Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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Vol d’armes dans des casernes mauritaniennes

altLe journal algérien Al Khabar fait état de vols d’armes dans les casernes mauritaniennes de Néma et Bassiknou. Selon le journal les inspections et les enquêtes menées par l’armée mauritanienne ont abouti à l’arrestation d’un dénommé Sidi Mohamed Ould Makhloul.  La zones est de la Mauritanie vit un climat permanent de tension consécutif au conflit malien entretenu par des mouvements «jihadistes» armés et un exode massif de réfugiés le long des frontières d’avec le Mali, indique le journal.

Al Akhbar a publié une étude réalisée par un institut européen mettant en garde contre la menace que fait peser sur l’existence même des pays de la région du Sahel l’existence de nombreux mouvements terroristes notamment Al Qaida. L’étude prévoit que la situation dans cette région évoluera les années prochaines vers plus d’anarchie. La Libye, la Mauritanie et le Niger, sont cités comme étant les pays les plus menacés. L’étude souligne la propagation du salafisme dans la sous- région.

Source: Taquadoumy

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Ghana : Une démocratie africaine mature

altLa campagne électorale aura, pour ainsi écrire, passionné les Ghanéens. Partout dans le pays, et notamment dans les transports publics, comme les tro-tros, ces minibus qui sillonnent le Ghana.
A la télévision, les spots de campagne ont défilé en boucle, faisant découvrir le visage des candidats. Si huit concurrents sont en lice, seuls deux sont véritablement dans la course. Et les pronostics sont très serrés entre Nana Akufo Addo, ancien ministre de la Justice puis des Affaires étrangères, qui défend les couleurs du NPP (Nouveau parti patriotique), et John Dramani Mahama du NDC (Congrès démocratique national), le président par interim, depuis la mort de John Atta Mills en juin 2012.
A côté, les autres candidats peinent à exister. Même Michael, président des Jeunes du CPP (Parti populaire de la Convention) l’avoue:
«Nous soutenons déjà Nana Akufo, car nous savons que notre candidat ne fera qu’un petit score.»

«Les élus locaux sont corrompus»

Rabiu, jeune chauffeur de taxi à Bolgatanga, dans le nord du pays, a affiché sur son volant un autocollant en faveur du candidat du PPP (Parti populaire progressiste). Mais, il confie qu’il votera pour Nana Akufo Addo:

«J’aime les idées du PPP, mais je ne veux pas que mon vote se perde. Je voterai donc pour Akufo. En 2008, j’ai voté pour Atta Mills. Mais, cette fois, je ne redonnerai pas ma voix au NDC, déclare-t-il. Si je trouve que l’actuel président John Mahama est compétent, ce n’est pas le cas du reste du gouvernement et des élus locaux du NDC dans ma région, qui sont corrompus. Ils n’aident personne et ne nomment que des gens de leur famille. J’ai voulu postuler pour devenir pompier. Mais quand vous remettez votre CV, il faut donner de l’argent avec, sinon il part tout de suite à la poubelle», raconte-t-il avec amertume.

Alors que beaucoup de jeunes comme Rabiu ne trouvent pas d’emploi à la hauteur de leurs attentes, le discours de l’opposant Akufo à destination de la jeunesse séduit.

La gratuité du lycée divise

La principale promesse de campagne de Nana Akufo Addo, à savoir, la gratuité du lycée pour tous, dès l’année prochaine, a fait écho dans le pays. Le Ghana a érigé l’éducation comme l’une des valeurs essentielles de la démocratie depuis les vastes politiques publiques mises en place par son premier président Kwame Nkrumah, dans les années 60, pour démocratiser l’enseignement.

Néanmoins, seulement 14% de la population va jusqu’au bout de l’enseignement secondaire, selon des chiffres gouvernementaux, les frais de scolarité étant inabordables pour la plupart des familles.

«Pour qu’un pays arrive à se développer, il faut investir dans la jeunesse, affirme Malcolm, 64 ans, homme d’affaires de la capitale Accra. Au Ghana, on a beaucoup de pétrole et d’or, et Akufo a promis d’utiliser les recettes générées par ces richesses pour mettre en place la réforme du lycée.»

Le coût de cette mesure a été évalué à 590 millions d’euros pour les trois années à venir par le candidat. Les prévisions de croissance du pays sont d’environ 8 % en 2013.

