Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Monthly Archives: October 2012

Nord du Mali: Abdou Diouf : “la seule façon de régler le problème est militaire”

AFP : La “seule façon de régler le problème” du nord du Mali, occupé depuis six mois par des islamistes armés, est “militaire”, a affirmé dimanche le secrétaire général de la Francophonie, l’ancien président sénégalais Abdou Diouf. “J’ai nourri l’espoir que ce problème se réglerait par la négociation mais j’ai perdu mes illusions. La seule façon de régler ce problème est militaire”, a déclaré M. Diouf, dans un entretien à la chaîne TV5 Monde.
“Il n’y a pa
s d’alternative” face à des “islamistes alliés à des narcotrafiquants, à des preneurs d’otages et à des criminels frontaliers”, a-t-il estimé. “Il faut que tout le monde s’y mette. Il ne faut pas être tiède dans cette affaire”.
“La situation est extrêmement grave. Personne ne sera à l’abri si ce cancer se développe”, a-t-il insisté.
Pour le secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, “c’est un problème qu’on ne peut pas laisser entre les mains du Mali et de la Cédéao”, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest qui s’est dit prête à déployer une force de 3.300 hommes sur place.
“Le gouvernement malien, la Cédéao seront en première ligne”, a-t-il dit. “Mais toute la communauté internationale est concernée. Il faut les aider à vaincre le terrorisme qui se développe dans le nord du pays”, a-t-il estimé.
“On n’a pas le choix. J’entends parler de gens qui ne veulent pas de troupes étrangères mais on n’a pas le choix. Il faut être sérieux!” s’est-il exclamé.
Interrogé sur le XIVe sommet de la Francophonie, dont la tenue du 12 au 14 octobre à Kinshasa a été critiquée, notamment par l’opposition congolaise et des organisations de défense des droits de l’homme, M. Diouf a affirmé que “personne n’a demandé sa délocalisation”.
Rappelant que la République démocratique du Congo est “le premier pays francophone au monde”, M. Diouf a jugé que “si on veut tirer la RDCongo vers le haut, il est bon d’aller à Kinshasa dire ce que nous avons à dire, en termes de bonne gouvernance, d’Etat de droit, de respect des droits de l’homme”.
Interrogé sur une supposée hésitation du président François Hollande à se rendre à Kinshasa, M. Diouf a répondu: “Je ne conçois pas un sommet de la Francophonie sans la présence du chef de l’Etat français, tout comme mon homologue du Commonwealth n’envisagerait pas un sommet du Commonwealth sans la Reine d’Angleterre”.

« Mamoudou Touré – Un Africain au cœur de l’économie mondiale » d’El Hadji Kassé et Mamoudou Ibra Kane : Un enfant des deux rives qui a illuminé le monde des finances

altMamoudou Touré habite un pays enjambant deux frontières dessinées par l’équerre, entre Thilogne et Kaédi. Il n’est pas simplement un Africain ayant pris racine entre la Mauritanie et le Sénégal. Il est un enfant des deux rives qui a choisi d’illuminer tous les terreaux d’excellence dans l’espace monde.
De l’exclusion de l’Ecole Blanchot au Département Afrique du Fmi, ce texte est le roman d’une trajectoire, un portrait plutôt moral que physique. El Hadji Hamidou Kassé et Mamoudou Ibra Kane sont les deux voix qui racontent ce modèle de rigueur qui a simplement choisi d’habiter le territoire de la vertu, de l’éthique et du mérite. Un seigneur, cet enfant de l’aristocratie locale.
La vocation de l’éthique est de devenir un pilier inamovible pour les actes et les mots. A partir de ce moment, la compétence devient une ressource précieuse. Voilà le sentiment qui survit à la fermeture du livre « Mamoudou Touré : Un Africain au cœur de l’économie mondiale », écrit par El Hadj Hamidou Kassé (conseiller spécial du président de la République, chargé de la coordination de la Communication) et Mamoudou Ibra Kane (directeur général du Groupe Futurs Medias), publié aux Editions l’Harmattan du Sénégal. Mamoudou Touré est simplement un monument de l’économie. Sans écurie.
Pourtant, entre les débuts et la gloire, le chemin aura été rocailleux ! L’un des repères de sa vie est une désillusion : il sera exclu de l’Ecole Blanchot de Saint-Louis pour « une grève presque banale », en même temps que huit de ses camarades. C’était durant l’année scolaire 1941-42. Il ne peut s’inscrire dans aucune école publique ou privée de l’ex-Afrique occidentale française. Un souvenir amer. Aujourd’hui encore, M. Touré cherche la réponse à une question : Pourquoi a-t-on « voulu stopper » sa trajectoire ? En vérité, « loin des habitudes, loin du cocon familial », Mamoudou Touré est confronté au mépris culturel.
Pour un simple exercice de géométrie, la sentence du maître de mathématiques est implacable : « Vous êtes sortis des livres. Vous avez triché ». Autre perle sombre du chapelet de malheurs : hébergé en 1948, à Saint-Louis, par le neveu d’une co-habitante de Blancs à l’étage et des fonctionnaires africains au rez-de-chaussée, il est mis à la porte. Il retrouve ses bagages dans la rue : « Je n’étais pas civilisé ! »
Renvoyé de l’école le 17 mai 1943, malgré l’intervention de Lamine Guèye auprès du Gouverneur Rey, Touré voyage au bout de lui-même en faisant preuve de persévérance. Là, s’étalent de belles pages du portrait psychologique de cet homme qui s’est forgé dans le culte de l’effort. Aux côtés de son père, Ibra Mamadou Falil, il fait son parcours initiatique. Il puise des trésors de spiritualité dans le Coran. Du Fouta, carrefour des cultures, il tire la rigueur et l’ouverture. Face à la tentative de le démolir moralement, son cœur est habité par l’humilité et l’abnégation. Des valeurs domestiquées quand, enfant de l’aristocratie locale, il a été obligé de mendier.

