May 12

Lettre à Mohamed Yehdhih Ould Breidelleil (II)/Par M.S. Beheit

altTrès cher maître Mohamed Yehdhih, je vous salue et vous respecte.

Comme vous pouvez le constater, je prends acte de votre réponse à ma lettre précédente et, bien entendu, un goût particulier à vous lire et à m’imprégner de votre immense culture et de votre sens élevé de la convivialité.

Cependant et, au risque de récuser les attributs de chef dont vous m’y affublez et qui, dans d’autres circonstances m’auraient rempli de fierté, je regrette de devoir passer outre les conseils de votre éducateur en m’abstenant de ‘’verser du sable dans mon pantalon’’.

Dans le même ordre d’idées et quoique je reconnais aux Ashantis, à la fois, l’originalité dans les traditions et la maîtrise des sciences occultes du vaudou (Branche Poro Society), je passe outre les vertus qui découleraient à leurs yeux et à ceux des sages orientaux, du ‘’marcher doucement, doucement’’

Je le fais pour des raisons d’éthique et par respect à mon principal éducateur. Mais il y a lieu de préciser ici et pendant que j’y suis, que mon imperméabilité à la culture de la démission ne découle aucunement de l’anticonformisme ou de l’insensibilité aux enseignements des anciens, dont on peut me soupçonner.  Je rejette plutôt ces conseils en bloc pour une raison simple qui est celle de ne pas reproduire, dans sa dimension pathétique, le syndrome de la marche du corbeau, qui consacre le mépris que nous avons tous pour la copie et pour le plagiat.

Ces précisions étant apportées, je m’autorise à penser que les soucis qui ont présidé à votre réponse, n’abondent pas dans le sens de me fixer sur vos préoccupations actuelles, quoique je reste convaincu que la question nationale s’y situe aux premières loges. Je suis cependant sidéré par ce qui me semble être une diversion dont la preuve y est établie par l’évocation de ‘’ l’amitié’’, contre nature, qui vous lierait au jeune Directeur de Radio Mauritanie, Ould Hormettalla.

J’avoue être particulièrement étonné de cette amitié, dont vous semblez si fier au point de l’évoquer sans raison particulière. J’en suis étonné surtout quand je pense aux conditions et aux compétences à l’aune desquelles se justifient les nominations de Ould Hormettalla, de Mohamed Cheikh Ould Sidi Mohamed, de Rassoul Ould Khal, de Oud Khayar, de Abdel Fettah, pour ne citer que ceux-là.

J’espère par ailleurs, cher maitre, que l’amitié, pour le moins étonnante, que vous témoignez au Directeur de cette Radio, préférable en tous points de vue à Le Calame et que mon cousin AOSA Chez Vlane traite de Radio de ‘’milles dunes’’, ne s’étend pas au reste de cette grappe de ‘’journalistes’’ qui, sans être du niveau intellectuel et technique de Joseph Goebbels, n’en est pas moins une représentation digne de caricature.

Mon questionnement reste donc entier et, à juger par l’évocation des écoles auxquelles ne manque que celle de l’Iguidi sur l’échelle des ‘’sciences’’ cognitives, ma curiosité risque de rester encore longtemps insatisfaite.

Message clair

Si, à mon tours, j’ai bien compris, je peux dire sans risque de me tromper que, chez le professionnel en communication que vous êtes, la tonalité de votre réponse tout comme l’articulation de ses idées maitresses autour d’une modération qui sied mal à la situation actuelle du pays, ne m’étaient pas destinées. Elles visaient plutôt à rassurer le régime en éloignant de lui et autant que faire se peut, l’idée selon laquelle votre capacité de mobilisation au sein de l’armée, a survécu aux purges dont les baathistes ont été victimes par le passé.

Vous y insistez à la manière qui est la vôtre et où la pédagogie, la méthodologie et les techniques de la persuasion, occupent une place de choix et sont proprement subordonnées à l’élaboration d’un message que vous vouliez clair, net et sans la moindre susceptibilité à l’interprétation.

Vous avez, par ailleurs, bien compris et c’est là à mon sens un mérite important, qu’en vous écrivant, je ne cherchais pas la notoriété qui découle de l’intérêt évident de pouvoir fixer votre attention sur les sujets d‘actualité et ainsi profiter de votre manière d’en déchiffrer les effets induits et les conséquences.