Le scrutin du 7 décembre est le premier, depuis que le pays, déjà seconde puissance économique d’Afrique de l’Ouest, grâce à ses exportations d’or et de cacao, est entré dans le cercle des producteurs africains de pétrole, en 2010.

La population tarde à voir les bénéfices de cette manne, alors que la production atteint plus de 80.000 barils de brut par jour et devrait continuer d’augmenter. Michael, le président des jeunes du CPP, affirme:

«Au Ghana, on a tout: du manganèse, des diamants, de l’or, du pétrole, du cacao… On veut des hommes politiques qui savent nous faire bénéficier de toutes nos richesses. Le NDC en est incapable, tonne-t-il. Du coup, tous les prix ont augmenté depuis quatre ans pour les Ghanéens. Depuis les années 90, je payais 20 pesewas (8 centimes d’euros) au péage pour traverser un pont près de chez moi. En 2008, du jour au lendemain, le prix est passé à 1 cédi (40 centimes d’euros).»

Dans ce pays prisé par les investisseurs, le revenu moyen par habitant reste inférieur à 3 euros par jour.

«Les prix augmentent partout»

Certains refusent cependant ce discours, comme Aziz, commerçant en électronique à Tamale, la grande ville du nord du pays, qui balaye tous ces arguments:

«En 2008, j’ai voté pour Atta Mills et je voterai pour Mahama. On ne peut pas tout mettre sur le dos du gouvernement. Les prix ne baissent jamais, tout augmente partout dans le monde, s’exclame-t-il. Il est facile de promettre le lycée gratuit, mais le Ghana ne peut pas encore se le permettre. Commençons par des problèmes plus basiques. Ici à Tamale, le NDC a construit en trois ans un grand hôpital flambant neuf, que nous attendions depuis des années.»

Esther, réceptionniste de 20 ans, partage cet avis:

«Le NDC a construit de nombreuses écoles, dont le pays manquait, et permis aux écoliers de bénéficier d’uniformes, d’ordinateurs et de cahiers gratuits. Je pense que le parti à fait de bonnes choses et je voterai à nouveau pour John Mahama, car je suis persuadée qu’il fera encore mieux.»

Certains experts estiment, quant à eux, que les promesses des deux candidats sont démesurées par rapport au niveau actuel de la production de pétrole. D’après eux, le cacao restera la première source d’exploitation du pays.

Première élection sans observateurs internationaux

Un espoir commun transcende ces divergences. Fiers de la paix et de la stabilité qui règnent dans leur pays, et conscients de la longueur d’avance du Ghana par rapport à ses voisins en matière de démocratie, les Ghanéens souhaitent avant tout que l’élection se déroule paisiblement, sans fraude ni violence.

Dans la rue, à la télévision et à la radio, de nombreuses campagnes publicitaires, indépendantes ou à l’initiative des candidats, rappellent la nécessité d’une élection pacifique.

C’est d’ailleurs la première fois que la présidentielle ne sera pas surveillée par des observateurs internationaux. Cette preuve de la maturité démocratique du Ghana suscite autant d’espoirs que de craintes parmi la population:

«J’attends l’élection avec impatience, déclare Esther. On prie pour que l’élection soit pacifique, mais je pense personnellement qu’il n’y aura aucune forme de violence.»

Le 4 décembre, alors que débutait le vote anticipé pour l’armée, la police, le personnel de la Commission électorale et les autres institutions de maintien de l’ordre, Nana Akufo Addo a exprimé ses craintes que son adversaire du NDC ne s’accroche à son siège, en cas de défaite, comme l’ancien président de la Côte d’Ivoire voisine, Laurent Gbagbo.

Peu de Ghanéens, quel que soit leur camp, croient cependant à ce scénario, à l’image d’Aziz:

«Certes, tout peut arriver quand on approche de l’élection, admet-il. Mais, le Ghana est un pays paisible. Je n’ai pas peur et je ne suspecte personne de vouloir semer le trouble. Il faudra que le perdant accepte la défaite.»