«L’oeil du Fmi » : vérités et exagérations

 La constance est une marque indéfectible chez Touré. Il est porté par l’ambition de « poursuivre ce que l’on a voulu interrompre… ». Il fait de sa détermination la grande académie du savoir. « L’idée d’un échec lui est insupportable. Touré veut vraiment prendre sa revanche sur Blanchot », lit-on dans ce texte. Il se forme grâce aux livres que son frère Mamadou « Racine » lui envoyait de Paris et aux cours par correspondance. Les auteurs tentent l’immersion dans les mots comme dans les silences. Ils convoquent un symbole de la liberté : « Que faut-il à l’oiseau : des ailes pour voler ? Que faut-il à l’écolier : un livre pour étudier ? » Touré a une réponse à ses propres questions. « Tant qu’il y a des livres, s’était-il juré, j’étudierai ».
Passerelle entre les cultures et les nationalités, cet intellectuel est nommé, en 1961, ambassadeur de la Mauritanie à Paris. Un coup de main à son ami Moctar Ould Daddah, premier président de la Mauritanie indépendante, mais, surtout, à une jeune République manquant de cadres. Ayant un moment envisagé de devenir médecin puis vétérinaire, le docteur en économie sera plutôt appelé au chevet des économies africaines fragilisées par l’enrichissement d’une nouvelle bourgeoisie locale, les choix stratégiques peu pertinents, le déficit interne (le budget) et le déficit externe (la balance de paiement). L’endettement a alourdi la facture. Politiques de la majorité comme de l’opposition, syndicalistes, étudiants et autres citoyens des villes et des campagnes se lancent dans un concert de désapprobations.
Le Sénégal n’échappe pas aux effets d’une économie chancelante. Le président Abdou Diouf l’appelle à ses côtés comme ministre du Plan, fonction qu’il cumulera plus tard avec celle de ministre de l’Economie et des Finances. Ce modèle de rigueur est dépeint comme « l’œil du Fmi » à cause des coupes sur les dépenses sociales et l’adoption de règles budgétaires strictes. Avec une trentaine d’années de recul, il fait preuve d’une grande humilité en reconnaissant les limites du « remède », tout en assumant le caractère scientifique des guides de discipline budgétaire distribués aux « élèves » africains. « Ces périodes d’austérité furent un mal nécessaire… Tout le monde s’accordera pour dire que l’on ne peut raisonnablement pas dépenser plus que ce que l’on gagne », dit-il. Lui, un antisocial ? « S’il (le social) n’a rien dans ce que l’on fait en économie, l’économie n’existe plus. L’on ne peut pas préférer l’économie au social quand l’homme est la finalité », dit Mamoudou Touré.
Il réfute aussi une hostilité au monde de l’éducation. La preuve par son parcours : « L’éducation m’a tout donné ; sans elle, je ne serais rien ». Il n’en laisse pas moins entendre une intime conviction sur les syndicats : « Ils voulaient tout avoir et rien pour les autres ».

Les Assises ? : « Ni coup d’Etat, ni complot ! »

Ce ministre quittera le Gouvernement au cours de la crise post-électorale de 1988 pour retourner au Fmi comme directeur du Département Afrique. Il n’en est pas frustré. Stoppé par feu Jean Collin dans sa volonté de remettre en cause le monopole de la Css sur le sucre, il avait tenté, à plusieurs reprises, de rendre le tablier. Il s’est toujours ravisé sur les conseils d’Abdoul Aziz Sy et Serigne Abdoul Ahad Mbacké. Il a aussi été secrétaire général de la Commission de coopération technique en Afrique au Sud du Sahara, organe de coopération entre l’ex-Communauté économique européenne (Cee) et les « pays et territoires d’outre-mer associés » (Ptoma), conseiller de l’Unicef à New York…
Symbole de l’anti-balkanisation épanouie entre deux frontières et dans la même culture, Mamoudou Touré devient, en lui-même, une théorie du grand ensemble africain avant tous les plans comme le Nepad, Omega, Renaissance. Le Plan africain « Mamoudou Touré » est une histoire qui se raconte loin des blessures causées au cœur des riverains de tous les « Murs » de Berlin sur tous les territoires de l’Afrique.
Le développement est une obsession. D’ailleurs, la vie publique ne tentera plus cet homme que pour la cause des Assises nationales. Il cède à l’argument des visiteurs d’un soir : la crédibilité d’Amadou Makhtar Mbow. L’ancien conseiller de Senghor et ministre de Diouf n’a aucun contentieux avec leur successeur, Me Abdoulaye Wade. Façonné au culte du résultat, sa grande foi est son certificat d’honnêteté. Les Assises, assure-t-il, ne sont « ni coup d’Etat, ni complot ». Nourri au sens du devoir et des dévotions, il passe sa vie à « écouter la parole de Dieu qui seul mérite adoration et soumission ».