Vous avez également compris qu’en toile de fond de ma lettre, se profilait la tentative de faire passer un message en direction d’une cible inaccessible aux articles d’une presse qu’elle a appris à banaliser et à apprivoiser. Ces fossoyeurs de la liberté d’expression étaient aidés dans leur besogne par la cupidité des peshmergas et par une certaine lâcheté chez les cadres et les intellectuels et par la ‘’prodigalité’’ de certains officiers à la retraite qui puisent dans des trésors qu’ils n’ont ni hérités, ni mérités, ni amassés au prix de l’effort.

Suivant ce raisonnement, purement marketing et puisque je peux le révéler à présent, Ould Breidelleil est un label vendable sur tous les marchés politiques et dans les arènes de sourdes luttes pour se positionner dans  l’après-Aziz. Le mêler donc à un projet d’article, consiste à s’offrir un support inégalé du fait de la notoriété de l’homme.

Vous avez enfin très bien compris que ma lettre procédait d’une approche technique, qui obéit aux contraintes de la ‘’Copy Strategy’’ pour la construction du message, d’où votre réponse qui s’inscrit dans le même schéma et pour les mêmes résultats, quoique suffisamment nuancés pour établir notre différence fondamentale de vue.

Très cher Mohamed Yehdhih,

Vous devez convenir avec moi, que répondre de manière cohérente et exhaustive à votre article, relève du défi et de cette prétention dont je n’ai, ni le courage, ni la folie.

Vous êtes à la fois comme Isidore Ducasse (Comte de Lautréamont) et comme Victor Hugo. Vous êtes la verve de l’un et la rigueur expansive de l’autre. Quand vous écrivez, vous essayez de toujours ressembler au torrent qui emprunte sournoisement le lit d’un Oued ou la gorge d’un canyon. Vos flots grondent, rugissent, emportent tout sur leur passage et font d’innombrables victimes dans la faune et dans la flore. Des victimes qui ont la particularité d’être insoupçonnées.

Il  s’ajoute, en amont, à votre force initiale, celle des versants qui alimentent, en énergie cinétique, votre fureur et votre intensité. Vous semez la terreur chez ceux qui vous observent en réalisant que vous êtes la somme des manifestations de ces éléments, liés, dans le subconscient collectif, à l’ordre métaphysique et à  celui, moins brillant mais tout aussi épouvantable, des mauvais esprits. Les esprits de Radio Mauritanie, de l’AMI et de la TVM. Après un long voyage de mort et de résurrection, vous vous calmez et venez vous reposer au fond d’une cuve ou épouser le mouvement lent et eternel d’un fleuve, qui meurt dans l’océan, sans jamais s’intégrer à ses propriétés.

Vous ressemblez à la fois, à Tamourt En’aaj et à Guebbou et aux deux Gorgol et à Foum Gleita. Vous en avez la majesté, la force et le côté résolument obscur qui, depuis la nuit des temps, couvre bien des tragédies en Aftout et sur la dorsale du Tagant et de la chaîne de Wawa.

A un ami qui, à défaut de m’en dissuader, me demandait comment je m’y prendrais pour répondre à votre article, j’ai dit qu’écrire à Ould Breidelleil, est comme quand on édifie un bâtiment. Il faut commencer par doser les matériaux de construction (ciment, gravier et sable), placer les briques une à une et revoir en permanence leur alignement, en usant du niveau et du fil à plomb.

Ma réponse, il est vrai un peu tirée par les cheveux, ne sembla  l’avoir convaincu qu’à moitié, puisqu’il s’était lissé longuement la moustache avant de dire : ‘’oui, un bâtiment qui ressemble à une pyramide, fort à la base et très pointu à la fin’’.

Je ne sais pas si mon ami a raison ou pas. A chacun sa symbolique et son registre de représentation, mais une réponse pointue à la fin me fait peur et flotte comme un cheveu sur la soupe de la caractéristique qui la précède.

Dans votre article, une chose m’a particulièrement impressionné. C’est  votre connaissance du monde des insectes. En vous référant à la fourmi et à ses us et coutumes pour décrire la société mauritanienne, vous m’avez remis en mémoire le traité de sociologie entomologique abordé dans l’ouvrage ‘’La religion des géants ou la civilisation des insectes’’.

Votre référence était juste mais, pour la perfection, il lui manquait de relever la fameuse ‘’mort du fécondateur’’ qui, avec le rôle des fourmis nourricières et celui des reines au cours du vol nuptial, constitue le triptyque des axes de recherches, ayant permis aux entomologistes d’élucider le mystère d‘un univers organisé en sectes et où la parapsychologie es très présente.