Source: Slateafrique

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Sciences Po ou l’avant-garde néolibérale

altTout entière consacrée à célébrer le dynamisme de Sciences Po sous la direction de Richard Descoings, la presse n’a jamais relevé l’ironie d’une restauration de l’ancienne Ecole libre des sciences politiques. Ainsi en va-t-il des entreprises de réaction qui, au profit d’une amnésie collective, se déguisent sous le manteau du progrès. L’affaire Sciences Po aura non seulement dévoilé les gaspillages, les privilèges et le fonctionnement discrétionnaire d’une institution d’enseignement supérieur jouant un rôle majeur dans la sélection des élites, mais aussi démasqué un projet ambitieux de transformation de l’enseignement supérieur français.

Les révélations de la Cour des comptes prennent en effet une autre dimension si on relie les faits incriminés à la vision néolibérale de l’éducation qui caractérisait le [projet du triumvirat Descoings-Pébereau-Casanova (Lire « L’Ecole libre des sciences politiques », Le Monde diplomatique, 25 octobre 2012). La transformation avait été entamée par Alain Lancelot qui ne cachait pas ses convictions politiques. L’arrivée de Michel Pébereau à la présidence du Conseil de direction en était aussi un signe manifeste. Inspecteur des finances, ce dernier avait été en 1986, dans le cabinet d’Edouard Balladur, un artisan des privatisations du gouvernement de cohabitation mené par Jacques Chirac. Alors qu’il n’était pas un ancien étudiant de Sciences Po, son intérêt pour cette institution ne s’est pas démenti puisqu’il a occupé cette fonction sans discontinuer depuis 1988, soit durant vingt-quatre ans. Tout en étant PDG des banques qu’il avait privatisées, le CIC puis la BNP (devenue sous son égide BNP-Paribas). Or, cet homme aux solides convictions néolibérales a soutenu la politique de privatisation de Sciences Po, rejoint en 2007 par un autre néolibéral affiché, l’économiste Jean-Claude Casanova, président du Conseil d’administration de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) (Lire « Poker menteur à Sciences Po », Le Monde diplomatique, 5 novembre 2012).

Privatiser Sciences Po, cela était difficile sans précautions spéciales. Il revenait à Richard Descoings d’inventer la formule pour y parvenir. Avec sa réputation d’école des élites, Sciences Po ne pouvait subir une transformation renforçant le sens élitaire sans soulever la réprobation. La grève de 1995, provoquée par l’augmentation des droits d’inscription, sonna comme un avertissement. Alain Lancelot, directeur contesté, fut avantageusement reclassé au Conseil constitutionnel. Richard Descoings, son directeur adjoint, reprit le flambeau avec subtilité. Sciences Po allait faire du social en corrigeant son image par la distribution de bourses et surtout en créant le dispositif de discrimination positive par le recrutement dans des lycées de ZEP. La conférence de presse habilement montée en février 2001 inaugurait sa stratégie de communication. Les journalistes présents écoutèrent le directeur, puis les proviseurs des premiers lycées concernés. Sortant dans la rue, ils découvraient dans le kiosque la une du journal Le Monde consacrée à l’initiative de Sciences Po. Ce coup médiatique réussit au-delà de toute espérance : Sciences Po devint presque synonyme d’une politique sociale d’avant-garde. Plus personne ne pouvait ignorer la signification de l’acronyme ZEP, et plus personne ne pouvait attaquer la sélection sociale à Sciences Po. Descoings devint une star médiatique adulée par les étudiants, les journalistes et les politiques. Sans qu’il contrôle tout à fait son succès.

Richard Descoings affichait régulièrement son ambition d’augmenter le financement privé de son école, afin qu’il dépasse le financement public. A coup d’augmentations des frais d’inscription et des effectifs, d’ouvertures de succursales, d’emprunts (même toxiques) et d’appels réguliers à la générosité des anciens élèves. Echec. Le financement de l’Etat est resté majoritaire et le total des financements publics est supérieur à 70 %. La conviction néolibérale ne saurait être désintéressée et, sauf contradiction, on ne fait pas autant d’efforts si ce n’est pour en profiter soi-même. Descoings d’abord, et ceux qui le secondaient ensuite. Il faut bien acheter les loyautés. L’équipe de direction a donc bénéficié d’augmentations de leurs rémunérations, primes et avantages divers. « Ce n’est tout de même pas Goldmann Sachs », se défendait un dirigeant, trahissant ainsi son univers de référence. Les salaires et les primes des dirigeants auraient été plus légitimes, si l’objectif d’un financement privé avait été atteint. Or financées par de l’argent public, la Cour des comptes pouvait alors contrôler ces rétributions par anticipation.