 

Les mots déroulent une littérature de la mémoire et du mouvement. Sur le ton de la conversation, le style est limpide, malgré quelques répétitions de fresques et deux temps de narration parfois désaccordés (le présent et le passé). Le livre est aussi la grande avenue de la vie sur laquelle Mamoudou Touré a rencontré d’illustres promeneurs de la grande aventure humaine (même si Touré s’y refuse !), comme Alassane Dramane Ouattara, auteur de la préface, Me Babacar Sèye, alors jeune instituteur à Blanchot, Ibrahima Niang, Cheikh Hamidou Kane, Abdoulaye Fadiga, ancien directeur de la Bceao, Kwamé Nkrumah, etc. Certains d’entre eux ont apporté leur témoignage à ce parcours exceptionnel (en neuf parties et des annexes). Ils ont assuré que la personnalité décrite par El Hadj Hamidou Kassé et Mamoudou Ibra Kane, même perçue comme « l’œil du Fmi » à l’époque des ajustements structurels, a toujours refusé, sous la dictée du pouvoir et de l’argent, d’ajuster ses qualités de rigueur, de vérité, de loyauté et d’engagement. Né deux fois (officieusement en 1926 à Thilogne et officiellement en 1928, à Kaédi), il est resté ce citoyen du monde de la vertu, « méfiant à l’égard de la politique, mais aussi à l’égard de ce dieu des temps modernes qu’est l’argent ».

Habib Demba FALL-Le Soleil du 01 octobre 2012.

« Mamoudou Touré, un Africain au cœur de l’économie mondiale » : Un livre d’El Hadj Kassé et Mamoudou Ibra Kane
Editions L’Harmattan du Sénégal
Collection « Mémoires et Biographies »
Août 2012
219 pages.

 

L’AMDH appelle à une stratégie de défense des droits des migrants

alt«Comment bâtir un positionnement commun pour défendre les droits des migrants». C’est le thème de la journée de réflexion sur la migration organisée le 30 septembre à Nouakchott par l’association mauritanienne pour les droits de l’Homme.
Hadj Amadou Mbow, secrétaire général de l’AMDH, pense qu’il faut absolument défendre les droits de toutes les personnes en situation d’émigration nonobstant leur situation administrative.  «Il ne s’agit pas d’encourager ou de décourager une migration, mais de protéger les droits des migrants», précise-t-il.

 «Il faut promouvoir des lois protectrices des migrants. Il faut avoir un esprit ouvert envers l’autre et cultiver la tolérance. Nous avons beaucoup de nos compatriotes à l’étranger. Nous devons donc toujours penser que les autres peuvent agir comme nous».

L’AMDH  constate cependant que la société civile ne travaille pas sur cette thématique de façon très précise. «C’est pourquoi, explique Mbow, nous avons invité le maximum d’organisations de la société civile mauritanienne pour bâtir une stratégie autour de la question. Nous voulons aussi interpeler les décideurs politiques de notre pays sur la protection des droits de cette catégorie de personnes».

 

Source: Al Akhbar

L’interview d’Ibrahima Moctar SARR président de l´AJD/MR : « Les FLAM ont joué un rôle indéniable dans la prise de conscience des mauritaniens sur la question nationale ».

altMerci monsieur le président de nous avoir accordé cette interview. Actualité oblige, Il y a un an le jeune Lamine Mangane tombait sous les balles assassines d’un ou des éléments de la Gendarmerie nationale. Cet assassinat avait été invoqué par le parti pour justifier la suspension de ses activités de la CPM (Coalition des partis de la Majorité), et plus tard, sa sortie. Avez-vous réponse à votre exigence de lumière sur cette question de la part du pouvoir ?

 

Je me dois d’abord de m’excuser en ma qualité de Président de l’AJD/MR, de n’avoir jamais accordé d’interview à notre site tout en privilégiant les autres.

C’est vrai que notre souci avait toujours été, et il l’est encore aujourd’hui, de répondre aux interrogations des autres sur nos activités, nos positions et la situation du parti en général. Souhaitons que par cette initiative que vous avez prise ceux qui nombreux voulaient en savoir davantage sur la position actuelle de l’AJD/MR depuis notre retrait de la majorité pourront y trouver des réponses satisfaisantes.

L’anniversaire de la mort de Lamine nous donne l’occasion de demander encore une fois au Président de la République de prendre cette affaire au sérieux comme cela a été fait pour la manifestation d’Akjoujt où un mineur a été tué. Une enquête avait été diligentée, alors pourquoi deux poids deux mesures ? Ce crime ne restera pas impuni.

