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Procès Aziz et cie : Une arme de dissuasion massive ?
Les premières auditions, avant le procès proprement dit d’Aziz et ses compagnons, ont démarré le jeudi 12 Janvier 2023 à Nouakchott. Certains redoutaient des manifestations de sympathisants de l’ex-Président, on n’a cependant noté aucun mouvement de foule dans la capitale, alors que des forces de l’ordre étaient déployées autour du palais de justice qui abrite le « Tribunal de la Corruption » et le long de plusieurs axes de la ville, surtout du côté de la Place de la Liberté. Visiblement, les récentes sorties médiatiques de MOAA n’ont pas porté les fruits qu’il espérait. Se plaçant en victime harcelée et tentant de déporter exclusivement le dossier sur le terrain politique, Ould Abdel Aziz en appelait au soutien des Mauritaniens par leur présence massive – ou du moins significative – au Palais de justice. Chou blanc sur toute la ligne.
Après donc une longue attente des Mauritaniens dont certains commençaient à se lasser des gesticulations de l’ex-Président tenant le pays quasiment en haleine et les lenteurs de l’enquête qui poussaient à douter de la volonté du gouvernement d’aller au bout de l’affaire, voilà le procès enfin entamé. Ould Abdel Aziz et ses co-accusés ont été convoqués afin de leur signifier la date de leur comparution. Rendez-vous est pris pour le 25 Janvier courant.
Le débat est un double défi. Celui d’abord au pouvoir de Mohamed Cheikh El Ghazwani. Après avoir accepté la formation par l’Assemblée nationale mauritanienne d’une commission d’enquête sur les dix ans de règne de son prédécesseur –et alter ego durant près de quarante ans… –il affirmait laisser la justice jouer son rôle en toute indépendance. « Foutaises ! », ont glapi de concert l’accusé et ses conseils, « le dossier est purement politique, ce n’est qu’un règlement de comptes, juges et magistrats sont manipulés, les droits de la défense ne sont pas respectés… » et tout à l’avenant. Si l’on suit cette logique de l’ex-Président, le voilà déjà condamné.
Graves accusations
Mais il n’en demeure pas moins présumé innocent jusqu’au jugement. Le gouvernement doit donc continuer à démontrer qu’il est en dehors du dossier et qu’il appartient à la justice de trancher en son âme et conscience. Il y gagnera en montrant à l’opinion nationale et internationale que la lutte contre la corruption est une option nationale, une réelle volonté politique à ce que personne, eût-il été par le passé président de la République, ne bénéficiera de l’impunité s’il est convaincu du moindre détournement de deniers publics, blanchiment d’argent, trafic d’influence et/ou obstruction à la justice…
Le défi lancé à MOAA et ses conseils paraît beaucoup plus immense : ils doivent démonter et déconstruire l’image désastreuse dont celui-ci se trouve accablé. Il fait l’objet de graves chefs d’accusation, indignes d’un chef de l’État qui s’arrogea le titre de président des pauvres pour se retrouver, au terme de dix ans de règne, à se vanter devant les Mauritaniens et l’opinion internationale d’être à la tête d’une immense fortune. Où, quand, comment, alors qu’il prétendait ne rien posséder à son arrivée au pouvoir et que l’écrasante majorité de ses compatriotes n’ont cessé, eux, de tirer le diable par la queue, quand ils ne l’ont pas trouvé ailleurs ?
Les avocats d’Aziz vont devoir aller au-delà des arguments portant sur le « harcèlement et la chasse aux sorcières ». En zappant bien évidemment sur ladite question, fondamentale mais on ne peut plus gênante pour leur client. L’équipe dirigée par maître Ichidou sortira donc probablement la grosse artillerie des arguties juridiques pour tenter d’exploiter les éventuelles failles et vices de forme du dossier et de limiter au mieux les dégâts.
La justice mauritanienne est ainsi très attendue sur ce procès qui se jouera sur le terrain du Droit : arguments contre arguties juridiques ; et qui aura, ce faisant, une dimension pédagogique, aussi bien pour le continent africain que pour le monde arabe. Une arme de dissuasion massive en Mauritanie où les responsables confondent allègrement leurs poches et les caisses de l’État. On remarquera au passage que ces assises sont précédées de peu par le procès de l’ex-président de la junte guinéenne, Dadis Camara, jugé pour le massacre en 2009 de cent cinquante-sept de ses compatriotes au stade du 28 Novembre. Crime de sang là-bas, crimes économiques ici, mais bel et bien crimes dans les deux cas.
