Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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FLAMNET- ARCHIVES- SPÉCIAL- DÉPORTATIONS: Mauritanie- Sénégal: L´intolérable exode

altLe gouvernement mauritanien a-t-il pour objectif l’expulsion de tous les Noirs pour s’emparer de leurs terres ?
“Toutes les  nuits, des dizaines et, parfois, des centaines de Négro-Mauritaniens traversent le fleuve Sénégal depuis Boghé, d’où ils sont chassés, spoliés de tous leurs biens. Les forces de sécurité mauritaniennes les rassemblent dans une grande salle où ils doivent se déshabiller avant d’être conduits au fleuve. J’ai vu des femmes à qui on avait carrément arraché leurs boucles d’oreilles. Certains des expulsés sont blessés ou portent des traces de coups. Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est la collecte et la destruction systématique de leurs papiers d’identité, cartes
professionnelles et autres. C’est comme si on voulait les radier de tous les registres, à jamais effacer leur appartenance à la nation mauritanienne». Fin juin, l’agronome français Louis de Crisenoy a rapporté ce témoignage d’un séjour d’une semaine dans la vallée du fleuve Sénégal. « Il faut que je me délivre de ce que j’ai vu », s’est-il expliqué en invoquant le «profond sentiment d’abandon des expulsés».

Selon les chiffres avancés par les organisations non-gouvernementales, quelque 45.000 Noirs mauritaniens campaient, à la mi-juin, sur la rive sénégalaise du fleuve. «Ils ont été arbitrairement expulsés, ils ont tout perdu et se trouvent sous des abris de branchages, alors que les premières pluies sont tombées le dimanche 11 juin ». Pourquoi le gouvernement sénégalais ne réagit-il pas ?. « Il ne faut pas jeter de l’huile sur le feu », a-t-on affirmé à Dakar où entre-temps, le gouvernement semblait avoir relu le fameux décret du 8 décembre 1933, contrairement à ce qui avait été affirmé dans un premier temps, la délimitation de la frontière entre les deux colonies de part et d’autre du fleuve Sénégal ne fit pas mention de «la ligne des hautes eaux».

 C’est pourtant sur cette disposition que Dakar avait cru bon de fonder le droit coutumier de ses ressortissants de cultiver la rive septentrionale du fleuve…
L’enjeu du conflit entre le Sénégal et la Mauritanie qui a fait des centaines de morts lors des tueries du mois d’avril, c’est bien cette vallée du fleuve Sénégal, désormais cultivable grâce aux barrages de Manantali, en amont, et de Diama, à l’embouchure.

Dans une prise de position sur «les origines du conflit sénégalo-mauritanien», le Khalife général de la confrérie musulmane des Tidianes. Serigne Abdoul Aziz Sy, l’affirme sans ambiguïté : «A l’époque coloniale, nous étions partout chez nous dans la vallée. Au moment des indépendances, il en était encore ainsi et jamais un Maure n’avait eu une motte de terre chez nous. Aujourd’hui, le gouvernement actuel de Mauritanie est sur le point de réaliser son objectif, à savoir l’expulsion de tous les Noirs de leur patrie pour s’emparer de leurs terres. »

Selon Louis de Crisenoy. Les récits de tous tes expulsés noirs de Mauritanie concordent sur ce point. Dans une déclaration qui lui a été remise par «les déportés mauritaniens» qui ont trouvé refuge à Thiés, à l’intérieur du Sénégal, il est même question d’un «plan machiavélique dont l’objectif inavoué est de vider la Mauritanie de sa composante negro africaine. Selon ces témoignages, des villages entiers ont été vidés et, parfois, incendiés, comme par exemple Diaw, Hamdalaye et Dar Salam dans le seul département de Boghé.

Selon un document détaillé, établi par des organismes d’aide intervenant dans le sud de la Mauritanie, sur 3.425 familles recensées dans 67 villages entre Rosso et Leqceibar, en face de la ville sénégalaise de Podor ; 1.269 on dû quitter le pays au cours du seul mois de mai, soit au moins 6.000 personnes. «Grâce à la Croix Rouge, l’église lutherie allemande et l’incroyable solidarité dans les villages sénégalais, ils ont été pourvus du nécessaire pour survivre», a rapporté Louis de Crisenoy, ajoutant : «Mais à présent, le problème a pris des proportions insurmontables à ce niveau-là».

A Dakar, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (H.C.R.) s’apprête à intervenir début juillet. 45.000 métrés carrés de bâche avaient déjà été commandés pour abriter les expulsés mauritaniens. Mais ceux-ci s’insurgeaient contre «le silence honteux» entourant leur sort et réclamaient «justice». Certains, passant de l’impuissance à un sentiment de révolte, devaient même commencer à demander « des armes plutôt que des secours ».

A Démet, le village sénégalais situé juste en face de Boghé, un jeune expulsé Dahir Thiam. avait confié : «Si on nous aide en armes, nous récupérerons nos biens ». De telles excursions nocturnes de «récupération» étaient déjà parties et plusieurs incidents violents s’étaient produits au mois de juin. Sans doute pour dissuader ces aventures, les garde-frontières mauritaniens avaient pris position de façon à être visibles depuis la rive sénégalaise.