Lamine Mangane a été effectivement assassiné par la Gendarmerie Nationale. C’était regrettable, c’est le premier passif humanitaire du régime de Aziz. Quand les événements ont éclaté à Kaédi, ma première réaction avait été ”on aurait pu se passer de ce drame si nos recommandations avaient été écoutées” [NDLR Mémorandum de l’AJD/MR sur l’enrôlement]. En effet, l’ayant fréquenté et discuté très longuement avec lui sur l’enrôlement, j’étais persuadé qu’il était possible d’arriver à quelque chose de mieux pour cette opération. Après ma visite dans l’intérieur du pays, il m’avait reçu longuement et je lui avais expliqué les griefs de la population. Il y avait dans cette affaire un manque de concertation et de communication. Avec les Présidents Hamidou Baba KANE du MPR et Moustapha Ould Abeidarahmane du RD, nous avons demandé une convocation urgente du groupe de la majorité présidentielle sur la question. A l’issue de la réunion, la majorité a mandaté sa Présidente, Mme Mintatta Mint Hdeid, le Président Abou El Maaly de Vadila et moi-même pour demander au Premier Ministre de revoir la composition de la structure de supervision de l’enrôlement (ANRPTS) dans le sens d’une plus grande représentativité de toutes les composantes nationales, jusque dans ses ramifications départementales, tout en simplifiant les procédures tant décriées. Le Premier Ministre était d’accord et avait promis de le faire rapidement. Et le 27 septembre 2011 l’irréparable est arrivé à Maghama, on ne pouvait pas continuer à travailler avec un régime qui tue nos enfants.

Le Bureau Politique de l’AJD/MR a décidé sur le coup de suspendre toute participation à la majorité et posé en autres conditions que la lumière soit faite sur ce crime et que les coupables soient traduits devant les tribunaux. Au bout de six mois d’attente et après avoir fait le bilan de notre participation à la majorité, nous décidons notre retrait définitif.

Les dernières nominations au niveau de la Sécurité Nationale, mais aussi celles du 30 août 2012 en Conseil des Ministres, comme vous le savez, ont suscité un certain émoi, car il est remarquable qu’il n’y figure aucun négro-africain. Quelle lecture en faites-vous ? Hasard ou logique habituelle de marginalisation des noirs en Mauritanie ?

Je dois vous dire et cela peut surprendre, je ne trouve plus aucun intérêt à dénoncer ces choses qui sont devenues d’une banalité provocante. Le système qui dirige ce pays depuis toujours et incarné par l’actuel régime n’a plus de gêne pour agir de la sorte. L’exclusion des négro-africains de l’administration est presque achevée, les élites ne se renouvellent pas et, ce n’est même plus une question de langue, les arabisants négro-africains ne sont pas promus pour autant, ceux qui sont en place ne sont pas utilisés.

Cette exclusion touche certainement d’autres couches comme les haratines et certaines tribus marginalisées chez les arabes car le système esclavagiste et racial est devenu par la force des choses tribal. En effet, un peuple qui en opprime un autre n’est jamais libre. La situation particulière des négro-afrcains résulte en premier lieu de l’action néfaste du système ségrégationniste depuis le régime de Moctar Ould Daddah, elle a été surtout aggravée par la purge ethnique organisée par le régime le plus négrophobe de tous les temps, celui de Moawiya Ould Sid’Ahmed Taya, appuyé par certains groupes nationalistes arabes.

Nous avons fondé beaucoup d’espoir sur le Président Mohamed Ould Abdel Aziz, qui peine à résoudre le passif humanitaire matériel depuis déjà trois ans qu’il est légalement au pouvoir. Avant 1986, même Moawiya n’osait pas faire des nominations de ce genre en Conseil des Ministres, mais comme disent les pulaars « Be kawii Be kanndiima », la boucle est bouclée !

Donc, aucune gêne, aucune honte, qui ose parler de peur d’offenser ?
Le prophète (PSL) n’a-t-il pas dit « celui qui n’a pas honte, qu’il fasse ce qu’il veut ».
Je crois sincèrement que Mohamed Khouna Ould Haïdalla a été le Président le plus soucieux de l’unité et de l’égalité entre nos composantes nationales. C’est lui qui a aboli l’esclavage et promulgué les mesures d’octobre 1979 donnant aux langues nationales pulaar soninké et wolof une place de choix que nous avons perdu aujourd’hui.

Qui pourrait imaginer qu’en 2012, deux chaînes de télévision et cinq chaînes de radio privées seraient autorisées en excluant les promoteurs négro-africains ? Encore une fois, il ne s’agit plus de pleurnicher sur la situation, personne ne doit plus s’en étonner, même certains arabes de bonne foi le reconnaissent quand ils n’en font pas un cheval de bataille contre l’actuel pouvoir, alors qu’ils ont participé au génocide organisé par Moawiya devant la complicité de certains cadres négro-africains qui veulent jouer aujourd’hui aux défenseurs de la communauté martyrisée. Quand on voit maintenant ceux qui parmi des négro-africains qui niaient systématiquement cette oppression nationale et taxaient tous ceux qui la dénonçait d’ennemis du peuple, de diviseurs et de nationalistes étroits, s’ériger en grands théoriciens de l’exclusion, on peut dire que la situation a évolué !

Le peuple a quelquefois la mémoire courte mais l’alarme avait été donnée depuis 1966 par le mouvement dit des dix-neuf dont le Président vient de décéder au Sénégal où il s’était exilé depuis. [NDLR Abdoul Aziz Ba, Président des  « 19 » est décédé]. En 1986, les FLAM dans un manifeste célèbre ont analysé les mécanismes du système dont nous vivons aujourd’hui l’achèvement. On peut bien comprendre que les jeunes nés après ces deux dates et surtout après les événements de 1989 découvrent les méfaits du système arrivé à maturation. En fait, c’est la petite bourgeoisie négro-africaine, j’allais dire les jeunes cadres qui se croyaient à l’abri qui se sentent les plus frustrés.