Engagé à la veille même des élections locales, le procès de MOAA et cie revêt une dimension plus politique encore, pour ne pas dire politicienne. Même s’il se défend de vouloir revenir au pouvoir, les récentes sorties et accusations d’Ould Abdel Aziz contre l’actuel en place – « Il n’y a pas », dit-il,« actuellement de pouvoir en Mauritanie » ; entendez : de président – démontrent que le procès se joue bel et bien aussi sur le terrain politique. L’ex-Président et son parti entendent se battre pour conquérir des postes de député, conseiller régional et municipal, histoire de se positionner sur l’arène nationale et y obtenir une nouvelle tribune. Ould Abdel Aziz a maintes fois répété qu’il n’abandonnait pas la politique. Et certes : son avenir en ce domaine est bel et bien suspendu à l’issue de son procès…
Dalay Lam
le calame
Enjeux réels d’un procès exceptionnel
Mohamed ould Abdel Aziz, encore et toujours à truster le devant de la scène… Mais pour combien de temps encore ? Le lancement enfin de son procès sonne-t-il le glas de sa disparition des radars ? Probablement. Surtout s’il s’en tient à son actuel dispositif de défense articulé autour de deux grandes lignes : « Je suis visé parce que je suis perçu comme une menace politique » et « le régime actuel n’a aucune preuve de ce que j’aurais détourné de l’argent public ». Les deux arguments sont pourtant apparemment de poids : il est effectivement visé pour des raisons politiques et il n’existe, à ce jour, aucune preuve de ce qu’il se soit personnellement servi dans la caisse publique. Ses avocats vont certainement se barricader derrière cette ligne de défense. Mais, ce faisant, l’ex-Président et ses conseils éludent la bonne question qu’ils n’essaient même pas de (se) poser : comment Ould Abd El Aziz est-il devenu riche ?
Et c’est à cette question de l’enrichissement sans cause que les avocats doivent pourtant répondre. L’examen d’un enrichissement sans cause est une évolution significative dans la lutte contre la corruption et la criminalité économique. À une certaine époque, on se limitait à chercher si des biens publics avaient été détournés ou pas. Aujourd’hui, détourner directement de l’argent public est considéré comme la préhistoire de la corruption. En effet la corruption moderne, ce n’est jamais piquer directement dans la caisse publique, nul ne s’y risque, sauf les idiots, pour reprendre les termes de Mohamed El Mounir.
Aussi a-t-on mis au point le concept d’enrichissement sans cause. Un attrape-tout qui couvre potentiellement tout ce qui est illégal : trafic d’influence, par exemple, recours parcimonieux ou excessifs à la planche à billets, ventes manipulées du domaine public de l’État, attributions intéressées de marchés publics, etc. Le plus important avec ce concept est que la charge de la preuve de son inadéquation incombe à la personne présumée coupable. C’est à elle de démontrer que ce qu’elle a acquis l’a été de manière légale. Comme Ould Abd El Aziz ne peut pas et ne voudra pas dévoiler l’origine des quarante-sept milliards saisis en dehors de ses propriétés immobilières, il va persister à répéter qu’il est visé par un procès politique et que la justice n’est pas capable d’apporter la preuve qu’il ait détourné l’argent public.
