{"id":4496,"date":"2016-06-02T09:34:42","date_gmt":"2016-06-02T09:34:42","guid":{"rendered":"https:\/\/flamonline.com\/?p=4496"},"modified":"2016-06-02T09:34:42","modified_gmt":"2016-06-02T09:34:42","slug":"nouvelles-dailleurs-de-mint-derwich-a-messieurs-les-auteurs-de-lanthologie-de-litterature-mauritanienne-francophone","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/flamonline.com\/?p=4496","title":{"rendered":"Nouvelles d\u2019ailleurs de Mint derwich : A messieurs les auteurs de l\u2019anthologie de litt\u00e9rature mauritanienne francophone"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: 12pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"261\" height=\"193\" class=\"alignleft\" style=\"width: 287px; height: 208px; float: left;\" alt=\"alt\" src=\"http:\/\/lecalame.info\/sites\/default\/files\/Mariem%20mint%20DERWICH_57.jpg\" \/>Je me suis pos\u00e9 la question de savoir si je devais m\u2019adresser \u00e0 vous et si mes mots \u00e0 venir valaient cette chronique. Non pas que les mots me fassent peur, vous me connaissez assez bien, en tant que femme en \u00e9criture, pour deviner que les mots et moi, c\u2019est une longue histoire. En premier lieu, laissez-moi pr\u00e9ciser quelques petites choses qui ont leur importance : ce que je vais dire ne concerne pas les magnifiques auteurs que vous avez choisis. Certains, comme Ousmane Moussa Diagana, m\u2019ont accompagn\u00e9e, profond\u00e9ment.<span id=\"more-36897\"><\/span>Cette lettre s\u2019adresse \u00e0 vous, ar\u00e9opage auto-d\u00e9sign\u00e9, qui vous \u00eates arrog\u00e9s le droit de vie ou de mort litt\u00e9raire en d\u00e9cidant qui est un \u00e9crivain francophone et qui ne l\u2019est pas. Oui, oui, je sais, il para\u00eet que c\u2019est une question de dates et de publication sous forme de livre-papier. Ce qui fait que j\u2019ai eu la surprise de constater que vous ne m\u2019avez pas jug\u00e9e digne d\u2019\u00eatre reconnue comme auteur mauritanien d\u2019expression fran\u00e7aise. D\u2019ailleurs, je remarque que vous n\u2019avez choisi qu\u2019une femme, ma s\u0153ur en \u00e9criture, A\u00efchetou Ahmedou. Quelque peu \u00ab\u00a0m\u00e2le\u00a0\u00bb, comme attitude\u2026 De plus, sciemment, vous avez d\u00e9cid\u00e9 de zapper la po\u00e9sie f\u00e9minine mauritanienne de langue fran\u00e7aise, m\u2019excluant, donc, de fait, de votre liste des \u00ab\u00a0reconnus\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: 12pt;\">Expliquant donc, au Monde \u2013 je ne veux pas croire que vous pensiez votre anthologie en \u0153uvre anonyme \u00e0 laisser croupir sur un rayon poussi\u00e9reux de notre universit\u00e9 \u2013 que, d\u2019un, une seule femme est \u00e9crivain, dans notre pays, et que, de deux, il n\u2019existe pas de femme po\u00e8te. Outre le non-sens et l\u2019absurdit\u00e9 meurtri\u00e8re de cette affirmation, je trouve votre omission me concernant quelque peu cavali\u00e8re et incompr\u00e9hensible.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: 12pt;\">Ok, ok, je vois vos mines de censeurs d\u00e9pit\u00e9s qui me parlent de publication sous format-papier et de date-butoir. Je n\u2019ose vous rappeler \u00e0 vous, \u00e9minents professeurs de litt\u00e9rature, ce que\u00a0PUBLIER signifie : rendre public.\u00a0<strong>Rendre public. <\/strong>R\u00e9duire les publications au seul papier fait un peu moine m\u00e9di\u00e9val, non\u00a0? Le monde a avanc\u00e9, depuis les moines copistes du Moyen \u00c2ge, et le papier n\u2019est plus le seul outil de publication.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: 12pt;\">Je n\u2019ose vous rappeler, aussi, ce que vous savez tr\u00e8s bien me concernant : s\u2019il s\u2019agit de rendre public, je pense que j\u2019ai bien fait le job, vu que je publie une chronique hebdomadaire, depuis 1995, au Calame. De deux, je tiens un blog, depuis 2008 ou 2009, o\u00f9 je publie tous mes textes et mes po\u00e8mes, \u00ab\u00a0Mille et Un Je\u00a0\u00bb. Ce qui fait que je n\u2019ai pas de le\u00e7ons \u00e0 recevoir sur le mot PUBLIER et le sens de l\u2019\u00e9criture.