Si les reproches du rapport de la Cour ont été reconnus par le président de la FNSP Jean-Claude Casanova, qui est censé contrôler la gestion du directeur de Sciences Po, il devrait en toute cohérence démissionner (Lire « Rapport sur Sciences Po : une forte ambition, une gestion défaillante », Cour des comptes, 22 novembre 2012). Avec Michel Pébereau, dont la mission à la tête du Conseil de direction était similaire. S’ils ne le font pas, c’est que l’entreprise néolibérale ne saurait céder aux impératifs d’une morale de l’honneur. Irresponsables à leurs propres yeux, ils ont donc opposé leur arrogance à la ministre de l’enseignement supérieur Geneviève Fioraso. Ils ont procédé à l’élection discrétionnaire du nouveau directeur. Contre la demande de la ministre. Affirmant l’inverse lors de l’élection : le ministère a aussitôt démenti. Affirmant aussi que la Cour des comptes avait donné l’assurance qu’il n’y aurait pas de poursuites judiciaires — autre assurance qui s’est avérée fausse. Le mensonge cynique à la tête d’une institution d’enseignement est un mauvais exemple donné aux jeunes générations. Etait-ce si urgent ? En nommant l’administrateur provisoire et héritier putatif Hervé Crès, ils pensaient créer l’irréversible. Avec le risque d’être contrariés par le rapport de la Cour des comptes publié le 22 novembre. Or, la Cour de discipline budgétaire et financière a été saisie afin de juger les dirigeants. La ministre a immédiatement imposé la nomination d’un nouvel administrateur provisoire.

Le coup de force de l’élection du nouveau directeur se justifiait parce qu’Hervé Crès avait été choisi pour continuer la politique de privatisation. Ancien élève de HEC ayant eu une carrière dans le privé, il « collait » bien à la transformation de Sciences Po en business school (lire « Comment Sciences-Po et l’ENA deviennent des “business schools” », Le Monde diplomatique, novembre 2000) selon les projets du triumvirat néolibéral qui le menait jusqu’alors. Dépité d’être récusé par une assemblée générale du personnel et finalement détrôné de son mandat de directeur malgré son communiqué aux personnels qui faisait fi de la nécessaire ratification par l’Etat, il n’en manifestait pas moins son adhésion à l’entreprise néolibérale : « Je n’accepte pas de servir de bouc émissaire. Richard Descoings a bousculé les conservatismes, ce qui a pu provoquer du ressentiment » (Le Monde, 23 novembre). Avec une belle continuité, il reprenait ainsi l’argumentaire de Descoings, qui accusait de conservatisme toute objection, utilisant sa politique de discrimination positive pour renvoyer dans les cordes toute critique de gauche. Belle stratégie de bataille à fronts renversés : plus égalitaire que moi…. Est-ce du conservatisme que de contrôler l’usage des finances publiques ? Conservatisme que de mettre en cause les gaspillages ? Conservatisme que de mettre en cause l’arbitraire, l’opacité et les privilèges ? Il faut une bonne conscience aveugle ou beaucoup de cynisme pour le soutenir.

En prétendant que le statut de cette école n’est pas en cause, on peut craindre que les dirigeants aient raison. Si le gouvernement, une fois de plus, s’inclinait devant la pression des dirigeants de Sciences Po, ils n’illustreraient que le constat selon lequel les élites ne réforment pas volontiers le système de sélection qui les a consacrés. On peut le craindre, d’autant plus que le statut qui a permis de mener subrepticement une politique de privatisation risque fort d’en permettre la reprise une fois la crise finie. Or, avec l’université de Paris Dauphine, Sciences Po joue le rôle de poisson pilote d’une université néolibérale. Après que la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) en ait posé les bases en conférant l’autonomie à chaque université, ces établissements ouvrent la voie à la privatisation de tout l’enseignement supérieur, où les études devront être payées par les étudiants. Par leurs parents pour ceux qui ont la chance d’être bien nés, par l’emprunt pour ceux qui ne l’ont pas. Ces derniers commenceront leur vie professionnelle avec des remboursements étalés sur deux décennies, comme aux Etats-Unis où s’est constitué une bulle des emprunts étudiants (Lire Christopher Newfield, « La dette étudiante, une bombe à retardement », Le Monde diplomatique, septembre 2012). Au moins se tiendront-ils tranquilles. On aimerait que les dogmatiques néolibéraux nous expliquent la supériorité de cette organisation sur l’enseignement public qui les a généralement consacrés en France. Ils ne convaincront pas ceux qui pensent que l’éducation est un bien public, qu’elle doit être gratuite, même pour les gens fortunés, pour corriger les inégalités sociales. C’est vouloir faire prendre des vessies pour des lanternes que de prétendre que la restauration de l’Ecole libre des sciences politiques, pour préparer la privatisation de tout l’enseignement supérieur, est un progrès.

