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REPORTAGE-PHOTOS DU CONGRÈS DES FLAM
Les grands moments du congrès en images AU LIEN:
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A SUIVRE….
7ème congrès ordinaire des FLAM : résolution générale
Réunies en 7ème congrès ordinaire du 28- 29 et 30 mai 2011 les Forces de Liberation Africaines de Mauritanie (FLAM):
– considérant les différents changements intervenus à la tête de l’état depuis le coup d’état qui a renversé l’ethno génocidaire Mawiya Ould Sidi Ahmed Taya ;
– considérant la perpétuation par le système de la situation de marginalisation et de discrimination de la communauté noire par ces pouvoirs ;
– Considérant l’impunité dont continue de jouir les auteurs de crimes commis contre la communauté Négro-mauritanienne;
– considérant l’amorce du retour des déportés mauritaniens du Sénégal ;
– considérant le traitement inhumain réservé par les autorités mauritaniennes aux rapatriés;
– considérant le refus des autorités mauritaniennes d’engager le rapatriement des déportés mauritaniens au Mali;
– considérant le manque de volonté du régime à mettre en œuvre les lois criminalisant l’esclavage;
– considérant les tentatives d’étouffement par le système sécuritaire en place des revendications de justice sociale et d’égalité raciale;
– considérant que le régime du général Mohamed Ould Abdel Aziz perpétue dans les faits le racisme d’état en vigueur depuis l’indépendance de notre pays;
– considérant les timides avancées enregistrées dans la conquête des libertés et de la presse;
– considérant le large débat ouvert et démocratique au sein de toutes les structures des Flam;
– considérant les conclusions des travaux de son 7ème congrès :
Les Forces de libération africaines de Mauritanie (Flam) déterminées à contribuer au combat contre le retour des pratiques du passé et les errements racistes et génocidaires ayant compromis pour longtemps l’unité nationale
- Ø décident de réinscrire leur combat pour la justice, la démocratie et l’égale dignité entre les Mauritaniens à l’intérieur de la Mauritanie ;
- Ø réaffirment l’autonomie comme seul cadre adéquat pour la résolution de la cohabitation.
Le congrès engage le bureau national des Forces de libération africaines de Mauritanie (Flam) à entreprendre la mise en œuvre du processus de redéploiement de l’organisation en Mauritanie.
Champs sur Marne, le 30/05/2011
VII congrès des FLAM, le discours d´ouverture du Président Samba THIAM
Camarades du conseil national
camarades du Bureau national
camarades Secretaires généraux des Sections
Camarades délégués ,
Camarades congressistes
Honorables invités, Mesdames et Messieurs
Dans la vie des organisations politiques, les Congrès, au-delà des retrouvailles joyeuses qu’ils permettent, constituent surtout des moments de pause destinés à faire le point, à ouvrir des perspectives et à réajuster, au besoin, méthodes et stratégies de lutte.
Mesdames , Messieurs les invités, c’est pour nous un immense plaisir de vous accueillir aujourd’hui parmi nous, en ce 7ème Congrès des Forces de Liberation Africaines de Mauritanie (FLAM ).
Votre présence ici, chers invités, témoigne sans nul doute , de votre sympathie pour notre Organisation qui découle, certainement, de l’interêt que vous portez à son noble et long combat qui se mène voilà 28 ans; un combat dont le sens ne saurait être mieux rendu, par ces mots de CESAIRE :
« notre lutte est un sursaut de dignité,
un refus de l’oppression,
un combat contre l’inégalité,
une révolte contre un Système fondé sur des préjugés , des présupposés qui aboutissent à une hiérarchie …., elle est l’affirmation de notre droit à la différence … , une sommation à tous d’une reconnaissance de ce droit ! »
Notre combat, en un mot, est un combat pour l’Egalité dans la citoyenneté, pour l’Unité dans la diversité et la complémentarité , pour la Démocratie authentique dans une Mauritanie reconstruite sur des bases et valeurs nouvelles.
Une longue marche vers la liberté, difficile et pénible, parsemée d’embûches, au cours de laquelle des camarades sont tombés. Je pense à Touré Zakaria tombé sur le champ de bataille, à Mama Sow, militant exemplaire arraché à la fleur de l’âge, stoique, combatif, demeuré actif alors même qu’il luttait contre la terrible maladie; je pense à Aboubakry Kalidou Ba, dont l’engagement inébranlable, était resté frais, juvénile et tonifiant.