Petit atout : il sait que la compréhension de la corruption chez le citoyen de base se réduit à piquer dans la caisse et cela explique ses manœuvres populistes. Mais peut-il négliger que ses juges ont évidemment une vision autrement plus affutée des réalités ? Ses avocats ne pourront longtemps continuer à chercher à inverser la charge de la preuve. Alors, les vices de procédures, voire de l’enquête, jusqu’à obtenir la relaxe de leur client après maints recours ? Le dol est cependant assez conséquent et connu –voire implicitement avoué par l’accusé, dans l’ampleur de son enrichissement sans cause – pour qu’une telle vicieuse fin soit seulement envisageable. D’autant moins, d’ailleurs, qu’elle retomberait immanquablement sur le pouvoir ou, plus exactement, le système qui prétend nous gouverner. Oui, c’est bien leur crédibilité qui est en jeu, au final de toute cette affaire. Et les chances de notre nation multi-ethnique à trouver un modus vivendi acceptable par tout un chacun…
Ahmed ould Cheikh
le calame
Année 2023 en Mauritanie: Une élection, un procès
Ce sont là deux évènements majeurs qui pourraient marquer l’année 2023 en Mauritanie. Depuis que les partis de la majorité et de l’opposition ont convenu de préparer les élections municipales, régionales et législatives, la classe politique s’agite, du moins celle encore audible. Du côté de la majorité présidentielle, notamment l’INSAF et l’UDP, on déploie les troupes sur le terrain à la conquête de l’électorat. On n’est certes pas encore en campagne – celle-ci ne doit démarrer officiellement qu’en Avril-Mai – mais son atmosphère est déjà perceptible. Des réunions, visites de proximité et autres porte-à-portes nocturnes ont commencé dans les quartiers de Nouakchott et même à l’intérieur du pays. Décidé à maintenir sa mainmise sur l’échiquier politique, le principal parti de la majorité présidentielle a pris les devants. En mettant d’abord de l’ordre en ses rangs et restaurer la discipline avant de coopter ses candidats. C’est son défi majeur. L’INSAF pourrait compter sur l’appui du gouvernement et le renfort du président de la République. Mohamed Cheikh El Ghazwani entreprend depuis peu des visites de proximité pour inaugurer ou poser les premières pierres de divers chantiers ce qui booste, on le voit bien, les activités de son parti en lui fournissant des arguments de campagne. Les media publics sont mis à contribution pour vulgariser les réalisations du gouvernement depuis trois ans. On assiste à une éclosion d’initiatives de cadres et notables, hélas souvent à caractère tribal et régional, voire familial. Pourtant la législation a interdit ce genre de manifestations dans un pays qui se dit démocratique et musulman, où donc tous les citoyens sont frères et sœurs, même si de criantes inégalités sont entretenues, comme on le perçoit tous les jours dans les rues, villes, villages, campements et autres.
Déjà à ce niveau de précampagne, on peut se demander à juste raison si le point d’accord entre le ministère de l’Intérieur et les partis politiques concernant le financement des campagnes pourra être respecté. Les missions des partis et, surtout, le déplacement des cadres de l’État membres du parti INSAF sont de nature à déséquilibrer le débat. Alors que ledit financement n’est pas encore disponible, les unes et les autres commencent à courir le pays.
Pendant que le parti du pouvoir maille de ses missions le territoire national, l’opposition se cherche. Elle est tenaillée entre le respect des termes de l’accord avec le ministère de l’Intérieur et l’impérieuse nécessité de nouer des alliances pour éviter la débâcle. Une partie de cette opposition conteste déjà le chronogramme de la CENI et sa validation par le gouvernement. L’alliance RFD, UFP et UNAD (CFCD) estimait, lors d’une conférence de presse tenue le 21 Décembre dernier, que les conditions n’étaient pas réunies pour la tenue des élections et demandait des concertations autour de grandes questions nationales comme l’unité nationale, l’état-civil, la gouvernance, l’éducation, etc. Ces concertations, dit la CFCD, permettraient d’envisager un scrutin inclusif et serein. De son côté, l’alliance Espoir a lancé, après avoir décrit une situation politique et économique délicate, un appel aux forces progressistes et patriotes pour unir leurs forces afin de relever le défi des prochaines élections et de la stabilité.
Reconnues ou en attente de l’être, d’autres formations de l’opposition sont en pleines manœuvres d’approche. Tous les acteurs politiques ont compris l’enjeu de ce qui va se jouer en Mai prochain : unir leurs forces ou faire le jeu de la majorité présidentielle qui ne ménagera, comme tout le monde l’imagine, aucun effort pour réduire à la portion congrue l’opposition.