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Cinq parallèles entre le Mali et l’Afghanistan

altPar définition en géométrie euclidienne, des droites parallèles ne se croisent jamais. Sauf par courbure de l’espace-temps, avec l’intervention des puissances internationales.

  • L’islamisme

  • Force morale et militaire, l’islamisme n’est plus à présenter. Mélange de religion, de tribalisme, de guerre et d’infiltration de tous les services secrets du monde, le djihadisme, courant radical du radicalisme islamiste, a encore le vent en poupe, alimenté par l’impasse démocratique et l’injustice des puissances mondiales.

Si l’islamisme, matrice idéologique du djihadisme, est plus ou moins financé par des Etats riches et conservateurs comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar, son excroissance s’autofinance dans une large mesure grâce aux prises d’otages, razzias et prélèvements forcés d’impôts islamiques, commerce de drogue et contrebande transfrontalière.

Pour asseoir un ordre moral paramilitaire et comme l’on fait les Talibans avec les Bouddhas du Bâmiyân, les islamistes ont commencé leur carrière au Nord Mali en détruisant des marabouts, symboles «païens» d’un islam traditionnel du culte des Saints. La méthode est signée, il s’agit du wahhabisme saoudien, purisme archaïque des origines qui vise à délaisser tous les symboles d’adoration à d’autres qu’à Dieu, y compris la tombe du Prophète Mohamed lui-même, abandonnée (en Arabie Saoudite) pour éviter qu’on aime l’homme plus que son message.

Moteur de la résistance, fourre-tout d’illuminés et de paramilitaires, c’est encore une fois l’islamisme qui va jouer dans l’intervention étrangère, étendard de ralliement. D’autant que contrairement au sexe ou à la religion, l’islamisme ne fait pas de distinction de race ou d’appartenance ethnique. Touaregs, Noirs ou Blancs, Songhaïs, Peuls, Berabiches, Reguibats, Toubous ou Arabes sont les bienvenus, pourvu qu’ils aient une arme (voire un arsenal) et une dent (voire un dentier) contre l’Occident. Une auberge espagnole, sans alcool et sans Espagne.

L’afflux des combattants étrangers

Ils étaient déjà présents avec l’arrivée des groupes de Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb Islamique) dans les régions Sahélo-sahariennes et ont profité de la démission de l’État malien et de l’offensive des Touaregs du MNLA (indépendantistes) pour s’installer entre la boucle du fleuve Niger au Sud, le Niger à l’Est, la Mauritanie à l’Ouest et l’Algérie au Nord, pour y consolider leurs bases.

Mais depuis l’imminence de l’intervention internationale, les services secrets, qui observent en permanence la région, ont pu noter l’arrivée d’une nouvelle vague de combattants djihadistes: mauritaniens, nigériens ou algériens, mais aussi soudanais, yéménites ou saoudiens, et même nigérians de la secte Boko Haram, venus en renfort pour l’un des combats finaux entre Dieu et le Diable, même si dans certaines régions, ils semblent se faire tout petit en prévision de l’attaque.

Reste à définir le rôle à jouer de tous ces groupes qui évoluent dans ces zones grises: groupes du crime organisé, spécialisés dans la vente d’armes, le trafic de drogue ou la traite humaine, connectés aux groupes djihadistes, mais pas forcément avec l’envie de se battre contre le reste du monde. Dans tous les cas, c’est une Internationale, fixée pour combattre l’autre Internationale, dans un combat à l’air de déjà-vu, entre les forces du bien et du mal.