Mes pensées vont également à Sarr Amadou, Sy Saidou et Ba Seydi autres héros sacrifiés de la cause, fauchés sous les balles du peleton d’exécution , sans oublier tous ceux-là qui s’étaient investis, à leur manière, dans cette lutte de liberation, comme Saidou Kane, Mamadou Samba Diop et tant d’autres .
Mesdames et Messieurs je vous invite à consacrer une minute de silence à leur mémoire, à jamais éternelle !
Quel sacrifice y’a-t-il de plus cher ou de plus sacré que celui de la vie ?
Ces êtres, partis pour toujours, nous interpellent quelque part, individuellement, nous soldats de la cause, à faire un examen de conscience sur la profondeur de l’engagement personnel de chacun de nous, dans cette noble lutte pour notre libération .
Mesdames, Messieurs les invités ,
nous sommes heureux, aujourd’hui, de partager avec vous nos soucis qui, croyons-nous, sont aussi quelque part les vôtres – face à l’actuelle situation politique interne , pleine de menaces sur notre devenir dans notre pays .
Si, au tout début de sa prise de pouvoir le Président Ould Abdel Aziz avait suscité quelque espoir –aujourd’hui évanoui- à travers quelques promesses et tentatives de réformes amorcées , force nous est de reconnaître que le Système a, maintenant, repris le dessus.
L’équilibre souhaité par nous dans la représentativité des communautés au sein de la haute ’administration reste presque ignoré , la question du passif humanitaire semble évacuée dans son fond, le retour entamé des réfugiés est brutalement arrêté , alors qu’ils sont des milliers encore à l’exterieur à demander à être rapatriés; et ceux qui l’avaient été vivent dans des conditions intenables, privés jusqu’aux pièces d’identité. ; la question des terres de la vallée est rendue plus aigue, par une spoliation quasiment déclarée ces derniers mois, et la question de l’esclavage enfin, laissée en l’état !
Même constat amer avec nos mouvements associatifs basés à l’extérieur, qui essaient courageusement de soulager les souffrances grandissantes des populations de la vallée du fleuve, mais se heurtent , invariablement, dans leurs initiatives, hier comme aujourd’hui, à l’hostilité de l’administration .
Ainsi leurs tentatives comme celle de créer des banques de développement, ou des banques de céréales pour adoucir les dures périodes de soudure , se voient bloquées ou interdites – , tout comme l’envoi de matériel d’équipement soumis à des tracasseries administratives sans fin, s’il n’était simplement confisqué, ou encore ces maternités bâties par nos immigrés, dans l’espoir de réduire le taux de mortalité de femmes en couche, qui sont laissées quasiment sans personnel!
Bref ces associations font tout cela, pour tenter de soulager, tant soit peu, la misère grandissante des populations locales, mais sans succès; sans succès parce que le Système politique en place, à caractère ethniciste et raciste, s’y opposait ! Comme il s’opposait à toute tentative, interne, de mise en place de coopératives de consommation villageoises, et décourageait tout rayonnement de centres d’alphabétisation en Pulaar, Soninké ou Wolof, perçus comme des foyers de subversion; parce que pour la Mauritanie officielle il n’y a d’alphabétisation digne d’attention que l’alphabétisation en langue arabe , car les langues négro-africaines sont perçues au mieux comme des dialectes, sinon des idiomes .
Enfin, -dernier constat, récent -ceux qui se dressaient contre l’esclavage étaient menacés, agressés, écroués, et lorsque des Etudiants s’affrontaient à l’université de Nouackchott comme advenu en Avril dernier, le régime, sélectivement, réprimait la seule composante négro- africaine; et pour couronner le tout cette mise en place d’une commission mono-ethnique chargée du recensement d’ une population pluri-ethnique , -dont nous dénoncerons les résultats –
Le régime, par toutes ces pratiques, est entrain de révéler sa vraie nature : une dictature camoufflée, arrogante, répressive et raciste, qui oeuvre à préserver le même Système discriminatoire, à l’image des régimes militaires arabo-berbères qui l’avaient précédé !