A Dara Halaybé, un village sénégalais, ils auraient même abattu du bétail en tirant à travers le fleuve. «C’est un miracle qu’ils n’aient tué personne», a affirmé un habitant.
 Entre-temps, l’armée sénégalaise rongeait son frein, d’autant que les galonnés sénégalais ont du vague à âme depuis le limogeage du général Joseph-Louis Tavares de Souza, en mars dernier.
Dans la vallée du fleuve, certains chefs religieux accusent le gouvernement de Dakar « d’attentisme depuis plus d’un an » en rappelant l’arrêté du préfet de Boghé qui, le 10 mai 1989, aurait d’un trait de plume « confisqué les terres de culture appartenant aux populations noires du Sénégal et de Mauritanie ». Certains laissaient même entendre que l’inertie du gouvernement expliquerait la colère populaire qui s’est déchargée en avril, contre les commerçants maures installés an Sénégal. Le Khalife général des Tidianes soulignait pour sa part que, « devant la passivité des autorités de leurs pays et une certaine indifférence à leurs problèmes. Les populations dans la vallée, du fleuve ont l’impression de n’être pas défendues, protégées contre un ennemi qui affiche au grand jour et de façon provocante ses intentions de dissocier la terre de ses légitimes propriétaires. » Et sa conclusion était sans appel : «Cela prouve que la coexistence sur cette base entre les Maures et les Noirs est impossible. Toute tentative de conciliation est vouée à l’échec, si elle ne tient pas compte de l’unité fondamentale de la vallée au plan  humain, culturel et économique et si elle ignore l’exigence d’égalité entre  partenaires de toutes races dans la nation mauritanienne. »
L’égalité entre les partenaires de toutes races semble, moins que jamais d’actualité à Nouakchott  Depuis les massacres d’avril, de part et d’autre du fleuve Sénégal, les «Nasseriens» – la frange la plus chauvine de la mouvance panarabe, alliée a la Libye tiennent le haut du pavé dans la capitale mauritanienne. A tel point que le seul dirigeant en liberté du mouvement baasiste De wali Ould Chein a tenu à rappeler, depuis les îles Canaries, que « la formation des Baasisies en Mauritanie a été décapitée par la répression en août dernier. Nos plus hauts responsables sont toujours en prison ». Une façon de se démarquer du rêve – hallucinant d’une «Mauritanie blanche» ou  au contraire, une offre de ralliement, à condition que les leaders baasistes soient libérés ? Contrairement à l’amalgame qui – à la place des Nassériens – a accablé de tous les maux les Baasistes de Mauritanie, ceux-ci se sont rapprochés, depuis un an, du mouvement démocratique. De là à trancher la question si, oui ou non, il s’agit d’une simple alliance tactique commandée par la détention de ses têtes pensantes, il y a qu’un pas.

Le fait est que, à la mi-juin, le cousin du président Ould Taya et directeur de la sûreté, Dedahi Ould Abdellahi, s’est rendu à Las Palmas pour approcher les «opposants susceptibles de renforcer le front intérieur»…

Fin juin, les rangs paraissaient pourtant déjà bien serrés. Dans la capitale Nouakchott, le couvre-feu restait en vigueur, permettant des arrestations nocturnes « sans que personne n’ait le temps d’intervenir ». Dans pratiquement toutes les entreprises nationales, dans l’administration, la télévision et la radio, des « commissions de liste » s’étaient créées pour recenser les Noirs dont la nationalité mauritanienne était, pour une raison ou une autre, mise en doute. Au ministère du Développement rural où le nombre de cadres Négro-mauritaniens est particulièrement élevé, une « antenne » de la police s’était carrément installée en permanence pour dresser ces listes noires – au propre et au figuré- . Pendant ce temps, une forte pression s’exerçait sur les notables de la communauté négro-africaine de prêter publiquement serment d’allégeance. L’un des premiers à être intervenu à la télévision nationale pour affirmer « qu’il n’y a pas de racisme en Mauritanie », Alassane N’Gaydé. s’est vu promu, deux jours plus tard, conseiller de presse à la présidence…                           

Stephen SMITH
Africa international n° 218 juillet – août 1989.

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FLAMNET-ARCHIVES: DOSSIER SPÉCIAL: Le grand exode des Noirs mauritaniens, de notre envoyé spécial Zyad Liman-Jeune Afrique

altLe long du fleuve Sénégal, de Rosso, à l’Ouest, jusqu’à Bakel, à l’Est, près de la frontière malienne, ils étaient déjà, fin mai, près de quinze mille, venus de Mauritanie. Ils sont partis    parce qu’ils ont été  expulsés ou, tout simplement, parce qu’ils avaient peur. Zyad Liman  a rencontré ces réfugiés, recueilli leurs témoignages et constaté, sur place, que leurs rangs ne cessent de grossir. La question, dès lors, ne peut  être posée : s’agit-il là de l’amorce d’un déplacement massif  des populations noires mauritaniennes ?      
Le fleuve Sénégal, frontière entre le Sénégal et la Mauritanie, est étrangement calme. Pas de trafic, pas de  bateaux, plus de commerce. Seules quelques pirogues de pêcheurs, côté   Sénégal, s éloignent prudemment à quelques mètres du rivage. La contrebande, autrefois féroce, entre le Sénégal et la Mauritanie n’est plus qu’un souvenir. La ville de Rosso est à moitié sénégalaise, à moitié mauritanienne. Coupée en deux par le fleuve, cet ancien haut lieu de la contrebande entre les deux pays est redevenu  un village sans grande importance. La rive sénégalaise, au poste frontière à la sortie de la ville, les douaniers ne cachent plus leur ennui : « Depuis que les Mauritaniens sont partis et que la frontière, il n’y a plus rien contrôler… »

Le débarcadère, autrefois si animé, est déserté. Les petits commerçants du coin sont déjà partis chercher fortune sous d’autres cieux- Seuls signes d’activité, La tente de la Croix Rouge et l’attroupement devant le poste de douane, au bord du fleuve. Nous sommes le 31 mai. A l’intérieur, au moment où nous arrivons un homme et une femme noirs. Ils viennent de traverser le fleuve – le couple est interrogé par trois douaniers.