Elément perturbateur
Pendant que les deux camps se préparent aux prochains scrutins, l’ex-président Mohamed ould Abdel Aziz est revenu comme pour perturber le jeu. Il occupe le terrain depuis quelques mois et se positionne comme une alternative à l’opposition traditionnelle. Dernière déclaration en date, suite au refus des autorités de le laisser voyager à l’étranger, il a qualifié l’opposition de « tétanisée » et donc incapable de jouer pleinement son rôle. On scrutera le rôle qu’occupera le parti Ribat auquel ont adhéré l’ex-Président et ses amis et sympathisants. Après une sortie réussie à Nouadhibou, Ould Abdel Aziz a cru pouvoir se lancer dans la reconquête des cœurs mauritaniens, en dépit du fort discrédit porté à son encontre par des accusations gravissimes pour un ancien président de la République : détournements de biens publics et obstruction à la justice de son pays. Son avenir se joue en ce mois de Janvier 2023 où s’ouvrira son procès. Après avoir défié le pouvoir, Ould Abdel Aziz fera face à la justice qui le condamnera ou le blanchira. Vu la gravité des accusations, il lui sera très difficile d’échapper à la prison. La crédibilité du pouvoir est ici en cause, nombre de Mauritaniens se demandant si la justice enverra l’alter ego de Ghazwani au bagne. Un moyen de le faire taire et de le mettre hors d’état de nuire ?
Avec le procès de l’ex-Président, le système en place pourra en tout cas se vanter d’avoir offert un exemple aux Mauritaniens, à l’Afrique et au Monde entier, à l’instar de la Guinée qui juge actuellement l’ex-chef de la junte, Dadis Kamara. Pourvu que le procès ne s’enlise pas et ne serve de prétexte aux extrémistes et pyromanes pour semer des troubles dans le pays ! Dans un contexte où les terroristes jihadistes regagnent du terrain au Mali, pays frontalier de la Mauritanie et au Burkina Faso, étendant leurs exactions jusqu’aux pays du golfe de Guinée, voilà encore une autre partie de sa crédibilité que joue le gouvernement mauritanien…
Dalay Lam
le calame
JE SIGNE ET PERSISTE, LA MAURITANIE EST UN PAYS D’APARTHEID ET À PART!
Le débat sur la question nationale et sociale ou de l’Apartheid version mauritanienne refait encore surface ces derniers jours dans les forums et groupes de watshsp mauritaniens à cause du flagrant et hilarant cas de Dr Aminata Diop la neurochirurgienne exclue arbitrairement du concours de spécialisation à cause de la non maitrise de la langue arabe. Ce problème n’est pas un cas isolé c’est le lot quotidien de beaucoup de cadres et citoyens Noirs du pays, devenus des citoyens de seconde zone sur la patrie de leurs ancêtres du Tekrour et du Ghana.
Je reviens encore pour la enième fois sur cette épineuse question de vivre- ensemble et le système ethno-génocidaire qui continue à sévir et à faire des ravages au pays d’ un million d’habitants et d’un million de poètes.
Cette Mauritanie, on ne le dira jamais assez est un pays particulier où certains ont réussi à usurper à leur propre profit notre bien commun, la “Mauritanité”, et à partir de leur position de simples citoyens, comme tous les autres, dictent pourtant aujourd´hui celui qui est mauritanien et celui qui ne l´est pas; celui qui est patriote et celui qui ne l´est pas. Ils définissent pour leurs propres concitoyens ce que veut dire “le patriotisme”, ce que veut dire la “Mauritanité”, qu´ils confondent souvent avec “mauritude”. Ils veulent nous imposer leur discours, la ligne à ne pas franchir et la posture à tenir.
Dénoncer le racisme et l´esclavage, les injustices ne veut pas dire que nous n´aimons pas notre pays. Nous refusons seulement que le mensonge et l´hypocrisie soient les fondements de notre vivre ensemble. Nous aimons notre pays comme la prunelle de nos yeux mais nous l´aimons aussi avec un amour critique.
Sans m´attarder sur des débats sémantiques, je signe et persiste, comme nous l´avons toujours soutenu: il y a des similitudes effarantes entre le Système
d´Apartheid sud-africain et le Système de gestion politique en Mauritanie. Aujourd´hui il faut-être d´une malhonnetêté intellectuelle notoire et de mauvaise foi pour ne pas reconnaitre le racisme d´Etat en Mauritanie. Au-delà de l´évidence, il y a la réalité disait un grand philosophe. La réalité est que le racisme d´Etat existe en Mauritanie. Cette réalité n´est pas le fruit de “l´imaginaire fertile et débordant ” de Kaaw Touré ou des ” ennemis déclarés de la Mauritanie”.