Que faire alors ?

Je ne voudrai pas me dérober devant cette question car je crains que mon parti et moi-même ayons fait l’ultime tentative en nouant un dialogue direct et franc avec les représentants du système en intégrant la majorité présidentielle en décembre 2010, répondant ainsi aux engagements du Président Aziz depuis son appel de Kaédi où il a eu le courage de reconnaître officiellement les torts faits à l’endroit de la communauté négro-africaine. Nous avions décidé à l’époque de le soutenir tout en redoutant la dérive au cas où lui-même, n’ayant pas les soutiens nécessaires au sein de la classe politique et militaire arabe en particulier, serait rattrapé par le système. Nous pensions en effet sincèrement qu’après le départ de Moawiya qui lui ne pouvait plus faire marche-arrière dans son option de dénégrification, qu’il était bien possible de régler la question de cohabitation avec un militaire au pouvoir décidé à faire le ménage au sein de l’armée d’autant plus qu’il n’était pas impliqué dans le génocide contre les négro-africains. Nous avons même été un peu trop loin dans le compromis, sans prendre les garanties nécessaires voulant surtout rassurer nos interlocuteurs sur notre bonne foi et installer un climat de confiance.

Etant convaincu que dans la phase actuelle de l’histoire de la Mauritanie, seuls les militaires peuvent régler définitivement cette question entre eux, s’ils sont assez courageux pour le faire, et décident de se suicider en tant que représentants d’une composante nationale dominante, pour emprunter à Amilcar Cabral son expression.

On s’est certainement mépris sur notre compte. Les tenants de l’opposition dite radicale s’intéressent en particulier au changement du régime alors que c’est le système qu’il faut changer. Même au temps de Moawiya cette opposition n’avait pas réglé en son sein la question de cohabitation. Il en sera longtemps ainsi tant qu’il n’y aura pas un véritable débat sur la question, mais celui-ci ne peut avoir lieu si les éléments de la composante arabe dominante ne discutent pas eux-mêmes sur le sujet. Les sud-africains du temps de l’apartheid l’avaient fait, ce qui facilita le travail de Frederick Deklerc face à Nelson Mandela.

En Mauritanie, cela est encore possible à condition d’être parrainé par un régime fort sans être dictatorial, juste et révolutionnaire, volontariste et égalitaire. Je ne crois pas personnellement aux vertus d’une démocratie capable par ces propres mécanismes, de régler cette question. L’égalité des composantes d’un même peuple ne se vote pas, on accepte de partager lorsqu’on craint de tout perdre. Après consensus, le Législateur suivra pour édicter des garanties constitutionnelles que le jeu démocratique va respecter.
 
Vous êtes en train de disqualifier le Président Aziz…

Non. Le Président Aziz a bien réussi dans beaucoup d’autres domaines quelque soient les critiques qu’on peut faire à son endroit. Il a en effet posé des jalons importants pour la sécurité et le développement économique et social du pays, cela est incontestable. Mais il ne nous a pas rassuré jusqu’ici quant à sa capacité de régler pacifiquement la question de la cohabitation. Mais en bon musulman, nous n’avons pas le droit de désespérer car Allah (SWT) donne un délai à l’injustice et aux injustes. Nos oulémas qui le savent très bien n’ont pas cependant dénoncé suffisamment cette oppression nationale. Cela ne veut pas dire qu’il faut croiser les bras et ne rien tenter. Il faut compter sur les mauritaniens de tous bords, qui ont compris que sauver ce pays de l’éclatement en allant vers des réformes courageuses et urgentes, doit être le seul objectif car le temps presse devant les menaces qui pèsent dans la sous région et les effets néfastes de la mondialisation.

Que pensez-vous du retour annoncé des FLAM en Mauritanie ? L’AJD-MR est-elle disposée à travailler avec eux ?
 
Les FLAM ont joué un rôle indéniable dans la prise de conscience des mauritaniens sur la question nationale. J’ai été membre fondateur de cette organisation et, même si certains me le contestent aujourd’hui, je suis également un des rédacteurs du Manifeste du négro-mauritanien opprimé.

A supposer même que  mes détracteurs aient eu raison,  cela n’aurait ôté en rien mon apport multiforme à la lutte des négro-africains pour recouvrer leur dignité dans leur propre pays ; comme c’est le cas pour Murtudo Diop qui, bien qu’ayant œuvré à l’avènement de ce mouvement, n’a pas participé à la rédaction du Manifeste.


Cela dit, depuis ma sortie de prison le 14 septembre 1990, j’ai choisi de lutter légalement à l’intérieur du pays aux côtés des autres forces politiques qui partagent nos préoccupations. Je suis resté ici sans chercher à régler seul ma situation administrative alors que comme d’autres, j’aurais pu le faire pour m’assurer une retraite moins difficile. J’ai préféré attendre que le règlement soit global et définitif et j’attends toujours. Nous avons essayé l’Alliance pour une Mauritanie Nouvelle (AMN) dont la lettre des 402 a été à la base du programme de l’UFD et du PLEJ. Puis nous avons milité dans l’UFD et à Action pour le Changement (AC) devenu APP. Et Aujourd’hui l’AJD/MR. Avec la parenthèse d’un mandat de député à l’Assemblée Nationale de 2001 à 2005 qui n’est pas passé inaperçu et deux élections présidentielles, en 2007 où j’ai recueilli 8% me plaçant 5ème sur dix neuf candidats et en 2009 où j’ai obtenu 5% en arrivant 4ème sur 9 postulants. Je pense que nous avons fait ce que nous avons pu.
 