– D’où venez-vous ?
– De Nouakchott
– Comment êtes-vous venus ?
– En camion, jusqu’à la rive.
– Quel est votre nationalité ?
– Mauritanienne.


Le couple n’a plus rien, hormis les vêtements qu’il porte. L’homme précise :
« On a même pris mon chapelet et les boucles d’oreilles de ma femme ».
Le douanier nous montre le cahier des arrivées. C’est un registre en trois colonnes prévues spécialement pour les Mauritaniens noirs expulses.

Les rapatriés sénégalais sont inscrits sur un autre registre. Sur la colonne de droite on trouve les noms, la colonne du milieu mentionne les fonctions exercées en Mauritanie et la dernière colonne précise k montant des biens confisqués. La mention – totalité » y apparaît plus d’une fois.
On trouve sur la liste un chef de division de la Sonader (Société nationale de développement rural), des personnels hospitaliers de Nouakchott, dont un chef de service, plusieurs agents des douanes, des secrétaires à la présidence de la République, des officiers de police…

Le douanier sénégalais ajoute : « Nous avons accueilli ici jusqu’à cinquante Mauritaniens noirs par jour, expulsés de leurs pays». Au centre d’accueil, à quelques mètres du débarcadère, nous dénombrons une quarantaine de personnes, qui attendent là qu’on leur indique une destination, un endroit où ils pourront commencer une nouvelle vie. Aucun de ceux avec qui nous nous sommes entretenus n’était venu auparavant au Sénégal.

Dans le groupe, nous trouvons deux militaires de l’Armée mauritanienne. Des officiers. L’un a été blessé par les balles du Front Polisario, il y a dix ans. Il montre sur sa cuisse droite l’estafilade laissée par un projectile. L’autre, présent au centre depuis le 20 mai, est lieutenant et s’exprime beaucoup plus facilement en arabe qu’en français : « Dans ma caserne, Akjoujt, au nord de Nouakchott, les officiers maures ont mis aux arrêts tous les officiers noirs. Nous sommes accusés de trahison, d’appartenir au FLAM (Front de Libération des Africains de Mauritanie), ou encore d’avoir des liens avec le Sénégal. J’ai passé vingt jours au poste de police de la ville. Puis on m’a mis dans un camion, à destination de la frontière sénégalaise.

Selon lui, et ce témoignage n’est pas isolé, la moindre trace d’un lien avec le Sénégal, une correspondance par exemple, peut motiver l’expulsion.  Un commerçant de Rosso-Sénégal nous raconte l’histoire d’Idrissa Wade.
Idrissa était l’imam de Rosso-Mauritanie et conseiller municipal de la ville. La famille est mauritanienne depuis des générations. Selon plusieurs témoignages concordants, il a été expulsé de Mauritanie, avec une partie de sa famille, le 28 mai. Ses papiers d’identité lui ont été confisqués et déchirés. «Le plus absurde, ajoute le commerçant, c’est que ses deux fils, footballeurs bien connus à Nouakchott, jouaient un match à Bamako et ne savaient même pas que leur père était expulsé… »

De Rosso à la ville de Ndioum, 140 km similaires. Tout le long du fleuve, les habitants des villages mauritaniens traversent, le plus souvent sans rien emporter, vers la rive sénégalaise. A
quelques kilomètres à  l’est du complexe sucrier de Richard Toll, nous avons pu assister au débarquement de plusieurs dizaines de personnes qui venaient de traverser avec quelques valises. « Harcelés », disaient-ils, ils avaient préféré fuir.

Pour le moment, une grande partie de ces transfuges est composée d’éleveurs Peulhs, auxquels on a confisqué troupeaux et nourriture. Dans la région de Dagana, au Sénégal, ils se sont regroupés dans des abris de fortune, sur plusieurs kilomètres, le long de la route.
Leur unique rempart contre les vents de sable et la chaleur est constitué de trois branchages et d’un peu de toile. Les témoignages sont souvent accablants : « Ils se sont d’abord attaqués aux éleveurs nomades, puis aux villageois ».

Les Haratines, qui se considèrent comme des « Maures noirs » et qui ont joué un rôle particulièrement actif lors des sanglantes émeutes d’avril à Nouakchott, « précédent souvent les militaires ou les gendarmes dans les villages », soulignent ces réfugiés. Ils menacent les habitants, saisissent tous les biens avant de les forcer à traverser le fleuve ».

Au nord de Thillé-Boubacar, un groupe de Peulhs, prévenu par un habitant d’un village voisin, a réussi à faire traverser son troupeau. Les bêtes se sont disséminées dans les champs alentour. Le chef du groupe raconte qu’ils ont dû se battre contre des Haratines, venus en pleine nuit, pour protéger leurs biens. « Nous avons eu des blessés, mais personne n’a été tué ».