Nul effort n’est besoin de déployer pour découvrir derrière les pouvoirs et les avoirs, le racisme le plus hideux, l’exclusion la plus brutale et l’esclavage le plus primaire.
Comment qualifier un Système qui déporte, qui viole, qui vole, qui assassine, qui spolie, qui marginalise, qui discrimine ses propres citoyens du seul fait de leur appartenance sociale, ethnique ou raciale? Si ce n’est pas de l’Apartheïd de l’Afrique du Sud en tout cas ça en a les mêmes effets. Selon nos contradicteurs, la notion de l´Apartheïd est en l´occurrence inopérante en Mauritanie parce que nous vivons dans les mêmes quartiers, allons dans les mêmes écoles et prions dans les mêmes mosquées. Cette présentation schématique et manichèenne feint d’ignorer la substance et la finalité de l’apartheid que le sinistre Hendrik Verwoerd, ancien premier ministre d´Afrique du Sud, en 1963, présentait devant le parlement de son pays comme : « …réduit à sa simple expression, l´Apartheid ne peut se présenter que sous la forme suivante : nous entendons garder blanche l´Afrique du Sud, la garder blanche ne peut vouloir dire qu´une chose, assurer la domination des blancs, non leur direction, non leur tutelle, mais leur commandement, leur suprématie ».
Quels autres objectifs le système politique mauritanie pousuit-il sinon de perpétuer la domination exclusive et irréversible d’une communauté raciale sur la vaste majorité noire? Les faits sont têtus, les résultats sont là, indéniables!
Depuis l’indépendance, nos chefs politiques incapables de se départir de l’esprit partisan, tous issus du milieu maure, se sont attelés sans relâche à developper, tour à tour, des politiques qui, loin de forger la Nation encore inexistante, ont conduit à des crises cycliques, répétées,(1966, 1979, 1986, 1989, 1990,1991) à une déchirure profonde entre les deux communautés. Par ces politiques nocives développées au fil des années et des régimes que guidait un systéme inique, on mit en place un APARTHEID DÉGUISÉ. Je dis déguisé car on le chercherait en vain dans les textes institutionnels alors qu’il existe partout, pour peu qu’on observe.
Qui ose en douter encore ? Et encore, convient-il de souligner qu´en Afrique du Sud le pouvoir blanc, tout raciste qu´il était, n´est pas allé jusqu´à déporter les Noirs du pays, se contentant, si l´on peut dire, de les parquer dans les Bantoustans et au mieux dans des townships.
Si en Afrique du Sud le pouvoir raciste pouvait permettre à un Nelson Mandela de vivre 27 ans en prison, en Mauritanie les Tène Youssouf Guèye et Djigo Tapssirou ont été assassinés en moins de 2 ans de détention. Comme vous voyez le régime raciste de Nouakchott est plus cruel que son cousin germain de Prétoria. Il faut trouver un autre nom plus approprié à ce Système ethno-génocidaire qui dépasse l’Apartheïd.
Si en Afrique du Sud les militants de l´ANC ont pu être détenus et sortir vivants après plus de 20 ans de détention, en Maurtanie, plus de 500 supposés militants et sympathisants des Flam ont été assassinés en moins d´un mois dans les camps d´exterminations du régime de Nouakchott à Inal, Djreïda, Nbeyka, Azlat, sans parler des milliers des civils abattus dans la vallée, ni des charniers qui essaiment partout dans le sud du pays. Et comble de l´horrreur, l´Etat n´a pas trouvé une idée plus géniale que de pendre 28 Noirs dans la nuit du 28 novembre, fête de l´indépendance. Il fallait faire offrande à l´Etat chauvin de cadres négro-africains, 28 Noirs sont pendus. Des citoyens qui n´avaient commis aucun crime, pas même le moindre délit. Ils étaient Noirs et
c´était suffisant comme crime aux yeux du régime et ses sbires.
Tous ces crimes contre l´humanité restent impunis, les veuves, les ayants droit, les orphelins continuent à exiger la justice. En bons marchands, ils veulent vider l´abcès, le contentieux national comme on vide les stocks. On veut nous imposer une omerta, de l´amnésie, de l´amnistie forcée, de l´oubli et de l´impunité.