Nos camarades qui avaient choisi l’exil n’ont pas démérité.  Ils ont porté plus loin le message et ce n’est pas vain. Nous n’avons pas pu coordonner nos actions de lutte pour des raisons qu’il serait très long d’exposer ici. Au-delà des problèmes de stratégie, il y a eu certainement des problèmes humains. La confiance a été sérieusement malmenée et son rétablissement est une condition sine qua non pour un travail en commun fructueux. Pour le reste leur retour en Mauritanie est une très bonne chose. Je pense que la situation est favorable. Les FLAM sont moins diabolisés aujourd’hui qu’il y a trente ans. Sur le terrain tous les combats sont possibles et il y a de la place pour tous. La multiplicité des cadres de lutte peut créer une émulation. On peut lutter ensemble dans une même organisation ou fédérer des structures, on peut se concerter en cas de besoin. Si, au lieu de se tirer dessus, on  tirait dans la même direction, il ne pourrait y avoir aucun problème. Mais si on part du principe que « moi je ne peux exister que si l’autre disparaît », là naturellement ça va gripper la machine alors qu’il n’y a que des difficultés et la misère à se disputer.
 
Depuis la sortie de l’AJD/MR de la CPM, certains cherchent à la situer dans l’échiquier politique. Que leur répondez-vous?
 
Nous avons dit clairement que l’AJD/MR gardait son indépendance organisationnelle face aux grands pôles qui se partagent la scène politique, mais que nous étions prêts à étudier à la carte toute initiative qui va dans le sens de nos options fondamentales.
 
Nous avons tiré les leçons de toutes les coalitions auxquelles nous avons eu à participer par le passé. Des hommes ou partis politiques avec lesquels nous avons eu à signer des partenariats dans la lutte pour l’avènement d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même n’ont pas hésité à les trahir pour des intérêts particuliers.  Nous n’avons pas oublié tous les coups bas que nous avons reçus et qui ont retardé notre lutte.   Loin d’être vindicatifs, nous choisissons la prudence car il ne faut pas se laisser mordre le doigt par deux fois. So gumDo wumi wumtii andii ko gite nafata !
 
Vous avez reçu le Président Messaoud Ould Boulkhier dans le cadre de son initiative pour apaiser le climat politique. Pensez-vous que le pays ait replongé dans une crise politique et institutionnelle similaire à l’impasse en 2009 avant les accords de Dakar?
 
Il y a crise puisque l’assemblée nationale qui est en place est illégitime. Les députés qu’ils soient du pouvoir ou de l’opposition se sont reconduits de manière indéterminée et sans honte. Les députés de l’opposition qui fustigent cette situation ne prennent pas l’initiative de démissionner, salaires et avantages obligent. Les municipalités ne sont pas renouvelées et certains partis continuent de percevoir à ce titre les subventions de l’Etat alors qu’ils ne sont pas sûrs de recueillir les mêmes suffrages et avoir des élus si de nouvelles consultations étaient organisées. Il n’y a que l’AJD/MR,  aujourd’hui 4ème force politique du pays si on s’en tient à la dernière élection présidentielle, qui ne dispose d’aucun député, d’aucun maire, d’aucune subvention. C’est ça la crise !
 
Pour le reste, l’élection présidentielle a eu lieu, un Président a été élu et tout le monde l’a reconnu à un moment donné. L’occasion d’un dialogue inclusif a été offerte, une partie de l’opposition l’a accepté, une autre l’a refusée. Si cette dernière souhaite un autre dialogue pour améliorer ce qui a été déjà obtenu, personnellement je ne suis pas contre. Mais les résultats du premier dialogue qui sont extrêmement importants doivent être appliqués scrupuleusement. Cependant rien ne doit empêcher d’aller aux élections législatives et municipales qui, seules, peuvent donner la mesure de la réalité des forces politiques en présence. Nous appuyons dans ce sens la proposition du Président Messaoud.  
 
Mais l’opposition n’est pas conséquente. La vérité qu’aucun discours ne peut éluder est que le vrai coup d’Etat est celui qui a été fait contre Taya en août 2005. Celui-ci avait été favorisé par les deux tentatives des Cavaliers du Changement. Sidi Ould Cheikh Abdallahi, avec tout le respect que je lui voue, n’a été qu’une victime innocente des militaires qui voulaient en faire un simple chargé de mission. C’est eux qui l’ont installé au pouvoir, on ne le répétera jamais assez, autrement il n’aurait pas été élu face à Ahmed Ould Daddah. Ils attendaient de lui qu’il  joue leur carte jusqu’au bout, il ne l’a pas fait c’est tout à son honneur. Et les militaires ont repris leur pouvoir pour prolonger la transition. J’avais prévu ce scénario dès mai 2006 [NDLR’La transition en dérive, se ressaisir !’]. L’opposition, par opportunisme a vite salué le putsch du 3 août 2005- qui était bon pour eux – et n’a pris aucune garantie face aux militaires qu’ils ont soutenus.