  • L’absence d’État

Comme en Afghanistan ou en Somalie, l’islamisme se greffe sur des zones désertées par l’État, par un processus de maturation en plusieurs phases, dont la première est de se relier, de s’allier et d’épauler les groupes du crime organisé ou de revendication politique déjà présents dans la région, puis de les ramener à eux en leur prêtant aide militaire, protection et assise internationale.

Mais en l’absence d’État et de règles claires, les groupes deviennent souvent rivaux. Comme en Afghanistan d’ailleurs, les forces étrangères partie prenante de l’intervention, vont s’appuyer sur le MNLA (Touaregs laïcs indépendantistes). La question du rôle de Ansar Dine (Touaregs islamistes, opposés à l’indépendance de l’Azawad), n’est pas encore définie, celui-ci préférant prendre ses distances avec le MNLA et Al-Qaïda, mais sans  condamner ni l’un ni l’autre, pour des raisons de survie.

Mais comme en Afghanistan encore, les liens tribaux vont jouer. Une partie des djihadistes pourra trouver refuge dans les pays voisins, au Niger, Mauritanie, Algérie, Libye et Tchad, où les États centraux ont du mal à intervenir dans leurs zones tribales, à l’image du Waziristan pakistanais, où Ben Laden vivait comme un panda protégé avant de finir comme un poisson sous l’eau.

  • Le relief

Contrairement à ce que l’on pense, le Nord du Mali n’est pas un désert plat où le moindre mouvement peut se détecter à partir de satellites ou de drones. En réalité, au-delà des grandes plaines sableuses au Nord du fleuve Niger, la région est un ensemble de montagnes, avec comme en Afghanistan, d’innombrables grottes (comme à Bouressa ou Okawan, marché d’achat d’armes) et de plateaux, regs caillouteux, mines de sels labyrinthiques (Taoudeni), collines (Tigharghar), vallées arides (Tilemsi) ou touffues (aux abords de l’Adrar des Ifoghas) ou de villes serrées comme Tombouctou et Gao, où il est relativement aisé de survivre caché.

De fait, et comme en Afghanistan, les bombardements aériens et les avancées au sol vont être compliquées par un terrain difficile que seuls les Touaregs connaissent bien. Si les djihadistes se préparent déjà, le MNLA (indépendantistes touaregs du Nord) va probablement jouer le rôle de l’Alliance du Nord afghane, et épauler, voire jouer les éclaireurs dans cette guerre contre Al-Qaïda et les mouvements djihadistes affiliés.

Les affrontements entre le MNLA et le Mujao (Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique) ont d’ailleurs déjà commencé, rendus difficiles par l’immensité du territoire. En effet, on estime à deux millions de kilomètres carrés, soit quatre fois la surface de la France, la zone où se déroulera l’intervention des forces alliées.

  • L’armement

En plus de l’armement malien abandonné par l’armée au Nord (les 3/4 selon les experts), pendant les premières offensives du MNLA, les islamistes sont lourdement armés, présents sur le marché international dérégulé des armes grâce aux fonds essentiellement récupérés dans les prises d’otages (de un à 10 millions d’euros par tête) et le trafic de drogue (40% des drogues dures en provenance d’Amérique du Sud transitent par le Sahel pour arriver en Europe).

Mais depuis le démantèlement de l’armée libyenne, d’autres armes sont arrivées dans le Nord Mali. Contrairement au Niger, où les Touaregs kadhafistes n’ont pas pu rapatrier leurs armes, les Touaregs maliens qui opéraient dans les armées libyennes ont pu faire entrer leurs cargaisons en rejoignant le Mali. Si ces combattants démobilisés n’ont pas tous rejoint les troupes de l’AQMI, du Mujao ou de Ansar Dine, un nombre d’entre eux ont revendu leurs armes aux mouvements islamistes, la région étant complètement abandonnée, en proie au chômage et à l’inactivité.