Certains contempteurs, pour banaliser le fait raciste dont est exclusivement victime la composante noire, invoque une prétendue “exclusion transversale”. Suffisons que certaines franges de la communauté arabo-berbère soit également touchée par des injustices sociales et économiques, il n’en demeure pas moins évident que seuls les Négro-africains sont violentés dans ce qu’ils ont de plus cher: leur culture, leur identité, leur intégrité et leur citoyenneté en un mot leur dignité.
Le contrôle de l´État par certains éléments racistes et surtout l’absence de légitimité de celui-ci vis-à-vis de toutes les communautés nationales nous obligent à opérer une séparation entre l’État raciste et la communauté beydane. D’ailleurs, cela fut toujours le cas depuis malgré notre diabolisation par le régime de Taya et ses valets auprès de nos compatriotes arabo-berbères.
Nous ne souhaitons pas le surgissement de problèmes raciaux ou ethniques en Mauritanie. C´est l´existence effective de ces problèmes qui explique la naissance de nos organisations politiques et mouvements citoyens, notre engagement et notre combat. Ce dont nous sommes coupables, c´est d´avoir osé toucher du doigt les pourritures de la nation mauritanienne à ce stade actuel de son évolution en projetant une lumiére crue sur l´ensemble des mécanismes qui sont conçus, orientés et exécutés de manière à ce que le pays soit sous le contrôle effectif d´une seule nationalité racio-culturelle au détriment des autres.
Ma question est aussi où sont les progressistes arabo-berbères du pays?
Si par ailleurs, des blancs risquèrent leur vie ou se firent pendre aux U.S.A avec l’UNDER-GROUND ou en Afrique du Sud comme les Joe Slovo, Bram Fischer pour la cause des faibles, ce ne fut pas le cas en Mauritanie pendant les années de braise à quelques exceptions prés qu’il faut saluer et encourager. Ils sont bien rares, ceux de l’autre côté, issus de la communauté dominante, à faire montre d’un engagement éprouvé contre les discriminations raciales! La majorité de cette intelligentsia arabo-berbère, en chorus, reprend le discours officiel avec hypocrisie et mensonges et parle même de la fictive “unité nationale” menacée ou de l’Islam qui nous unit dont ils violent et bafouent les fondements et principes élémentaires. Or, j’ai toujours eu le sentiment que l’intellectuel ressemblait davantage à Zola qu’à Gobineau ou Goebbels, et qu’il ne pouvait rester sans rien faire, sans rien dire devant l’injustice.
Ce que nous faisons est en conformité avec notre religion qui nous dit à travers un hadith du messager : « Quiconque d’entre vous voit un mal qu´il le change par sa main. S’il ne le peut pas qu’il le dénonce. S’il ne le peut pas qu’il le désapprouve en son cœur car c’est la plus faible expression de la foi”.
Et comme disait un adage ”lorsque le sage montre la lune, l´imbécile regarde le doigt. Sur nos pages, nos murs et nos espaces sur les réseaux virtuels et sur le réseaux réels ce sont des plages des préjugés et de déchirures profondes.
Les mauritaniens habitent ensemble mais ne cohabitent pas. Ils se croisent mais ils ne se voient pas. Ils se parlent mais ils ne communiquent pas.
Nous sommes ensemble dans les marchés mais point de commerce entre nous. Nous sommes ensemble dans les mosquées mais ce n’est pas évident que nos prières et souhaits soient les mêmes. Certains prient pour leurs frères “moudjahidines” en Palestine et en Syrie et d’autres pour leurs frères et soeurs déportés, leurs veuves et orphelins de la vallée.
Nous avons les mêmes langues mais nous ne parlons pas le même langage. Et pourtant nous devons construire des ponts de coeurs et détruire en choeur ces murs des déchirures et barrages d’inculture. Il est temps de se ressaisir! Il est encore temps de se surpasser pour outrepasser l’impasse. Encore une fois ce ne sont pas les intimidations, les diatribes, la terreur policière ou la terreur intellectuelle qui nous feront taire. Nous continuerons à dire la vérité à temps et contre temps pour guérir nos maux.
