisant à qui mieux mieux. Quand j’invoque le nom de Dieu pour implorer son secours , l’un d’eux me donne un coup de crosse pour me faire taire: “sale négre”, dit-il. La scéne dure une étérnité , jusqu’à ce que sur l’imploration de l’instituteur qui faisait la traduction, le brigadier intime l’ordre d’arrêter. Je me traine jusqu’à l’assemblée et le brigadier se retourne de nouveau vers nous: vous pouvez aller vous plaindre n’importe où, vous savez bien que cela ne servira à rien. Vous savez que cette situation dure depuis un an et que les gardes ont tué des gens pour rien; ils s’en fichent. Me désignant, il dit: vous le savez plus que tout le monde parce que vous êtes même plus âgé que moi. Ce que je vous conseille dans cette situation, c’est de fermer les yeux, les oreilles et la bouche. Mais qu’est-ce que j’ai dit ou fait, demandez le leur, repondis-je. Je ne sais pas, dit-il peut- être que vous n’êtes pas gentil avec eux…

 

Il est 17h30. Les gens demandent à prier. Vous pouvez partir d’ailleurs , dit le brigadier. La foule se disperse. Les gardes rentrent dans les véhicules et s’en vont. De retour à la maison, après la prière, je pense à ma famille. Je pénétre dans les chambres: tout est sens dessus-dessous. Je me dirrige vers la valise qui contenait les boucles d’oreille de ma fille: elles ont disparu! Elles pesaient 20 gros d’or pur. Sur ces entrefaites, ma femme rentre de voyage de soins à Lexeiba. Elle me raconte qu’ils ont été obligé de passer la journée à Mafondou, en raison des évènements. Elle nous décrit ce qu’elle a vu. Nous nous mettons tous à remercier Dieu, car nous comprenons effectivement, comme l’a dit le brigadier, que nous n’avons pas recu le quart de la punition de Mafondou, ni en humiliations, ni en sévices. 

 

MÉDITATION: Dieu n’est-il pas le meilleur des juges? certes, et lui seul sait combien de temps durera cette situation et combien de fois se répéteront ces actions. Car comme nous dit le brigadier : attachez vos ceintures, car tant qu’il n ‘y aura pas de solutions, ce sera comme ca et la prochaine fois ce sera pour vous mettre au poteau. Pour cela , nous faisons quand même appel à la justice des hommes afin que le massacre des noirs s’arrête, que réparation soit faite et que les objets pris soient restitués.

 

La lutte continue. 

J. SALL- originaire de Djingué-Gorgol.

INSPECTEUR DE L’ENSEIGNEMENT- NOUAKCHOTT-MAURITANIE.

publié dans LE FLAMBEAU (journal des FLAM)

 

 

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