Comme ces derniers, le Régime du président ould Abdel Aziz élude les questions centrales pour n’aborder, au petit bonheur la chance, que les questions peripheriques, techniques, secondaires .
L’espoir de réformes profondes a completement fondu , le Système étant de retour, en force .
Voilà pourquoi les déclarations récentes à propos des sépultures et de la situation des fonctionnaires negro -africains victimes de purges ethniques sont un leurre, un rideau de fumée , destiné à nous divertir , a endormir notre vigilance .
Face à cette situation inquiétante , grave à tous égards, que font nos Organisations ?
Rien, sinon que chacune reste dans son clocher, jouant au leader, chacune organise ses propres manifestations , détermine ses partenaires et ses alliances en fonction d’affinités du moment , crée et gère son propre site internet au gré des humeurs, rivalisant d’ardeur dans la chasse aux visiteurs !
Nos sites électroniques doivent être des instruments de combat dirigés contre le Système, et non servir à l’auto-flagellation.
Mesdames, Messieurs les invités, représentants des Ong et des partis politiques nationaux,
Ahmed Sekou Touré disait « qu’il est des instants, dans la vie des nations et des peuples, qui semblent déterminer une part décisive de leur destin … »
A mon sens, l’instant d’aujourd’hui constitue, pour nos organisations qui mènent de l’exterieur la résistance, ce moment décisif; S’unir ou périr tel est le sens et l’alternative de l’instant, tel est l’enjeu du moment pour nous en particulier, et pour la mouvance négro- africaine, en général.
Au vu de notre situation générale qui ne cesse de se dégrader a tous egards, la seule voie qui mérite aujourd’hui d’être explorée est celle de l’Unité, à tout le moins, l’unité d’action .
L’unité la plus large possible avec les forces patriotiques, démocratiques et progressistes qui partagent, avec nous, les mêmes aspirations. Cette Unité-là nous l’avions toujours souhaitée et nous continuerons de la rechercher, car l’issue du combat commun en dépend .
Il n’y a plus de place pour la lutte en ordre dispersé , devant la persistance d’un système discriminatoire à caractère raciste, qui rend notre avenir dans ce pays chaque jour plus incertain.. A situation nouvelle, stratégie nouvelle .
Le moment est venu , nous semble-t-il, de nous remettre en cause.
Camarades congressistes, camarades flamistes, ces remises en cause s’adressent aussi à vous, à nous .
Nous avons porté, presque seuls, pendant près de 20 ans, tout le poids de la lutte. Nous devons nous saisir maintenant de toute ’opportunité offerte d’en partager le fardeau avec d’autres forces; mieux nous devons forcer ces opportunités.
Il serait illusoire de croire qu’ une organisation, même toute puissante, au vu des conditions internes de plus en plus difficiles et complexes, fût en mesure de venir à bout, toute seule, du Système en cours.
L’heure semble donc venue de travailler encore, plus fort, pour l’unité de la résistance dans la fusion des forces et des énergies, si nous voulons ensemble hâter la fin du Système.
Les réformes de l’Armée, de la haute administration, de l’Education, en conformité avec l’identité bi-ethnique et multiculturelle du pays, la fin de l’esclavage, le renforcement de la démocratie nous semble constituer une base naturelle de convergence !
Il nous faut, camarades , nous préparer à prendre, au cours de ces assises, les décisions courageuses qu’impose l’évolution de notre organisation , voire sa survie .
Camarades militants ,
je suis d’habitude , par tempérement peut-être , avare de compliments , très peu porté vers les discours laudatifs, encensés, ou les flatteries , mais aujourd’hui, je me dois d’y déroger , en vous rendant un hommage mérité !
Vous vous êtes levés tôt pour dénoncer l’oppression dont nous sommes victimes, au moment où personne ne songeait à le faire , et après 28 ans , vous tenez toujours bon, sans jamais verser dans la compromission, malgré l’adversité en tout genre .
En effet , nous avions été nombreux sur la ligne de départ , prêts pour la résistance , mais combien parmi nous ont décroché en chemin, pour avoir manqué de souffle ? mais dont les coeurs battaient toujours pour l’organisation.
Vous êtes restés fidèles au poste, attachés à l’organisation, debout, toujours prêts à répondre à l’appel du devoir , en dépit des conditions souvent impitoyables de l’exil.