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: 12pt;\">Vous comprendrez (ou pas) mon \u00e9tonnement, \u00e0 la mise \u00e0 mort litt\u00e9raire que vous avez d\u00e9cid\u00e9 pour moi. D\u00e9cr\u00e9ter qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une seule femme \u00e9crivain ici, est soit le reflet d\u2019une ignorance de la production litt\u00e9raire, soit la preuve d\u2019une volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de m\u2019assassiner. Les mots sont durs mais je pense qu\u2019il s\u2019agit bel et bien d\u2019un assassinat. Vous vous \u00eates auto-proclam\u00e9s censeurs et juges, d\u00e9cidant de qui vit et qui doit mourir, de qui est \u00ab\u00a0digne\u00a0\u00bb de faire partie de votre monde et de qui doit en \u00eatre exclu.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: 12pt;\">Votre anthologie est-elle le reflet de notre tout petit monde de la litt\u00e9rature mauritanienne d\u2019expression fran\u00e7aise ou, simplement, un \u00e9ni\u00e8me avatar de ce que notre pays peut produire, en terme de m\u00e9diocratie ? A savoir que nous \u00e9voluons dans un syst\u00e8me fortement injuste. Qui vous a donn\u00e9 le droit de d\u00e9cider que je ne suis pas une femme \u00e9crivain, po\u00e8te, chroniqueuse\u00a0? Qui vous a donn\u00e9 le droit de d\u00e9cider que je n\u2019avais aucune l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 \u00eatre femme en \u00e9criture\u00a0? Qui vous a donn\u00e9 le droit de mentir\u00a0?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: 12pt;\">Qui vous a d\u00e9sign\u00e9 pour pondre cette anthologie dont m\u00eame un membre de votre comit\u00e9 de s\u00e9lection est juge et partie\u00a0? Qui vous a donn\u00e9 le droit, tout confits que vous \u00eates, derri\u00e8re votre sacrosaint papier, que l\u2019\u00e9criture en blog n\u2019\u00e9tait pas publication\u00a0? Et qui vous a donn\u00e9 ce droit de mort sur moi ? Je ne sais plus qui a dit un jour que les critiques litt\u00e9raires \u00e9taient des \u00e9crivains rat\u00e9s. De gr\u00e2ce, ne donnez pas raison \u00e0 cette expression\u2026<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: 12pt;\">En m\u2019ignorant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment, en me rejetant publiquement dans l\u2019obscurit\u00e9, en refusant de me reconna\u00eetre comme femme \u00e9crivain, vous faites mal \u00e0 notre pays, \u00e0 notre m\u00e9moire, \u00e0 notre image. Vous d\u00e9shonorez la litt\u00e9rature et l\u2019avez rendu rance et suspecte. Vous avez insult\u00e9 l\u2019intelligence des milliers de gens qui me lisent depuis des ann\u00e9es. Et vous m\u2019avez bless\u00e9e, profond\u00e9ment bless\u00e9e. Ne suis-je pas de ce pays\u00a0? Qui \u00eates-vous pour me d\u00e9nier cette petite chose qui s\u2019appelle mon \u00e9criture ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: 12pt;\">Mais vous n\u2019auriez fait que m\u2019assassiner moi, j\u2019aurais pu m\u2019en consoler. On se console de tout, m\u00eame de la b\u00eatise et de la m\u00e9chancet\u00e9 la plus crasse, surtout de la m\u00e9chancet\u00e9 et de l\u2019ignorance. Mais quid des autres ? Comment, par exemple, un Habib ould Mahfoudh n\u2019a-t-il pas \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 assez bon pour figurer dans votre anthologie\u00a0? Comment, COMMENT, parler de litt\u00e9rature mauritanienne francophone sans citer Habib\u00a0?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: 12pt;\">Ne me dites pas, chers censeurs et moines copistes, que l\u2019art de la chronique n\u2019est pas litt\u00e9rature. Je ne vous ferai pas l\u2019injure de vous soup\u00e7onner de tant d\u2019ignorance. Et tous les autres\u00a0? Antonia Barbosa, El Kory Sneiba, Ly Djibril, B\u00e2 et consorts\u00a0? Oui, oui, je sais, foutue question de dates et d\u2019\u00e9dition papier\u2026 Vous aviez pr\u00e9par\u00e9 votre r\u00e9ponse, bien m\u00e2ch\u00e9e, bien rem\u00e2ch\u00e9e. Imparable, cette question de dates butoirs. Imparable\u2026 Tr\u00e8s j\u00e9suite attitude\u2026<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: 12pt;\">Alors, oui, je suis en col\u00e8re apr\u00e8s vous, apr\u00e8s ce groupe autoproclam\u00e9, qui a sabr\u00e9 dans le monde litt\u00e9raire mauritanien et qui attribu\u00e9 les bons points, comme on offrirait un tengal \u00e0 un gosse. Oui, je suis en col\u00e8re et indign\u00e9e. Comme tout bon litt\u00e9raire, vous savez manier le verbe. Difficilement attaquable, votre excuse bidon. Pourtant, je la d\u00e9nonce.