Plus on voyage vers l’Est, plus la situation est tendue. Près de trois mille personnes ont été regroupées au camp de Démet. La Croix-Rouge, très active dans la région, a ouvert un camp-hôpital, quelques kilomètres plus loin, à Ndioum, pour prendre en charge ces réfugiés. Les premiers expulsés qui s’y sont regroupés viennent tous du même endroit de la Mauritanie, la bourgade de Tidjikja, à plus de huit cents kilomètres au Nord. Ils se sont organisés et ont élu un président, professeur de français au collège de la ville. II a pour «adjoint », l’inspecteur des Eaux et Forêts de la localité.

Voici leurs témoignages : « Nous étions en majorité des fonctionnaires, détachés dans cette région essentiellement peuplée de Maures.Vers le 6 mai, nous avons été convoqués chez le gouverneur de la région. On nous a demandé d’amener des dossiers prouvant notre nationalité mauritanienne. Ces dossiers ont été immédiatement saisis. Nous avons été retenus dans un camp militaire pendant deux jours. Le 8 mai, on nous a demandé de retourner au travail. Entre-temps nos maisons avaient subi une perquisition en règle. A partir du 10 mai, nous avons été à nouveau convoqués, un par un, par la police de la ville. Nous étions censés passer devant une commission spéciale.

Ces commissions, chargées de statuer sur la nationalité, sont composées d’officiels mauritaniens, mais aussi de volontaires civils. N’importe qui peut en faire partie. Ses membres se montrent particulièrement zélés. A partir de ce moment, nous avons été placés en détention.
Fin mai, la plupart des fonctionnaires Négro-mauritaniens de la région étaient en prison.».

« Nous avons dû traverser le fleuve à la nage.
Les Sénégalais nous ont recueillis en pirogue. »

Le 30 mai, les gendarmes et les militaires sont allées en ville  pour chercher nos femmes et nos enfants, qui n’ont rien pu emmener avec eux, ni bagages ni biens, rien que les habits qu’ils portaient. On nous a mis dans des camions-bennes.

Nous sommes sortis de la ville escortés par le  gouverneur, par des militaires et par le chef de la gendarmerie. Nous avons roulé pendant près de 24 heures, la plupart du temps de nuit
A Bogué, au bord du fleuve, on nous a fait traverser la ville, pratiquement nus, après une nouvelle fouille en règle. Impossible de conserver la moindre pièce, le moindre document, le moindre vêtement de quelque valeur.

 Ils ont voulu nous faire traverser le fleuve à la nage. Ce sont des sénégalais qui sont venus nous chercher en Pirogues. »  L’ex – inspecteur des Eaux et Forets raconte que le commissaire de la ville, Djallo Ibrahim, et son adjoint, Sy Samba, tous les deux Négro-mauritaniens ont été démis de leurs fonctions et emmenés à Nouakchott. Pour enquête. « Ils ont fait montre de trop de zèle dans la protection des Noirs de la ville ». Le même sort avait, dit-il, été réservé au responsable régional de la météorologie, l’ingénieur Gako Sylla. Le groupe n’a plus eu aucune nouvelle d’eux. Un fonctionnaire, Abdoulaye. est le seul membre du groupe à avoir réussi à conserver ses papiers d’identité, en les dissimulant à l’intérieur de sa ceinture. Le président du camp et son adjoint ne veulent pas donner leurs noms, ni être pris en photo, par peur des représailles.
L’inspecteur des Eaux et Forêts a été expulsé sans sa famille. Il n’a pas de nouvelles de sa femme et de ses trois enfants.

Même situation à Rosso, où un petit commerçant gambien appréhendé à Nouakchott, alors qu’il allait poster une lettre, attend des nouvelles de sa femme et de ses enfants. Le regard pointé sur le débarcadère, il s’exprime dans un français hésitant II est à l’affût de la moindre nouvelle. Il est extrêmement difficile d’avoir une évaluation précise du nombre de Mauritaniens expulsés de leurs pays. Un grand nombre d’entre eux n’ont pas encore été comptabilisés, d’autres ont été pris directement en charge par la population locale. Les estimations les plus prudentes de la Croix-Rouge et celles, concordantes, du HCR (Haut Comité des Nations unies pour les réfugiés), faisaient état, début juin, d’un minimum de quinze mille réfugiés.

Sur place, sur la rive sénégalaise, la situation est particulièrement précaire.
Les expulses ne survivent que grâce à la générosité de la population locale et aux efforts des ONG, en particulier ceux de la Croix-Rouge. Un peu partout les Sénégalais se sont organisés pour les aider, en collectant du riz, de l’argent, et en leur offrant un gîte. Cet afflux de réfugiés, après la vague des rapatriés sénégalais, a mis les villages et les villes du fleuve au bord de l’asphyxie économique. La nourriture est insuffisante et les faibles structures médicales locales sont débordées. Les premiers élans de solidarité passés, des affrontements ne sont pas à exclure entre agriculteurs sénégalais et éleveurs peulhs de Mauritanie qui ont réussi à sauver leurs troupeaux.

Un peu partout dans la région la fièvre monte. La discrétion du gouvernement sénégalais, soucieux de ne pas envenimer une situation déjà fort tendue, est ouvertement critiquée par les habitants du fleuve qui y voient plus qu’un signe de mollesse. Plus grave encore paraît être la « racialisation » du conflit, côté sénégalais. A la grande sucrerie de Richard Toll, à une dizaine de kilomètres de Rosso, un cadre sénégalais ne cache plus sa fureur : « Ce que nous font les Maures est impensable. Et cela fait trop longtemps que cela dure. Il va falloir que l’on réagisse, avec ou sans Dakar!»