Recevez donc ici mes hommages appuyés .
Continuez dans cette voie même si le chemin paraît encore long .
Je ne voudrais pas terminer sans féliciter les camarades venus de si loin , prouvant , une fois de plus , leur détermination à répondre à chaque fois que l’organisation avait besoin d’eux ! Je voudrais aussi féliciter la section Europe pour l’ activisme qui la caractérise depuis toujours , et qui a permis de maintenir, vivante, l’Organisation en France. Féliciter et remercier, enfin, la commission d’Organisation et de suivi, pour les efforts déployés, afin de réussir son pari !
Messieurs les représentants des organisations amies, Personnalités amies , mesdames et messieurs,
nous vous exprimons ici notre reconnaissance et toute notre gratitude, pour dire combien votre soutien nous fut précieux toutes ces années , et pour redire que nous avons encore besoin de votre solidarité , car notre route, dans cette quête de liberté que sommes déterminés à poursuivre, pourrait -être encore longue.
Camarades congressistes, mesdames et Messieurs, je déclare ouvert le 7ème congrès des Forces de Liberation Africaines de Mauritanie (Flam ).
Vive les FLAM !
Paris le 28 mai 2011
DÉCLARATION DE PRESSE: Les cent jours de pouvoir du Président Aziz . Bilan !
Arrivé au pouvoir par un putsch, puis investi le 06 Aoùt 2009 suite à des élections contestées, Mohamed Ould Abdel Aziz vient de clore ses 100 jours à la Présidence de la République, en posant, tout de même, un certain nombre d’actes significatifs; Il s’agit, entre autres, de la poursuite du programme de rapatriement des déportés entamé par le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, de l’amorce de solution au dossier des enseignants-déportés, et enfin des efforts notables de redressement et de moralisation de l’Administration publique.
Les Flam se félicitent de ces actes positifs qui doivent être renforcés et poursuivis.
Elles déplorent, toutefois, l’attitude peu empressée du gouvernement à résoudre la question urgente et explosive des terres des déportés- paysans toujours confisquées, et s’insurgent contre la démarche singulière choisie pour le réglement du passif humanitaire, consistant à solder un problème de fond par des réparations pécuniaires et matérielles; le réglement du passif humanitaire doit plutôt reposer sur l’équilibre à trouver entre le refus de l’impunité, les exigences de vérité et des réparations et la nécessité du pardon, au bout .
Les Flam rappellent que la solution correcte à ces deux problèmes et des mesures énergiques pour mettre fin à l’esclavage sont essentielles à l’apaisement des esprits, si utile à la réconciliation nationale
Les Flam espèrent que les actes posés et les propos rassurants du Président de la République, tenus ici et là, traduisent une réelle volonté politique de rupture, progressive, devant fonder un changement profond et global pour un partage équitable du pouvoir; changement qui devra s’étendre à la fois au secteur de l’Education, en échec, et à celui de la justice et des forces armées et de police, à réformer au plus vite, afin d’avancer vers le réglement de la question cruciale de COHABITATION.
Elles rappellent que le souci de consolidation de l’unité nationale dans le respect de nos diversités doit aller au-delà des déclarations d’intention, et se traduire tant dans l’orientation politique générale de l’Etat, que dans les actes concrêts du gouvernement.
Inquiètes par ailleurs, au vu des atteintes graves à la liberté et à la diversité d´expression, l´emprisonnement des journalistes et du glissement vers un retour au parti-Etat et au monopole des médias d’Etat, les Flam invitent, enfin, le Président de la République, pour convaincre du caractère civil de son régime, à redresser rapidement la barre afin de restaurer et consolider les libertés fondamentales, la démocratie et le pluralisme .
Les FLAM, animées par la même volonté de dialogue exprimée dès 1986 à travers le “Manifeste du Négro-mauritanien opprimé”, réaffirment leur disponibilité à participer à toute oeuvre de refondation, pour une Mauritanie nouvelle, égalitaire, démocratique et respectueuse de sa diversité.
La lutte continue!
Stockholm le 16 novembre 2009
Pour le Bureau Exécutif National
Le département de la Communication
En exclusivite au Calame: Samba Thiam, President des FLAM a coeur ouvert
Le 26 septembre dernier, à New York, en marge de la 62ème session ordinaire de l’Assemblée Générale des Nations Unies, le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi rencontre Samba Thiam le président de l’un des mouvements les plus décriés sous l’ancien régime, les Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM).