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: 12pt;\">Je ne vous remercie pas de m\u2019avoir exclue de votre monde \u00e9litiste et nombriliste. Je ne vous remercie pas d\u2019avoir exclu Habib et les autres. Je ne vous remercie pas d\u2019avoir \u00ab\u00a0accept\u00e9\u00a0\u00bb juste une femme, renvoyant les autres, dont votre servante, \u00e0 ses fourneaux, la po\u00e9sie, dans notre pays, \u00e9tant, apparemment, exclusivement un mode masculin. Je ne vous remercie pas d\u2019avoir coopt\u00e9 un des v\u00f4tres, sans honte. Je ne vous remercie pas d\u2019avoir menti au monde en niant ma place et le fait qu\u2019il existe bel et bien une po\u00e9sie f\u00e9minine de langue fran\u00e7aise chez nous.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: 12pt;\">Oh, vous \u00e9tiez beaux, lors du lancement de votre anthologie : bien ras\u00e9s, bien mouch\u00e9s, bien habill\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: 12pt;\">Mais si la honte devait \u00e9touffer\u2026 Alors, je vous rappelle qui je suis : je m\u2019appelle Mariem mint Derwich, je suis femme (d\u00e9sol\u00e9e), j\u2019\u00e9cris (re-d\u00e9sol\u00e9e), je suis lue (re-re-d\u00e9sol\u00e9e), les gens m\u2019aiment bien (oups\u00a0!), je suis la chroniqueuse la plus lue de ce pays (j\u2019aggrave mon cas, l\u00e0), j\u2019ai un blog visit\u00e9 (a\u00efe, je ne fais pas expr\u00e8s), je suis po\u00e8te ET femme (faut que j\u2019arr\u00eate de dire ce genre de choses, \u00e7a vous \u00e9nerve), et je suis orgueilleuse : je suis une foutue bonne \u00e9crivain.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: 12pt;\">Alors, c\u2019est dommage que votre parti pris et votre volont\u00e9 de m\u2019annihiler, ainsi que les autres non retenus, rende presque suspects les \u00e9crivains choisis. Ils n\u2019ont eu aucun tort et m\u00e9ritent leur place dans toute anthologie digne de ce nom. Mais quand le tronc est pourri, c\u2019est tout l\u2019arbre qui meurt\u2026 Messieurs les Professeurs, tout cal\u00e9s que vous \u00eates, vous n\u2019en restez pas moins de cette soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 beaucoup de choses sont sales. Je vous aurais cru au-dessus des basses man\u0153uvres.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: 12pt;\">J\u2019avancerai sans vous. Je continuerai \u00e0 \u00e9crire, nonobstant votre ostracisme. Restez donc dans votre entre soi. C\u2019est confortable, la malhonn\u00eatet\u00e9 intellectuelle. Je m\u2019appelle Mariem mint Derwich et j\u2019\u00e9cris. Et je vous salue bien bas : vous venez de me lib\u00e9rer\u2026 et de vous ridiculiser. Salut.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: georgia,palatino; font-size: 12pt;\"><strong>Mariem mint Derwich<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je me suis pos\u00e9 la question de savoir si je devais m\u2019adresser \u00e0 vous et si mes mots \u00e0 venir valaient cette chronique. Non pas que les mots me fassent peur, vous me connaissez assez bien, en tant que femme en \u00e9criture, pour deviner que les mots et moi, c\u2019est une longue histoire. En premier<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[],"class_list":["post-4496","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-presse"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/flamonline.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4496","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/flamonline.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/flamonline.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/flamonline.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/flamonline.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4496"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/flamonline.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4496\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/flamonline.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4496"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/flamonline.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4496"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/flamonline.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4496"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}