Un représentant en matériel agricole de la région raconte: «J’avais trois commandes de tracteurs dans la région du fleuve. Finalement je n’en ai vendu que deux. Les villageois m’ont expliqué qu’ils voulaient garder l’argent pour acheter des armes… » •

Jeune Afrique N° 1485, 21 juin 1989.

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FLAMNET-ARCHIVES: DOSSIER SPÉCIAL: MAURITANIE : LES CHIFFRES DE LA DEPORTATION

altAprès les massacres d’avril dernier, la Mauritanie déporte maintenant en secret ses agriculteurs noirs et s’empare de leurs terres . Une razzia moderne «justifiée» a priori par les expertises des économistes de la Banque mondiale…
Le vent de sable n’était autrefois ici que l’exception. Il souffle maintenant presque en continuité. isolant parfois Nouakchott dans un brouillard doré de particules de silices qui obligent même en plein jour à rouler phares allumés. C’est le vent de la désertification, conséquence des années de sécheresse que vient de connaître, avec l’Afrique du Sahel, la Mauritanie.
Mais, si les silhouettes des Négro-africains se courbent, rasant les murs de ce Nouakchott – champignon. passé de quinze mille à Plus de cinq cent mille habitants en vingt-cinq ans, c’est moins pour éviter les poignards des particules de désert cinglant les visages que par crainte de nouvelles vengeances…

Le vent de folie des chasses au Noirs d’origine sénégalaise, qu’a connu la capitale de la Mauritanie en avril dernier, ne s’est pas apaisé. Il y a quelques jours encore des policiers casqués et armés pourchassaient des écoliers de dix à quatorze ans dans les rues de Nouakchott.
« Mini-événement » qui, même s’il n’y a eu ni blessés ni morts, en dit long sur la crise traversée par la société mauritanienne et les stigmates laissés par les scènes du printemps.
Comment, en dépit des bonnes intentions de conciliation que semblent afficher les représentants de la Mauritanie et du Sénégal,  réunis à Bamako, pourrait-il d’ailleurs en être autrement?
Comment infléchir un état d’esprit quand sont encore présents dans les mémoires les centaines de morts qui ont endeuillé les deux pays, quand, sur chaque rive du fleuve Sénégal, cent mille personnes au minimum vivent maintenant dans l’exil des camps de réfugiés ?
Si les pogroms ont cessé, l’expulsion des Toucouleurs, des Soninkés, des Peuls – toutes ethnies d’origine négro-africaine n’en continue pas moins sur la rive mauritanienne du fleuve. Et, au vent de folie a succédé une planification froide : celle de l’expulsion organisée, systématisée des cultivateurs noirs qui vivaient depuis des siècles le long du fleuve. Une véritable déportation de masse. Silence à Nouakchott sur ce qui se passe là-bas, au sud du pays. Désintérêt ? Plutôt peur, y compris chez les Beydanes, les Maures blancs. Racistes, ils sont loin de l’être d’emblée. Certains se sont même opposés aux Haratines, les Maures noirs, exécuteurs des basses besognes pendant les événements. On en a vu sauver des amis Sénégalais, et ils ont failli y laisser leur peau. Alors maintenant, ils se taisent.« Vous êtes au courant de ce qui se passe sur le fleuve ? » Pas de réponse du correspondant. Juste quelques syllabes :« Excusez-moi, je dois couper la communication. » II raccroche.

Troupeaux volés. Pourtant à Nouakchott, où l’on attend sous peu une commission d’enquête diligentée par la fédération internationale de la Ligue des droits de l’homme, on commence à parler. Des documents circulent, des  témoignages se recoupent prouvant qu’au sud, rien n’est terminé.

«D’abord, ils ont expulsé les deux imams noirs de la mosquée de Rosso. Quand il n ‘y a plus eu d’autorités religieuses ou morales pour protéger les populations. la police est alors entrée en jeu ; la police, et aussi les douaniers, les gendarmes, dirigés par le directeur de la sûreté du Trarza, et le commandant des douanes en personne. » Silence,  puis : » »Surtout, tu ne dis pas mon nom ! Tu ne me cites pas ‘.Tu me le jures ! »
Je promets. Il reprend : « Les chefs de famille de tous les villages ont été convoqués dans la région de Rosso. celle de Tekane, de Leqceiba et aussi de Koundi. A Rosso, ils se sont retrouvés dans le bâtiment de la Sécurité pour attendre des heures. »
Injures, humiliations. Parfois, on les menace avec des armes, pour leur faire peur et les inciter à partir, à quitter cette rive de la vallée. Le lendemain, s’ils sont toujours là. réconvocation. Ceux qui n’ont pas craqué se retrouvent de plus en plus seuls. Il n’y a plus alors qu’à les cueillir, eux et
leur famille, la nuit.