Après une phase de nomadisme dans les régions sahélo-sahariennes, c’est dans cette région entre le massif de l’Ifoghas et les frontières des États voisins que les islamistes se sont constitués des bases et ont caché un stock impressionnant d’armes de tous types, lance-grenades, mitrailleuses avec visée anti-aérienne, fusils automatiques (près de 80.000 kalachnikovs sont disséminés dans le Sahel), munitions, grenades, explosifs (Semtex), ainsi que l’artillerie légère anti-aérienne montée sur véhicule (calibre légers bitubes), selon le rapport de l’ONU de 2012.

Ce sont ces dernières armes, canons aériens et antichars (RPG 7), missiles MILAN (livrés par la France à Kadhafi) et les soviétiques Strela-2 et SA-7 Grail, des lance-roquettes très légers qui peuvent atteindre des appareils volants à 1.500 mètres, qui font peur à tout le monde. Comme en Afghanistan, où les missiles américains Stinger avaient été distribués par l’armée US pour combattre l’Union soviétique, les redoutables missiles sol-air russes sont un véritable danger pour tout avion ou hélicoptère circulant dans la région.

L’utilisation de drones sera le principal atout des armées étrangères, avant une éventuelle intervention au sol, avec un coût déjà estimé à un milliard de dollars pour une année. On estime à 2.000 au jour d’aujourd’hui l’effectif des djihadistes, contre 3.300 pour l’instant, celui des armées étrangères. Si dans le désert, des parallèles peuvent se croiser, les dommages collatéraux sont imprévisibles. La géométrie et la théorie des chocs n’y sont pas une science exacte.

Chawki Amari

Source: SlateAfrique

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Mame Diack Seck : Quand le père de l’éducation nationale mauritanienne disparaît dans le silence le plus total…

Un des bâtisseurs de la Mauritanie s’est éteint le vendredi 23 novembre 2012. Mame Diack Seck, ancien ministre de l’éducation, conseillers de chefs d’état d’Afrique de l’ouest, haut cadre international, qui a formé tant d’éléments brillants de la seconde génération de cadres de ce pays, a été rappelé à Dieu dans l’indifférence la plus générale. Portrait posthume d’un très grand, de ceux dont la médiocrité de ce pays ne veut pas.

Un père de l’éducation nationale mauritanienne

Né en 1932 à Dar El Barka, au sud de la Mauritanie, Mame Diack Seck s’est éteint à Dakar il y a une semaine dans la dahira de Seydou Nourou Tall.

Le silence des autorités sur cet homme, docteur en sciences naturelles de l’université de Paul Sabatier de Toulouse, qui a activement, et plus que bien d’autres, participé à l’érection des fondements de ces mêmes autorités, en dit bien long sur la valeur de cet homme.

«La pyramide des valeurs est inversée en Mauritanie : moins on parle de vous, en dépit de vos qualités reconnues par-delà le pays, plus vous avez de chances d’être quelqu’un de bien» assure un directeur de publication de la place, qui a eu la chance de bénéficier de ses lumières, du temps où Mame Diack Seck était proviseur du lycée de Rosso, de 1970 à 1976.

Et pendant quinze ans, des premiers moments de l’indépendance mauritanienne, il aura été celui qui littéralement aura posé les bases de l’éducation nationale mauritanienne, de 1964 à 1979, période durant laquelle il occupera différents postes stratégiques de cette éducation : inspecteur général de l’enseignement, proviseur du lycée de Rosso, professeur à l’école normale supérieure de Nouakchott, et enfin ministre de l’éducation.

«Mame Diack Seck était très certainement le premier Educateur de ce pays, au-delà de son poste éphémère au ministère de l’éducation (Le 11 juillet 1978, l’annonce de la composition du gouvernement du putschiste lieutenant-colonel Mustapha Ould Mohamed Salek, intègre Mame Diack Seck, en tant que ministre de l’éducation nationale- ndlr). Il a veillé sur la bonne formation et l’éveil intellectuel de centaines de cadres mauritaniens, dont beaucoup se sont révélés brillants par la suite» témoigne Malal Seck, un de ses petits-neveux, cadre à Tasiast.

 

L’intellectuel engagé

Mame Diack Seck : Quand le père de l’éducation nationale mauritanienne disparaît dans le silence le plus total…
«C’était certainement l’un des intellectuels mauritaniens les plus brillants. Il était toujours major depuis ses débuts à l’école» se souvient Abou Baba Kane, notable et homme d’affaires, originaire du même village que Mame Diack Seck.