Inspecteur de l’enseignement de formation, et ancien formateur à l’Ecole Normale des Instituteurs (ENI), Samba Thiam est né en 1948 à Sélibaby. Entré en politique par la contestation, «parce que je ne supporte pas l’injustice», l’homme est membre fondateur des Forces de libération africaines de Mauritanie connues sous l’acronyme FLAM.
Créées en mars 1983, celles-ci publient en 1986 le «Manifeste du Négro-Mauritanien Opprimé» qui dénonce la condition des Noirs dans notre pays. «Dans l’administration, souligne Samba Thiam, nous ne nous reconnaissions pas. Nous n’avions pas voix au chapitre. Tout se décidait sans nous. Alors, il fallait réagir ». Découvrant le document « brûlant», en avril 1986 à Addis Abeba, sur la table des chefs d’Etat africains présents au sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), le président Ould Taya réagit par la répression. Plusieurs cadres et intellectuels noirs seront arrêtés et mis en prison à Oualata. Parmi eux Samba Thiam.
Jugé, et condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme, il sortira du bagne plus chanceux que d’autres, notamment le poète Téne Youssouf Guèye qui mourra des suites de mauvais traitements et de maladie. C’est alors que, ayant recouvré la liberté, Samba Thiam quitte le pays. La présidence de l’organisation des Flam lui est confiée en décembre 1990, à Dakar au Sénégal, où il passe 10 années. Depuis décembre 2000, Samba Thiam vit avec sa famille à New York. Il nous a semblé important, au moment où se discutent la question du retour des réfugiés et les solutions devant conduire à la paix et à la réconciliation nationale, d’écouter l’analyse de son mouvement. Entretien exclusif.
Bonne lecture, la lutte continue
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LE CALAME: Le retour des réfugiés mauritaniens au Sénégal et au Mali est prévu pour la mi-décembre. Est-ce l’aboutissement d’un rêve?
Samba Thiam : En quelque sorte oui. Du moins, nous l’espérons. Ce rêve dure depuis 18 ans! Cela dit, il est encore tôt de parler d’aboutissement. Attendons encore un peu.
LE CALAME: Vous dites enfin, tout de même?
SAMBA THIAM : Oui. Mais une fois de plus, il est tôt de crier victoire! Nous avons porté ce dossier à bout de bras, presque seuls, avec toute la douleur que cela sous-entend. Pendant 18 ans, je le rappelle.
Et, n’ayons pas peur des mots, sans l’action des Forces de libération africaines de Mauritanie (Flam), il y a longtemps que ce dossier aurait été enterré, par tout le monde. Autrement dit, c’est notre mobilisation pleine de sacrifices dans les milieux politiques divers et des médias qui a fait que le monde garde en mémoire que quelque part des crimes odieux ont été commis et que des personnes demeurent lésées dans leur citoyenneté. Alors, nous sommes heureux de constater qu’une lueur d’espoir pour la réparation des injustices pointe enfin à l’horizon. Tout comme nous sommes fiers de constater que notre patience, notre persévérance et notre ténacité sont sur le point de donner le fruit escompté. Nous disons ainsi que nos efforts n’ont peut-être pas été vains.
LE CALAME: Qu’est ce qui, selon vous, avait jusque là causé des réticences?
SAMBA THIAM : L’absence d’une volonté politique déclarée de règlement du problème! Le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi a, à travers son discours historique, montré qu’il était animé de cette volonté là. Il reconnaît au nom de l’Etat que des erreurs ont été commises ; il compatit aux souffrances des victimes, au nom de l’Etat ; il s’engage enfin à procéder à des réparations morales et matérielles de la part de l’Etat. C’est quelque chose d’important, une disposition d’esprit positive qu’on ne saurait ne pas reconnaître.
LE CALAME:Vous voudrez dire que l’ancien régime ne vous avait jamais donné la moindre lueur d’espoir?