Embarqués dans des camions, ils sont acheminés vers le fleuve.. Fin du voyage sur l’autre rive. sans rien, démunis de tout. Le lendemain matin, les camions retournent dans leurs fermes. Meubles, biens divers : les militaires mettent la main sur tout ce qui reste.
Les meubles, à Rosso par exemple, sont entassés dans l’entrepôt des Travaux publics, tout à côté du camp de réfugiés mauritaniens sénégalais où entre parenthèses sont passées quelque cinquante-deux délégations depuis son ouverture… « Quant aux troupeaux, ils sont carrément volés. On retrouve le bétail parfaitement identifiable, grâce au marquage fait au fer, dans la région de M’Bout. avec des chameliers armés qui veillent sur eux. »

CENSURE. Il est bien évidemment impossible de faire la moindre photo dans ces zones. Les déplacements sont soumis à la seule autorisation du ministère mauritanien de l’intérieur. Quant à amener films ou vidéo, c’est tout simplement strictement interdit.
Il n’empêche que l’information, malgré ces contrôles ou ceux des policiers mauritaniens,  lisant
même le courrier personnel qu’ont sur eux les voyageurs, à l’aéroport de Nouakchott, passe quand même. La mise à jour du tableau (lire page suivante) date du 2 juin. Les chiffres présentés ont certainement évolué depuis. dans le sens que l’on devine. Aux organisations humanitaires de les compléter. Ils montrent en attendant que sur 3420 familles recensées dans la partie sud du fleuve (voir la carte). 1 469 ont déjà été déportées soit. à raison d’une moyenne de cinq personnes par famille, un total avoisinant les 7 500 individus..

RAZZIAS. Exode forcé, immédiatement suivi par la venue de nouveaux arrivants. Chaque jour des camions les amènent de Nouakchott. Ce sont des Noirs Harratines, anciens esclaves des Beydanes, des Maures blancs, expédiés en masse pour prendre la relève des ethnies chassées de la rive droite du fleuve Sénégal.
Chassé-croisé qui  n’a  rien d’improvisé et qui. selon les observateurs. est certainement programmé de longue date.
Bien avant le vent de sable, le vent de folie, c’est d’abord le souffle de l’arabisation qui a parcouru la Mauritanie.

Dès 1966, l’imposition dans les écoles de la langue arabe va entraîner des grèves des élèves noirs de Nouakchott. La nouvelle politique linguistique écarte de fait Toucouleurs. Soninkés et Peuls ; ethnies noires qui outre leurs langues.

Embarqués la nuit
dans les camions
en direction du fleuve

maternelles comme le ouolof, parlent le français. Conséquence : une génération plus tard. l’administration” mauritanienne se retrouve à une majorité écrasante entre les mains des arabophones.
Influence accentuée dès 1977 par l’adoption de la Charia. la loi islamique Rejetée implicitement, une partie de la communauté noire d’origine entre dans la clandestinité, formant le mouvement des Forces de libération africaines de Mauritanie ( les FLAM ).

Le conflit Africains/Mauritano-Arabes n’est pas pour autant strictement racial ou religieux. Les Toucouleurs sont entrés dans l’orbe islamique dès le XI eme siècle. Quant aux Maures, s’ils constituent 60% de la population, la moitié d’entre eux sont des Harratines, tout à fait noirs de peau.
Le conflit semble dépendre d’abord des racines culturelles propres à chaque groupe et des conceptions économiques qu’elles sous-tendent; de l’opposition entre gens du désert – Maures – et cultivateurs du fleuve – Noirs-
La tradition des razzias a contribué à établir chez les premiers le goût des profits immédiats, des rentabilités  record. Il se perpétue encore dans les fortunes que continuent à faire les Maures liés au commerce des diamants au Zaïre ou en Sierra Leone, et qu’ils investissent dans les casinos de Las Palmas aux Canaries et de Dakar.
Ils ignoraient jusqu’ici la terre, ses gestes, la patience du cultivateur des deux rives du fleuve Sénégal. Mepris de l’homme du desert, de l’etendue, pour le Noir dont l’attention se borne à la culture de parcelles de terre.
L’interet nouveau porté par les Maures aux terres agricoles du fleuve repose sur les perspectives ouvertes par l’achevement des deux barrages de Manantalli, au Mali et de Diama qui sept cents kilometres en aval va empecher la montée des eaux salées, le premier assurant la régularité de l’irrigation de la « vallée du fleuve ».

Grâce à ces ouvrages, ce sont, pour la seule Mauritanie, cent mille hectares nouveaux qui s’ouvrent à l’agriculture avec l’hypothèse, selon les experts de la Banque mondiale qui soutiennent ces projets, de voir le pays assurer son autoalimentation, alors qu’il doit pour l’instant se fournir en riz, entre autres denrées, en Thaïlande.

COMMERCE. Seulement voilà, ces terres nouvelles reviennent cher : « il faut compter deux millions d’ouguiyas – environ quinze mille francs – par hectare pour l’achat des pompes, les travaux de terrassement des canaux d’irrigation, préalables à la mise en culture », selon un homme d’affaires mauritanien rencontré à Paris. A dix-huit kilomètres à l’est de Rosso, il vient d’acquérir trois cents hectares. Nombre de Maures sont ainsi en train de s’installer sur la rive du fleuve, à la place des Noirs. Explication très simple : la loi foncière de 1981 a substitué le droit écrit au droit coutumier et n’a pas permis aux populations de faire reconnaître leurs droits sur les terres. Quant aux avis administratifs invitant les propriétaires à
le faire, ils s’adressaient à une population analphabète à 80%.
Et pour « financer les nouvelles terres », les agriculteurs noirs de la rive mauritanienne «n’avaient pas l’argent » !Tout simplement.

Par quel miracle la société maure de Mauritanie dispose-t-elle des fonds considérables que va nécessiter l’exploitation de ces terres ? La question se pose quand, avec deux millions d’habitants, un PIB de 600 000 millions de dollars, la Mauritanie figure, avec un endettement de trois milliards et demi de dollars en tête des pays proportionnellement les plus endettés du monde.