Voilà ce que j’avais écrit en conclusion de ce texte : « Je suggère que le CMJD prenne le temps qu’il faut pour régler les problèmes du pays. Car, lui seul peut les régler sans trop de difficultés avec ce départ de Maouwiya qu’il a provoqué. Sinon, son action aura été vaine. En symbiose avec la classe politique, dans le cadre d’un gouvernement d’union nationale de transition et d’un programme concocté en commun, le CMJD doit pouvoir reprendre le processus de transition et le mener à terme en réglant tous les problèmes ». Vous voyez ? C’est cela que propose le Président Messaoud aujourd’hui, six ans après.

Et plus loin, j’ajoutais « j’en appelle à toute la classe politique pour qu’elle ravale un instant son appétit du pouvoir et qu’elle sache que ” rien ne sert de courir, il faut partir à point “. Il vaut mieux prendre du temps pour bien faire, maintenant, par nous-mêmes et pour nous-mêmes, que d’avoir à affronter des problèmes autrement plus difficiles dans l’avenir donnant justement l’occasion à d’autres de s’y immiscer ».
 
La prophétie s’est réalisée avec la médiation du Groupe de Contact International ayant abouti aux accords de Dakar.

Cet épisode passé, l’opposition avait eu l’opportunité historique d’opérer une alternance politique en 2007, mais certains avaient préféré rejoindre le camp parrainé par les militaires. Alors pourquoi dès lors continuer  à s’en prendre à ces derniers ? Nous sommes les seuls responsables de ce qui nous arrive.
 
Au mois de juin 2012, la section de Sebkha de l’AJD/MR avait organisé une marche pour demander l’abrogation de la loi d’amnistie de 1993 ; de quels moyens de pression disposez-vous pour faire avancer cette question ?
 
En vérité, nous avons même tardé à le faire. Nous aurions du durant le règne de Taya dénoncer par des actions d’éclat cette loi scélérate. Nous devions utiliser les armes que nous avions choisies en toute conscience, c’est-à-dire la lutte dans la légalité, pour abroger cette disposition parrainée par des négro-africains. A l’Assemblée Nationale, nous avions bien pris notre courage à deux mains pour dénoncer l’esclavage et réclamer le retour des déportés, ce qui eut pour conséquence la dissolution de AC. C’était la période la plus difficile, Taya était encore là et l’opposition n’avait que onze députés. Aujourd’hui la situation est plus aisée, avec une opposition bien représentée et une majorité moins cohérente, des députés peuvent bien se permettre de proposer une loi pour abroger cette autoamnistie des militaires. Cela ne suffira pas s’il n’y a pas une pression populaire forte ; à ce niveau l’AJD/MR s’atèle à mobiliser sa base. Ce ne sera pas facile par les temps qui courent, nous savons que les négro-africains sont traversés par un fort courant de pessimisme à cause des échecs répétés et qu’ils attendent la providence. C’est une situation dangereuse puisqu’elle peut déboucher sur des actes de désespoir devant l’obstination du système qui ne comprend pas ce silence précédant peut-être la tempête. Nous devons cependant sortir et manifester pacifiquement, montrer notre détermination à voir cette loi abolie et les coupables jugés conformément au Droit et à notre sainte religion. Personne ne peut s’absoudre de crimes de sang imprescriptibles.

 
Quelles sont vos impressions après votre rencontre avec Biram Ould Dah ?

Quelque soit les griefs que j’ai à l’égard de Messaoud Ould Boulkheir, et j’en ai,   je le connais suffisamment pour affirmer que c’est un homme exceptionnel qui a joué un rôle important dans la vie politique en Mauritanie et la libération des esclaves lui doit beaucoup. Comme tout le monde, il a commis des erreurs mais s’il n’existait pas, les haratines l’auraient créé. D’autres leaders comme Boubacar Messaoud,  qui n’a jamais fait de compromis avec les esclavagistes, Oumar Ould Yali, et même ceux qui comme Boydiel Ould Houmeid qui continuent à revendiquer l’héritage du sinistre Moawiya, jusqu’à Mohamed Salem Ould Merzoug, qui est une fierté pour notre pays pour avoir conduit de main de maître l’OMVS, la seule organisation régionale qui a véritablement réussi, ont pesé de leur présence sur la scène nationale et internationale pour faire avancer la cause haratine.
 
Biram Ould Dah apporte une touche nouvelle qui est peut-être décisive.  Si le système tente de le liquider, d’une manière ou d’une autre, il va hâter l’avènement d’autres Biram plus radicaux. C’est pourquoi l’AJD/MR, qui comprend le sens de l’histoire, a suggéré au Président Aziz de reconnaître officiellement l’IRA et de collaborer sincèrement avec cette organisation, comme avec les autres avant elle, afin de mettre en application la loi criminalisant l’esclavage. L’AJD/MR sera toujours aux côtés de ceux qui luttent pour l’éradication systématique de ce fléau, éradication sans laquelle la lutte pour une meilleure cohabitation entre nos composantes nationales ne sera pas gagnée.   
 
 
Le passif humanitaire est-il bouclé après le règlement du dossier des fonctionnaires?