SAMBA THIAM : Ould Taya est resté entêté et borné sur cette question. Avec bien sûr le soutien de ses obligés. Ould Taya, vindicatif et acariâtre fut, de mon point de vue, le président le moins intelligent de tous ceux que la Mauritanie a connus. Il aurait pu, s’il avait une vision du destin commun des peuples. Mais non, il pensait pour une partie du peuple. Il parlait à une fraction du peuple, une seule. C’est cette attitude qui a créé les frictions et tous les maux qui finiront par détruire le tissu mauritanien jadis ouvert. Avec Ould Taya, pour répondre à votre question, tous les horizons étaient bouchés. Il n’y avait aucune lueur d’espoir, aucune perspective d’avenir autre que le chaos.
Aujourd’hui, les choses semblent se redresser grâce à de nouvelles approches.
LE CALAME: Vous a-t-on associés aux démarches pour le retour des réfugiés?
SAMBA THIAM: A strictement parler non! Nous n’avons pas été directement impliqués. Mais, souvent, nous échangeons avec ceux qui ont en charge ces questions.
LE CALAME: Avant de répondre à la main tendue de Nouakchott, vous étiez-vous adressés aux autorités malienne et sénégalaise, vos bienfaitrices des temps.
SAMBA THIAM : Bienfaitrices des Flam, ou bienfaitrices des réfugiés? Nos relations avec ces autorités étaient fondées sur le respect et la tolérance.
Cela dit, il ne nous a pas semblé nécessaire de le faire, puisqu’elles connaissent plus que quiconque les revendications des réfugiés. Surtout que nous n’avions jamais arrêté de les interpeller sur leur responsabilité dans la gestion de ce dossier.
Et quelle que soit l’issue de ce qui se dessine aujourd’hui, les Flam, tout comme les réfugiés, ne cesseront de féliciter et remercier les gouvernements, et les peuples sénégalais et malien. Leur hospitalité ne nous a jamais fait défaut.
LE CALAME: Quand bien même.
SAMBA THIAM : Sans doute devez-vous penser aux embrouilles, si je puis dire, que certains de nos militants ont eues ça et là avec certaines autorités. Ce sont des évènements qu’il faudra mettre sur le compte de la prudence politique. Personne, aucun régime je veux dire, ne voudra qu’on l’accuse d’être à l’origine des troubles de son voisin. Mais bon.
LE CALAME: Qu’est-ce qui a déclenché votre décision d’accepter le retour? Votre rencontre avec le Président Sidi à New York?
SAMBA THIAM : Votre question est ambiguë. Car elle suppose, en filigrane, que nous décidons du retour des réfugiés. Ce n’est pas le cas.
Les réfugiés, ceux qui vivent dans les camps j’entends, sont autonomes. Libres de leurs décisions, de leurs choix d’avenir. Eux seuls prendront leur décision, en fonction de ce qu’on leur offrira au sortir des journées de concertation.
LE CALAME: Mais.
SAMBA THIAM : Nous ne cachons pas nos rapports avec les réfugiés, qui sont nôtres, et que nous encadrons. Quelque ascendance, il est vrai, mais.. Il nous revient, en tant que force et conscience politique, de les défendre dans tous leurs droits. D’où les coordinations que nous maintenons avec eux. Mais, soyons clairs, nous ne leur dictons rien. La décision finale leur appartenant, toujours.
Cela dit, la rencontre avec le président est venue parachever, si je puis dire, un dialogue continu qui date d’avant l’élection présidentielle. Ould Cheikh Abdallahi étant venu à New York où je réside, il nous a semblé à tous les deux, naturel et normal de nous rencontrer.
LE CALAME: Il vous a convaincu
SAMBA THIAM : Je dirai qu’il m’a paru rassurant, direct et sans emphase! En Mauritanie, certes on prépare activement le retour des réfugiés, mais l’adhésion de tout le monde n’est pas acquise. Cela vous inquiète-t-il? En fait, le terme juste est celui de déportés, au vu des circonstances ayant conduit à l’exil des populations dont il est question aujourd’hui. Quand bien même certains lui trouvent une connotation politique, et lui préfèrent le terme ?’réfugié?’, plus neutre, je pense qu’il s’est bien agi de déportation. Mais le souci est ailleurs, dans ce que vous soulignez. De nos jours, il est presque impossible d’obtenir l’adhésion de tout le monde, sur quoi que ce soit. C’est encore plus vrai pour cette question délicate et sensible.