Etude de la relance des mines de fer de Zoueratt, aménagement du fleuve Sénégal, création du « port de l’amitié » par les Chinois à Nouakchott, plans de restructuration des Postes et Télécommunications, de la Société nationale d’électricité, du développement rural, de l’Education… pour tous ces projets, la Mauritanie aura reçu quelque neuf cent cinquante millions de dollars en trois ans, bénéficiant en même temps d’un rééchelonnement de sa dette sur quinze ans. Principaux donateurs et prêteurs : l’Agence de coopération internationale du Canada,
son homologue allemand le KFW, l’Arabie Saoudite, le Koweit et surtout la Banque mondiale.

La restructuration de l’administration mauritanienne de son économie, de son agriculture est le fait des experts de cette succursale du FMI.

RENTABILISATION. Selon ceux-ci. « la seule façon pour la Mauritanie de redresser son économie est d’exploiter “industriellement ” (c’est-à-dire une agriculture sur le modèle européen) les bords du fleuve qui offrent maintenant avec les barrages, toutes garanties ». Exploitation « contradictoire », est-il bien précisé, « avec l’existence de petits périmètres d’agriculture   communautaire traditionnelle».Une « industrialisation » exemplaire de la désinvolture manifestée. une fois de plus, par les experts internationaux à l’égard des tissus sociaux ou des modes de production existants.

Le parachutage de cette nouvelle politique économique trouve évidemment  l’assentiment  des Maures de Nouakchott. Economie de la razzia et du parachutage technocratique s’entendent comme larrons en foire. Rien d’étonnant dans ces conditions à ce que les Maures se prêtent au jeu de la démocratie qu’exigent d’eux leurs interlocuteurs de la Banque mondiale. Organiser des élections municipales – une première en Mauritanie -. ça ne mange pas beaucoup de… pouvoir. et ça paye quand, en retour, rentrées de devises et de subventions suivent. Sous couvert de rentabilisation de l’espace, de modernisation de l’agriculture, la mise à l’écart des ethnies noires du sud du pays est ainsi justifiée.

CONVOIS HUMAIMS. La réalité même d’un point de vue chiffré est tout autre. Quand les exploitations traditionnelles réalisaient six tonnes à l’hectare, il s’avère que les techniques modernes ne dépassent pas les deux tonnes et demie. De plus, la terre argileuse nécessite le repiquage du riz à la main. D’où la nécessité de faire venir massivement de nouveaux arrivants, les Harratines qui deviennent les ouvriers agricoles des nouveaux propriétaires Beydanes. Une façon de réactualiser les relations de maître à esclave qu’entretenaient autrefois les deux communautés.
L’explosion de violence d’avril dernier prend ainsi un tout autre sens qu’un affrontement racial.
Dès octobre 1988, l’hebdomadaire Sud-Hebdo jugeant déjà ainsi que d’autres titres de la presse sénégalaise. « la situation alarmante », incriminait” le problème foncier, les disparités entre moyens d’aménagement » et reprochait à la Banque mondiale d’avoir proposé ici « des projets pour des Etats d’une tout autre dimension ».

Pierre d’achoppement des intérêts les plus divers, la Mauritanie a officiellement retrouvé le calme. Officieusement, les témoignages concordants n’en affluent pas moins, racontant comment la nuit, des  convois humains sont acheminés vers le fleuve. Depuis des siècles, ils avaient pris l’habitude  de le franchir dans un sens; dans l’autre, sans interruptions. Justifiées par les stratèges la Banque mondiale, les autorités de Nouakchott ont décidé que ce dernier voyage serait sans retour.

Pierre-Bernard Soulier.

Mai 1989.

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FLAMNET: Spécial déportations, 23 ans après: MAURITANIE: radioscopie d´un Apartheïd méconnu

altAu mois d’avril 1989, des centaines de Noirs (700 au moins) étaient massacrés à Nouakchott, Nouadhibou et dans plusieurs autres localités mauritaniennes, avec la complicité des plus hautes autorités de l’état. Dans la foulée de ces pogroms anti-noirs, le pouvoir beydane procédait á l’épuration de l’administration et des entreprises publiques de leur éléments noirs, á l’arrestation et á l’exécution de dizaines de Nègro-Africains et de la déportation dans le but évident de “dénégrifier” le pays de plus de 120.000 Nègro-Mauritaniens.

L’ opinion internationale, effarée, découvrait ainsi que quelque part dans le Sahel sévissait un système de discrimination raciale assimilable a bien des égards à l’apartheid.

Les événements d’avril étaient parfaitement prévisibles: ils sont la suite logique de la politique raciste appliquée en Mauritanie depuis l’indépendance et fondée sur l’accaparement, par la communauté beydane, de tous les leviers du pouvoir. en dépit de multiples contestations (Manifeste des 19, Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé…) et affrontements violents (guerre civile de 1966…) suscités par cette situation, les régimes beydanes successifs se sont toujours refusés, avec une remarquable constance, à envisager une autre alternative: celle de une société non raciale et démocratique, reposant sur l’égalité entre toutes ses composantes.

Il ne pouvait du reste en être autrement, puis-qu’officiellement il n’existe pas de problème racial en Mauritanie. C’est ainsi qu’en 1966, Moktar Ould Daddah déclarait contre toute évidence: “Non, en Mauritanie, il n’y a des Noirs et des Blancs que pour les sociologues. Il ne saurait être question de bâtir une nation sur des pourcentages aussi fluctuants qu’absurdes.” Vingt années plus tard, Ould Taya lui emboîtera le pas: “Je refuse de diviser mon peuple en Blanc et Noirs. Il n’y a pas de problème racial en Mauritanie. Le peuple est indivisible et ne sera jamais divisé. Depuis près de 2000 ans, les communautés de ce pays ont vécu ensemble sans qu’il y ait eu la moindre relation d’appartenance à telle ou telle ethnie. Nous tous, sans exception, sommes unis par l’Islam, et la couleur de notre peau n’a aucune espèce d’importance.” (Jeune Afrique no 1350, 19/11/1986, p. 37). Hélas, tout ceci n’est que profession de foi. La réalité, elle, est bien différente.