Pour nous le passif humanitaire comprend trois volets : le matériel, le moral, et le judiciaire. Jusqu’ici l’Etat ne s’est intéressé qu’au matériel avec les réparations qui sont très loin d’être achevés tant au niveau des militaires qu’au niveau des victimes civiles, sans oublier les cas non recensés dans la vallée qui a connu beaucoup d’exactions durant cette période où les populations ont perdu tous leurs biens, leurs terres, leurs bétails…
Il y a également les fonctionnaires de 1986 dont la situation a été confiée à une commission qui a déposé ses conclusions demeurées lettre morte jusqu’ici. 

Pour finir, pouvez-vous nous parler dela crise au Mali et la mort des prédicateurs mauritaniens, l’assassinat de l’ambassadeur des USA à Benghazi…
 
L’AJD/MR a dans un communiqué déploré la mort de nos prédicateurs au Mali. Ce sont les premières victimes mauritaniennes de cette guerre de l’Azawad. Avec le déploiement envisagé des forces de la CEDEAO appuyés par les puissances occidentales, nous craignons un débordement préjudiciable à la sécurité de notre pays. Il faut impérativement sécuriser nos frontières tout en évitant de s’impliquer directement dans ce conflit, la décision de ne pas envoyer des troupes au Mali est sage.
 
En ce qui concerne le film « Innocence des musulmans » et les réactions dans le monde musulman suite aux caricatures du Prophète Mohamed (PSL), nous condamnons cette liberté d’expression qui menace la paix dans le monde et le dialogue des religions et des cultures. De même tout en comprenant la colère des musulmans, nous estimons que ces derniers doivent prêcher par l’exemple en se conformant aux préceptes de notre sainte religion dont le leitmotiv est la paix. L’occident, en mal de repères, s’inquiète de l’avancée inexorable de l’islam et certains de ces représentants feignent de ne pas reconnaître que le prophète de l’islam a été désigné comme l’être le plus exceptionnel de tous les temps par de grands penseurs comme Victor Hugo, ou l’historien Gustave Le Bon qui a dit que « Mohamed est le plus grand homme de l’Histoire ».

 

Monsieur le Président, nous vous remercions d’avoir répondu à nos questions.

 Propos recueillis par Bocar BA et Boubacar Sy du site AJD/MR. 

Notes de lecture: Mauritanie: l’espérance déçue -2006-2008 : une démocratie sans lendemain

altJe viens d’achever la lecture de l’ouvrage du Ministre Mohamed Saleck Ould Mohamed Lemine au titre de « l’espérance déçue » publié aux éditions l’harmattan. Sans partager certaines de ses analyses et ses conclusions, j’avoue que ce livre est passionnant et sort de l’ordinaire. Ce n’est pas vraiment un ouvrage politique, et ce n’est pas non plus un roman historique. Jugé à sa couverture ou à son titre (accrocheur), il ressemble à une chronique : celle d’une mort annoncée d’un « printemps mauritanien» piégé par un bataillon de l’Armée, et la chute programmée d’une «démocratie sans lendemain ». Mais, jugé au contenu de ses 261 pages… l’intérêt premier du livre est ailleurs.

Il se résume plutôt à un documentaire sérieux sur l’évolution récente de notre pays, un récit vivant de la vie politique nationale depuis 1984, écrit à partir de rencontres, discussions, échanges, réunions, entretiens… avec des Souverains, des présidents, des hommes d’Etat, ministres, ambassadeurs, professeurs, chercheurs… de tous les continents et de tous les horizons politiques.

Il se lit très vite, et est rempli de détails, de petites confidences et d’anecdotes… ce qui en fait une lecture agréable. Une fois ouvert, il est difficile de le refermer.

Ses mots, son style, sa manière de s’exprimer, son art dépouillé mariant aisément le français et l’information… captent le lecteur. Mais au-delà de son intérêt documentaire, «l’expérience déçue» est aussi un livre chronologique qui retrace le parcours exemplaire d’un diplomate chevronné qui, guetté par les sollicitations, les dérives et les pressions dévastatrices d’un environnement ravagé par le népotisme et l’injustice, est resté honnête, professionnel et digne.

L’ayant connu comme ministre et comme ambassadeur, je témoigne de son mépris pour la chose « politicienne », son courage, son esprit d’indépendance et de méthode, sa prodigieuse mémoire, et sa forte capacité de synthèse… Autant de qualités qui lui sont indispensables pour réaliser cet ouvrage. Je tiens à le féliciter pour cet exercice d’honnêteté intellectuelle, de rigueur et de recherche de la vérité dans le respect des devoirs de courtoisie, de réserve et de discrétion.

Vous l’avez donc compris, j’ai apprécié ce livre pertinent, vivant, fouillé, étayé, original, bien structuré, et sans complaisance ni concession pour le monde politique toutes couleurs confondues.

Je le recommande vivement à nos dirigeants, à nos diplomates, à tous ceux qui s’intéressent à notre pays, à ceux qui cherchent à savoir plus sur notre politique extérieure et notre diplomatie, à ceux qui veulent comprendre comment et pourquoi Mohamed Saleck a pu gravir tous les échelons du MAEC, mais aussi à ceux qui ne connaissent pas ce jeune diplomate discret et compétent dont l’histoire retiendra qu’il fut en 2007 le successeur – au demeurant unique – de l’illustre disparu Hamdi Ould Mouknass à la tête du ministère des Affaires Etrangères en étant nommé, comme lui, par un président de la République civil.

Nouakchott, le 28/9/2012

Mohamed Vall Ould Bellal