Le retour des réfugiés touche à des enjeux. Remet en cause des intérêts. Réveille des peurs enfouies. Bref, il n’est donc pas surprenant que tout le monde n’y adhère pas.
Toutefois, je crois que la majorité de mes compatriotes arabo-berbères, ceux raisonnables et qui croient au devenir commun, ceux-là acceptent cette option du retour pour laquelle oeuvrent les nouvelles autorités. Il y a plus à gagner à ce que ces réfugiés reviennent, qu’à ce qu’ils restent à l’extérieur des frontières. Mais il me semble qu’une bonne campagne de sensibilisation réactivée sur la question ne serait pas de trop.
LE CALAME: Votre mouvement s’est scindé en deux groupes l’année dernière. Pouvez-vous nous expliquer les raisons qui ont conduit à la dissidence?
SAMBA THIAM : C’est une page que je voudrais, maintenant, voir tournée. Car elle rappelle une déchirure, toujours douloureuse quelque part, entre compagnons de lutte.
Mais pour rester courtois, j’en dirais quand même un mot.
Quand la lutte devient longue et rude, elle secrète des tensions. Des déchirures se produisent. Toujours. Il en est ainsi de tous les mouvements de lutte, à quelques exceptions près. La fissuration de l’OLP en Palestine, la triste fin des Black-Panthers aux Etats-Unis, l’année de fin de guerre du FLN en Algérie, entre autres exemples, l’illustrent clairement. Pour revenir au cas précis des Flam, disons que les analyses sur l’appréciation de la situation de l’époque avaient achoppé essentiellement sur un point : quelle lecture avec la transition d’Ely Ould Mohamed Vall?
Nos camarades, qui deviendront dissidents, avaient pensé qu’un changement important s’était produit, et qu’il fallait rentrer officiellement, illico presto. Nous, pensions le contraire. Nous disions, plutôt, que ces militaires venaient juste d’arriver, et qu’ils n’avaient pas encore dévoilé leur jeu. Qu’il fallait donc se donner un temps d’observation, pour mieux apprécier la situation et élaborer, ensuite, la stratégie adaptée en conséquence. L’exil n’étant une fin en soi pour personne, mais qu’il fallait rester prudent et observer. «Il n’est pas pardonnable à un politicien d’être naïf», disait le romancier sénégalais Alioune NDao. L’accueil que Ely leur réserva, ses prises de positions insultantes montrèrent que nos vues étaient justes. Bien sûr, nos camarades ajoutaient, arguments massue, qu’il fallait, si on voulait rester conséquents et cohérents avec nous-mêmes, «être au plus près du peuple pour lequel on prétendait se battre». Mais où sont-ils aujourd’hui? A Paris? Ou à Nouakchott? Je pense que s’ils avaient un tout petit peu fait preuve de patience, nous aurions pu faire l’économie de cette déchirure. Car c’est maintenant l’heure, au vu de certains signes avant-coureurs qui ne trompent pas.
Mais l’histoire jugera, même si nos chemins devraient se croiser de nouveau, car la route est longue et rien n’est encore gagné.
LE CALAME: Quelle est votre conception de l’Unité nationale?
SAMBA THIAM : Ma conception de l’Unité nationale repose, en fait, sur ce que me disait le président Sidi, lors de notre entretien à New York. Quand nous avions abordé les approches de solutions, sur la base desquelles devrait être rebâti ce pays, approches sur lesquelles du reste nous avons des points de vue légèrement différents, le président m’a dit en guise de réponse à mon intervention qu’il comprenait notre approche, qu’il la respectait, mais que lui préférait plutôt l’approche citoyenne c’est-à-dire «que les Mauritaniens aient les mêmes droits et les mêmes devoirs sans considération de race.
Si les Flam campent, aujourd’hui encore, sur une solution de type communautaire, c’est parce que tous les régimes politiques précédents se sont montrés incapables de mettre en ½uvre ce principe. L’expérience des 40 dernières années s’est révélée être un échec. Les hommes qui ont présidé aux destinées de ce pays, pour parler franc, ont plutôt ½uvré en sens inverse.
Voilà pourquoi, nous restons persuadés, que pour arriver à traduire dans les faits ce principe cher de l’unité, et en faire une finalité, il faudra nécessairement imprimer dans certaines mentalités que ?’l’autre aussi existe” dans sa dimension psychologique, culturelle, identitaire.