Fidèle à sa politique de fuite en avant et de provocation, le pouvoir mauritanien réédite aujourd’hui encore le même procède: il cherche, en montant en épingle le conflit avec le Sénégal, à en occulter la dimension essentiellement interne.

Mais combien de morts, de déportés et de mutilés faudrait-t-il pour que les médiateurs saisissent enfin cette évidence et arrêtent de se polariser sur les aspects inter-étatiques et secondaires du climat de tension actuel? Faudrait-il qu’une guerre civile éclate en Mauritanie pour que les Etats africains s’attaquent au noeud du problème: la discrimination raciale dont sont victimes les Nègro-Mauritaniens? Faudrait-il attendre que le pouvoir beydane mène à terme son odieuse politique de “dénégrification” du pays pour que l’O.U.A. fasse preuve vis-a-vis de la Mauritanie de la même intransigeance que celle qui caractérise ses résolutions sur l’Afrique du Sud?

C’est pour lutter contre l’oppression raciale subie par les Nègro-Mauritaniens qu’ont été créées en mars 1983 les Forces de libération africaines de Mauritanie (F.L.A.M). Dès sa naissance, notre mouvement s’est fixé pour but l’avènement d’une société non raciale et démocratique, fondée sur le respect de l’identité de chacune de ses composantes. A cette fin, nous proposions que fut organisé un large débat national ou toutes les composantes de notre peuple se prononceraient sur la solution à apporter á la Question Nationale. Pour toute réponse, le pouvoir s’engagea dans une répression féroce (arrestations, tortures, assassinats), si bien que la plupart de nos militants sont condamnés soit à la clandestinité soit à l’exil.

Les Forces de Libération Africaines de Mauritanie (F.L.A.M.).

EXTRAIT DU LIVRE-BLANC:RADIOSCOPIE D´UN APARTHEID MÉCONNU- OCTOBRE 1989

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Calvaire des rapatriés : De l’exigence d’exorciser tous les maux !

altLes douloureux événements de 1989 ont exactement commencé le 9 avril.Et 23 ans après jour pour jour, les rapatriés mauritaniens, revenus au pays natal, parlent ouvertement du chemin parcouru de la déportation au Sénégal au rapatriement en Mauritanie en passant des camps des refugiés au pays de la Teranga à ceux des rapatriés au pays natal.
A chacun son récit: Le vendredi 5 mai 1989, Mamadou Thiam, agent de l’OPT (Office des postes et télécommunications) était en train d’écouter la RFI à 6h30, quand la police frappa à la porte de sa maison à El Mina. « Ils m’ont demandé de monter dans la voiture pour aller au commissariat de Sebkha avec eux. Dans la voiture se trouvaient Fall et Dieng, deux collègues de l’OPT. Dans les locaux du commissariat de Sebkha, le commissaire m’a retiré mes papiers d’identification et a ordonné de me m’enfermer derrière les grilles. J’ai trouvé de nombreux agents de l’OPT et même un proche parent d’un Colonel, de l’armée». Mamadou Thiam a ainsi compris que les agents de la police n’arrêtaient pas que les ressortissants sénégalais, mais aussi des noirs mauritaniens travaillant dans l’administration. Ce qui n’était alors à ses yeux qu’un «nettoyage» ethnique de l’OPT. C’est ainsi qu’il a été conduit à l’aéroport pour être déporté au Sénégal à bord d’un avion algérien. Mamadou Thiam, se souvient qu’il il y avait deux avions militaires algériens et français qui transportaient les personnes arrêtées au Sénégal. Mais d’autres gens ont été acheminés par voie routière.
Pour sa part Souleymane LO, un ancien douanier, a fait une traversée forcée le 24 mai 1989 à Rosso Sénégal. Deux dispositifs ont été mis en place. De ce fait, les militaires et les paramilitaires rapatriés ont été séparés des civils. Et les Sénégalais avaient ainsi du mal à comprendre que les autorités mauritaniennes puissent déporter des hommes de tenue. Pour eux, les militaires et les paramilitaires mauritaniens n’étaient que des espions envoyés par leurs autorités en terre sénégalaise. Ils prouveront qu’ils étaient bel et bien des Mauritaniens déportés au Sénégal par leur pays contre leur gré. Ils sont alors acheminés au camp de Samba Djeri Diallo de Dakar via le camp militaire Richard Toll et celui de Saint-Louis. Pendant trois mois, ils y sont restés. Ensuite, avant d’être transférés à Thiès après avoir passé des jours à l’école de police de la capitale sénégalaise. La destination finale sera le camp de réfugiés de Dagana, où ils s’organisent pour donner dispenser à leurs enfants le programme mauritanien par des enseignants déportés. Les rapatriés n’ont pas changé leur façon de vivre à la mauritanienne a confié Souleymane Lô qui a indiqué également que matériellement qu’ils ont été assistés par le Gouvernement du pays hôte, le Haut Commissariat des Refugiés (HCR) et la communauté internationale.

 Le rénovateur.

 

 

 

 

 

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