Cette mort du fécondateur est l’une des caractéristiques que la société mauritanienne partage avec le système des fourmilières. Seulement, chez les fourmis, il s’agit d’un auto-anéantissement, par lequel le mâle glorifie le don de la vie en se donnant la mort dans un rituel de sacerdoce, tandis que chez les mauritaniens, il s’agit de la démission du mâle devant les impôts et devant la manifestation de la ‘’virilité’’ de ceux qui l’administrent (gouvernement) et de  ceux qui le tiennent par le ventre (commerçants) et par l’esprit (charlatans et démagogues).

Tragédie shakespearienne

C‘est l’interprétation que les mauritaniens se font de l’Etat et de la force publique, qu’ils perçoivent à travers le prisme de la sagesse Ashanti et celui de l’école de l’Iguidi, qui les conduit à ‘’verser le sable dans leurs pantalons’’, voire même s’en débarrasser en signe d’allégeance à l’ordre du ‘’marcher doucement, doucement’’, du ‘’marquez le pas’’ et de ‘’Rompez les rangs’’.

Dans la réponse à ma lettre, vous avez promis de m’écrire de nouveau si, entretemps, je ne suis pas apaisé.

Sans vouloir revenir sur certaines choses concernant mon comportement qui dérogerait au modèle Ashanti-Iguidi, je vous assure, maître Mohamed Yehdhih, que je suis apaisé, lucide et en paix avec ma conscience.

Ceci vous dispense donc de m’écrire de nouveau et vous permet de consacrer votre énergie intellectuelle à éclairer les mauritaniens. Vos compatriotes ont beaucoup plus besoin de votre clairvoyance, même si celle-ci risque de déclencher un processus qui commence par un plan d’urgence et finit par un coup d’Etat miliaire. Un spectacle qui débute sur fond d’opérette Viennoise pour se terminer en tragédie Shakespearienne.

Vous pouvez, par la même occasion, écrire au président ou au premier ministre pour leur dire que rien ne va plus, ou plutôt, que tout va très bien et à la vitesse grand V, mais dans le mauvais sens. Vous pouvez leur dire que le potentiel historique de la nation a été dilapidé, pour cause d’une gouvernance dont les procédures se confondent avec les poches de certains officiers à la retraite.

Vous pouvez leur dire aussi que les slogans, dont ils usent à volonté après en avoir découvert la magie et le mode d‘emploi en 2008, ne font plus recette. Les faits et les événements leur ont apporté les démentis les plus cinglants.

Dites-leur que le charme des discours populistes, des promesses trop belles pour être réalisables et de la simulation de la modestie pour tromper le petit peuple, n’opère plus. Dites-leur que les prochaines consultations verront le désaveu du président Aziz au Hodh Echarghi et au Tiris Zemour, puisque ces deux régions ont compris que c’est à travers lui qu’elles pourront sanctionner Ould Mohamed Laghdhaf, Ould Haddemine et Cheikh Ould Bayeu.

Le régime sera désavoué à Nouadhibou, en Adrar, en Inchiri, au Tagant, au Trarza, à Nouakchott, au Brakna, au Gorgol, au Guidimagha et ne devra son salut au Hodh El Gharbi, qu’à la popularité de Mohamed Cheikh ould Sidi Mohamed qui doit succéder à Ould Haddemine, pour avoir si bien dressé le portrait robot du successeur d’Aziz dans un brûlot passé.

Dites-leur que le citoyen et l’automobiliste ont compris que le nouveau code routier, ne vise pas à assurer la sécurité routière mais plutôt à renflouer les caisses vides de l’Etat, depuis que les mines, la ressource halieutique, le pétrole et les terres aménagées, ont été hypothéqués auprès de multinationales pour des décennies, compromettant et ainsi durablement le train de vie de l’Etat et de ceux qui s’en servent comme moyens d’enrichissement.

Dites-leur que l’heure des comptes approche à grands pas, dans un contexte marqué par le refus de l’opposition, d’aménager une porte de sortie aux militaires qui ont pris le pouvoir par la force et qui continuent de l’exercer par la ruse et par l’exclusion des forces vives de la nation.

Une attitude qui expliquerait trois faits nouveaux :

1°) l’opération de charme que les baathistes semblent mener en direction du MND et qui préfigure d’une alliance conjoncturelle aux objectifs déroutants.

2°) Les derniers événements ont démontré que Nouakchott aura son Néron là où on ne l’attendait pas.

3° La peur de l’Etat ou de ceux qui l’incarnent de mettre à exécution leurs menaces de sévir contre les auteurs de troubles, malgré les preuves à charge qui les accablent.

Je vous remercie maître…

M.S.Beheit

Source : Le calame

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