LE CALAME: Comment comptez-vous procéder?
SAMBA THIAM : Cette existence de l’autre reconnue et affirmée comme étape intermédiaire vers la citoyenneté indifférenciée, ne saurait s’imposer qu’à travers une solution de type communautaire, l’autonomie. Etape qui sera temporaire, transitoire, vers l’édification de l’Etat-nation à citoyenneté indifférenciée. C’est là notre point de vue.
En un mot, si nous partageons avec le président la finalité consensuelle, nous demeurons sceptiques quant à sa réalisation de manière spontanée, sans cette étape intermédiaire. Mais nous ne demandons qu’à être convaincus.
LE CALAME: Fini le temps des rancoeurs?
SAMBA THIAM : Contre qui, et pourquoi? Les Flam n’ont jamais éprouvé de rancoeur, d’aucune sorte. Et d’aucune manière. Rancoeur? Non! Amertume, peut-être!
Les Forces de libération africaines de Mauritanie sont amères d’avoir été mal comprises dans leur discours qui ne comporte aucune haine, mais demande juste une égale dignité pour tous et chacun, dans leur patriotisme sincère, dans leur amour pour ce pays. Amères d’avoir été incomprises, pour avoir dit les choses avant l’heure. Amères d’avoir été mal jugées pour demeurer «ces partisans têtus de la vérité», comme disait l’autre. Partisans de la vérité, sans prétendre en être les détenteurs. Une fois de plus, notre seul tort, comme le disait un ami, est d’avoir eu raison avant tout le monde.
LE CALAME: Quelles garanties avez-vous obtenues pour les réfugiés immédiats, je veux dire ceux vivants dans les camps limitrophes du pays?
SAMBA THIAM : Aucunes! Sauf que, comme je l’ai dit plus haut, les propos du président semblent rassurants. Encore une fois, il appartiendra aux réfugiés de décider, pas à nous.
LE CALAME: Les exilés, ailleurs en Afrique, en Europe et aux Etats-Unis seront-ils concernés par ces mesures?
SAMBA THIAM : Nous l’espérons. Parce qu’il n’y a pas que les réfugiés au Sénégal et au Mali qui existent.
LE CALAME: Et pendant ces années d’exil forcé, ou voulu pour diverses raisons, d’aucuns ont acquis des nationalités de leurs pays de résidence. La question a-t-elle été évoquée?
SAMBA THIAM : Oui, elle a été soumise au président de la République. En fait, ce qui se trouve être posé, c’est la question de la double nationalité. Il faudra bien qu’un jour on accepte d’y faire face. Nous avons notre point de vue là-dessus.
LE CALAME: Lequel?
SAMBA THIAM : Il est prématuré d’en parler. Nous attendons que la question soit officiellement posée sur la table.
LE CALAME: Quand, et comment, avez-vous quitté la Mauritanie?
SAMBA THIAM : A ma sortie de prison, en septembre 1990. Libéré, je suis allé dire au revoir à ma mère à Sélibaby. Constatant que rien n’avait changé, pour ne pas dire que tout avait empiré, et plus déterminé que jamais à continuer le combat, je décide alors de partir pour l’exil. De Nouakchott, je me rends à Rosso pour traverser. Ne parvenant pas, après plusieurs jours d’essai, pour cause de frontières verrouillées, je rebrousse chemin. Le lendemain, je m’embarque pour Boghé. C’est là que je me suis résolu à passer, en dépit des patrouilles nocturnes le long du fleuve, et traverser alors le fleuve à la nage, mon balluchon sous les bras.
LE CALAME: Samba Thiam songe-t-il au retour en Mauritanie, dans un futur proche?
SAMBA THIAM : Oui j’y songe! Le fait qu’un journal national me donne la possibilité d’exprimer les positions de mon organisation dans ses colonnes montre que les choses sont en train de changer positivement. Même s’il reste beaucoup à faire. J’espère donc que mon retour sera pour bientôt.
LE CALAME: Un mot sur les conclusions des journées de concertation qui viennent de se tenir?
SAMBA THIAM : C’est une victoire de la raison. Une victoire du peuple mauritanien, dans son ensemble.
Propos recueillis par Bios Diallo le 12 decembre 2007