La Guinée est indépendante le 2 octobre 1958. Sékou et son régime sont immédiatement et durablement « mis au coin » par la France officielle et sévèrement critiqués par plusieurs leaders africains (Félix Houphouët-Boigny surtout, et aussi Senghor), qui pourtant suivront son exemple deux ans plus tard, mais sans en supporter les conséquences négatives. Les cadres et la jeunesse africaine s’enthousiasment et portent Sékou Touré au pinacle, comme en témoignent les écrits d’Aimé Césaire, de Jacques Rabemananjara, de Mongo Beti et de bien d’autres. Nombre de progressistes (africains et même français) affluent en Guinée pour aider le jeune État et compenser le départ précipité des cadres français.

Mame Diack Seck sera l’unique mauritanien à suivre ce chemin d’engagement et d’un idéal panafricain qui commençait à prendre forme dans le conscient collectif de ces jeunes cadres africain, et plus particulièrement dans celui de ce mauritanien de 26 ans à l’époque.

«Justement, si on ne devait retenir qu’une chose de Mame en dernier ressort, c’est que c’était un homme intensément et profondément engagé, et entier. Quand il défendait quelque chose, c’était avec une volonté farouche» rappelle Abou Baba Kane.

C’est cette volonté et cet engagement qui l’ont mené à la veille des indépendances africaines, à se rendre dans la Guinée de Sékou Touré, en 1958, comme des centaines d’autres africains, pour lui apporter son soutien et ses connaissances.

«Mais l’illusion déchirée par la découverte de la brutalité et de la paranoïa de Sékou Touré, le ramène en Mauritanie» affirme le notable originaire de Dar El Barka aussi.

La carrière internationale et la maladie

Blaise Compaoré et Amadou Toumani Touré, à qui Mame Seck a eu à prodiguer ses conseils.

«Mame était un homme intègre et entier» décrit laconiquement son frère et ami Abou Baba. C’est cette intégrité et ce refus de la compromission qui l’ont «écoeuré» de son pays à qui il avait tout sacrifié, et qui le lui a rendu en l’évinçant des affaires administratives, en 1980.

Marqué par cet «acte de trahison», Mame Diack a l’occasion de s’échapper de cet environnement en étant engagé la même année de son éviction de son poste d’ambassadeur de la Mauritanie en France, en tant que secrétaire général du comité inter-états de lutte contre la sècheresse au Sahel (CILSS), dont le siège est à Ouagadougou, où il officiera durant quatre ans.

Suite à cette aventure professionnelle sahélienne, Mamed Diack est repéré par les nations-unies, qui en feront leur représentant pour la FAO au Mali, avant sa retraite en 1992.

Mais cette fin de carrière en ouvrait une autre, certes moins officielle, mais autrement plus intense. De 1992, jusqu’aux prémisses d’une maladie des reins au début de ce siècle, Mamed Diack Seck sera conseiller spécial de plusieurs chefs d’états africains, qui écoutent ses avis et respectent son jugement «d’homme pondéré, avisé et observateur» affirme un diplomate mauritanien à la retraite.

Insuffisant rénal à partir du début de ce siècle, Mame Diack Seck, très éprouvé par la maladie, doit subir une greffe de rein pour pouvoir survivre ; son frère jumeau se porte volontaire, mais les analyses révèlent que ce dernier également supporte la même maladie.

Mis en attente de greffe, dans les hôpitaux français, la bonne nouvelle d’un donneur compatible arrive et Mame Diack est transporté illico à Paris où la greffe se fait avec succès, et où son chirurgien traitant lui administre un médicament qu’il doit suivre durant cinq mois.

«Mais en rentrant à Dakar, et le professeur traitant ayant oublié de le prévenir du délai de traitement, mon oncle prendra ce médicament durant cinq ans. Son état empirera gravement du fait de cette trop longue administration. Son chirurgien traitant lui conseille de porter plainte contre lui-même et contre l’hôpital. En bon musulman il s’en abstiendra. Formellement, c’est cela qui l’a achevé. Cela résume le monsieur qu’il était» rapporte son homonyme, le docteur Mame Diack Seck, à Nouakchott.

Mamoudou Lamine Kane

Noorinfo

 

 



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