Il est manifeste que la politique d’évacuation et de dissimulation des questions sensibles n’a jamais aidé à les résoudre. Il importe que les formations politiques et des patriotes sincères comprennent que l’édification d’une Mauritanie prospère et stable passe nécessairement par la lutte contre les préjugés nuisibles à l´unité nationale et au developpement de tous. Ils doivent comprendre tant que les problèmes de fond à savoir le racisme d´Etat et l´esclavage ne seront pas identifiés et débattus, tout projet démocratique restera une utopie.
Au delà du racisme, ils verront nos visages:
Au delà de leurs peurs, la réconciliation:
Justice et égalité pour tous, c’est là notre avenir.
Je ne peux terminer sans faire appel à Jaures et
m´approprier ses propos:
‘’ Nous ne subirons pas la loi du mensonge triomphant ,
Nous ne plierons pas ,
Nous ne nous tairons pas,
Nous ne nous irons pas en silence ,
Nous ne nous coucherons pas …”
Et la lutte continue!
Kaaw Touré
Délibérations du concours des spécialistes: Scandalisée, Dr Aminata Diop dénonce une ’’ injustice ’’
Les Mauritaniens sont partagés entre tristesse, énervement et étonnement face à l’injustice et la ségrégation dont a été victime, le docteur Aminata Boubacar Diop, lors du concours d’entrée des spécialistes à la fonction publique. Docteur Diop a échoué à entrer dans la fonction publique alors qu’elle avait 15 sur 20 de moyenne en neurochirurgie. Lors de l’épreuve de culture générale imposée par la réforme, le maître d’arabe du fondamental lui a attribué une mauvaise note.
Ironie du sort, il y a quelques mois, les médecins cubains ne parlant ni l’arabe, ni le français encore moins le pulaar, le wolof et le soninké ont été recrutés à pont d’or par le gouvernement mauritanien.
Au sortir d’une journée chargée marquée par une intervention chirurgicale dans une structure hospitalière nouakchottoise, Dr Aminata Boubacar Diop a réagi au micro du Calame exprimant son ”indignation ” et ”sa révolte avec le sentiment d’être une autre victime d’injustice”.
‘’Celles et ceux qui avaient une faible note en leur spécialité (…) se (sont) rattrapés en arabe et ont pu réussir au concours. Donc du coup presque tous les maures passent. Et les autres en l’occurrence ceux qui ont (…) fait leur formation en français ou qui parlent peu l’arabe n’ont pas (été) sélectionnés’’, à déclaré la première neurochirurgienne du pays .
Revenant sur son parcours, Docteur Diop rappelle que le peu d’arabe que qu’elle maîtrise à l’écrit et à la lecture résulte de sa formation du cycle primaire jusqu’en terminale. ‘’ Depuis la terminale il n’y a plus d’arabe dans mon cursus. Alors je trouve mal placé qu’une rédaction en arabe qui n’a rien à voir avec ma spécialité puisse me recaler. Je trouve cela très aberrant (Dans) un concours on est censé faire les mêmes épreuves’’, éclaire-t-elle. Les espoirs du docteur Diop se sont envolés, espérons-le momentanément, dans une épreuve, bien loin des matières scientifiques.
En résulte l’incompréhension ajoutée à une grosse frustration : ‘’ On ne peut pas faire bac plus huit, faire cinq ans de spécialités avec tous les sacrifices que cela demande pour finalement être recalée par une simple langue qu’on n’utilise pas à la limite en consultation avec les malades. Ce n’est pas de l’arabe, c’est du hassaniya. Et je me débrouille pas mal. C’est de cela dont j’ai besoin pour communiquer avec mes patients en plus du français, du poulaar et du wolof comme langue maternelle. Et non pas l’arabe’’, fulmine-t-elle. C est très décevant qu’une simple question de rédaction d’ordre général en plus d’une langue que l’on ne manie plus depuis belle lurette soit utilisée juste pour essayer de vous éliminer, bien loin de votre domaine de compétence’’, s’est offusquée docteur Diop dénonçant en son nom et ceux des autres cette injustice.
Plusieurs voix ont réclamé la révision de ce concours. Jusqu’à présent, le gouvernement n’a pas réagi au tollé soulevé par cette affaire.




